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Mémoire sur l'innoculation vaccinale

Lii mémoire de Galbiati, Memoria sulla inocula^ione vaccina, coll'wnore ricavato immediatemente dalla vacca, precedentemente inoculata, est le plus ancien document connu sur la vaccination animale. Il fut publié à Naples en 1810, pour défendre la méthode, alors à ses débuts, contre la proscription dont elle était menacée.

Cette pratique spéciale de vaccination, née à Naples en 1804, resta près de soixante ans limitée à son pays d'origine, sans attirer l'attention des médecins et des hygiénistes étrangers; elle ne sortit de son isolement qu'en 1864, à la suite du Congrès médical de Lyon, pour sauvegarder les bienfaits de la vaccine, compromis par le danger reconnu de la transmission de la syphilis par la vaccination humaine.

Aidé de renseignements puisés, soit dans le

mémoire même de Galbiati, soit dans les diverses communications du professeur Paslasciano, j'ai pu suivre, aussi exactement que possible, l'évolution des faits qui ont conduit les médecins napolitains à substituer la vaccination animale à la vaccination humaine.

La vaccine avait été introduite officiellement, à Naples, en 1802. Michel Troja, chirurgien des hôpitaux et chirurgien de la famille royale, fut nommé directeur général des établissements publics de vaccination du royaume.

En i8o3, un élève de Troja, Gennaro Galbiati, publie un éloge de la vaccine, destiné à combattre les préjugés qui s'opposent à sa propagation ; cet éloge est présenté sous forme de lettre adressée à Troja (1), et montre bien que déjà l'élève est associé aux travaux de son maître.

En 1804, Trojacommence à inoculer le vaccin de l'homme à la vache, et il le reprend ensuite sur la vache pour le reporter à l'homme.

(1) Lettera apologetica sulla vaccina, in cui si isaminano le opposizione di ogni génère fatte alla vaccinazione in Napoli; — al Signor D. Michèle Troja. Napoli, i8o3, in-16, 72 p.

Il donne comme raison que le vaccin n'est pas une maladie de l'homme, et il veut lui rendre sur son terrain naturel l'activité qu'il croit lui voir perdre après son passage à travers plusieurs générations de vaccinations humaines.

En la circonstance, Troja ne faisait, peut-être, qu'imiter d'autres vaccinateurs, ceux du comité de Reims, par exemple, Husson et Tissier de Paris qui, dès 1801, et dans le même but, avaient transmis le vaccin de l'homme à la vache.

Ce qui fait cependant le mérite particulier de Troja, c'est qu'il tira une conclusion, et fit de ce procédé une méthode régulière pour servir à ses vaccinations publiques et privées.

En 1806, révolution dans le royaume des Deux-Siciles; Troja quitte Naples pour suivre la cour des Bourbons réfugiée a Païenne, et la direction générale des Établissements publics de Vaccination est donnée à un comité de vaccine.

Le comité abandonne naturellement les errements du prédécesseur pour rétablir la pratique première de la vaccination jennérienne.

Cet événement fâcheux ne fit pas renoncer Galbiati à l'œuvre de son maître ; le maître et

(4) l'élève avaient vécu dans une telle communauté de travaux et de recherches, Galbiati était luimême tellement pénétré du but humanitaire de la réforme entreprise, qu'il la poursuivit avec l'enthousiasme et la passion d'un apôtre.

Troja n'avait pas toujours été heureux dans ses essais de novateur ; Galbiati modifia les procédés et il put donner àla méthode, qu'il désigna lui-même sous le nom de vaccination animale, toute la sûreté nécessaire à la propagation régulière de la vaccine.

La vaccination animale eut alors un grand succès dans Naples, mais par cela même elle porta ombrage au comité officiel, et un de ses membres publia un projet de rapport pour proscrire la méthode.

Galbiati répondit à ses adversaires par le mémoire de 1 8 1 o.

A cette époque, il avait de la vaccination animale une conception aussi précise que possible. Partageant déjà la croyance de Troja sur l'activité plus grande du vaccin de la vache, il fît de plus ressortir l'avantage qu'avait la méthode de produire le vaccin à volonté. Le premier, il osa dire que le vaccin peut transmettre des maladies

autres que la vaccine, et ses observations de syphilis vaccinale sont assez complètes pour ne laisser aucun doute sur sa connaissance absolue d'un fait qui ne fut accepté que bien des années plus tard. Sa théorie de la vaccination animale, comme moyen d'éviter la menace même du danger, est exposée de main de maître, et les déductions qu'il en tire sont formulées avec une grande rigueur scientifique.

Aux arguments irréfutables de sa défense, Galbiati joignit la perfection du procédé opératoire, et la méthode de vaccination animale régna bientôt sans rivale dans la ville de Naples.

Dans l'œuvre accomplie, le rôle de chacun des deux savants semble bien défini: Troja fut l'inspirateur de l'idée première, mais il ne sut pas mettre la question à point, et les résultats de sa pratique furent incomplets.

Il est supposable qu'il appliqua à la méthode nouvelle les procédés de la vaccination jennérienne et transmit le vaccin de la vache à l'homme, comme les vaccinateurs ordinaires le transmettaient de l'homme à l'homme, par l'emploi du vaccin liquide; Galbiati, bien inspiré, recueillit la matière vaccinale de la vache par grattage des

pustules, et ce produit inoculé à l'homme lui donna régulièrement la vaccine classique. Ainsi fut assuré le succès de la méthode.

Le procédé de Galbiati a résisté à l'épreuve du temps; la pulpe vaccinale, aujourd'hui utilisée, n'est autre que le produit du grattage de la pustule : fraîche, elle sert à la vaccination directe de la génisse à l'homme; mélangée à la glycérine, elle forme la pulpe vaccinale glycérinée, préparation la plus parfaite pour conserver au vaccin de génisse ses propriétés actives.

La pratique de la vaccination animale n'avait pas encore franchi la région napolitaine, lorsqu'en 1864, au Congrès médical de Lyon, dans la séance du i5 septembre, le D r Alexandre Viennois proposa de renoncer au vaccin de l'homme pour recourir à celui du cheval ou à celui de la vache; il s'agissait de trouver un remède au danger qu'il avait déjà plusieurs fois signalé (1) : celui de la transmission de la syphilis par la vaccination humaine. L'occasion se présenta ainsi, et le professeur Palasciano,

(1) Archives générales de médecine, juin 1860 et suiv. Communications diverses.

chirurgien des hôpitaux de Naples, délégué au Congrès, en profita pour faire observer que, depuis de longues années, les vaccinations se pratiquaient régulièrement dans son pays avec le vaccin pris directement sur les animaux de l'espèce bovine.

Cette méthode, dite de vaccination animale, donnait à tous la plus entière satisfaction.

Les membres du Congrès écoutèrent cette révélation du professeur Palasciano avec un vif sentiment de curiosité, dont les journaux de l'époque se firent l'écho.

A leur lecture, je fus séduit par l'idée de faire à Paris ce qui se faisait à Naples, et bientôt j'en pris l'initiative.

Le D r Gustave Lanoix, qui fut mon collaborateur pendant les quatre premières années, se rendit à Naples, et il put apprendre de M. Negri, le continuateur de Galbiati, tous les détails de la pratique napolitaine.

Dès le mois de décembre 1864, nous organisions à Paris le premier service régulier de vaccination par le vaccin de génisse (1).

(1) Il est juste de citer le nom du D r James comme auteur d'une tentative antérieure, faite pour créer à Paris

Depuis cette époque déjà lointaine, et pendant quarante ans, j'ai travaillé à la propagation de la méthode de vaccination animale. Un jour, je me suis souvenu du grand éloge que le professeur Palasciano avait fait du mémoire de Galbiati; il le disait ignoré et introuvable, je me mis à sa recherche et j'eus la bonne fortune de le recevoir de Naplcs, par l'intermédiaire d'un libraire qui fait le commerce des livres rares.

Un de mes amis, Alcide Bonneau, m'en fit la traduction.

A part quelques pages un peu obscures, le reste de l'œuvre semble avoir été écrit hier : la netteté du langage, ses qualités littéraires, l'état d'esprit de l'auteur me produisirent un grand charme, et je conçus une profonde admiration pour le savant philanthrope napolitain. Il avait été en avance de plus d'un demi-siècle sur les connaissances médicales de son temps, et, dès 1810, il avait trouvé la solution du grave pro-

un service de vaccination par le vaccin de génisse. Sa tentative échoua. Au mois de mars 1844, le D r James avait ait une communication à l'Académie des Sciences, sur l'affaiblissement du vaccin humain et la nécessité d'en renouveler l'activité sur la vache.

(9) blême d'hygiène qui, en 1864, faillit mettre en péril la grande découverte de Jenner.

La vaccination animale est aujourd'hui en honneur. J'ai pensé intéressant de rappeler les noms un peu oubliés de Troja et de Galbiati, et de faire connaître le mémoire de 1810, document précieux pour l'histoire de la vaccine.

Paris, le i5 septembre 1905.

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