CHAPITRE VI
De l'amalgame d'or et de sa préparation.
JL'amalgame d'or se prépare avec beaucoup de facilité. L'ouvrier pèse l'or fin qu'il veut dissoudre dans le mercure et qui doit être réduit en lames très - minces $ il le met dans un petit creuset {Jïg. 3., planche I) , sur un feu de charbon de bois allumé sur la paillasse de la forge ; il fait légèrement rougir le creuset (1), et y verse la quantité de mercure né-
(1) Ce creuset doit être d'un grain fin et assez uni pour que le mercure ne s'introduise pas dans ses pores, et pour que l'amalgame n'y adhère point. Quelques doreurs brasquent le creuset avec du blanc d'Espagne délayé dans de l'eau gommée > ou avec la composition dont on se sert pour épargner* et dont nous parlerons dans la suite-j d'autres se servent de terre à four } etc.
( 29 ) eessâire (1); il agite le mélange avec une baguette de fer recourbée en crochet {Jig> 4) > eîl laissant le creuset sur le feu, et le retire quelques minutes après , lorsqu'il sent que la combinaison est achevée ; il verse alors l'amalgame dans de l'eau (2), la lave avec soin , et en exprime , en la comprimant avec ses deux pouces contre les parois de la petite terrine (Jig- 5) où s'est fait le lavage, tout le mercure coulant qui peut ainsi s'en séparer.
L'amalgame qui reste sur les bords inclinés de ce vase est alors pâteuse au point de conserver les empreintes des doigts ; on la garde à l'abri de la poussière, et on l'emploie pour en charger la gratte-bosse et pour en couvrir les pièces de bronze que l'on veut dorer.
(1) Pour peser aisément la quantité juste de mercure que l'on veut employer , il faut se servir de la pipette en verre que l'on voit planche 1 , fig. 21. L'extrémité a de cet instrument n'est percée que d'un trou trèspetit , et qui ne laisse passer qu'un filet très-lin de mercure. On fait usage de cette pipette comme les marchanda de vin se servent de l'outil en fer-blanc qu'ils nomment ehantepleure } tâte-Uqueur ou pompe des celliers.
(2) Cette opération , que les doreurs jugent indispensable , sans pouvoir en dire la raison , a sans doute pour but de rendre l'amalgame pâteuse, en empêchant la cristallisation régulière , et en la rendant confuse au moyeu d'un prompt refroidissement.
L'ouvrier met ordinairement, pour faire* l'amalgame, environ 8 parties de mercure contre une d'or. C'est donc une amalgame avec excès de mercure qu'il prépare $ car l'on sait que cette combinaison, comprimée dans la peau de chamois, abandonne facilement assez de mercure pour ne plus contenir, au cent, que :
Mercure 33.
Or 67.
J'ai analysé de l'amalgame prise chez différens doreurs, et je l'ai trouvée en général composée, au cent, de :
Or 9 à 1 1 .
Mercure 91 à 89.
avec des quantités sensibles d'argent et de cuivre 5 mais on conçoit que ces proportions peuvent varier suivant la dorure que l'on veut appliquer sur le cuivre , puisque plus le mercure domine dans l'amalgame , plus la couche d'or qu'il laisse sur la pièce où on Ta appliquée doit être mince, et vice versa.
J'ai vu des ouvriers qui faisaient chaufïër le mercure avant de le verser sur l'or • d'autres , au contraire, l'y versaient avec un peu d'eau. Le premier procédé me paraît le meilleur,
parce qu'il favorise la combinaison , qui est au reste si facile, qu'on l'opère toujours bien, quel que soit le procédé que l'on emploie (1).
Le mercure qui coule et se sépare de l'amalgame sous la pression des doigts contient beaucoup d'or en dissolution 5 c'est une amalgame avec un grand excès de mercure : on s'en sert soit pour refaire de nouvelle amalgame, soit pour couvrir les pièces de cuivre qui n'ont besoin que d'être très-légèrement dorées.
Quoique la préparation de Fainalgame se fasse facilement et à une basse température, elle n'en est pas moins à redouter pour la santé des ouvriers. On peut éviter de répandre dans l'atelier les vapeurs qu'elle donne, en la faisant sous le manteau de la forge et dans l'endroit où le courant d'air y est le plus rapide. L'ouvrier doreur éviterait encore une légère cause d'insalubrité en ne comprimant son amalgame qu'au moyen d'une peau de chamois , ou en se couvrant les mains avec des gants de peau , de vessie , ou de taffetas ciré ?
(i) M. de Tingry a proposé de préparer l'amalgame d'or dans une fiole ou dans un petit matras ; il évite ainsi toute perte de mercure et toute cause d'insalubrité dans cette opération. {Voyez Mémoires de la Société établie à Genève pour l'encouragement des arts , tome I, page 85, )
ou au moins en se lavant les mains après cette opération.