Mémoire ou notice sur l'établissement de la mission de la Rivière Rouge et ses progrès depuis 1818: présenté à la Propagande, le 12 mars 1836
Sur L'établissement de la mission de la Rivière rouge, et ses progrès depuis 1818. presenté à la Propagande le 12 Mars 1836. par I NN. Provencher Eveque de Juliopolis. :
L. colonie de la Rivière rouge ne date que de 1812. Ellé doit. son éxistance à un.seigneur ecossais, Lord Selkirk. En 18tr, ce seigneur acheta de la compagnie de la Baie d’ Hudson, à Londres, un très-vaste terrain , dans les environs du lac Wi-
. nipic, dans le quel se jette la Rivière rouge. L’année suivante 1812, il envoya d’Ecusse les premiers colons. Dès son origine cette colonie prit querelle avec la société du Nord ouest , qui faisoit la traite de la pelletérie par Montréal: ces dissensions ameñèrent, en Juin 1814, un combat , dans lequel 19 personnes de la colonie furehit tuées : lé Gouverneur de la compagnie, Mr. Semple, fut du nombre des morts. A la suite de ce combat, la colonie fut dispersée ; plusieurs familles furent transportées au Haut Canada. par la compagnie du Nord-ouest ; le reste se sauva au fond du lac Winipic, et revint à la Rivière rouge la même année. Lord Selkirk, informé de l’état de sa colonie , passa à Montréal en 1815, avec sa famille. Un procès épouvantable par les dépenses qu'il entraina fut intenté à la compagnie du Nord-ouest: il fit retentir les tribunaux du Bas et du Haut Canada, pendant plusieurs années, sans décision définitive. Il fut ensuit renvoyé à l Echiquier en Angleterre ‘où il est resté sans jugement. Les deux compagnies de la Baie d'Hudson et du Nord-ouest se réunirent en 1821, sous le nom. de compagaie de la Baie d’ Hudson ; alors le parlement Britannique lui donna une charte, qui lui accorde le commerce exclusif dans tout le territoire dont les eaux se jettent dans les Baies d'Hudson et James: cette réunion mit la paix dans le pays. .
Lord Selkirk ne resta pas inactif à Montréal: outre son procès
‘qu'il poursuivoit avec vigueur, il fit le voyage de la Rivière rouge, Il partit ALB1G, et se rendit au fort William, sur le lac supérieur, où 1l passa l'hiver, ce fort étoit le point dE réunion de tout le commerce de la compagnie du Nord-ouest. En 1817, il se rendit à la Rivière rouge avec des commissaires appointés, par le Gouvernement, pour prendre des informations sur les lieux ; il ne lui fut pas difficile de voir que les métisses et autres qui avoient fait tant de mal à sa colonie, manquoient de principes et qu'il leur falloit de Pinstruction. Il fit : signer par quelques colons catholiques une requête à l'Evêque de Québec, pour demander des prêtres. 11 quitta le pays'vers l'au-
tomne , se rendit à St. Louis sur le Mississipi, et de là à Montréal en traversant les Etats unis.
Au commencement de Janvier 1818, il fit faire la demande de misi' sionaires, pour sa colonie, par le Gouverneur -du Canada. L’Evêque de Québec, J. O. Plessis ne laissa pas échapper une si bel. le occasion de faire briller le flambeau de la foi dans ces parties recalées de son immense diocèse. Je fus mis à la tête de cette mission naissante: je‘fus accompagné d’un prêtre et d’un jeune ecclésiastique comme catéchiste. Nous quittimes Montréal . le r9. Mai et arrivämes à la Rivière rouge le 16 Juillet r8r8. Nous trouvâmes la colonie dans une grade pauvreté : tout le ‘monde vivoit à la pêche ou de la viande des bufiles, séchée au soleil ou au feu, encore falloit-il la faire venir de très loin. Quoique nous fussions à la table du Gouverneur de la colonie, nous n'étions pas mieux que les autres, et nous n'y voyions point de pain, ce qui devoit durer six ou sept ans.
Au milieu de nos privations, nos ‘regards se portaient sur la mois-. son future qui avoit la plus belle apparence , quoïq en petite. quantité: mais le trois) mois d’ Aout il tomba une pluie de sauterelles qui couvrirent’la terre et dévorèrent toutes les moissons ;de plus elles déphsèrent leurs oeufs dans la terre et au printems 1819 , tous des oeufs produisirent autant de petites sauterelles , qui sortirent Me la terre , grosses comme des puces et qui la couvriren£ ; 1 fa les élever ;. elles rongèrent tout ce que la terre produisoit de wégétation. A la fin de Juillet étant alors à leur grosseur et ayant leurs ailes, quant il venoit un vent qui leur plaisoit, elles s “élevaient dans les airs comme un nuage épais et disparoissoient; il n’y eut cette année là aucune récolte. L'année suivante 1820, chacun sema avec confiance et les grains avoient la plus belle apparence ; lors que le 26 Juillet il tomba encore des airs une aussi gran-
: de quantité de sauterelles qu’en 1818. elles fireût les:mémes dégat&.d’eposèrent leurs oeufs dans la terre, et l'année 1821 fut
. encëre obligée d'élever cette famille incommode , dont elle ne fat délivrée qu'au mois d'Aout; ce qui faisoit quatre aus pendant:Îes quels’on ne put récolter ni grains ni légumes ; elles ne son pas revenues depuis. Après les sauterelles, des souris en nombre infini vinrent aussi ravager nos petits champs. À la suite de tous ces malheurs il n’y avoit plus de semence . dans le pays: il fallut en envoyer chercher , avec des frais immenses, à la prairie du chien sur le Mississipi ; pour comble d’infortune ce grain arriva trop tard pour être semé cette année là. Pendant les années 1824 et 1825 -il n° y eut point de fléaux dévastateurs ,.et les récoltes ‘furént assez abondantes. L'hiver de 1825.
a 1826 fut un des plus rudes que j'aie vu dans ce pays ; il commenca par une neige abondante qui tomba au quinze d’Octobre ; le froid fut constamment à un haut degré: au printems cette grande quantité de neige fondant, tout à coup, produi-.
sit une inondation épouvantable ; Ÿ eau s’ éleva environ trente
‘ pieds audessus du niveau de l'eau basse d'été. Deux ou trois lieues de pays furent noyées, chaque coté de ‘la rivière; toutes les maisons des habitans furent emportées soit par la gla-:
ce, soit par la rapidité des eaux: l'eau monta graduellement, de puis la fin d'Avril jusqu'au vingt de Maï ; elle baissa jusqu’au vingt de Juin que la rivière commensa à rentrer dans son. lit. Il n’étoit plus temps de semer. Cette inondation fut la dernière de
. nos plaies: mais ses suites se firent sentir pendant plusieurs années. Une partie des colons quitta le pays et gagna le Canada 22 les Etats unis; les autres se retirèrent dans les lieux de péches et de chasse pour vivre avec leurs familles . Peu à peu ils | se construisirent des maisons et se réunirent encore une fois sur les bordsede la Rivière rouge. Il ne périt personne dans l inondation, Le pays s’est remis de tous ces malheurs. Le sol qui est : fertile produit le bled , l'orge, À avoine, les pois et tous les l'égumes ; malheureusement les femmes qui sont toutes metisses, h sauvages ne savent fabriquer ni toiles ni étoffes, pour ha- .biller la famille : il faut avoir recours aux magazins de la com-
| pagnie de la Baie d’ Hudson pour cet objet dispendieux.
+ Chargé par l Evéque de Québec de desservir la colonie de la Ri- vière rouge et d'étendre la connaisance de Dieu partout où je pourrois, je trouvai,. en arrivant dags le. pays, la colonie partagée en deux: une partie étoit sur la rivière 4u dessous de St. Boniface: c'étoit là véritablement le lieu de l'établissement: jÿ y fixai ma demeure, et travaillai à instruire les femmes et les. enfans des chrétiens du pays. IL falloit leur apprendre les prières chretiènnes et le catéchisme etc. que personne autre que nous
ne pouyoit leur montrer, pa*ceque aucun d'entre eux ne savoit lire, Ce poste qui étoit le moins populeux alors, surtout.en catholiques , -est devenu le plus peuplé par la suite.-Mr. Dumoulin mon compagnon fut chargé d’instruire l’autre partie de
la population qui étoit 4 une vingtaine de lieues de St. Bonifa-
ce, dans un lieu nommé Pembina. Il fit entrer dans le sein
de l’eglise un bon nombre d’infidèles qui Paimoient comme leur père. Il bâtit une chapelle ane maison, une école : le tout ne fut jamais fini ; parceqée< par ‘de nouveaux traités entre les Etats unis et la Grande Bretagne, le poste de Pembina se trouva dans
les Etats unis. Il fallut l’abandônner , et tous les frais qui y avoient étè faits furent perdus: ceci se passa en 19323. La popu-
n | "| Jation s’obstina à rester à Pembina ; cependant l’année suivante 1824, une partie alla se fixer à cinq lieues ‘de St. Boniface, sur la Rivière Assiniboine , qui se jette dans la Rivière rouge devant l'eglise de St. Boniface ; ce nouveau. poste porte le nom de Prairie du cheval blanc, et a pour patron St. Francois Xavier, qui avoit été le patron de Pembina. D'abord un prêtre de St. Boniface les visita, de tems en tems: en 1827, on y, bâtit une petite chapelle, qui étant devenüe trop petite, on en a bâti une autre de 80. pieds sur 34, en 1832: on y dit la mes- -se depuis Noël 1833, quoi qu’elle ne soit que couverte. Un prêtre, Mr. Charles Poiré, y a été placé resident dans l’automue 1834: il sait la langue sauvage assez pour confesser. et ex-
- + { . LE pliquer là doctrine chrétienne.
À cinq lieues plus häut, sur la même rivière.-est-uire mission sauvage commencée en 1833. Mr. G. A. Belcourt, arrivé dans le pays en 183r, est chargé de cette mission ; il entend et parle facilement la langue des Sauteurs ( on prononce Sauteux) ou Odjibwa. Environ deux cents de cette nation étoient décidés à: se faire chrétiens. Plusieurs d'entre eux fréquentent les instructioris: un petit nombre a été admis au baptème , parce que le missionaire tâche de s’ assurer au paravant de la sincerité de leur con- : version , à fin que les premiers admis au nombre des chrétiens puissent servir de modèles aux autres, par leur régularitè. Il a fallu fixer un lieu de réunion pour L instruction de ces sauvages errants et nomades.ià pauvreté et le froid du pays’ne leur -permettent pas de vivre en. village. Ils ont renoncé à plusieurs de leurs prejugés contre ‘la religion chrétienne ; ils laissent bapyiser leurs enfans en bas âge assez facilement , ce , qu'ils ne ouloient pas pendant plusieurs années. Les femmes embrasseroïient la foi , sans difficultés , mais ,; ni les fémmes , ni les jeunes gens ne feront jamais un pas en avant, sans la décision des vieillards, dont plusieurs sont retenus par la poligamie ; ils consentiroient assez à n° avoir qu’une femme, pourvä qu'on leur laissât la ‘plus jeune; mais qui nest pas la première. Il ÿ a espérance que la foi entrera peu à peu.
dans ces coeurs endurcis.
I y aurois moyen d'établir bien d'autres missions dans l immence district dont je suis chargé , mais il faudroit pouvoir assurer à ces missionnaires quelques moyens de se vétir et méme de se nourrir, car les sauvages croiront faire assez en les écoutant , ce qu’ils n’obtiendront ‘peut-ëtre pas en ‘arrivant parmi eux. C’ est dans tous ces pays du nord qu'il y a moisson abondante , mais pénible à recueillir; et de plus man-' que d'ouvriers ; tout. cela, faute de pouvoir. donner à ces ou-
El
" h vriers le dénier si justement mérité. Seul avec un prêtre jusuen 1831, et-sans aucune ressource, il ne m'a pas. été possible de tenter de planter la foi au loin. Maintenant j’ ai trois prêtres, dont deux sont chargés des deux postes que je viens de décrir: le troisiéme, Mr. Jbte Thibault, a été ordonné dans le pays , dans le quel il arriva en 1833: il parle ‘aussi passablement la langue sauvage ; il est chargé en ce moment de la desserte de SÉx-Boniface. Ces trois prêtres sont canadiens: les anglais.ne veulent pas. en admettre d’autres nations. Le chef lieu de ‘mes missions , et qui est cehii-de-ma-résidence est situé sur la r la ive droite-de-ta Rivière r rouge, vis avis l'em- :"——bouchüte de la rivière Assiniboine ; cette rivière, qui vient du / couchant, se jette dans la Rivière rouge devant l’eglise de St. . Boniface, qui est ma cathédrale. La Rivière rouge vient du midi: elle recoit dans son cours une multitude de petites rivières, qui sortent des immenses prairies qui là bordent des deux cotés, et va se jetter dans le lac Winipic.
La maison que je bâtis en 1818, et qui ne fut achevée que long tems après, me servit de logement , de chapelle et d’ecole. En 1820 -une chapelle de 80 pieds sur 34"fut bâtie en bois ; elle
ne fut mise à l'abri de la pluie et de la neige qu'en 1825: cette chapelle subsiste encore, elle me ‘sert de cathedrale. En 1920, je- descendis à Québec pour rendre compte de ma mission. 1? evèque ‘dre ÿyiébec J. O. Plestecnre xt. alors de. Rome où il étoit passé en 1819, pour. les affaires de son diocèse et surtout pour.en obtenir la division. Il -partagea en cinq diocèses , avec l approbation du St. Siege, ce qui restoit du diocèse de Québec , dont la nouvelle Écosse avoit été séparée , quelques années auparavant, Halifax qui en est la capitale ayant été érigée en vicariat apostolique . Ces” cinq diocèses furent Charlottetown, dans le noüveau Bruswick, Québec ,. Montréal, Kingston dans le Haut Canada, et le territoire de la Ba- - je d'Hudson qu'on appelle communément lé district. du Nordouest. Je fus préconisé comme premier Evêque de ce district le 1. Février 1820. Comme le printems 1821 , fut celui de la réunion des deux compagnies du Nord-ouest et de la Baie d'Hudson, afin d’avoir le tems de connaitre quelle tournure prendroient les choses à la Rivière rouge , ma consécration futdifférée jus qu'au 12 Mai 1822. Je partis pour ma mission le 1. Juin de la même année et arrivai le 7 Aout à ma destination. Pendant mon séjour en Canada, j'avois été placé curé, dans le district des Trois Rivières. J’avois mis de cété, au tant que j'avois pu, les revenus de cette cure , à fin d’avoir à mon retour quelque moyen de faire du bien; mais,
par je ne sais quel malentendu , mon passage , qui avoit d’abord été accordé gratis suf:les canots de la compagnie, me fat refusé au moment du départ; je fus obligé d’en faire les frais, de sorte que je dépensai tout ce que j'avois, el me trouyai absolument sans ressource à mon arrivée. De puis ce tems la compagnie à toujours accordé gratis mes passages et ceux de mes missionaires. ; :
En 1829 je bâtis une maison de pierre pour mon logement ;
- cette maison avoit 45 pieds sur 35: elle fut la primière bätisse en pierre dans le pays; elle est malheureusement peu solide. En 1830, je descendis en Canada pour deux fins: la première étoit d'y trouver un prêtre qui se consacrât uniquement à l'étude de la langue sauvage et ensuite à leur iustruction : ce que je trouvai dans la personne de Mr. Belcourt, qui est maintenant à la tête d’un établissement uniquement. pour les sauvages, comme je l'ai dit plus haut: la seconde étoit de faire une souscription parmi le clergé et le peuple du bas Canada pour m'aider à bâtir une eglise en pierre. Je trouvai de la générosité dans le clergé, quoique ce fût pour la troisième fois que éemblable souscription se faisait pour le soutien de cet- ?te mission. Cette mérñe année 1830, le conseil de la compagnie de la Baie d'Hudson m’alloua cent livres sterlings pour aider à bâtir cette eglise et celà de son propre mouvement. Je passai, l'hiver à lies set Jo 26 Avril 9% à je qitiai Nat réal pour retourner à la Rivière rouge où j'arrivai le r7 Juin. . J’avois compté sur l'unique macon qu’il y eut dans le pays, assez habile pour conduire la construction de mon eglise; à mon arrivée je le .trouvai engagé à la compægnie ; qui avoit commencé 4 bâtir une maison en pierre. Il fallut retarder d’un an et faire venir des macons de Montréal ; de sorte que je ne pus jetter les fondations de mon église qu’au mois de Juin 1832. Cette eglise a ro0o pieds de longueur sur 43 de largeur en dedans ; elle est sur un terrain de 25 acres, donné par Lord Selkirk ; cette Eglisè à la quelle jai fait travailler tous les ans selon mes moyens n’est pas encore finie; ses murs se finiront peut être pendant le cour de l’été prochain 1836. ma souscription du Canada à la quelle se joignirent les dons de l'association de la foi de Lyon , qui commenca à m’allouer une part dans ses distributions annuelles en 1830, ne fut pas employée uniquement à la construction de cette Eglise: il me fallut avec cel argent pourvoir aux besoins de trois prétres, de deux filles parlant francois et sauvage, qui de puis “huit ôu neuf ans montrent à lire aux” petites filles et le catéchisme a toutes les personnes de leur sexe , soit en fran-
. 7 cois soit en sauvage: deux maitres d'école furent aussi payés sur cet argent ; enfin il fallut faire venir d’ Europe les livres necessaires pour ces ecoles. De plus les chapelles, maisons etc. construites aux deux autres missions mentionnées , plus haut, absorbèrent aussi une partie de [l'argent qui m'avoit eté mis en main. Me voyant au bout de mes finances 4 la fin de 1834. , je formai le dessein de passer en Europe pour exposer en personne les besoins de mes missions et la perspective du bien à faire dans ces contrées du nord. Quelques tems après que j'eus formé Île projet de ce voyage, je recus une requête de la part d’un certain nombre de Canàdiens et autres, anciens serviteurs de la compagnie ; ces chrétiens dont les femmes et les enfans sont infidéles me demandoient des prêtres pour les instruire ; ils sont établis dans les environs de la rivière Colombie qui descend des mortagnes de Roches et se jette dans Ÿ Océan pacifique. Le Gouverneur de la compagnie, au quel je montrai cette ‘requête, m'accorda aussitôt des passages gratis pour transporter des prêtres à cette grande distance, mais à condition qu'ils seroient canadiens. Tant de choses, qui s arrangeoient pour ainsi dire d'elles mêmes, m’ encouragèrent à entreprendre un voyage si long et pour le quel je ne sentois aucun attrait. Je quittai la Rivière rouge le r7 Aout 1835 et arrivai à Montréal le 12. Octobre. Je vis de suite l'Evêque de Québec au sujet de cette mission projettée sur F Océan pacifique. Comme ce territoire, du moins en grande partie, semble renfermé dans le diocèse de Québec, par la bulle de l'érection de cet Evéché, et que lEvêque de Québec le reconnoit dans un mémoire présenté à la Propagande le r7 Nov. 1819, l Evèque de Québec se décida à, ÿ envoyer deux prêtres qui doivent partir au mois d'Avril de la présente année. C’est pour mettre ces missionäires plus à l'aise, pour s’etendre dans ce pays qui n’est habité que par des sauvages, que lEvéque de Québec a demandé au.st. Siége‘ de joindre à mon district, et de mettre sous ma jurisdiction, tous les territoires au de là des montagnes de Roches, où aucune ligne reconnue dé:narque ou sépare le territoire des ŒEtats unis de ce lui. de la grande Bretagne, et aussi, sur les immenses terres sauvages qui avoisinent mon district où. le 49. dégré est la ligne des Etatsunis. Cette ligne reconnue ne va que jusqu’ aux montagnes de Roches. Jarnais cette immense‘*étendue de pays le long de L Ocean pacifique , de puis le Méxique jusqu’ au Nord, n'a été visité par . des missionaires catholiques. Ikÿ a malheureusement un ministre méthodiste, rendu dans le pays
de puis trois ans, de sorte qu’il est pressant d’y faire pas-
ser des prétres avec d’amples pouveirs, afin qu'ils ne soient P P'es P 9 q
pas génés dans l'exercice de leur ministère, dans un pays
où il faudra au moins trois ans puur avoir des réponses de
Rome. Des personnes dignes de foi, que j'ai vues, donnent une se È ? Te]. Jante
grande idèe de ce pays où tous les grains et même les fruits
des ‘pays chauds réussissent très bien. Probablement que par
‘ Ja suite il sera nécessaire d’ lacer un Evêque: il faut attenà dayp qu
dre les rapports qu’en feront les missionnaires. ‘Avec l'aide de Dieu, je me propose de visiter ce pays dans trois ou quatre ans. Les missionaires qui doivent partir au mois d'Avril prochain ont ordre de donner leurs soins, d'abord aux chrétiens du pays, dont les femmes et les enfans sont infidèles, et de s'appliquer en même tems à l'étude des langues du pays. Le Gouverneur de la compagnie m’a promis qu’ il donneroit des ordres pour que ces prêtres ne fussent pas exposés à manquer du nécessaire. |
La Rivière rouge qui donne assez communément son nom à cet-
te contrée, qu on appelle aussi Assiniboïa , est un pays de plaines ; il n° y a du bois que sur le bord des rivières, de sorte que l’on peut aller à cheval, et même en voiture au Mississipi , au Missouri, et même, m’a-t-on dit, jus qu’à l'Océan pacifique. Il y a dans ces immenses plaines différentes
nations sauvages qui vivent de la chasse des bètes sauvages
qui les habitent et sur tout des bufiles qui y vivent en très-
grosses bandes. Tous les ans, deux fois par été, qnatre ou :
cinq cents charettes, appartenant aux colons , vont se charger de la viande de ces animaux; ils la coupent par tranches et la font sècher au feu ou au soleil ; il faut la viande de dix vaches, pour fairè la charge d’ une chätrette ; cette viande sert de nourriture aux habitans du pays: la plus grande partie est achetée par la compagnie de ia Baies d Hudson, comme provision où munition pour ses. engagés dans les coins du nord qui manquent de cette ressource. ;
Le climat de ce pays est sain ; le froid s'élève en hiver jusqu’
à 35. de grés de Réaumur: la gelée commence à se faire sentir dès le commencement de Septembre ;. du deux au dix sept de ce mois , sont les époques. les plus avancées et les plus reculées où je l'ai vue de puis 1818. La neige couvre la terre vers
le quinze Novembre: deux fois je l'ai vue tomber abondamment.
le 15 Octobre; elle est toujours fondue au dix Avril; mais la
gelée, les vents froids etc. se font sentir le reste de ,ce mois
et la plus grande. partie du mois de Mai; le tems des grandes chaleurs est de puis le 15 Juin au 15 Aout; les longs
froids du printemps seront toujours un ébstacle , insurmontable pour la vigne , de pommier, le poirier etc. Les grands lacs de ces contrées sons très poissonneux ; aussitôt ‘que la glace est partie sur les rivières, qui se jettent dans ces lacs , le poisson les remontent en foule , et alors ceux qui sont sur les bords ‘dé. ces rivières: peuvent facilement, soit avec des filets, soit: avée des hami mgcons, trouver leur vie dans leau. Aux approches ‘Âde L hiver À poisson descend les rivières et retournent dans les Jacs ; alors les rivières ne fournissent plus la ressource de la pêche. :
Rome 12. mars 1936.
2% J. N. Ev. de Juliopolis.
Remarques et supplément au mémoire cidessus.
La mission de la Rivière rouge prit son premier élan au moyën .. d'une souscription qui circula en Canada, à la recommendation ©. de l'Evêque dé Québec en 1818. Les frais de trasports et ceux
qu'il fallut faire pour les fornitures de deux chapelles etc: absor-
bèrent tout le produit de cette souscription : : desorte qu'il n'y
avoit plus rien du tout lorsque j'arrivai à Montréal en Octobre
1820. J’empruntai donc quelques piastres pour m’acheter une
soutane, des souliers et un chapeau. En attendant ces trois ar-
ticles je fus obligé de rester au logis, tant étoient en mauvais
7 état ceux qu'ils devoient remplacer. Forcé de faire les frais de
mon retour ; après ma consécration en 1822. je dépensai tout
ce que j'avois épargné sur les révenns de la cure que j'avais .des-
servie pendant dix huit mois. Arrivé à la Rivière rouge, sans
aucune ressource, je me trouvai réduit à une pauvreté qui au-
roit été avilissante s’il avoit fallu la souffrir pour-nne autre cause.
Jus qu'en 1822. la compagnie avancoit , à crédit, aux colons, leurs besoins , sous la responsabilité de Lord Selkirek. C’est à dire que le compte des avances faites aux colons , étoit présenté à Lord Selkirk en Angleterre, le quel le payoit à la compagnie, ‘et luimême attendoit que les colons eussent le moyen de lui rembourser ses avances en produits du pays ou autrement.
En.1822. la compagnie mit en circulation des billets de papier monaie, et Cessa d'avancer à crédit aux colons, qui depuis cette époque ont payé comptant ce qu'ils ont pris au. magazin.
Me trouvant dans la nécessité de payer comptant et n ’ayant d’argent ni dans le päys ni ailleurs, je me vis forcé de me passer de tout. Cependant le Gouverneur de la compagnie ayant
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10 . | remarqué que je ne prenois rien , me fit dire de ne pas laisser tout partir au magazin et de prendre ce qui m'étoit nécessaire. Je lui fis répondre que n’ ayant aucun moyen de payer, je n'osois rien prendre. À lors il eut la politesse de me faire dire, de prendre ce qu'il me falloit et que je payeroïs quand je pourrois. Je pris donc en petite quantité des articles qui pouvoient étre considérés plus tôt comme propres à cacher ma pauvreté qu'à suppléer aux -besoïns de ma maison.
En 1923. Mr. Dumoulin mon:premier compagnon , retourna en
Canada et fut placé curé ; il adressa au clergé à son retour , une notice sur la mission , dans la quelle il fit voir qu’elle ‘donnait plus d espérance de réussite qu'on ne paroissoit alors le croire : il demanda en même tems du secours pour l'aider à
se soutenir, et réussit à\en obtenir. Ce fut la seconde souscri-
ption faite publiquement ep Canada ; la troisième fut celle que je fis en 1831. ;
n 1925. le Gouverneur de la compagnie ( George Simpson } qui avoit passé l hiver precédent à la Rivière rouge, se trouva plus en état de connoitre mes besoins et tâcha d'y suppléer. Il me fit allouer 5o. louis sterling annuels par.le conseil de la compagnie, qui se tient ordinairement à. la Factorerie d'York, sur la baie d'Hudson ; en outre une certaine quantité” deithé; sucre, café etc. qui m'a été continuée de puis. |
u mois de Juin 1835. le conseil de la compagnie tenu à la Rivière rouge , porta à 100. livres sterling annuelles la somme de Bo. que je recevois de puis 1825. Îl donna aussi roo. livres sterling une
fois payées, pour aider à finir mon Eglise, ce qui faisoient 200. li-'
vres sterling, votées pour cette-bâtisse, en y comprenant oo. livres votées en 1829. Ces dons genéreëx furent faits par la compagnie de son propre mouvement et sans aucune demande de ma part. [l'est bon de remarquer que tous les membres.de cette com-
pagnie sont protestants, à l’exception de quatre ou cinq qui sont catholiques:
Dans les commencemens de F établissement de la colonie , Lord
Selkirk y avoit fait passer, par la Baie d’Hudsôn, des animaux
domestiques. Ces animaux auroient pu étre dé jà passablement.
multipliés lorsque jy arrivai en 1818; mais ils avoient tous été détruits, dans les troubles qu’ éprouva la colonie en 18r4. de
sorte qu'il ny en avoit plus du tout, à mon arrivée. Dans l'au-
tomne 1818, on y amena de la Baie d'Hudson , un couple de cochons. Cet animal multiplie vite; en été il trouvoit facilerhent sa vie, mais en hiver, il falloit le nourrir et il n'y avoit ni grain ni légumes pendant plusieurs années ; de sorte que pour en conserver espèce nous étions obligés de les nourrir de Ja mème viande dont nous nous nourrissions nous mêmes.