‹ Mémoire sur l'ergot de seigleChapitre 3 sur 3 · CO · texte numérisé non relu

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nous n’obtinmes pas complet le résultat que l’absence d’obstacles au canal nous avait fait espérer. Faut-il attribuer cet insuccès à la grande vieillesse du sujet, à la mauvaise qualité de l’ergot , à un manque d’aptitude de l’économie a l’action du remède? Nous ne savons. Ce qui est certain , c’est que malgré le cathétérisme répété , malgré des sondes volumineuses laissées a demeure , malgré des frictions stimulantes sur l’hypogastre , le malade avait encore son iscliurie quand il est retourné dans son village.

Art. 3. — De l'ergol de seigle contre les paralysies de

l intestin rectum.

Je n’ajouterai rien à ce que j’ai déjà fait pressentir sur les avantages qu’on peut percevoir de l’emploi de Fergot contre certains états atoniques ou de paralysie de l’intestin rectum qui . par la perte de la force contractile de ses fibres musculaires , peut occasionner des rétentions de matières fécales , par le même mécanisme qu’a lieu la rétention de l’urine dans l’ischurie par paralysie vésicale. Quoique , comme je l’ai déjà fait remarquer , les applications doivent en être rares , elles peuvent néanmoins se présenter, comme tend à le démontrer la treizième observation qui, si elle n’avait pas été encore relatée , aurait trouvé naturellement sa place

A ht. 1. — De l ergot de seigle contre l'inertie utérine et les états pathologiques qui en dépendent.

S il était devenu nécessaire , connus encore , de démontrer,

à cause du peu de faits par des observations ,

les bons effets que l’ergot pouvait produire contre les paraplégies et les paralysies de la vessie et du rectum, il ne saurait en être de même par rapport a certains états morbides de la matrice contre lesquels cette substance a été bien souvent administrée ; car , dans ces cas , l’expérience s'est trop prononcée en sa faveur. Gomme cependant quelque vague règne encore touchant certaines de ses applications dans ces maladies , je vais tâcher d’éclaircir cette matière à l’aide des notions que nous possédons sur son mode d’agir.

L’ergot de seigle étant , par le moyen des nerfs utérins , un agent excitateur de la matrice , un stimulant de sa contractilité , on conçoit que son emploi doit être réservé pour les maladies de cet organe qui se lient a un état d’asthénie ou plutôt d'inertie utérine , en prenant ce dernier mot dans son sens le plus étendu , savoir comme significatif de l’affaiblissement de la force tonique de la matrice ou de sa contractilité. 11 nous suffira de parcourir le cadre des diverses applications de l’ergot aux affections utérines , pour comprendre qu’en effet c’est dans cet état que se classent les diverses indications de son emploi.

1° On sait qu’un des effets les plus fréquents de l’inertie utérine , c’est la suspension des douleurs ou de la contraction de la matrice , pendant le travail de l’accouchement , suspension qui dépend tantôt d’une asthénie purement locale , la femme conservant encore toutes ses forces , et tantôt de l’épuisement que procure une parturition pénible et longtemps continuée , la matrice alors excédée tombant dans un état d’impuissance complète qui ne lui permet plus de réagir sur le corps à expulser. Or, lorsqu’un pareil état

existe , le rôle de l’accoucheur est de réveiller les contractions utérines , et meme de se hâter d’atteindre ce but , s’il y a lieu de présumer que , par la rareté et la faiblesse des douleurs , ou mieux encore par leur absence totale , l'accouchement sera démesurément long. Notre manière d’envisager l’action de l’ergot nous met tout de suite en voie de le recommander dans ce cas ; et en cela , nous nous accordons pleinement avec ce que l’expérience a depuis longtemps sanctionné. On peut dire , en effet , sans erreur , que l’immense majorité des praticiens re:ourt alors â l’ergot de seigle avec autant de confiance qu’ils recourraient a l’opium pour calmer des douleurs , ou à la scille et à la digitale pour pousser aux urines. On remplit ainsi directement le but désiré en substituant aux contractions naturelles qui manquent celles de même nature que provoque le seigle ergoté. Administré dans des cas de ce genre , il est très-commun de voir promptement de vives douleurs utérines se manifester après un travail ralenti ou suspendu depuis un temps plus ou moins long , et l’accouchement s’effectuer en peu d'instants. L’expérience démontre , en effet , que les contractions qu’il excite se déclarent de huit minutes à demi-heure (1).

Mais il ne faut point oublier que ce n’est pas d’une manière aveugle qu’il doit être administré pour hâter l'accouchement. Agent thérapeutique puissant , il doit à l’énergie même de ses propriétés d’être utile ou préjudiciable suivant la manière dont les indications qui

(i) Sur iBcas, Ollivicr-Prescot , a vu Cotte action se manifester une fois après 8 minutes, sept fois après îo , trois fois après 1 1 » trois fois après i!5, quatre fois après *2 >.

ie recommandent sont saisies. Si , en même temps qu’il y a suspension des douleurs utérines dans la parturitîon , on reconnaît que le bassin est bien conformé ; que les parties molles n’offrent elles-mêmes aucun obstacle réel ; que le col de l’utérus dilaté est en même temps mou , exempt de rigidité ; que la poche des eaux est rompue , et qu’il y a une présentation naturelle de la tête ; que celle-ci est avancée dans le détroit supérieur et même dans l’excavation ; que la femme peu irritable a eu déjà les parties que doit traverser l’enfant distendues par des accouchements antérieurs , et qu’il ne manque à celle-ci que les contractions utérines pour se débarrasser du fœtus , il n’y a pas lieu de balancer à administrer l’ergot. On sera même dans les conditions les plus favorables , et , loin d’avoir a redouter des accidents , on sera utile à la mère et a l’enfant , en les délivrant tous les deux promptement des lenteurs d’une parturition suspendue. Il est même vrai de dire que toutes ces circonstances favorables ne sont pas rigoureusement nécessaires pour l’administration de eette substance. Si l’on aime alors sans doute cle trouver une présentation par la tète , il ne faut pas ignorer d’autre part que M. Levrat-Perraton et d’autres après lui ont eu k se louer cle l’avoir donné dans des cas de présentation podalique , de telle façon qu’on doit dire d’une manière générale qu’on peut recourir a l’ergot dans tous les cas où l’accouchement pourrait se terminer par les efforts cle la nature, s’ils étaient assez énergiques , ou en d’autres termes, lorsque l’absence des contractions utérines est le seul obstacle a l’expulsion de l’enfant. Quant ensuite aux applications particulières, c’est au

génie et a l’expérience du médecin accoucheur de distinguer leur opportunité.

2° On s’est encore demandé si les convulsions puerpérales constituent un obstacle a l’emploi de l’ergot ; et , à ce sujet , les opinions ne sont pas encore tout à fait d’accord. Cependant il nous paraît que la connaissance de son mode d'agir est propre a guider , dans ce cas , la conduite des praticiens. On comprend, en effet , qu’il devra être indiqué s’il est reconnu que l’état convulsif coïncide avec un état de paresse utérine qui retarde l’accoucheinent. Pouvant alors, en effet, détruire la cause , il fera cesser par là même l’effet ou l’état convulsif.

Comme ensuite les conclusions puerpérales tiennent souvent à l’état de plénitude de la matrice , à la longueur de l’accouchement et à l’irritation utérine qui en est la conséquence , quelques accoucheurs , M. Duparque entre autres, n’ont eu, dans ce cas , qu’à se louer de l’administration de l’ergot qui , en réveillant les coetractions de la matrice ou les activant , l’aidait à se débarrasser du corps dont la présence occasionnait l’état convulsif. D’un autre part, M. Bayle, dans le travail touchant le seigle ergoté qu’il a inséré dans la Bibliothèque de Thérapeutique , énumère cinq observations d’accouchements compliqués de convulsions où l’ergot , faisant terminer le travail qui restait stationnaire , a en même temps fait cesser l’état éclampsique.

De ces faits , il doit être conclu que les convulsions puerpérales ne contre-indiquent pas par elles-mêmes l’usage de l’ergot. C’est au praticien à savoir reconnaître si rien dans l'état de la femme ne peut mettre obstacle à son administration. Voici une observation

extraite de ma pratique qui peut se rapporter aux cas dont il s’agit :

Mme...... sanguine, très-nerveuse, ayant été plu-

sieurs fois sujette à des convulsions , et mère déjà , avait les douleurs de l’accouchement depuis vingt heures, mais lentes et faibles. Depuis huit heures le col utérin offrait la dilatation d’une pièce d’un franc. Cependant le toucher permettait de reconnaître une bonne position de la tête de l’enfant. Des douleurs se déclaraient bien de temps en temps , mais c’était des douleurs de reins ou des douleurs lombaires qui étaient sans effet sur la matrice. Elles fatiguaient même inutilement la malade dont les yeux se mouillaient de larmes d’impatience en voyant tant de lenteur dans ce travail. Mais , voilà que tout à coup sa figure s’anime , sa tête se renverse , son cou se gonfle , ses yeux roulent dans leur orbites , les dents grincent , les membres se roidissent et tremblent , et peu après la malade immobile ne répond plus aux questions qui lui sont adressées. — Je crains d’assister au commencement d’une éclampsie : cette appréhension était d’autant plus fondée que , dans un accouchement précédent , des convulsions graves s’étaient déclarées. Cet état cessa cependant au bout de cinq ou six minutes.

Certain que la lenteur du travail de l’enfantement et les fausses douleurs qui se manifestaient sans profit étaient la cause de l’état convulsif qui m’inspirait , ainsi qu'aux assistants , des craintes sérieuses ; convaincu , d’autre part , que l’indication la plus importante à remplir était de hâter l’accouchement , attendu que le col utérin était souple , j’administrai , sans retard , un gramme d’ergot de seigle , qui fut pris en deux fois à dix minutes d’in-

tervalle. Peu après , dans quelques minutes , une nouvelle crise nerveuse semblable a la première se déclare encore , et se termine par une abondante effusion de larmes.

Cependant l’action du remède se fait sentir prochainement : un quart d’heure après son ingestion , une bonne douleur, telle qu’il n'en était pas survenu de pareille pendant toute la nuit , se déclare et vient ranimer l’espoir de la malade. Elle est le prélude de beaucoup d'autres qui la suivent fortes et fréquentes. Une heure à peine s’était écoulée depuis l’administration de l’ergot , lorsqu'un enfant à terme et volumineux naquit plein de vie et de santé. Pendant ee temps , il n’y eut plus de traces de convulsions.

Il ne saurait, ce me semble, devenir douteux que, dans ce cas , l’ergot de seigle n’ait réveillé les véritables douleurs utérines , et , en activant le travail languissant et même suspendu , n’ait mis fin à un état convulsif qui eut pu avoir les suites les plus graves.

3* Un autre effet de l’affaiblissement des forces toniques de l’utérus , c’est le retard de la sortie du délivre , quelle qu ait été la cause de cet affaiblissement. Les contractions qui doivent produire le décollement et l’expulsion du placenta n’existant pas ou étant trop faibles et trop éloignées , il y a pleine indication de recourir aux moyens qui peuvent réveiller la force contractile de la matrice : car , si dans ce cas , on fesait des tractions un peu fortes pour retirer le délivre , on produirait presque infailliblement le renversement de l’utérus, si les adhérences du placenta résistaient; et, dans le cas contraire , on aurait à craindre une métrorrhagie toujours inquiétante. Or , c’est encore ici

que l’ergot de seigle, en vertu de la propriété que nous lui avons reconnue , devient parfaitement indiqué. Administré alors seul ou associé aux autres moyens conseillés généralement , il contribue puissamment à réveiller les contractions qui décollent le placenta et préludent à son expulsion prochaine. Les observations sont déjà nombreuses qui témoignent de son efficacité dans cette circonstance. — Nous pourrons en dire autant de son utilité pour aider la matrice k se débarrasser du placenta , que son volume ou sa forme retiennent dans la matrice , ou dont la sortie ne peut être favorisée par des tractions suffisantes sur un cordon ombilical trop faible ou trop peu consistant. — Disons donc , en un mot , que toutes les fois que le manque ou l’insuffisance des contractions utérines occasionnent la rétention du délivre , l’usage de l'ergot, sera indiqué. C’est la un point de pratique que de nombreux témoignages ont déjà suffisamment éclairci.

4° On a eu encore l’heureuse idée de mettre à contribution la propriété qu’a l’ergot de provoquer les contractions utérines , pour débarrasser plus facilement sa cavité des corps étrangers qui y étaient contenus, tels que caillots sanguins , môles , etc. Le succès a souvent couronné ces tentatives. Quelques praticiens ont même utilisé cette substance pour parvenir plus sûrement à l’excision des polypes utérins. Je rappellerai a ce sujet une observation fort curieuse , communiquée par le docteur Montegnie , médecin à Mons, aux Annales de la société de Médecine de Gand , dans le courant de 1839. Ce praticien , appelé auprès d’une malade qui éprouvait de fortes douleurs dans les aines , les lombes , le pubis ; qui de plus avait un écoulement

vaginal abondant , et se trouvait dans un état d’affaiblissement prononcé , n'eut pas de peine à reconnaître, par le toucher, un corps dur, très-résistant, arrondi et volumineux , qui était engagé dans le col de la matrice dilaté , lequel formait un bourrelet tout au tour. Il diagnostiqua sans peine un polype utérin , malgré l’opinion de quelques collègues qui croyaient a une descente de matrice. Or, cette dame éprouvant depuis quelques jours de véritables douleurs expultrices , le médecin saisit cette indication et administre l’ergot de seigle pdur les favoriser. Il en fut pris 4 grammes dans deux jours. Sous l’influence de cet agent excitateur , la matrice , dont les douleurs se réveillèrent énergiques , finit par chasser , jusqu’à l’ouverture des grandes lèvres , le polype qui était du volume d’une orange , d’un tissu fibreux très-dense , rugueux et excorié à sa surface. On sentit bientôt , à travers le museau de tanche largement dilaté , le fond de la matrice et l’implantation du polype sur ce point , ce qui permit d’en faire facilement l'excision , après en avoir étreint le pédicule par une ligature.

Cette observation est propre à encourager les chirurgiens à imiter la conduite de M. Montegnie , si un cas pareil se présentait dans leur pratique.

5° Le seigle ergoté doit-il être employé contre les hémorrhagies utérines ? L'état de la science permet de répondre affirmativement pour la généralité des cas. Nous savons en effet , que le docteur Atlec , à Philadelphie ; le professeur Bigeschi et M. Balardini , en Italie ; M. Guillemet , en France , etc. , s’appuyant sur la foi de leurs essais , l’ont recommandé comme un des moyens les plus efficaces pour combattre les métror-

rhagies à la suite des accouchements Depuis les faits publiés par ces médecins , beaucoup d’autres se sont fait connaître , entre autres les observations de MM. Ollivier , Doumère , Delaporte, Levrat-Perraton , Duparcque , Paul Dubois , etc. , tendant toutes à conseiller cet agent thérapeutique pour la meme indication. Et , non-seulement on l’a recommandé contre les métrorrhagies puerpérales , mais encore contre celles qui ne l’étaient pas , lorsque ces dernières ne se liaient point à un excès d’irritation de la matrice. Ainsi , voyons-nous que dans la statistique que M. Bayle a dressée, dans sa Bibliothèque de Thérapeutique , relativement aux faits publiés jusqu’à ce jour touchant l’ergot de seigle employé contre les métrorrhagies, il est question de vingt-quatre hémorrhagies puerpérales qui toutes furent arrêtées par l’ergot , et de quarante-six non puerpérales , dont deux seulement persistèrent. Lorsque les chiffres parlent de la sorte , on ne saurait s’empêcher de convenir de ses propriétés anti-métrorrhagiques.

Lorsque , au reste , ce médicament est ainsi recommandé , on ne saurait point entendre qu'il fallut tou jours s’en tenir seulement à son administration. Ainsi, dans ces cas d’hémorrhagies graves qui , par leur abondance , peuvent tuer rapidement , il y a ordinairement et toujours indication, sans négliger, si on veut, l’ergot, de s’adresser à des moyens plus expéditifs. C’est au génie de l’homme de l’art à saisir à propos les indications qui doivent alors le diriger , pour conjurer une catastrophe incessante. C’est , au reste , parce qu’il est agent contractile de l'utérus , que l’ergot est antimétrorrhagique. De là, sa contre-indication dans les

métrorrhagies actives, à moins qu’on n’ait, au préalable , combattu ou laissé se dissiper l’hypersthénie de la matrice.

6° La leucorrhée est encore une des maladies utérines contre lesquelles l’ergot de seigle a été administré, et , dit-on, avec succès. D’après le docteur Bazzoni , sur huit malades , dont la plupart souffraient d’écoulements abondants et qui duraient depuis longtemps , sept furent guéries.

M. le docteur H. Belloc , d’autre part , déclare avoir vu lui-même, a l’Hôtel-Dieu de Paris (1), ce médicament arrêter , la plupart du temps , les écoulements leucorrhéiques contre lesquels il était administré. Ces témoignages encouragent à ne pas en négliger l’emploi dans des circonstances pareilles. Au reste , l’action tonique qu’exerce l’ergot sur l’utérus explique fort bien comment ces écoulements , le plus souvent produits par un état asthénique de la matrice , peuvent heureusement être modifiés par une substance qui a la propriété d’exciter les contractions fibrillaires de cet organe.

7° Disons aussi que le docteur Enrioti , médecin à Biella , et quelques autres après lui , ont publié des faits relatifs à l’emploi avantageux de l’ergot dans l’aménorrhée , à cause sans doute que celle-ci est entretenue ou causée le plus souvent par un état asthénique de la matrice. Stimulant naturel de cet organe , son action anti-aménorrhéique se comprend par cette

(i) Journal des Connaissances Médico-Chirurgicales , 3me année , [>ag. 288.

qualité même. De la , l’indication de ne pas 1 administrer si l’aménorrhée dépendait d’un état de phlogose ou de congestion utérine. 11 nous paraît toutefois que , dans l’aménorrhée par inertie utérine , les ferrugineux , qui ont une action tonique sur tout l’organisme , pourraient offrir de plus sûres garanties.

8° Il est encore quelques maladies contre lesquelles on a voulu employer l'ergot , et , au dire des expérimentateurs , ce n’aurait pas été sans succès. On l’aurait ainsi préconisé contre l’hémoptysie, l’épistaxis ( Helliot, de Stokolm et Huss ) ; contre les diarrhées chroniques ( Stout ) ; contre l’œdème des extrémités inférieures ( M. Gourhaut ) ; contre les fièvres intermittentes ( Mu lhausen ); contre l’hystérie ( M. Lonicière ). Quoique devant l’expérience et l’observation nous inclinions volontiers notre raison , cependant , après avoir parcouru attentivement les faits publiés a ce sujet , et avoir nous-méme fait quelques essais rares pourtant, dont le résultat a été nul , comme nous nous y attendions , nous pensons qu’ils n’ont pas assez de valeur pour mériter croyance , et que ces auteurs , déjà dominés par des idées préconçues , auront attribué à l’ergot des guérisons dépendantes plutôt d’autres moyens employés simultanément ou des seuls efforts de la nature. De ce que l’ergot de seigle arrêtait les hémorrhagies utérines ; de ce qu’il accélérait l’expulsion des urines ; de ce qu’il fesait cesser quelquefois l’éclampsie en hâtant l’accouchement , etc. , on aura conclu à des propriétés astringentes , diurétiques ou anti-convulsives. De là , l’idée de l’employer contre les pertes sanguines de toute nature , les flux muqueux , les convulsions autres que les puerpérales , etc. Mais comme ces ma-

ladies sont tout à fait hors de la sphère des états morbides sur lesquels l’ergot de seigle , d’après la connaissance que nous avons de son action , peut réellement avoir de l’effet , on doit , ce nous semble , considérer ces propriétés comme à peu près chimériques , et comme adoptées par un engoûment non raisonné.

§ IV. — De quelques obj ec lions Jailes à l'ergot de seigle.

Après m’être ainsi occupé des avantages qu’on peut tirer de l’ergot, de seigle , je ne saurais me passer de dire un mot sur quelques objections qui sont faites à cette substance , et qui, si elles étaient fondées, ne manqueraient pas d’être assez graves pour détourner souvent de son emploi. Ainsi , on lui a reproché de produire quelquefois l’inflammation de l’estomac , sa gangrène , celle de quelqu’autre partie du corps , l’in" flammation de la matrice, celle du péritoine, la déchirure du périnée , de l’utérus , la mort de la femme , de l’enfant , et enfin d’être un abortif dangereux. Des observations même , bien rares à la vérité , sont de temps en temps consignées dans les journaux de médecine ,, qui sembleraient prouver en faveur de ces assertions. Eh bien ! nous ne croyons point du tout à la vérité de ces reproches , quand l’ergot est prescrit en temps opportun et avec les précautions que demande l'administration d’une substance médicinale quelconque. Et notre opinion à nous , qui depuis plusieurs années remployons d’une manière large et continue , peut avoir quelque valeur en cette matière. Or, nous n’avons jamais eu à déplorer jusqu’à ce jour d’accident d’aucune es-

pèce ; car nous ne saurions regarder comme tels , quelques envies de vomir , quelques légères pesanteurs de tête qui suivent quelquefois son administration. Ainsi, quant a Finflammation de l’estomac , nous ne l’avons jamais vue survenir par suite de son usage, bien moins encore la gangrène de cet organe : nous mettons même sérieusement en doute s’il y a , dans cette substance , quelque chose d’irritant, puisque , quoique nous l’ayons donnée pendant plus d’un mois à, dose progressive et continue , nous n’avons jamais vu s’en suivre le plus léger indice de gastrite.

Quoique le reproche qu’on lui a encore adressé de produire des accidents gangréneux sur d’autres parties du corps ait été plus accrédité , en ce sens qu’il rappelait les épidémies d’ergotisme gangréneux, nous le regardons comme aussi peu fondé , ne pensant pas que les plus fortes doses auxquelles la thérapeutique conseille de recourir puissent jamais développer des accidents de cette nature. Ces doses sont , en effet , bien minimes comparativement à ces quantités énormes qu’en prenaient quotidiennement les individus dont le pain, qui leur servait d’aliment, en contenait quelquefois pour un cinquième, un quart, un tiers de son poid. Aussi, quand M. Reynaud, interne de l’Hôtel-Dieu de Paris , est venu mettre sous les yeux de l’académie , dans sa séance du 31 mars dernier, des pièces anatomiques et des planches relatives à un cas de gangrène sèche de la face et des fosses nasales , développée chez une nouvelle accouchée qui , ayant avalé l’insignifiante dose de 3 décigrammes d’ergot de seigle, avait succombé aux accidents gangréneux qu’il croyait produits par ce remède , nous n’avons pu nous em-

pécher de croire à une inexacte interprétation du fait : il nous a semblé plus rationnel de reconnaître une coïncidence totalement fortuite de la gangrène avec l'administration de l’ergot , celui-ci , k raison de sa minime quantité , n’ayant pu qu’être étranger a un pareil accident.

N’aura-t-on pas pris également le change par rapport a l’inflammation de la matrice et du péritoine qu’on lui a attribuée ? On sait que souvent , a la suite d’un accouchement un peu laborieux , la métro-péritonite n’est point rare, alors même que le seigle ergoté n’a point été prescrit. Quoi d’étonnant dès lors que cette maladie se déclare malgré l’administration de cette substance ? Aussi , vouloir dans ce cas lui attribuer la production de la métrite , nous paraît une erreur. On serait plus dans le vrai si on disait que, par sa vertu accélératrice de la parturition , ce médicament la prévient au contraire bien souvent.

Ptelativement à la déchirure du périnée dont on veut encore charger l’ergot , nous dirons qu’on la préviendra par les mêmes précautions qu’on emploirait dans le cas où l’ergot n’aurait pas été administré. Et s’il est réellement capable de produire par fois la rupture de l’utérus , ce n’est que dans l’état de squirre ou de cancer, ou de rigidité bien marquée de son col , cas dans lesquels il y a précisément contre-indication de son emploi.

On ne saurait plus croire maintenant que la mort de la femme et de l’enfant , soit jamais l’effet direct de l’ergot bien administré. Hâtant, au contraire, l'accouchement dans des circonstances difficiles , il produit réellement plutôt un effet contraire, en communiquant

à la matrice une activité qui lui manque et qui pourtant lui est nécessaire.

Il est mieux démontré peut-être que l’ergot est réellement une substance abortive dans certains cas. Une pareille propriété semble découler même de sa vertu excitatrice de la contractilité fibrillaire de l’utérus* Mais il ne saurait être rien conclu de-ià contre son emploi , attendu que , comme l’a soutenu dernièrement le docteur Chailly , à la Société de médecine de Paris , et comme le pense M. Villeneuve , il peut y avoir quelquefois indication d’accélérer l’avortement devenu inévitable. Quant ensuite à l’abus quf pourrait être fait de cette substance , on ne saurait s’en prévaloir contre son emploi thérapeutique. De ce qu’on abuse des meilleures choses , il serait absurde de conclure à leur proscription. Ajoutons , au reste , que, si bien des gens croient aux propriétés abortives de l’ergo^ de seigle , il en est d’autres qui pensent qu’il peut arrêter dans son principe un travail abortif , en favorisant et régularisant la vitalité utérine. C’est ce qui découlerait d’un travail sur le seigle ergoté dans la métrorrhagie , inséré l’an dernier dans le Bulletin médical du midi.

En résumé et pour en finir , nous établirons les quelques propositions suivantes qui découlent naturellement de nos recherches pratiques sur l’ergot de seigle :

1° Ce médicament , employé modérément ou à dose thérapeutique , doit être considéré comme un agent excitateur du système nerveux rachidien , c’est-à-dire , de la moelle épinière et des nerfs qui en émanent ;

2° Cette excitation est susceptible de se transmettre , par le moyen des nerfs qui ont leur origine dans le

prolongement rachidien , on par les plexus qui en émanent , aux organes auxquels ils vont porter l’innervation ;

3° C’est en vertu même de cette propriété démontrée par l’observation et l’expérience , que l’ergot de seigle est appliqué avantageusement , non-seulement contre l’inertie utérine , mais encore contre certaines paraplégies , certaines rétentions d’urine et même certains états asthéniques de l’intestin rectum ;

4° Ses effets sur la matrice consistent dans l’excitation , a l aide des nerfs utérins qui la lui transmettent, de sa contractilité fibrillaire qui , pendant l’accouchement et même pendant le travail de l’avortement , c’est-à-dire , quand l’organe est disposé aux contractions expultrices , se produit avec rapidité et énergie , tandis qu’en d’autres phases de l’asthénie utérine , son action moins active, quoique de même nature, est utilisée pour arrêter la métrorrhagie , les flux leucorrhéiques , provoquer les menstrues , etc. ;

5° Son mode d’agir sur la vessie est de même nature : cet organe est-il dans des conditions physiologiques , la légère stimulation qu’il en éprouve se manifeste par des envies plus fréquentes d’uriner , qui ont été prises à tort pour un effet diurétique, tandis que, s’il y a ischurie par paralysie , le stimulus plus vivement ressenti redonne à la vessie sa contractilité première ;

6° Une action thérapeutique pareille, dans les cas de paraplégie , indique que l’ergot ne saurait s’appliquer contre ces maladies , comme au reste le démontre l'expérience , que lorsqu’elles sont symptomatiques d’un manque d’action fonctionnelle de la moelle épiniére plutôt que de lésions organiques encore exis-

tantes. Ses effets se manifestent alors par de petites secousses , des tiraillements musculaires des membres inférieurs et autres indices de l’excitation qui leur est transmise ;

7° Exempt par lui-même , quand il est administré a dose modérée , de ces dangers dont la prévention a voulu le charger, vis-à-vis de la mère et de l’enfant, ainsi que de toutes qualités vénéneuses ; l’ergot de seigle convenablement prescrit constitue un des médicaments les plus utiles que la matière médicale puisse mettre à la disposition des praticiens ;

8° Si nous devons en juger par quelques essais comparatifs , le moyen le plus sûr et en même temps le plus simple de l’administrer , est de le donner en poudre récente , à la dose , en commençant , de 7 5 centigrammes ou d’un gramme , suspendu dans un peu d’eau seule ou d’eau rougie. Si cependant l’état pathologique que l’on veut combattre s’accompagnait d’une asthénie générale prononcée , on pourrait utilement le donner dans un liquide tonique ou astringent selon l’indication.

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