‹ Mémoire sur l'hydrochlorate de baryte contre les maladies scrofuleusesChapitre 1 sur 1 · DANS · texte numérisé non relu

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LES AFFECTIONS SCROFULEUSES,

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Il est , en thérapeutique , certaines substances qui offren celle particularité digne de remarque, que, vantées outre mesure par certains hommes de l’art, qui cependant n’ont pas eu l’intention de tromper, elles sont d’autre part regardées comme totalement inertes par d’autres médecins, qui, de même que les premiers , se sont néanmoins basés sur l’expérience pour porter leur jugement contradictoire.

L’hydrochlorale de baryte, dont je vais m’occuper dans ce travail , peut à bon droit compter parmi ces substances. Si, en effet, nous voulons rechercher, dans la pratique et dans les écrits des médecins expérimentateurs, des renseignements louchant ce médicament, nous voyons queCrawfort , Clarke, Pearson , Hufeland, Smith, Slarke, etc., en Angleterre ou en Allemagne, Verdié , Fournier-Pescay , Pinel, Ilébréard et MM. Baudelocque, Lisfranc, etc., en France , l’ont vivement recommandé contre les affections scrofuleuses , tandis que , moins heureux dans leurs essais que ces praticiens , les docteurs Portai , Alibert , Guersunt

en France, et Chapman , dans les États-Unis, déclarent l’avoir administré sans avantage marqué, et le considèrent en quelque sorte comme dénué de propriétés médicamenteuses. Que conclure cependant de faits si évidemment disparates ? Faut-il penser que les uns ont énoncé des faits dont ils n’avaient pas été réellement les témoins, ou que les autres se sont laissé induite en erreur par un mode vicieux d’observation , ou bien encore que c’est un médicament en quelque sorte capricieux qui accorde aux uns des avantages qu’il refuse aux autres? Nullement, les choses ne se passent véritablement pas ainsi. Les expériences pratiques que nous avons eu occasion de faire sur cette substance nous ont démontré que c’est par une interprétation plus naturelle et plus rationnelle que cette espèce de bizarrerie thérapeutique doit s’expliquer. Les succès énoncés par les uns sont réels aussi bien que les insuccès des autres ; mais les différences dans les résultats tiennent seulement aux circonstances dans lesquelles on a administré celle substance , à la qualité des symptômes existants de la maladie scrofuleuse , a la disposition individuelle des sujets, etc.

Lorsqu’on est en face d’opinions tellement contradictoires au sujet de l’hydrochlorate de baryte , la première question qu’on doit' s’adresser est celle-ci : l’hydrochlorale de baryte est-il réellement un agent doué de propriétés médicamenteuses ? Eh bien ! la réponse à celle question ne saurait être un instant douteuse pour nous. Oui , c’est un anti-scrofuleux, même des plus puissants , lorsqu’il est administré avec les indications qui doivent réclamer son emploi. Et, si cet emploi n’a pas toujours répondu à l’attente des praticiens, c’est qu’ils n’avaient pas suffisamment étudié la portée et la valeur de ces indications. Nous ne craindrons pas d’a-

vouer ici nous-mêmes que si nous avons obtenu de son administration des guérisons parfois fort remarquables , nous avons aussi éprouvé des insuccès complets. Nous avons ainsi réalisé , dans notre pratique , les succès et les insuccès signalés par les précédents observateurs. C’est même parce que nous avions lieu d’être surpris de celle différence si frappante dans nos résultats, qu’en médecin jaloux de connaître à quelles causes elles pouvaient tenir, nous avons dirigé notre attention vers ce but, et nous sommes ainsi parvenu peu à peu , nous le croyons du moins, à la connaissance des conditions qu’exige son emploi pour que la guérison ou au moins une amélioration bien notable s’en suive. Peut-être même trouvera-t-on qu’en cela nous aurons, résolu un problème thérapeutique important. Voici conséquemment ce que nous avons observé et ce qu’on peut remarquer comme nous.

Si, en administrant l’hydrochlorate de baryte, on veut se rendre quelque peu raison des effets qu’il produit sur l’organisme, on ne larde pas à reconnaître qu’il a une action inverse de celle des autres anti-scrofuleux# L action de ceux-ci, en effet, est généralement excitante; elle tend à stimuler la circulation , à activer le jeu des organes, à tonifier tout le corps ; aussi sont-ils généralement pris dans la classe des excitants généraux et des toniques. L’hydrochlorale de baryte est au contraire plutôt un sédatif, un anli-phlegmasique , un contre-stimulant.

Lorsqu ’en effet on administre celte substance, la circulation se ralentit d’une manière sensible, au moins le plus souvent, le poulsdevienl moins fort, moins fréquent, la chaleur de la peau un peu moins prononcée; on voit souvent de vives douleurs occasionnées par la phlegmasie scrofuleuse s’apaiser par son usa-

ge; enfin, il convient généralement, pendant le lempsdeson administration , de recommander l’abstinence des viandes , des liqueurs fermentées et des divers excitants , quoique cependant on les conseille dans les affections scrofuleuses, parce qu’il faut que le régime soit adapté au mode d’agir des médicaments, et qu’un régime stimulant s’allierait mal à un agent médicateur qui jouirait de propriétés stimulantes.

Quant à celle propriété contre-stimulante que nous reconnaissons à l’hydrochlorale de baryte, nous ferons remarquer que d’autres observateurs , MM. Pcroudé et Lisfranc entre autres, l’avaient reconnue avant nous. Nous ne ferons donc que constater un fait d’observation non douteux.

Le raisonnement et l’étude du mode d’agir de l’hydrochlorate de baryte sur l’économie indiquent donc déjà que , lorsque les symptômes scrofuleux se lieront à une constitution affaiblie, débilitée, apauvrie, il ne saurait convenir; car il ne ferait qu’hyposlhéniser davantage; c’est au reste un fait que l’expérience nous a souvent démontré.

Or, ayant été chargé, il y a à peu près une année, dn service de santé de l’hospice de la Charité de notre ville, hospice peuplé d’enfants trouvés ou d’orphelins, qui est loin de réunir toutes les conditions hygiéniques désirables, j’y trouvai un certain nombre d’enfants scrofuleux, que, pour mieuxétablir mes idées sur l’hydrochlorate de baryte , je voulus traiter de prime-abord à l’aide de cette substance. J’y soumis donc à la fois une quinzaine d’enfants dont deux étaient atteints d’ophthalmie scrofuleuse, un de tumeur blanche du coude droit, les autres de tumeurs glandulaires indolentes apparaissant généralement à la région cervicale. Le résultat fut complètement nul : non-seulement les symptômes scrofuleux ne s’amendaient point ; mais encore l’estomac était

^prochainement faligué, l’appélit se' perdait , la diarrhée survenait, en un mol, la constitution se débilitait davantage.

Si ces effets n’avaient pas été généraux et n’avaient pas sélé remarqués chez tous ces enfants, ils auraient moins fixé (notre attention; mais je dus vraiment être surpris devoir ce médicament réfractaire dans tous les cas, lorsque des i succès antérieurs et remarquables semblaient devoir me promettre d’autres avantages. Réfléchissant ensuite sur le vrai mode d’agir de celte substance , ce fait d’observation ne fut plus pour moi quenalurel , que comme il devait être. J’employais un médicament hyposthénisanl chez des enfants déjà débilités, la débilitation ne pouvait que s’augmenter.

Admettons maintenant que je n’eusse pas eu d’autres occasions d’observer l’action de l’hydrochlorate de baryte , et que l’ayant donné , comme je faisais , sur la foi des auteurs, je n’eusse obtenu que des insuccès, je n’aurais pas manqué de conclure contre son efficacité, peut-être même en généralisant ses inconvénients ; et cependant celte conclusion , quoique basée sur des finis, qui, par leur nombre, pouvaient en imposer, aurait été défectueuse, et aurait même pu tendre à repousser du domaine de la thérapeutique une substance bien précieuse pourtant.

C’est qu’il est vrai de dire que les notions que l’on possède sur les maladies scrofuleuses ne sont point aussi nettes que sembleraient devoir le faire présumer leur fréquence et les nombreuses occasions que l’on a de les observer. Que voyons-nous, en effet, qu’en pensent l’universalité des médecins et les auteurs même qui ont écrit des monographies sur ces maladies? Pour les uns comme pour les autres, la constitution scrofuleuse n’est guère que le plus haut degré,

le plus liant développement du tempérament lymphatique* ou si vous voulez son exagération. El, chez ces sujets que: l’on croit ainsi gorgés de lymphe, tout l’être est censé se ressentir d’une débilité générale des organes et de leurs fonctions. Il est cependant facile de reconnaître qu’il n’en est point toujours de la sorte, et que si, à la vérité, le tempérament lymphatique est le plus ordinairement le prodrome ou l’accompagnement des symptômes scrofuleux,

ceux-ci peuvent également se rencontrer et se rencontrent

même assez souvent chez des sujets à fibre sèche, à teint brun, à cheveux noirs, à tempérament enfin autre que le lymphatique ; c’est-à-dire en un mot , que de même que les lymphatiques ne sont pas tous scrofuleux , de même les scrofuleux ne sont point tous lymphatiques. Or, dans ces cas, la présence de l’affection scrofuleuse n’est point suffisante pour donner à la constitution celle asthénie organique que Ton observe le plus souvent quand il y a prédominance lymphatique. On peut même remarquer alors que les symptômes affectent une manière d’être qui s’éloigne de la forme ordinaire, qui paraît tenir à la fois de l’aigu et du chronique , et qui provient de la modification imprimée à un organisme non lymphatique par le vice scrofuleux. Ainsi, au lieu d’une disposition générale aux engorgements de toutes les glandes conglobées, ce sont plutôt des engorgements partiels limités le plus souvent au cou ou aux régions axillaires , véritables hypertrophies glanduleuses locales, et souvent aussi véritables agglomérations de tubercules slrumcux superficiels; ce sont, au lieu de ces ophthalmies scrofuleuses indolentes qui affectent principalement l’appareil oculaire externe, des phlegmnsies oculaires de même nature, mais s’accompagnant d’une irritabilité lo-

cale des [dus vives, c’est-à-dire de blépharospasme et d’aversion excessive pour la lumière; ce sont des caries osseuses avec Irnjels fistuleux , éparses souvent sur diverses parties du corps; ou bien des inflammations articulaires ou tumeurs blanches slrumeuses remarquables par l’intensité et la persistance des symptômes qui les accompagnent; c’est-à-dire que ces divers modes de manifestation de la constitution scrofuleuse non lymphatique, quoique chroniques par leur durée et par leur nature , s’allient presque toujours à une certaine irritabilité générale ou disposition fébrile, qui, de prime-abord, contraste avec leur cause spéciale.

On sait aussi qu’il est des sujets lymphatiques à visage expressif et animé, à peau fine et délicate, aux yeux ordinairement bleus, à la chevelure blonde et soyeuse , à intelligence précoce , etc. , et chez lesquels domine une irritabilité organique des plus vives. Si leur constitution vient à être atteinte de quelques symptômes scrofuleux , la disposition à l’irritabilité n’en existe pas moins chez eux. Il est donc vrai de dire, et l’expérience le confirme de plus en plus, que les symptômes scrofuleux sont tantôt liés à un état d’indolence organique générale et tantôt à un état plus ou moins irritable de l’économie.

Eli bien ! je liens pour certain qu’on ne peut pas impunément s’empêcher de prendre ces différences en considération quand il s’agit de la thérapeutique des maladies scrofuleuses; que les médications qui conviennent dans un cas ne sauraient point être appliquées avec bonheur dans l’autre ; que c’est un point de départ faux de songer tout de suite aux toniques et aux stimulants par là même qu’il s’agit d’affection scrofuleuse, sous le prétendu prétexte d’une

asthénie qui n’existe point toujours. Confondre ainsi des états si disparates, c’est s’exposer à n’obtenir pour prix de ses efforts mal combinés que de l’insuccès ou même une exaspération du mal qu’on était appelé à soulager.

Ainsi, pour rapporter ces quelques considérations à l’hydrochlorate de baryte, nous dirons qu’en vertu même de ses propriétés hyposthénisanles, on ne doit en attendre de bons effets que dans les manifestations scrofuleuses qui s’accompagnent de suractivité organique plutôt que d’asthénie. Et, pour en venir aux applications, nous ajouterons que, si l’on songe à tenter ce remède dans beaucoup de ces hospices élevés pour l’enfance où se trouvent souvent permanentes les causes productrices des scrofules, où les jeunes sujets qui les habitent ne peuvent se fortifier par autant d'exercice qu’il faudrait, où l’air qu’ils respirent est souvent vicié par le trop grand nombre, où l’alimentation qui leur est distribuée n’est pas suffisamment stimulante pour leur âge, etc., il arrivera que le remède, s’exerçant sur des organismes manquant d’énergie vitale, sera sans efficacité, et qu’il pourra même fatiguer en tendant à augmenter la débilité générale. Par là s’expliquent, comme je l’ai fait observer précédemment, les insuccès que m’a fait éprouver cette substance à l’hospice de la Charité, quand j’ai voulu l’employer chez les enfants que j’y

soignais.

Si les malades atteints du vice scrofuleux sont traités dans des établissements malsains, dans des salles humides , obscures, dont l’air ne se renouvelle pas suffisamment, etc. , on verra encore les effets du remède paralysés par l’action débilitante qu’aura la localité elle-même. Ainsi, pendant un séjour de quelques mois que nous avons fait à Paris, en 1855, nous avons été témoin des bons effets qu’en oble-

naît M. Lisfranc contre les tumeurs blanches, à l’hôpital de la Pitié, qui offre des conditions sanitaires avantageuses; nous en avons obtenu nous- même d’assez remarquables à l’Hôtel-Dieu d’Aix, qui sous ce rapport, ne laisse rien à désirer, tandis qu’à l’hôpital de Marseille , défectueux sous bien des rapports sanitaires, placé dans les vieux quartiers, entouré de maisons, non suffisamment aéré, des insuccès presque constants ont signalé les tentatives que nous en avons vu faire.

Lorsque, d’autre part, les symptômes scrofuleux s’allient à une indolence constitutionnelle, à une prédominance marquée du système lymphatique; lorsque, par suite, existent les caractères d’une asthénie organique générale, l’énergie vitale étant, dans ces cas, comme paralysée par l’abondance des sucs lymphatiques , on comprend que le médicament à action contre-stimulante ne saurait point convenir. C’est plutôt aux médications ordinaires, c’est-à-direaux loniqueselaux excitants, qu’il importe de s’adresser. Nous avons vu, dans des cas pareils, l’hydrochlorale de baryte presque constamment réfractaire.

Mais il reste encore une belle place à l’emploi de cette substance, savoir : contre les affections scrofuleuses qui sont entées en quelque sorte sur un tempérament autre que le tempérament lymphatique , ou qui se déclarent chez des personnes à constitution irritable. Car, dans ces cas où l’organisme se trouve disposé à la surexcitation, les sujets ne s’accommodent pas aisément des médications échauffantes, des traitements stimulants ou toniques. Une médication hyposlhénisanle, telle qu’on l’obtient par l’emploi de l’hydrochlorale de baryte, est tout autrement convenable. Ainsi, dans ces ophthalmies scrofuleuses caractérisées par une ex-

cessivc irritabilité des yeux, et qu’à bon droit on peut nommer photopbobiques ou irritatives, parce que l’irritation rétinienne en est le signe dominant , dans la plupart des arthrites scrofuleuses que l’on sait aussi s’accompagner de douleurs parfois très-vives , dans les caries ou les affections tuberculeuses des os qui sont dues à la même cause, dans les engorgements glanduleux ou tuberculeux que l’on voit se développer quelquefois chez des sujets à fibre sèche, etc., l’hydroch! orale de baryte sera avantageusement appliqué; ce sera même dans des cas pareils que nous le verrons produire de ces guérisons remarquables qni ont vivement frappé les observateurs qui l’avaient si hautement préconisé.

Il ne sera pas oiseux de faire suivre ces réflexions pratiques de quelques détails relatifs aux applications particulières de ce médicament. De la sorte, on pourra mieux juger encore de son action.

§ pq — De r hydrochlorate de baryte contre les ophlhalmies

scrofuleuses .

Si Ton examine avec attention la manière de se comporter des ophlhalmies scrofuleuses, on ne tarde pas a reconnaîlie que, s’il en est une variété remarquable par la lenteur , le peu d’activité de ses symptômes, laquelle affecte principalement l’appareil oculaire externe, il en est une autre espèce caractérisée par une irritabilité très-vive des yeux, un haut degré de sensibilité de ces organes à l’impression de la lumière, une contraction comme spasmodique des paupières, une sécrétion abondante de larmes âcres et chaudes, et fréquemment aussi un état d’éréthisme général. C’est celle der-

nièrc variété d’ophlhalmie, que l’on voit assez souvent coïncider avec des caries scrofuleuses, des engorgements glanduleux, des exanthèmes chroniques sur le front, autour des yeux, que je qualifie du nom de scrofuleuse photophobique ou irritative, à cause de ses symptômes principaux, l’aversion excessive de la lumière et la vive irritation de la rétine; symptômes qui sont souvent tellement prononcés que l’on voit les enfants qui en sont atteints (c’est l’enfance qu’elle attaque principalement) s’induslrier pour éviter l’impression du grand jour : ainsi , les paupières ne sont plus pour leurs yeux des voiles suffisants pour les protéger de son influence -, ils les recouvrent encore de leurs mains, ou mieux ils veulent qu’ils soient protégés par d’épais bandeaux; et encore les voit-on souvent se cacher dans les recoins obscurs des appartements , s’enfoncer sous leurs couvertures quand ils sont au lit, etc. Leur physionomie en perçoit même une expression toute particulière, celle que produit une lumière éblouissante qui vient surprendre la vue. C’est encore celle ophlhalmie que quelques auteurs, considérant qu’elle apparaît quelquefois, souvent même après des maladies éruptives (variole, rougeole, etc.), ou qu’elle coïncide avec elles (éruptions darlreuses ou teigneuses du front au cuir chevelu), ont décrite sous le nom d’exanthématique; tandis que d’autres, confondant des symptômes irritatifs avec des symptômes inflammatoires, ne veulent voir en elle qu’une réduite.

Il nous suffit, en ce moment, de savoir que les vrais praticiens, accoutumés à baser leurs notions pathologiques sur la saine observation , ne mettent aucun doute sur la nature de celte affection, pour être dispensé de réfuter ces deux opinions.

La marche qu’affecte celle ophlhalmie est la chronique;

on la voit persister pendant plusieurs mois, quelquefois pendant plus d’une et deux années. El qui ne sait combien elle est rebelle aux médications par lesquelles on la combat ordinairemenl ; combien même sont sujets à s accroître ses symptômes, en raison presque des traitements employés? C’est que iu généralité des médecins, ne songeant qu’à la diathèse scrofuleuse que représente l’ophlhalmie , croient à

la nécessité de s’adresser aux excitants internes ou externes, au sirop de Portai , à l’élixir de Peyrilhe , aux vésicatoires répétés, etc., tous moyens qui ne peuvent qu’accroître la surexcitation de l’organisme à laquelle la photophobie se lie intimement. Aussi regardons-nous cette manière de faire comme très-désavantageuse, irrationnelle, et comme une des causes principales delà ténacité de celle ophlhalmie.

Ce que nous trouvons alors bien mieux indiqué et plus préférable, c’est de remplacer ces moyens excitants par un régime doux et anli-phlegmasique, par les émollients et surtout par un anti -scrofuleux doué de propriétés anti-irritatives ou hyposthénisanles , c’est-à-dire par l’hydrochlorale de baryte, substance doublement précieuse, en ce que nonseulement par ses propriétés anti-scrofuleuses elle agit sur la spécificité de l’ophthaîmie, et la modifie en modifiant aussi la tendance scrofuleuse de l’économie; mais encore parce que

par son action contre-stimulante elle est très-propre à calmer l’irritabilité générale des individus atteints de celle ophlhalmie. Les succès que nous avons obtenus par ce traitement sont trop nombreux, trop constants et ont été trop promptement réalisés pour ne pas recommander fortement aux hommes de l’art de renoncer aux traitements ordinaires

pour expérimenter une médication plus rationnelle, et que le succès viendra prochainement couronner.

Voici quelques observations à l’appui des bons effets que nous en avons obtenus :

Obs. I. — La jeune Baptistine , âgée de cinq ans et demi , fut reçue à l’Hôtel- Dieu d’Aix en mars 1836. Depuis six mois, elle était souffrante d’une ophihalmie dont la persistance faisait craindre pour sa vue. Les yeux de la petite malade étaient tellement irritables qu’elle fuyait le grand jour et se couvrait les yeux avec les mains, quand elle ne portait pas de bandeau. Il y avait aussi un spasme palpébral , un resserrement comme convulsif des paupières quand on voulait les enlr’ouvrir au grand jour. Mais le soir, au coucher du soleil, ces symptômes s’apaisaient, et on pouvait alors regarderies yeux, dont les cornées légèrement opalines étaient tourmentées d’une inflammation chronique : la chassie adhérente vers la base des cils indiquait aussi un peu de blépharite glanduleuse. La conjonctive était peu altérée. La petite malade offrait en même temps des signes d’une excitation fébrile prononcée : ainsi, la chaleur de la peau était accrue , le pouls avait de la dureté et de la fréquence, les lèvres étaient rouges et sèches, et le visage irrité : il y avait soif ci rareté des selles. Ajoutons à cela que la jeune fille avait souvent des croûtes vers le front, les tempes, et aux oreilles, et qu’elle avait eu aussi quelques engorgements glanduleux au cou. Elle était, en outre, très-brune et nullement lymphatique.

Voulant alors m’informer de la nature des soins qui lui avaient été administrés, la mère me fil l’énumération des divers moyens qu’avaient cru devoir employer plusieurs confrères qui l’avaient vue. J’appris ainsi, que, pendant longtemps, on avait fait prendre à la jeune malade des infusions de houblon avec le sirop de Portai , qu’une douzaine de vé-

sicaloires au moins, fréquemment excités par la pommade épispastique , avaient été promenés des bras à la nuque, de la nuque aux bras ; que des applications de sangsues avaient été aussi faites; qu’enfm on avait fini par conseiller un séton, et que c’était pour éviter ce dernier moyen qu’on venait tenter si, à l’hôpital, on ne pourrait pas, à laide de moyens plus doux, obtenir la guérison. Avec ce genre de médica*lions avait été en même temps prescrit l’usage des viandes rôties et du vin pour modifier la constitution sans doute prétendue lymphatique.

Notre premier soin fut de faire cesser l’étal d’éréthisme général qu’avait provoqué un traitement aussi évidemment contraire. Pendant les trois premiers jours, la malade prit trois bains, des lavements, du lait , une tisane émulsionnée. Dès le quatrième jour de l’emploi de ces moyens, la peau avait recouvré de la fraîcheur, l’altération avait cessé, mais la photophobie existait toujours. Nous prescrivîmes alors la potion suivante :

% Ilydrochlorate de baryte. . 10 centigrammes.

Sirop simple . 25 grammes.

Eau distillée. . . . .100 grammes.

À prendre par cuillerée de deux en deux heures ; aliments maigres, abstinence de vin, collyre émollient, lait et lavements au moins de temps en temps.

L’hydrochlorale de baryte fut continué pendant vingtdeux jours. La petite malade en prenait vers la fin jusqu’à 6 décigrammes dans sa potion. Tous les deux ou trois jours on augmentait d’un grain.

Nous ne le suspendîmes vers la fin que parce que la guérison était obtenue, La malade pouvait alors sortir sans ban-

deau el ouvrir lés yeux au grand jour. Tous les symptômes ophtlialmiques, excepté une légère sécrétion de chassie, avaient disparu. Des taches superficielles, signes des kératites qui avaient à plusieurs reprises assailli les cornées, gênaient un peu la vision. Elles paraissaient de nature à se dissiper par l’absorption active du jeune âge.

Sans vouloir décrire ici minutieusement ce qui fut chaque jour observé pendant l’usage du remède, je me contenterai de déclarer que, quoique je l’eusse porté à une dose bien plus forte qu’on ne le conseille généralement dans les formulaires, aucun signe d’accident gastrique ne se manifesta; c’est même celle tolérance remarquable qui nous porta à augmenter les doses. Il n’y eut qu’un phénomène qui devenait de jour en jour plus apparent, c’était la cessation progressive des symptômes ophtlialmiques.

Obs. IL — Le petit Josnau , enfant de troupe , âgé de sept ans, ayant eu la rougeole vers la fin de l’hiver 1858, fut atteint consécutivement d’une ophlhalmie pholophobique qui l’obligeait, pour éviter le grand jour, à cacher les yeux derrière un bandeau. II y avait en même temps écoulement sur les joues de larmes âcres, irritantes, et un peu de chassie sur les paupières. Quand on enlr’ouvrait celles-ci, ce qui n’était pas toujours possible, on voyait les pupilles trèsresserrées, les yeux brillants, el n’offrant presque pas d’injection sur la conjonctive ni rien de particulier qui de prime abord expliquât une si grande aversion pour la lumière. Le soir, vers le coucher du soleil, il y avait une rémission remarquable de ces symptômes. Quoique cet enfant ne présentât point de glandes engorgées, il me suffit de la présence de l’ophthalmie et de ses caractères pour la regarder comme scrofuleuse. Ce malade était, depuis plus de deux mois,

dans les salies du médecin sans que des collyres divers, des vésicatoires répétés, le sirop de Portai, des applications de sangsues aux tempes eussent aucunement modifié l’économie , lorsque je demandai à mon confrère de me confier ce malade, ce à quoi son obligeance voulut bien consentir. Je le soumis donc sans plus de retard à la potion barylée à b centigrammes, à prendre par cuillerées de deux en deux heures. De plus, une prise de lait le malin ; abstinence du vin et du gras.

24 mai. Le malade n’a été aucunement incommodé : 10 centigrammes du remède dans la même quantité de véhicule.

28 mai, 15 centigrammes. Amélioration prononcée, la lumière affecte moins péniblement les yeux.

6 juin, quatorzième jour du traitement. Le malade, depuis six jours , en était à 50 centigrammes. Il n’éprouvait plus de difficulté pour fixer le grand jour : sa guérison était obtenue. Le remède fut néanmoins continué à celle dose pendant trois jours encore, après lesquels nous le supprimâmes. Quoique le petit malade ait encore séjourné une douzaine de jours pour attendre le départ de son conducteur, il n’y a plus eu de traces du retour de celle ophlhalmie que deux mois de soins ordinaires n’avaient point amendée.

Obs. III. — Il nous vint, vers la même époque, un enfant de l’hospice de la Charité , le nommé Bouchet, âgé de onze ans, qui , trois mois auparavant, avait été atteint de la rougeole •, et c’est quelque temps après celle-ci que commença à se déclarer une ophthaimie pholophobique dont la manière d’être et la constitution du sujet indiquaient suffisamment la nature scrofuleuse. Soumis à notre traitement

par l’hydrochloralç de baryte, la guérison fui complète le dix-huitième jour. Au vingt-deuxième, lorsque nous fîmes cesser le remède, le malade en prenait 5 décigrammes.

Obs. IV. — La petite M-, âgée de sept ans, d’une constitution très-irritable quoique lymphatique, commença à souffrir des yeux en janvier 1839 , six mois avant que je ne la visse. Confiée aux soins d’un médecin estimable à tous égards, qui reconnut une ophthalmie scrofuleuse, elle fut soumise aux méthodes ordinaires de traitement. Ainsi, alimentation restaurante, viandes rôties, infusion de houblon avec le sirop de Portai, une huitaine de vésicatoires successivement appliqués aux bras, à la nuque, entre les épaules, telles furent les bases de ce traitement. Enfin , en dernier résultat et en désespoir de cause, il avait été conseillé un séton à la nuque ou un vésicatoire sur les paupières. Ce fut dans ces circonstances que les parents m’amenèrent celle jeune fille que je trouvai dans l’état suivant ; excitation générale , peau chaude et sèche , pouls fréquent et tendu , altération vive et désir des boissons fraîches et acides, constipation, en même temps éruption herpétique sur le front et les joues, contraction convulsive des paupières telle que de quatre ou cinq jours on n’avait pu voir les yeux, dont les parents éplorés craignaient la perle 5 larmes âcres et chaudes qui ont fait rougir la peau du sillon naso-jugaî.

Je n’eus pas de peine, à la vue de tant d’intensité dans la maladie, à deviner le traitement irritant qui avait été employé et qui avait occasionné tant d’exaspération. Le haut de la région dorsale était encore tout écorché, comme me disait le père, par le dernier vésicatoire qu’on avait cru devoir appliquer large pour dévier l’inflammation !

le n’eus rien de plus pressé que de songer à calmer un

lel étal d’éréthisme. Je prescrivis , dans ce but , un bain , une tisane émulsionnée, du lait, des aliments maigres et des plus doux, des lavements émollients, et la cessation de tous les révulsifs cutanés. Ensuite , après deux jours de l’emploi de ces moyens qui avaient déjà donné du calme à cet organisme si irrité, je leur associai, le 25 juin , l’hydrocld orale de baryte à la dose de 8 centigrammes dans 100 grammes d’eau distillée un peu édulcorée.

1er juillet. Mieux notable; l’œil gauche commence à s’ou- \rir assez librement quand il n’y a pas trop de jour ; la peau a recouvré de la fraîcheur.

5 juillet. Retour de la photophobie, de l’irritation générale , de la fièvre. Ne pouvant croire que la baryte fut cause de ces accidents, j’étais à me demander comment l’amélioration s’était ainsi suspendue, lorsque je reconnus un phlegmon dans la lèvre supérieure qui était tendue et très-douloureuse. Cet épiphénomène m’expliqua tout : celte inflammation agissait dans ce cas comme naguère les vésicatoires trop irritants. — Diète, tisane émulsionnée, lavements, fomentations émollientes sur la lèvre , suspension de la baryte.

9 juillet. Le petit phlegmon s’étant terminé par résolution , et l’ophlhalmie persistant encore , nous reprenons l’usage de l’hydrochlorate de baryte, en commençant encore par 8 centigrammes. Et, quoique nous n’ayons pas dépassé la dose de 2 décigrommes par jour, nous avons pu obtenir, par celle médication, une guérison assez prompte. Depuis lors, celte jeune fille , que j’ai souvent l’occasion de voir, va à la pension et n’a plus eu de récidive. — J’ajouterai que contrairement encore aux idées reçues, pendant la saison des melons et des raisins, nous en recommandions l’usage

pour humecter ses intestins irritables, et qu’avait surtout surexcités une médication échauffante trop long-temps continuée.

A ces quatre faits j’aurais pu joindre ceux que j’avais fait connaître dans un mémoire sur le môme sujet publié dans la Revue médicale , cahier d’avril 1859. Qu’il me suffise de dire que j’ai vu celle méthode de traitement de l’ophlhalrnie scrofuleuse irritative constamment suivie de succès, excepté chez une fille adulte 'dont l’ophthalmie, tenant à une suppression menstruelle, ne cessa que lorsque le flux périodique de l’utérus eut repris son cours.

Comme j’ai eu soin de le faire remarquer, ce n’est point contre toutes les ophlhalmies scrofuleuses indistinctement que je recommande le chlorure de baryum. Nous limitons son emploi aux seuls cas d’ophlhalmie scrofuleuse avec prédominance de symptômes irritatifs. Nous le regardons, au contraire , comme sans effet dans fophthalmie scrofuleuse indolente. Celte différence d’action que nous établissons sur l’observation des faits nous explique pourquoi tous les autours ne s’accordent pas à admettre les bons effets de ce médicament contre les ophlhalmies scrofuleuses : c’est qu’ils méconnaissent celle différence importante.

§ II. — De l’hydrochlorate de baryte contre les tumeurs blanches

scrofuleuses .

Sous le nom de tumeurs blanches, on comprend des états pathologiques des articulations qui, quoique paraissant semblables de prime-abord, offrent cependant des différences notables par rapport à leurs causes, différences d’autant plus importantes que de leur connaissance émanent les vé-

niables indications curatives. Parmi les diverses espèces de tumeurs blanches, la plus fréquente de toutes, sans contredit, est celle qui se développe sous l’influence de la constitution scrofuleuse, et en est, par conséquent, une manifestation ou un signe. Sans chercher à m’étendre ici sur les caractères qui peuvent la faire reconnaître, il me sera permis de dire que le traitement en est souvent mal dirigé, en ce qu’on ne lui applique généralement que des moyens locaux , qui , pour être parfois fort énergiques comme les vésicatoires, les moxas, les cautères, l’application des raies de feu avec un fer incandescent, n’en sont pas moins insuffisants, puisque, ne modifiant point le vice constitutionnel dont la tumeur blanche n’est que le signe, ils laissent persistante et vivace la cause productrice. C’est donc à celle-ci qu’il importe avant tout de s’attaquer primitivement. 0r, l’expérience nous a démontré qu’un des meilleurs moyens d’y parvenir sera de s’adresser à l’hydrochlorale de baryte. Parmi les autres médications anti-scrofuleuses qui sont généralement excitantes, on ne ferait qu’accroître la disposition fébrile entretenue par la tumeur blanche ; tandis que la propriété sédative, contre-stimulante en même temps que spécifique, de l’hydrochlorate de baryte, sera bien plus convenablement adoptée. On sait combien M. Lisfranc a trouvé cette substance avantageuse dans ces cas : nous pouvons à notre tour citer quelques belles guérisons obtenues par elle.

Obs. V. — Tumeur blanche du genou , inutilement traitée par les méthodes ordinaires , guérie par T hydrochlorate de baryte. — Gavaudan , âgé de quarante ans, d’un tempérament lymphatico-bilieux , fut amené à l’Hôtel-Dieu d’Aix, le 5 septembre 1858, pour s’y faire traiter d’une maladie chronique du genou droit. L’inspection de la partie fait re-

connaître un engorgement indolent de l'articulation fémoro-tibiale, sans changement de couleur à la peau, 11e conservant pas l’empreinte du doigt et faisant éprouver de vives douleurs quand des mouvements étaient imprimés à celle articulation et même sans celle circonstance. Les mouvements très-limités indiquaient, au reste, une fausse ankylosé bien manifeste.

Nous étant informé de l’époque d’apparition de la tumeur, le malade nous déclara que, neuf ou dix mois auparavant, le genou avait commencé, sans cause connue, à être le siège d’une douleur; que c’était peu à peu qu’il s’élail tuméfié et arrondi, et que c’est après avoir reconnu que les traitements qu’on lui avait fait subir, et qui avaient consisté principalement en topiques émollients, en vésicatoires autour de l’articulation et repos au lit, étaient sans résultats avantageux, qu’il avait pris le parti de venir réclamer d’autres secours à l’Hôlel-Dieu. Il nous fut facile de diagnostiquer une tumeur blanche du genou avec fausse ankylosé. Des cataplasmes émollients furent d’abord placés pendant quelques jours autour de l’articulation malade : on fit aussi quelques applications de sangsues. Le 12 septembre, on établit, sur les côtés de l’articulation, deux vésicatoires auxquels on substitua, le 24 du même mois, deux larges moxas qui furent maintenus en activité avec des pois pendant plus de deux mois et demi. Au 25 décembre, les deux moxas, qui n’avaient pas produit d’amélioration notable, étant desséchés, on cul recours à l’appareil inamovible de M. Seulin. Un bandage amidonné, épais et solide, fut donc placé avec méthode autour de l’articulation, afin que la pression continue imie à l’immobilité complète du genou put amener plus tôt lu résolution de la tumeur. Ce moyen parut utile ou du

moins fui assez bien supporté pendant les six ou sept pre« miers jours ; mais les douleurs articulai res, qui avaient d’abord paru diminuées, s’accrurenl notablement et forcèrent à enlever l’appareil et à recourir encore aux applications émollientes. Cependant, les douleurs reparurent plus vives que jamais; elles augmentaient surtout pendant la nuit et occasionnaient de fréquentes insomnies que les opiacés no parvenaient pas toujours à surmonter. Ce fut alors à uno autre série de médicaments assez variés qu’on eut recours, savoir : aux pommades d’extrait de belladone, d’hydriodale de potasse, à l’onguent mercuriel en frictions sur l’articulation malade, aux cataplasmes laudanisés, aux liniments divers, au laudanum lui-même employé seul en frictions, aux sangsues, aux vésicatoires, etc.; et cependant le mal ne cédait pas. Si quelquefois les douleurs paraissaient s’apaiser, ce n’était que passagèrement; elles revenaient bientôt à leur première intensité, et , tandis que lo genou s’arrondissait de plus en plus, le membre s’atrophiait sensiblement. En même temps, le malade miné par les douleurs, la fièvre, les insomnies, voyait peu à peu ses forais diminuer et le mol d’amputation était déjà significativement murmuré. C’est alors que l’impuissance des autres moyens nous ayant été bien démontrée , nous nous demandâmes si la persistance de la maladie articulaire, contre tant de remèdes, ne tiendrait pas à ce qu’on ne s’était point encore attaqué à la nature de la maladie ; et, comme celle-ci, à en juger par la persistance des symptômes , le gonflement des extrémités osseuses malades, l’intensité des douleurs, le tempérament même du sujet, etc., nous paraissait devoir être attribuée à une cause spécifique, la disposition scrofuleuse, nous songeâmes à employer quelque substance qui pût, par

une spécificité d’action, modifier la constitution ; nous nous adressâmes donc, dans celle vue, à l’hydrochlorale de baryte, que nous prescrivîmes de la manière suivante, le 13 février 1839 :

Hydrochlorale de baryte. 13 centigrammes.

Eau distillée. . . . * 100 grammes.

Sirop . *20 grammes.

par cuillerée à bouche, dans le jour, de deux en deux heures. Il est recommandé d’en augmenter la dose d’un grain tous les trois jours. Le malade continua l’alimentation maigre qui lui avait été permise depuis quelque temps et s’abstint de vin. Le quart, liminenl opiacé sur le genou.

Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir des bons effets de celle médication : quatre jours s’étaient à peine écoulés depuis qu’elle avait été commencée, et déjà le calme était revenu à Gavaudan. Nous avions trouvé, dans la baryte, le véritable sédatif propre à apaiser des souffrances jusque-là si fortes et si tenaces. Les insomnies, les douleurs violentes, les agitations, les mouvements fébriles se dissipèrent comme par enchantement. Le gonflement du genou allait diminuant d’une manière sensible; et si, deux mois après le commencement de celle médication, le genou n’avait pas encore repris lûul-à-fait son volume naturel, cela ne tenait qu’à l’hypertrophie des extrémités articulaires des os que la maladie avait gonflées : l’absorption avait complètement dégorgé les parties molles.

Vers la fin , le malade prenait 12 décigrammes par jour d’hydrochlorale de baryte, dans 100 grammes de véhicule.

Déjà, avant la suppression du remède, Gavaudan dont

l’articula lion du genou ne pouvait naguère exécuter le plus léger mouvement sans occasionner de vives douleurs, se levait et faisait quelques pas dans les salles avec des béquilles, sans que le genou se tuméfiât. Les exercices que nous lui faisions continuer tous les jours, el les bains qui lui furent prescrits un peu plus tard, diminuèrent peu à peu la raideur articulaire; et, quand il nous quitta vers le commencement de juillet , il ne se servait plus que d’une crosse et d’un bâton, en attendant que le membre, que la maladie long-temps prolongée avait atrophié, recouvrât peu à peu sa force primitive.il restait aussi levé toute la journée. Le genou n’était pas complètement ankilosé.

Quelques liminenls huileux, quelques cataplasmes avaient été les seuls topiques employés pendant l’administration de la baryte. Notons aussi que la tolérance du remède fut parfaite pendant les deux mois qu’il en fut fait usage.

Obs. VI. — Tumeur blanche du coude avec ulcères scrofuleux ; hydrochlorate de baryte , guérison. — Glaire, jeune fille orpheline, brune, âgée de dix ans, était atteinte, quand elle est venue se faire traiter à l’Hôtel-Dieu d’Aix, d’une tumeur blanche très-considérable de l’articulation humérocubilale droite. Celle-ci, par suite de l’ancienneté de la maladie, était complètement ankylosée. La tuméfaction s’éten-

dait depuis le milieu du bras jusqu’au tiers supérieur de l’avant-bras. Six ulcérations scrofuleuses, compliquées pour la plupart de trajets lisluleux plus ou moins profonds, existaient éparses sur celle tumeur , et le pus qui en découlait formait, en se concrélarit, des croûtes noirâtres, aplaties, de dessous lesquelles suintait de la suppuration. Notre pronostic sur l’avenir de ce membre fui fâcheux, surtout quand

nous eûmes appris que la malade avait été déjà traitée avant d’entrer à l’hôpital.

Après l’avoir soumise d’abord aux topiques émollients, pendant une huitaine de jours, sans changement dans le mode d’être de la tumeur, nous nous décidâmes encore à recourir à l’hydrochlorale de baryte. Dix centigrammes de ce sel furent d’abord prescrits de la même manière que ci-dessus. Un emplâtre de diapalme était placé sur les plaies.

Le remède fut donné celte fois, sans discontinuer, pendant vingt jours. Nous en étions déjà à la dose de 35 centigrammes par jour vers la fin, et nous avions pu déjà nous apercevoir d’une modification heureuse dans la tumeur : elle avait diminué sensiblement, et deux des plaies lisluleuses étaient cicatrisées. Mais à celle époque, 22 mai, un dérangement d’estomac, qui nous parut être autant un état saburral accidentel qu’un effet du remède, nous engagea à le suspendre momentanément, et nous n’en reprîmes l’usage que le 20 juin suivant. Donné encore à la dose de 10 centigrammes en commençant, nous eûmes soin, comme la première fois, de faire augmenter la dose du remède tous les quatre ou cinq jours. Elle le prit ainsi pendant environ un mois, et un mieux bien notable se fil encore remarquer. La

i diminution delà tumeur, quoique lente, s’opérait néanmoins, les plaies se rétrécissaient et leur aspect se modifiait en bien. Remise encore au muriate de baryte, pour la troisième fois, le 4 septembre, elle le continua jusqu’à la fin du mois, époque de sa sortie. Pendant les deux dernières périodes de l’adi minislration du remède, nous faisions faire des frictions sur lia tumeur avec la pommade d’hydriodale de potasse, et nous mouchions de temps en temps les ulcères avec une solution rubéfiante d’iode. Enfin, avec celle médication, dont lu ba-

ryte était la base, nous avons eu la satisfaction devoir toutes les plaies se cicatriser, l’engorgement si étendu de l’articulation se dissiper et cesser , par conséquent, tous les accidents, tels que douleurs, mouvements fébriles qui l’accompagnaient. En même temps, celte jeune fille était devenue plus forte, ses joues s’étaient colorées : elle avait recouvré tous les signes d’un bonne santé.

Obs. VII. — Autre tumeur blanche du coude traitée de la même manière avec succès. — La nommée Marie N., fille venue de la campagne , âgée de quatorze ans, bien développée pour son âge, fut reçue à l’Hôtel-Dieu le 31 décembre 1838. Elle était atteinte, depuis près d’une année, d’une tumeur blanche du coude : il y avait en ce moment, indépendamment de la tumeur articulaire, une ankylosé presque complète, ainsi qu’une très- vaste plaie qui paraissait avoir été produite par quelque escharrolique, quoique la malade ne sût pas nous en expliquer l’origine. £)n eût vraiment dit , à l’aspect de celle plaie , une dégénérescence cancéreuse. Le coude était très-luméfié et le gonflement osseux très-apparent. Les extrémités osseuses de l’articulation huméro-cubilale étaient évidemment hypertrophiées. On la traita d’abord par les topiques émollients : savoir, avec des cataplasmes de mie de pain ou de farine de lin dont on entourait toute l’articulation.

25 février. Quoique près de deux mois se fussent déjà écoulés depuis l’entrée de la malade à l’hôpital, la tumeur blanche conservait son même volume, la plaie continuait à être très-étendue, de mauvais aspect, douloureuse. C’est alors que le médecin , qui était en ce moment chef du service, prescrivit l’hydroehlorale de baryte en commençant par 10 centigrammes dans 100 grammes de véhicule. Re-

f commandalion fut faite au pharmacien d’augmenter de 5 ! centigrammes tous îes trois jours. Régime maigre.

L’hydrochlorale de baryte fut ainsi donné pendant vingt- : deux jours sans interruption , c’est-à-dire jusqu’au 19 mars.

: La malade en prenait alors 55 centigrammes, et déjà un [ mieux notable se faisait remarquer. 11 y avait diminution i de la tumeur; la plaie était favorablement modifiée : elle fêlait rétrécie, quoiqu’on n’eût rien changé au traitement : local.

4 avril. La malade est de nouveau remise à l’usage du remède en commençant encore par 15 centigrammes, et elle le continue pendant vingt autres jours, c’est-à-dire jusqu’au i 24 avril, époque de la suppression, où elle en prenait 4 : décigrammes. Il était, en effet, dès ce moment-là inutile; le coude était à peu près revenu à ses dimensions naturelles; la plaie était totalement fermée, quelques trajets fisluleux qui provenaient des os s’étaient oblitérés, et la guérison, sauf l’ankylose à laquelle nous n’avions pas intention de remédier, n’a rien laissé à désirer, comme nous avons pu nous ! en convaincre par le séjour de près d’un mois que celle fille a fait encore à l’hôpital.

Quoique nous n’ayons devers nous que ces trois faits de tumeurs blanches heureusement traitées par l’ hydrochlorate de baryte, ils nous ont paru dignes d’être mentionnés, d’autant plus que ce sont les seuls auxquels nous ayons cru devoir appliquer celte substance.

On peut, au reste, rapprocher ces trois observations de celles qu’a fait connaître M. Lisfranc : elles se corroboreront ainsi mutuellement. Toutefois je ferai observer que ma manière d’appliquer la baryte contre les tumeurs blanches diffère de celle du chirurgien célèbre de la Pitié, en ce que je

restreins son usage aux seules tumeurs articulaires de nature scrofuleuse, tandis qu’il croyait devoir la prescrire contre toutes indistinctement. Pour nous, nous avons quelques raisons de croire ce remède sans efficacité dans les arthrocaces non slrumeuses.

§ III. — De ï hydrochlorate de baryte contre les autres symptômes scrofuleux ( caries , tubercules osseux , plaies , fistules y engorgements glanduleux ou tuberculeux , éruptions cutanées, etc.).

Nous avons dit précédemment que, dans les cas où l’affection scrofuleuse se dessinait ou se traduisait par des caries, des plaies, des engorgements glanduleux ou tuberculeux , des éruptions, etc., chez des personnes non lymphatiques, l’hydrochiorate de baryte était généralement convenable. C’est, en effet, ce que l’expérience nous a bien des fois démontré et nous démontre journellement. Au reste, l’idée que nous nous faisons de son mode d’agir sur l’économie, idée qui n’est point préconçue, mais basée sur l’observation, nous explique qu’il doit en être ainsi. On ne manque pas effectivement de remarquer, quand on veut s’en donner la peine, que, lorsque l’organisme n’est pas préalablement débilité par la diathèse lymphatique ou par d’autres causes de localité ou de régime propres à affaiblir, les manifestations scrofuleuses développent en lui des phénomènes de surexcitation ou de slimulisme qui nécessitent l’emploi d’une médication contre-stimulante, telle que la fournit le sel de baryte. Actuellement même, lorsque nous voulons songer à son administration, nous nous régions d’après le tempérament du sujet, son plus ou moins d’excitabilité, et les in-

i dicatious que nous percevons de ce mode d’exploration ne • nous trompent point. Voici quelques faits à l’appui de ces | assertions.

Obs. VIII. — Caries , plaies , éruptions scrofuleuses, etc . , traitées et guéries par l' hydro chlorate de baryte. — - Dans le mois de septembre dernier, nous fûmes consulté pour un i enfant, âgé de trois ans, qui portait plusieurs signes d’une i constitution scrofuleuse originelle paraissant provenir du chef du père, comme l’attestaient suffisamment quelques cicatrices que celui-ci portait au cou. L’enfant était , au reste, brun, à chevelure noire : ses lèvres étaient un peu grosses. C’était sept ou huit mois auparavant qu’avaient commencé à paraître les symptômes scrofuleux que nous étions appelé à traiter, savoir : deux ulcérations fîsluleuses avec carie peu éleni due vers la partie inférieure et antérieure du frontal, une i autre au bras droit et deux enfin vers l’extrémité inférieure j de l’avanl-bras du même côté. Il y avait en même temps un ' peu d’ophlbalmie pholophobique qui eût, au besoin, suffi i pour nous faire remarquer la constitution irritable du petit i malade. C’en fut assez pour songer à l’indication de l’hy— i drochlorale de baryte associé au régime doux, maigre, à l’usage de quelques bains, du lait. Nous commençâmes par i en faire prendre 2 centigrammes dans le jour dans une petite potion qu’on lui donnait par cuillerée à café. Nous fûmes ainsi peu à peu jusqu’à 1 décigramme , dose que nous ne voulûmes pas dépasser.

A la fin de la première quinzaine, il y avait déjà du mieux.

. Après une suspension de dix jours du remède, nous le reprîmes et en fîmes continuer l’usage pendant une autre quinzaine. Après une autre suspension de dix jours encore du remède, nous le fîmes de nouveau administrer, et cette

troisième fois ce fut la dernière. Au bout de deux mois et demi , il ne restait plus encore ouverte qu’une des plaies de l’avant-bras qui se cicatrisa d’elle-même en quelques jours et compléta la guérison.

Obs. IX. — Ulcères rongeants, dartres, ophthalmies , etc.\ hydrochlorate de baryte , guérison. — Nous avons, à l’hôpital d’Àix , une vieille fille qui , depuis plus de vingt ans, a eu continuellement sur le corps des symptômes morbides qui , tantôt avaient été considérés comme produits par une infection vénérienne originelle, et tantôt par le vice scrofuleux , et plus souvent peut-être encore par tous les deux réunis. Ainsi un ulcère rongeant caché par des croûtes siégeait sur le nez qu’il avait détruit presque en totalité; deux autres ulcères de même nature et cachés aussi par des croûtes, mais moins envahissants, existaient depuis longues années sur les joues; ainsi des ophthalmies qui se reproduisaient fréquentes et rebelles avaient épaissi les cornées et troublé à la longue la vue; ainsi des plaques darlreuses apparaissaient de temps en temps sur son corps , de telle façon qu’on était sûr de trouver constamment sur elle quelque trace de l’infection qui, depuis long-temps, tourmentait son organisme. Et cependant bien des médications avaient été déjà tentées , les anti-syphilitiques, les anti-scrofuleux avaient été plusieurs fois administrés avec la persévérance que pouvait donner le désir de soulager celle malheureuse ; mais tout cela avait été reconnu inutile.

C’est dans ces circonstances que je voulus essayer, à mon tour, si je ne pourrais pas davantage pour modifier la constitution de celte femme. J’attaquai d’abord ce qui , à celle époque, était le plus saillant, savoir : les ulcérations rongeantes de la figure. Je les traitai par les applications locales

lange

du styrax liquide qui, dans quelques jours, oui cl l’aspect de leur surface e( favorisé le développement de bourgeons charnus de bonne nature. La continuation de ce moyen et l’emploi de quelques cautérisations avec le nitrate

acide de mercure en eurent procuré , en trente-deux jours, la cicatrisation complète.

J en restai là pour le moment satisfait du résultat que j’avais obtenu et qui avait même dépassé mon attente. Mais

huit mois plus tard , en 1839, une des ulcérations paraissant vouloir se reproduire à la figure, des ophlhalmies rebelles, non moins remarquables par leur durée que par leur caractère irritatif, récidivant souvent, une espèce de dartre

humide, suppurante, s’étant développée à la main gauche et paraissant s’irriter de tout ce qui était employé pour la combattre, des ulcérations sur la voûte palatine se faisant

de temps en temps remarquer, je crus ne devoir pas hésiter à attaquer cette masse de symptômes par l’emploi de l’hydrochl orale de baryte donné à l’intérieur. La malade le prit sans discontinuer pendant un mois et demi , depuis 1 jusqu’à 10 décigrammes dans les vingt-quatre heures. La modification que ce médicament produisit sur l’organisme fut des plus remarquables; la figure se nettoya des croules qui s’étaient reproduites, la tendance au retour des ophlhalmies scrofuleuses cessa presque complètement, la surface dartreuse de la main se dessécha, etc.; en un mot, la malade s’aperçut ? d’une manière très-manifeste, de l’heureux changement qui s’élasl opéré en elle : elle regrettait que l’idée d’un traitement pareil ne fut pas venue à l’esprit de mes prédécesseurs qui l’auraient ainsi préservée d’accidents irréparables.

Depuis lors, quelques nouveaux indices scrofuleux, mais

faibles comparativement aux premiers, ont parfois paru comme pour prouver que le germe du vice constitutionnel subsistait encore. C’est pour tâcher, par une nouvelle tentative, de le faire disparaître que depuis quelque temps nous avons encore soumis celte malade à un nouveau traitement par la baryte. Elle en prenait jusqu’à 11 décigrammes par jour au quarantième jour du traitement, sans en être sensiblement incommodée. Plus d’une fois même il lui est arrivé d’avaler la potion entière en une fois à jeun : quelques légers vertiges seuls étaient alors remarqués par elle pendant l’hei,re qui suivait l’ingestion du médicament. Les effets qui en sont résultés ont été tellement manifestes que , depuis vingt ans, celle fille n’avait jamais été dans un étal aussi

satisfaisant.

QBS. X. — Plaies, caries , éruptions , ophthalmies scrofuleuses ; hydrochlorate de baryte , guérison. — La nommée Garibardé, fille de la charité, âgée de neuf ans, venant de la Montagne, fut reçue , le 28 juin 1858, à l’hôpital d’Aix. Elle est atteinte de plusieurs plaies slrumeuses au membre supérieur gauche, savoir : au bras, de deux ulcérations fistuleuses, dont l’une près de 1 articulation du coude , 1 autre près de la fossette delloïdienne; deux autres plus étendues se voyaient vis-à-vis l’extrémité inférieure du radius, près du poignet. L’os, vers le même point, paraissait tuméfié. Il y avait, en outre, sur le front et sur le pourtour des yeux un exanthème furfuracé; les bords des paupières étaient un peu chassieux; mais ce qui était le plus remarquable, c était une ophthalmie pholophobique très-intense avec blépharospasme, offrant une rémission sensible vers le soir. Tous ces symptômes existaient depuis un temps que la malade ne pouvait préciser et qui paraissait assez reculé.

C’est encore par l’hydrochlorale de baryte que je voulus traiter celle réunion de symptômes scrofuleux, et je commençai, le 1er juillet, à en prescrire 1 décigramme dans 100 grammes d’eau distillée comme ci-dessus, à prendre par cuillerée dans le jour.

18 juillet. Nous en étions à 4 décigrammes du remède : l’ophthalmie avait notablement diminué , ou plutôt elle était presque guérie-, Ses deux fistules du bras étaient aussi presque cicatrisées. La malade paraissant un peu dérangée de l’estomac, nous suspendîmes la baryte.

26 juillet, retour des accidents primitifs du côté des yeux ; la lumière celle fois est si insupportable et donne tant de douleurs, que la malade reste dans son lit entourée d’épais rideaux ; des larmes âcres humectent en abondance ses yeux, les paupières ne peuvent être écartées : la peau est chaude , la soif vive, le pouls fréquent, les selles nulles.

Tisane émulsionnée, lait, lavements émollients, 10 centigrammes d’bydrocblorate de baryte dans la potion.

Le lendemain, 27 juillet, même prescription plus un bain.

25 août, la malade qui a été amenée peu à peu à la dose de 4 décigrammes, peut fixer sans peine le grand jour. Il ne lui reste que quelques taies de la cornée, indices des kératites qui avaient long-temps tourmenté les yeux. Nous continuons cependant le remède qui est bien supporté, jusqu’au 18 septembre, jour de sa sortie, époque où elle en prenait 9 décigrammes par jour. L’ophthalmie n’avait plus reparu, l’herpès de la figure s’était dissipé et tous les ulcères scrofuleux dont nous avons parlé étaient desséchés. Tout indiquait chez celle jeune personne l’heureuse modification constitutionnelle obtenue.

Obs. XL — Engorgement scrofuleux considérable du cou

inutilement traité par l'iode , guéri par l'hydro chlorate de baryte. — Baumes, dans son traité du vice scrofuleux, parle d’un malade qui était arrivé à Monlpellier avec des engorgements glanduleux du cou, tels, qu’ils avaient produit une difformité hideuse. Tous ceux qui l’avaient examiné ou traité, dit-il, l’avaient jugé incurable, lorsque Ponluigon , professeur et chirurgien distingué de cette ville, l’ayant soumis au muriale de baryte, remède que nul n’avait tenté, opéra une guérison radicale. Si jamais maladie a pu rappeler celle que Baumes remémorie, c’est, sans contredit , celle qui fait l’objet de l’observation suivante :

Biadelle, artilleur, se rendant en Corse, son pays natal, entra à l’Hôlel-Dieu d’Aix, le 21 mai 1839. Il est très-brun, bilieux plutôt que lymphatique, et cependant il porte autour du cou et à la base des mâchoires un vaste collier de tumeurs glanduleuses et tuberculeuses très-dures pour la plupart, et dont quelques-unes cependant sont ramollies et non percées, tandis qu’il en est qui, ayant suppuré, sont ensuite restées fisluleuses. C’était, dans toute la force du mol, un cas pittoresque d’affection slrumeuse. Celle-ci, qui s’était développée pendant le service actif de Biadelle, avait été inutilement traitée pendant six mois, au dire du malade, à l’hôpital militaire de Toulouse, par les préparations iodurées appliquées surtout a l’extérieur. C’est au moins ce qui résultait du récit qu’il me fit. On avait ensuite fini par le renvoyer dans ses foyers. Lorsque j’eus vu le cou de cet homme, j’hésitai pendant quelque temps d’entreprendre un traitement que je craignais devoir être de nul effet. Pensant néanmoins aux succès que m’avait fait obtenir l’hydrocblorate de baryte, je finis par me décider à risquer son emploi. Donné par conséquent à la dose de 15 centigrammes, le 23 mai.

dans 100 grammes d’eau distillée, nous en étions à v2 décigrammes, le ‘27 juin, lorsqu’il voulut partir. Le malade eut une tolérance remarquable pour ce médicament; il n’en fut jamais incommodé , et les effets qu’il en perçut furent des plus heureux. On pouvait remarquer, en quelque sorte, a vue d œil , la résolution , la fonte des engorgements du cou : c’est au point que, lorsque le malade est parti , après un mois et quelques jours de traitement, on ne remarquait, de toute celle masse ganglionaire qui naguère apparaissait si volumineuse, que quelques fistules en grande partie desséchées.

Le malade avait été mis au maigre et à l’abstinence du vin pendant tout le traitement.

Obs. Xfl. — Engorgement glanduleux du cou rebelle à beaucoup de moyens, promptement guéri par /’ hydrochlorate de baryte. — Nous avons eu, pendant cet été, à l’Hôtel-Dieu d’Aix, un soldai brun, à formes athlétiques, à système musculaire extrêmement développé, ayant même dans le temps exercé la profession de lutteur, le nommé Bournens qui était entré à l’Hôtel -Dieu , le 19 juin, pour un engorgement en appar ence phlegmoneux du côté gauche du cou. La tumeur qui avait commencé à se développer, sous la forme d’une glande mobile, plus d’un mois auparavant, était fort considérable, gênante et assez douloureuse, quoique ne présentant point une acuité de symptômes analogue à son volume. Elle ne s’accompagnait pas non plus de beaucoup de réaction générale. Deux applications de sangsues furent faites d’abord, des cataplasmes émollients étaient tenus sur la tumeur. Celle-ci reste en cet étal pendant une quinzaine de jours encore, présentant un point fluctuant vers son centre, sans que la base delà tumeur se ramollisserapidement. Enfin,

le 4 juillet , la peau amincie s’ouvre et une quantité assez abondante de pus en découle. Mais la base de celle tumeur reste dure, et nous pouvons alors mieux reconnaître encore que nous avons eu affaire à une inflammation phlegmonoglanduleuse, dont la résolution pourrait rester long-temps encore à s’accomplir. Un mois se passe ainsi, en effet, sans que la tumeur ait éprouvé la plus légère modification : elle est toujours assez considérable, indolente, présentant à son milieu et au point qui s’était ouvert une plaie de l’étendue d’une pièce d’un franc, suppurante, à bords un peu décollés et participant de l’indolence de la tumeur elle-même; et, néanmoins, pendant tout ce temps, des cataplasmes émollients d’abord, vineux plus lard, avaient été tenus appliqués. Nous ne doutions pas déjà, depuis quelque temps, que, quoique le sujet ne fût pas lymphatique, sa tumeur ne fût de nature scrofuleuse. Aussi, quand nous eûmes bien pu reconnaître que les simples topiques étaient de nul eifel sur elle, nous vîmes l’indication de nous adresser aux anti-scrofuleux, et parmi eux, nous crûmes devoir préférer, à cause de la constitution irritable plutôt que lymphatique du sujet, l’hydrochlorate de baryte. Il fut commencé le 4 août à la dose de 15 centigrammes dans J 00 grammes d’eau distillée, par cuillerée : augmentation d’un grain tous les deux jours. La modification qu’il produisit sur la tumeur fut des plus remarquables : la résolution commença dès lors à s’opérer avec rapidité. Au 21 août, dix-septième jour du traitement, alors que le malade en était à la dose de 7 décigrammes par jour, la tumeur avait presque totalement disparu et la plaie était aussi extrêmement réduite.

Je pourrais encore, si je ne le croyais superflu, citer l’observation de deux autres malades scrofuleux, sans être lym-

phaliques, et qui ont commencé en même temps que le sujet de l’observation précédente l’usage de l’hydrochlorale de baryte. L’un était atteint d’un donble engorgement ganglionaire , savoir : aux deux côtés du cou -, et l’autre de tubercules scrofuleux peu profonds dans la région axillaire droite. Quoique, dans ces deux cas, l'amélioration n’ait pas marché avec autant de rapidité que dans le précédent, elle a été cependant bien manifeste.

Eh bien ! à côté de ces trois malades soumis depuis peu à l’usage de l’hydrochlorale de baryte, se trouvaient plusieurs autres mililaiies scrofuleux, présentant aussi des engorgements glanduleux du cou; et cependant nous n’avons eu garde de les traiter par ce moyen : c’est que chez ces derniers il y avait constitution débilitée, lymphatique, et indication directe, par conséquent, de tonifier plutôt, de stimuler. Aussi est-ce alors aux méthodes ordinaires que nous avons recouru de préférence. Et, quand nous ne songions point alors à l’hydrochlorate de baryte, c’est que l’expérience nous a démontré que , dans ces cas , il ne pourrait être que contraire ou au moins inutile.

Quelques essais trop incomplets pour que je les mentionne, m’ont démontré qu’on pouvait encore en retirer des avantages en l’employant, associé à d’autres moyens dans le mai vertébral de Polt, dans la carie vertébrale, dans les arthrites ou arlhrocaces tuberculeuses. Ainsi, je crois avoir suspendu, par ce moyen, pendant assez long-temps, les progrès d’une carie vertébrale avec abcès par congestion, ainsi que ceux d’une arthrite coxo-fémorale.

On aura pu remarquer que notre manière d’administrer l’hydrochlorale de baryte diffère un peu de celle des autres praticiens, deM. Lisfranc, par exemple, qui de prime-abord

l’emploie à la close de 5 décigrammes dans 120 grammes d’eau distillée, en ce que nous préférons commencer par des doses plus faibles, par 5, 10 centigrammes dans le jour, et arriver peu à peu à des doses plus élevées. De la sorte, nous n’exposerons jamais les malades à des malaises notables, à des surprises de la part de ce puissant agent modificateur, et cependant son action sur l’économie n’en est pas moins efficace.

Telles sont les idées pratiques uniquement basées sur les faits, que l’expérience et l’observation nous ont fait émettre sur le mode d’agir de l’hydrochlorale de baryte et sur les indications qui doivent en réclamer l’emploi. Ou je me trompe gravement, ou il me paraît que j’indique les moyens de distinguer à priori les cas où l’usage de ce médicament peut être utile de ceux où l’on n’a rien à en espérer. Celle conclusion pourra paraître d’autant plus importante que , lorsque son administration est bien connue, il constitue un anti-scrofuleux vraiment héroïque et dont l’action est bien supérieure à celle des autres médicaments analogues. Au reste, en émettant ces idées thérapeutiques non encore professées peut-être, j’ai agi avec une conviction complète, telle que peut la fournir une série d’observations nombreuses et consciencieusement étudiées. Et, si ce doit être là une recommandation en leur faveur, nul doute qu’on ne leur donne quelque importance.

Conclusions principales.

1° L’hydroeldorale de baryte est un anti-scrofuleux puissant, héroïque même en quelque sorte; mais seulement

quand les indications qui réclament son emploi sont bien saisies.

2° Contrairement au mode d’agir des autres anti-scrofuleux qui sont excitants ou toniques , l’hydrochlorale de baryte est un contre-stimulant, un anti-irritant, un agent doué de propriétés hyposthénisanles.

3° Il ne doit donc convenir, et l’expérience confirme cette induction, que dans les affections scrofuleuses accompagnées de symptômes irritatifs ou de disposition fébrile.

4° On s’explique par là pourquoi cet agent, très-utile contre les manifestations scrofuleuses qui se déclarent chez les personnes à tempérament autre que le lymphatique, et qui revêtent, par cette circonstance là même, des formes initiatives ou disposent l’économie à l’irritabilité, ne convient nullement aux scrofuleux à constitution lymphatique indolente, ou à constitution débilitée par des privations alimentaires, des habitations insalubres, etc.

5° La tolérance pour ce médicament m’a toujours paru être en raison directe de sa convenance par rapport aux sujets qui sont soumis à son usage.

6° Celle tolérance , dans les cas les mieux indiqués , s’arrête quand l’économie est saturée, c’est-à-dire quand la modification de la maladie et de l’économie a été obtenue.

7° Quoiqu’il soit nécessaire d’user de prudence dans l’administration de ce remède, nous pensons qu’on a exagéré les dangers de son administration, quand on a conseillé, dans les formulaires, de ne le donner qu’à des fractions de grain. On a pu voir que chez les adultes nous avons constamment commencé par 40 ou 15 centigrammes dans 100 grammes de véhicule, à prendre par cuillerée dans les 24 heures, et

cependant nous n’avons jamais eu à remarquer des accidents.

8° Il est important, quand on veut mettre le chlorure de baryum dans un véhicule, de préférer beau distillée pour excipient, afin qu’il n’y ail pas décomposition de la base.

9° Nous ferons encore observer qu’il y a indication, apres le traitement par l’hydrochlorale de baryte comme après ceux d’une autre espèce, defaireéviler aux scrofuleux les causes qui avaient favorisé le développement du vice constitutionnel qui les tourmentait, si on ne veut pas être exposé à le voir renaître. Il ne faut pas redonner de la vie au mal qui s’est éteint dans la crainte qu’il ne se réveille plus menaçant.

10° Nos essais sur l’usage thérapeutique de l’hydrochlorale de baryte ne se sont guère rapportés qu’à son emploi interne. Les quelques tentatives que nous avons pu faire de son emploi local, après l’avoir incorporé à l’axonge, sont trop peu nombreuses pour que nous puissions savoir s’il jouit réellement alors de propriétés fondantes.

(Extrait de la Revue médicale, cahiers de Janvier et

Février 1841.)

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