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La troisième et dernière caste comprend les ouvriers , les marchands de comestibles, les domestiques, les satellites des tribunaux, et, en général, toutes les personnes livrées à des occupations basses et serviles. Le travail, le mépris, et ordinairement la misère, sont le partage de ceux qu'une malheureuse destinée a fait naître dans celte caste. Leur position sociale est tout à fait analogue à celle des Parias dans l'Inde, si ce n'est qu'il ne se rattache pas à leur personne cette idée de souillure légale , basée sur des superstitions religieuses, qui appelle l'anathème surtout ce qui a éprouvé leur contact. 11 n'est même pas rare de voir des personnes de cette caste contracter mariage dans la caste supérieure. Dans ce cas, et, en général, toutes les fois que les époux sont nés dans des castes différentes, les enfants suivent la condition du père. Cette sage disposition de la loi tend à amener insensiblement la fusion des trois castes ; car, comme on peut bien le supposer, l'infériorité de casle dans les mariages mixtes se trouve presque toujours du côté de la femme ; ou si , par hasard , elle se rencontre du côté de l'homme , les parents de l'épouse font tous leurs efforts pour l'élever à la hauteur de leur position , et y réussissent presque toujours.
La population coréenne est , en général , fort pauvre , quelle que soit la caste dans laquelle on la considère: et, sous ce rapport, elle est infiniment au-dessous des Japonais, des Annamites, et surtout des Chinois, chez lesquels on voit souvent des fortunes colossales. Le défaut de richesse en Corée provient de ce que le pays n'est presque point cultivé , de ce que l'industrie y est inactive, le commerce nul , et enfin de ce que le système du gouvernement étouffe toutes les entreprises dans leur germe.
Les principaux produits agricoles qui fournissent à la subsistance des Coréens sont le riz, le maïs, le millet et le froment. Pour la culture du riz, on suit à peu près la même méthode qu'en Chine : on fait d'abord un semis très-serré dans de la terre délayée jusqu'à l'état de bouillie, et, lorsque les jeunes pousses ont atteint 8 à 10 centimètres de hauteur, on les transplante, par petits paquets , dans des champs soumis à d'abondantes irrigations : on les sarcle souvent et on les chausse jusqu'à ce que le temps de la moisson soit arrivé.
La culture du froment se fait d'une manière différente et assez singulière , analogue à celle que j'ai vu employer aux îles Philippines : on abat sur les montagnes peu boisées toutes les plantes ligneuses qui peuvent servir de bois de chauffage, ensuite on met le feu aux broussailles et aux herbes qui recouvrent le sol. Deux ou trois jours après que le feu est éteint, on sème à la volée et on se contente de recouvrir la semence en ratissant la surface du terrain. Ce genre de culture est pratiqué de préférence dans les provinces septentrionales, par la raison qu'elles sont beaucoup plus montagneuses que cette autre partie du royaume qui s'étend depuis la capitale Kin-Ki-Tao jusqu'à la côte qui avoisine le Japon , et dans laquelle on s'adonne presque exclusivement à la culture du riz , du mais et du millet. Dans ces principaux produits de l'agriculture , les Coréens trouvent de quoi satisfaire aux besoins de Ja consommation , mais il ne sauraient y
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trouver une source de richesse, parce que , d'un cùté, l'exportation leur en est interdite , cl que, d'un autre côté, le décroisseincni graduel de la population diminue chaque jour la consomma lion inlérieure.
L'industrie en Corée est encore moins bien partagée que l'agriculture. Point de ces riches tissus, de ces belles porcelaines, de ces brillants vernis que nous admirons chez les Chinois et les Japonais; point de ces ouvrages de marqueterie et d'orfèvrerie dans lesquels les Chinois rivalisent avec les Européens. L'industrie coréenne se borne à la fabrication de grossiers tissus de coton , de lin ou de soie pour l'usage du pays. Il y a cependant des articles dans la fabrication desquels les Coréens ont la réputation , à mon avis, peu méritée, de surpasser leurs voisins; ce sont le papier et les nattes.
Le papier est épais, souple et soyeux; sa consistance, ou, pour mieux dire, l'adhésion des fibres végétales dont il est formé est telle, qu'on l'emploie, nou-seulèment à garnir des châssis de porte , mais même à faire des habits! Il se prête assez bien à l'écriture au pinceau et h l'encre de Chine en usage dans le pays; mais il n'offre pas une surface assez lisse pour qu'on écrive facilement avec une plume et de l'encre européennes. Aussi croirai-je toujours le papier chinois supérieur au papier étoffe des Coréens.
Quant aux nattes, elles sont en effet fort jolies, mais elles ne valent pas celles qu'on fait à Poulo-Pinang , et d'ailleurs elles ne forment pas un article assez important pour que nous nous arrêtions à en parler.
Ainsi, réduite à ses ressources industrielles, la Corée n'aurait presque rien à fournir au commerce extérieur ; fort heureusement la nature est venue à son secours par la production spontanée de plusieurs articles fort recherchés à l'étranger, savoir: le ginseng, les jeunes cornes de cerf et les peaux de plusieurs espèces remarquables de mammifères, x
Le fameux ginseng n'est autre chose , comme on sait, que la racine d'une plante appartenant à la famille naturelle des am/iacee*, et appelée par les botanistes panax ginseng. Les Chinois attribuent à cette racine des vertus médicinales extrêmement puissantes qui la font employer dans presque toutes les maladies. Que les poumons soient à moitié consumés par la phtbisie , disent les médecins chinois , que la chaleur naturelle soit presque éteinte par la vieillesse, que les viscères aient été profondément lésés par l'action délétère de quelque poison, administrez du ginseng, et le malade sera bientôt rendu à la vie et à la santé. Ce prétendu antidote des souffrances humaines est fortement recherché dans tous les pays où ces théories médicales ont cours , et s'y vend au poids de l'or. Depuis qu'une espèce de panax , iTt&-\a\%iïie A\x panax ginseng , di été découverte dans l'Amérique du Nord, la pharmacie chinoise reçoit de ce pays les deux tiers de ce qu'elle en consomme. Cependant, comme la racine américaine est très-inférieure en qualité , le vrai ginseng de Corée n'a pas baissé de prix, et forme toujours la branche la plus lucrative du commerce coréen avec la Chine.
La plante qui fournit ce précieux remède croît spontanément sur les montagnes découvertes de la Corée septentrionale : sa racine est de l'espèce de celles que les botanistes appellent /»iww«^w, et présente à sa base, ainsi
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qu'au sommet, deux renflements ou bifurcations latérales qui donnent au tout l'apparence d'une poupée: de là le nom chinois ginseng, qui signifie homme vitrant, et non pas la vie de l'homme, comme l'ont prétendu quelques écrivains. Sur la foi des médecins chinois, le ginseng a été employé tn Europe dans le courant du siècle dernier, mais on n'a pas tardé A se convaincre que les prodiges attribués A ce médicament ne s'opéraient que dans l'imagination des Orientaux, et que (voyez Richard, Botanique médicale) , pour les propriétés réelles qu'il possède, on pouvait lui substituer cent autres plantes indigènes infiniment moins chères.
Les jeunes cornes de cerf forment un second article d'exportation presque aussi avantageux que le ginseng. Vers le commencement de l'été, peu de jours après que le cerf mâle a perdu le bois de l'année précédente, il se forme sur chaque cicatrice un renflement ou protubérance arrondie, qui n'est que le germe du bois à venir. Pendant plusieurs semaines , ces jeunes pousses sont recouvertes d'une peau veloutée, et leur substance est assez tendre pour qu'on puisse facilement les entamer avec un couteau ou même avec les dents. C'est dans cet éiat qu'elles sont très-recherchées par les Chinois et surtout par les Japonais, qui en font un grand usage dans leur médecine. Le prix élevé auquel on vend ce médicament met tous les montagnards en mouvement à l'époque du rut et fait livrer au cerf une chasse très-active. Nul doute que, si la population coréenne était plus dense , elle ferait bientôt disparaître de^ forêts ces timides et élégants animaux.
Les fourrures enfin fournissent aux Coréens une branche de commerce d'autant plus importante, qu'elles sont rares dans les provinces froides de la Chine, où le luxe les fait rechercher à des prix souvent incroyables. C'est aussi de Corée que les Chinois tirent la plus grande partie du poil de renard dont ils font leurs excellents pinceaux pour écrire.
Tout restreint qu'il est à un petit nombre d'articles, le commerce coréen serait susceptible de prendre beaucoup d'extension , si le gouvernement ne le paralysait avec tout le despotisme de son pouvoir. Ainsi , il n'est permis de commercer avec la Chine que deux fois dans l'année, et une foisseulement avec le Japon.
A la cinquième et à la onzième lune, c'est-à-dire vers la fin des mois de juiu et de décembre, les marchands coréens se réunissent en caravane, et traversant le vaste désert qui sépare leur pays de la Chine , ils se rendent à Fong-Pien-Menn, petit village situé à la frontière du Leaotong : là, les autorités des deux pays limitrophes passent en revue et inscrivent avec soin tous les arrivants, afin de pouvoir s'assurer, à la (in de la foire, que chacun est rentré dans son pays respectif. Dix jours sont accordés pour les transactions commerciales du semestre , après quoi , la frontière est de nouveau fermée, et toutes relations entre les deux peuples sont sévèrement interdites.
Les échanges avec le Japon ont lieu à la septième lune, c'est-à-dire vers la fin du mois d'août, et se distinguent des précédentes en ce que ce sont les Japonais qui viennent apporter en Corée leurs marchandises , et y acheter
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les jeunes pousses de corne de cci r dont, nous avons parli3 plus haut.
C'csl donc en suivant une poliliiim- ciilii'K'iiicii; (tpposi'c ^ la poliiif|ue«;uropi^ciiiu: , que le ijoiivoiiicmcnl de CortV clicrclic A tenir le jK-upIc dans la soumission. Chez nous, c'est la riehessi- , l-inslruction et la liiierlé de la nation qui font la force du ijouvernenienl : en Cor(îc, au contraire, c'est sur la pauvreté, l'ignorance et l'asservissement du peu[)lc que le pouvoir s'appuie. Il est vrai de dire, cependant, que, malgré ses lyranniques efforts, malgré m^me le puissant soutien qu'il tnmve dans le corps aristocratique, le gouvernement coréen ne jouit d'aucune force réelle, et qu'il faudrait très-peu de chose pour le renverser. Obligée, pour sa propre conservation, de s'enlouier du petit nombre de troupes qu'elle a à sa solde , l'autorité n'a ni le pouvoir, ni la volonté d'exercer une police salutaire et de fournir aux habitants des campagnes la sécurité si nécessaire aux travaux agricoles. Il résulte de lA (|ue le |)ays est infesté de brigands organisés en bandes nombreuses, bien supérieures en force aux villages sans garnison , et qui sont même capables de lutter avantageusement avec la milice, si elle osait les affronter en rase campagne. Ces bandes de voleurs parcourent le pays à l'époque où le laboureur recueille le fruit de ses travaux : elles pillent tout ce qui leur convient, ravagent ce qu'elles ne peuvent pas emporter, et mettent souvent le feu aux hameaux qu'elles ont dévastés. Le paysan sait qu'il est pour le moins inutile d'opposer une résistance quelconque, aussi n'est-ce pas en se défendant qu'il cherche à se soustraire à cette calamité ; c'est en se retirant le plus tôt possible avec sa famille et son bien dans les villes fortifiées où se tiennent les mandarins et les soldats. Les fortifications de ces villes consistent en un mur continu, haut de 8 à 10 mètres, et garni de nombreux créneaux. Du côté intérieur, un talus de terre en pente douce sert non-seulement de soutien au mur d'enceinte, mais aussi de montée facile aux soldats et aux habitants chargés de défendre la place. En cas d'attaque , les sentinelles donnent le signal d'alarme par un certain nombre de coups de gong ou tam-tam, et aussitôt tout le monde accourt sur les remparts, les uns armés de mousquetons, les autres d'arcs et de flèches, de pierres ou d'autres projectiles plus redoutés que redoutables. On conçoit facilement combien l'agriculture doit souffrir de l'état de crainte continuelle où se trouve le laboureur pendant qu'il habite les champs, et plus encore de l'absence qu'il est obligé de faire à l'époque des brigandages. Ce que l'on aura de la peine à concevoir, c'est que les Coréens n'ouvrent pas les yeux sur leurs propres intérêts, et ne secouent pas le joug d'un gouvernement en décadence qui sait bien les opprimer, mais nullement les défendre contre leurs ennemis.
Si nous en croyons les histoires publiées dans le pays, la Corée était, au xvii^ siècle, un des royaumes les plus florissants de l'Asie orientale; et il faut, en effet, qu'elle ait eu dans ce temps-là une administration bien plus sage et une force militaire bien plus redoutable, pour avoir battu tour à tour les Chinois et les Japonais qui ont cherché à l'envahir. Ces derniers ont été contraints , en évacuant la Corée , à signer un traité en vertu du(|uel ils doivent fournir à perpétuité 300 hommes en otage. Le traité a été mis à
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exécution, et, à présent encore, le gouvernement coréen fait scrupuleusement remplacer ceux des otages qui viennent à mourir.
La guerre que les Coréens eurent à soutenir contre la Chine a été causée par le refus qu'ils firent de se raser la tête et d'adopter le costume introduit dans ce vaste empire par la dynastie tartare qui règne aujourd'hui. Leur ancien costume, le même qu'ils portent encore à présent, se ressent beaucoup de la simplicité de leurs mœurs, ou, pour mieux dire, de l'état d'enfance dans lequel sont presque tous les arts en Corée, ceux même qui ont le plus de rapport avec les premiers besoins de l'homme. Imitateurs des Chinois dans quelques points de leur toilette, les Coréens ne portent aussi pendant les chaleurs qu'un seul habil, servant tout à la fois d'habit dedessus et de dessous. La forme de cet habit est à peu près celle de nos chemises d'homme , si ce n'est que, sur le devant , il est ouvert du haut en bas, et d'une ampleur suffisante pour qu'on puisse le croiser en guise de fichu, et l'attacher au moyen d'un cordon sous le bras gauche. Pour nous , qui voyons chaque jour notre costume se modifier sous l'empire de la mode, cet inexorable tyran de la société civilisée, il paraîtra insignifiant de remarquer de quel c(^tc on croise l'habit; mais pour les peuples de l'Asie orientale, c'est un trait caractéristique par lequel ils se distinguent, et qu'il est d'autant plus important de signaler en ethnographie, qu'on peut s'en servir comme d'un jalon fort sûr dans les recherches sur l'origine et les affinités des différentes branches de la race mongole.
Nous voyons, en effet, que , sous la dynastie Tsi. les Chinois désignaient les barbares qui erraient au nord-ouest de l'empire par la singulière périphrase de peuples gui boutonnent leur habit sous le bras gauche , par opposition à la coutume où étaient dès lors tous les habitants de la Chine proprement dite de se boutonner à droite. Cette circonstance, jointe A plusieurs autres dont il sera question plus tard , me parait de nature ù prouver que la Corée, et probablement aussi le Japon , ont été peuplés par des colonies mongoles, venues des steppes de l'Asie centrale, je veux dire du grand plateau compris entre les deux immenses chaînes de l'Altaï et de l'Hymalaya.
Pour en revenir au costume coréen, l'espèce de chemise dont nous avons parlé , dans les circonstances ordinaires de la vie , ne descend que jusqu'aux genoux; elle a des manches étroites, et ne dépassant pas la longueur du bras; mais dans les visites et aux cérémonies civiles ou religieuses, on la porte beaucoup plus longue et plus simple. C'est alors une vraie toge dont les pans descendent jusqu'aux pieds, et dont les manches excessivement larges ont une fois et demie la longueur du bras. L'habit de cérémonie que les Chinois portent pendant l'été ressemblerait assez t'^ la toge coréenne, s'il était muni, comme celle-ci, d'un collet droit qui protège le cou. Des pantalons fort larges, n'offrant sur le devant ni pont , ni ouverture quelconque, forment la seconde partie du costume coréen. On les maintient autour des reins au moyen d'une ceinture aisée à défaire , et , à mi-jambe , on les fait entrer dans les bas, afin qu'ils ne gênent pas la marche. Les bas
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sont en toile et assez semblables aux bas chinois; mais, ils ont cela de par* ticulicr, (jne la couture se trouve juste au-dessous de la plante des pieds, de manière à écorcher les pieds des personnes non habituées à ce genre de chaussure. Dans les premiers temps (|u'il était en Corée, un missionnaire catliolique a é(é incommodé par cette singulière sorte de bas, au point de ne pouvoir pas njarclier pendant plusieurs jours. La forme que nous donnons fort mal ;\ propos aux souliers chinois dans nos gravures est exactement celle des souliers coréens, La partie antérieure est terminée par une pointe relevée, fortifiée en dedans par un morceau de bois, de manière A ce que, dans l'occasion, ces souliers puissent servir d'armes défensives. Les gens de la classe noble, qui ne daignent pas descendre à ce genre de combat, ont la pointe de leurs souliers moins élevée et moins aiguë, (juelle que soit cependant la forme qu'on est convenu de leur donner, les souliers coréens ne sont pas en étoffe comme les souliers chinois, mais bien en cuir comme les nôtres, ou, pour mieux dire, comme les souliers indiens, avec lesquels ils ont plus de rapport. Le cuir dont on les fait est mal tanné, blanchAtre, mou et comme spongieux; aussi s'imbibe-t-il d'eau très-facilement et ne garantirait aucunement de l'humidité, si, dans les temps pluvieux , les Cori!ens n'avaient le soin de porter des sabots échasses qui les élèvent d'un pied au-dessus du sol. Les femmes et les enfants portent des souliers en couleur, ou chamarrés de quelque ornement en couleurs vives. Tous les hommes portent les souliers ainsi que les habits entièrement blancs. Et en vérité, j'ignore s'il y a une autre nation au monde où l'on voie une aussi grande uniformité dans la couleur du costume. Les enfants et les femmes peuvent bien porter des habits rouges , bleus , verts, etc.; mais les hommes sont tous habillés de blanc , quelle que soit la caste à laquelle ils appartiennent.
Pour se garantir du froid excessif de leurs hivers, les Coréens mettent habits sur habits sans songer à adopter une matière et une forme plus propres à concentrer la chaleur. Ils ne se servent pas de fourrures, soit parce qu'ils ne savent pas les préparer, soit parce qu'ils préfèrent les vendre aux Chinois, qui les leur achètent à de très-bons prix. Les tissus généralement en usagedans le pays sont en lin et en chanvre de différentes espèces: il y a peu de personnes qui portent du coton , encore moins de la soie.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, les Coréens ont mieux aimé courir les chances d'une guerre désastreuse que de se raser les cheveux à la manière tartaro-chinoise. A leurs yeux , une longue et épaisse chevelure est un des plus beaux ornements de l'homme aussi bien que de la femme; et , sous ce rapport, la nature les a favorisés, car ils ont les cheveux plus fournis peut-êirc et plus noirs qu'aucun autre peuple d'Asie, Malheureusement le défaut de propreté en fait un foyer de vermine abondante , qui des cheveux passe aux habits et s'y multiplie dans une progression effrayante. Pauvre ou riche, le Coréen n'est jamais exempt de cette dégoûtante compagnie , dont , du reste , il ne cherche presque pas à se débarrasser : il se contente de passer ses habits sur le feu tous les deux ou trois jours pour faire
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périr l'excédant de leur populalion, sans s'occuper de la graine qui doit renouveler bientôt la génération détruiic. Quelques physiologistes ont pensé que, si la vermine est si générale chez les [leuples asiatiques, cela tient à la nature de leur peau et des excrétions cutanées qui, chez eux, semblent offrir des caractères particuliers. Pour moi, je crois que la malpropreté en est la seule cause, car les Européens qui, allant dans l'intérieur de l'empire, sont obligés d'adopter le costume et les habitudes chinoises, ne tardent pas à être envahis aussi par ces horribles parasites. Et sans aller si loin, ne verrait-on pas la même chose en Europe , si on y portait la même chemise plusieurs semaines ou plusieurs mois, comme cela se voit fréquemment en Chine et en Corée.
Parmi les traits qui caractérisent les peuples de l'Asie orientale, je veux dire les peuples appartenant à la race sino-mongole, il n'en est peut-être pas de plus saillant ei de moins remarqué jujqu'à ce jour que l'absence du génie architectural, ainsi que du penchant à élever des édifices durables et grandioses. Ce besoin, si puissant chez toutes les autres nations, tant anciennes que modernes, d'élever à grands fiais des monuments impérissables et des maisons solides, élégantes et commodes, est tout à fait inconnu aux Chinois, aux Annamites, aux .Japonais el aux Coréens particulièrement.
En entrant pour la première fois dans une ville coréenne, on est tenté de demander où sont les maisons ; en effet, les rues sont formées par des murs en pisé ou en bambou assez élevés, qui dérobent entièrement la vue des habitations particulières auxquelles ils servent d'enceinte. Chaque famille a son enclos particulier qui , la séparant entièrement de ses voisins , lui permet de goiiter les douceurs de la solitude au centre même de la ville. En pénétrant dans ces enclos, on trouve invariablement une cour ou aire plus ou moins vaste, dont le milieu est occupé par la maison du propriétaire, et les côtés sont encombrés de bois à brûler, de meules de grains , d'instruments aratoires, de cabanes pour les animaux domestiques , etc.
La maison est toujours construite avec la plus grande simplicité: quatre murs de 8 à 10 pieds de hauteur, sur. lesquels s'élève un toit en chaume à 45" d'inclinaison; voiL'k l'extérieur. L'intérieur se compose d'une seule pièce sans plafond, dans laquelle les pauvres établissent un comi)artiment avec des nattes lorsqu'ils ont quelque malade à isoler. Les riches multiplient les pièces en construisant plusieurs maisons adossées de manière que l'on puisse aller de l'une dans l'autre sans quitter l'abri du toit.
Entre le plancher et le sol on laisse, dans toute la largeur de la maison, et sur une hauteur d'environ 2 pieds , un espace vide formant une espèce de four destiné à chauffer l'apparienient pendant les rigueurs de l'hiver. Sur un des côtés de la maison , une ouverture semi-circulaire aboutit dans cette cavité: c'est par laque pénètre la chaleur pendant qu'on y fait la cuisine. Du côté opposé, un petit soupirail, ménagé près de terre, donne issue à la fumée. Sur le devant de la maison , un prolongement du toit , soutenu par quelques piliers, forme une espèce de porche ou d'abri, sous lequel on peut prendre l'air dans les temps pluvieux. Comme il n'y a pas de marches in-
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termédiaircii, (^t i|uc la iiorii; d'i-iilirc csi de niveau avec le plancher, c'esl- A-diru i\ 2 |)irds .lu-dcssus du sol , un osl. oljjijji'' di^ lever le pied assez liaul pour riiiiTi' dans la maison. C'esl sans duuloi'k cause du raceuurcisseuieut du coi'ifs produit, par ce niouvenicnl que l'ouverture de la poi le n'a pas la hauteur d'un homme.
l/amcublemi lit des m;iisons coréennes est de la plus grande modestie: une ou plusieurs malles pour serrer les habits, un rayon pour mettre des livres, une petite table sur la(|uelleon mau(;i;, voilà h peu pies tout le nipbilier : il n'y a ni lit ni chaise: le Corilen s'assied par terre, en croisant les Jambes à la mode des tailleurs; il couche r^f;al(;inent par terre, en ûlé , pour Ôtie plus au frais, et en hiver, aliu de mieux concentrer sous ses couvertures la chaleur communi(|U(5e au |)lancher par le four dont nous avons parl<5 plus haut. Maltjré leur simplicité, disons mieux, leur pauvreté, les maisons coréennes respirent à l'intérieur un certain air de propreté dont manquent bien souvent les maisons chinoises. Les murs sont tapissés de papier blanc que l'on renouvelle aussitôt qu'il est terni. Le plancher est couvert de nattes, dans loute la largeur de l'appartement, et ou se souvient que les nattes coréennes sont d'une beauté remarquable. Dans la crainte de salir l'intérieur de la maison, on a soin de quitter ses souliers avant d'entrer, et de venir à la porte toutes les fois qu'on a besoin de cracher ou de se moucher.
A la grandeur des dimensions, et à la solidité près, toutes les maisons en Corée sont construites sur le ])lan que nous venons de décrire, sans en excepter les palais des grands du royaume et celui du roi lui-même. Comme en Chine, on y a l'habitude de ne pas construire d'étages au-dessus du rez-dechaussée, dans la persuasion qu'à une certaine élévation du sol l'air est trèsmalsain. Je ne sache pas qu'en Europe on ait remarqué une différence de salubrité en faveur des étages inférieurs. Il se pourrait cependant que la pesanteur spécifi(|ue de certaines émanations propres au sol de la Chine et de la Corée justifiât l'opinion admise de temps immémorial par les trois ou quatre cent millions d'individus qui habitent ces vastes pays.
Comme dans toutes les autres contrées de l'Asie, le ri/, fait en Corée la base de la nourriture: mais, avec cette différence, qu'au lieu de le faire cuire à la vapeur et de le manger presque sec, comme cela se fait eo Chine et dans l'Inde, les Coréens le font bouillir dans une grande quantité d'eau que l'on garde pour boire pendant le repas. Les mets qui accompagnent ce pain asiatique se composent , suivant les fortunes, de viande de porc, de chien, de bœuf, de poules , de pigeons, de canards, d'oies, de poissons, de rats et de légumes: parmi ces derniers ou compte la moutarde blanche ou pe-tsaï des Chinois, les choux-fleurs , de gros navets que l'on fait macérer dans de la saumure, des piments et plusieurs espèces de légumineuses.
Quant au mode de préparation de ces différentes substances, les Chinois et les Coréens sont tout à fait en opposition de principes avec nous. Il est généralement admis en Europe que la viande bouillie, ayant abandonné à l'eau la plus grande partie de son osmazômc, est bien moins substantielle et
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moins facile à digérer que la viande convenablement rôtie , qui a conservé tous ses principes nutritifs. En Chine , au contraire , ainsi qu'en Corée , on croit, d'après l'autorité fort respectable, sans doute, mais peu hygiénique, deConfucius, que la viande rôtie est très-malsaine. Cette opinion , envisagée sous certains rapports, et surtout chez des peuples d'un tempérament différent, peut cependant être vraie et admissible.
Quoiqu'il en soit, la cuisine coréenne fait tout bouillir, sauf ensuite à rehausser le goût, naturellement insipide, de semblables préparations , au moyen de sauces particulières au pays , parmi lesquelles nous citerons la plus usitée et la seule connue en Europe, le soya. Ce condiment , dont l'usage a de la peine à se répandre dans nos pays par la persuasion où sont les gens crédules qu'il est préparé avec des blattes, se fabrique en grandes quantités avec de la fécule de dolichos, cuite à un certain degré , et soumise à la fermentation. On lui reconnaît des propriétés stimulantes dont les estomacs indolents se trouvent bien. Les Coréens ne sont pas seuls à en faire usage : le soya figure sur la table de tous les peuples d'Asie, depuis le détroit de Bab-el-Mandeb jusqu'au pays qui nous occupe.
Ce n'est pas la coutume en Corée que plusieurs personnes mangent à la même table : chacun s'assied par terre , les jambes croisées, devant une petite table d'un pied de haut, dressée exclusivement pour lui , sur laquelle .sont placés les mets, une tasse pour boire, une cuiller et une paire de bâtonnets. Les bâtonnets servent à saisir la viande et les légumes qui ont été probablement coupés en petits morceaux ; on se sert de la cuiller pour manger le riz, ce qui est beaucoup plus propre que de porter l'écuelle à la bouche et d'en humer le riz à la mode chinoise. J'aime bien mieux aussi assister au repas solitaire du Coréen qu'aux repas animés des Chinois, où vingt personnes puisent dans le plat commun avec des bâtonnets qu'ils ont mis cent fois dans leur bouche.
Nous avons déjà dit que pendant le repas les Coréens boivent abondamment de l'eau, dans laquelle on a fait bouillir le riz. Une fois le repas terminé, ils se mettent â boire du vin du pays, c'est-à-dire de l'eau-de-vie de riz; car le vin de raisin est une boisson fort chère dont les personnes opulentes peuvent seules se permettre l'usage journalier. Ce n'est aussi que chez les riches que l'on voit servir du thé. Les hivers de Corée étant trop rigoureux pour la culture du précieux arbrisseau qui fait la richesse du commerce chinois, on tire de Chine la petite quantité nécessaire à la consommation du pays.
Le menu peuple est très-friand de pâtisseries , si toutefois on peut donner ce nom à certains gâteaux compactes faits avec du miel , du maïs , ou du millet que l'on vend dans les rues , et dont le moindre défaut est d'être extrêmement indigestes.
Sous le climat de Corée presque tous les fruits d'Europe réussissent à merveille, et semblent être originaires du pays. Les pommes, les poires, les pêches, les abricots, les prunes, les cerises, les fraises, le raisin et les autres fruits des piays tempérés y sont excellents, malgré le peu de soin que
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prennent les indigènes pour l'améliuration des espèces: les mulliplicatioos se font par semis, rarement par boutures uu par marcottes : la (greffe est tout A tait inconnue.
Les sombrts cl épaisses forêts qui recouvrent les trois quarts du sol coréen se composent enjjrandc partie de conifères, dont le bois tendre et léger est employé de préférence dans la menuiserie. On y trouve aussi le chêne, l'orme, le micocoulier, le châtaignier sauvage, et d'autres arbres fort remarquables dont la connaissance intéresserait vivement la botanique. Malheureusement ces forêts sont très dangereuses à parcourir à cause des animaux féroces sans nombre qui les habitent.
En première ligne se présente le tigre avec toute la férocité qu'on lui connaît. Roi des jongles touffus dont aucun ennemi ne lui dispute la suprématie, il y décime à son gré les troupeaux de cerfs et de gazelles; quand ceux-ci viennent i\ lui manquer, il approche des habitations pendant la nuit, et enlève le malheureux attardé qu'il trouve hors de sa maison.
Les ours et les loups sont aussi très-nombreux , mais ils ne sont pas aussi redoutés que le tigre, ni aussi poursuivis que le sanglier. Cet animal , qu'on a tort d'appeler féroce, puisqu'il ne se montre tel que lorsqu'il est attaqué, cause de très-grands dégAts aux moissons , et s'attire ainsi une chasse trèsactive de la part des Coréens. Dès qu'ils ont découvert la piste d'un sanglier, les Coréens se réunissent au nombre de cinquante ou de soixante, et armés de longues lances, ils environnent le fourré du bois où l'animal s'est réfugié. Au signal convenu , tous les chasseurs s'avancent , le cercle se resserre , et bientôt des cris de joie ou de douleur apprennent aux plus éloignés que le redoutable pachiderme a succombé sous les coups , ou bien qu'il a éventré quelque chasseur inhabile placé sur son passage. Je suis porté à croire que le sanglier coréen forme une espèce différente du nôtre, caractérisée par des dimensions beaucoup plus volumineuses et des défenses plus longues et légèrement arquées. Sa chair est excellente et partant très-recherchée par les riches.
On trouve aussi en Corée des lièvres , différentes espèces de faisans, des cailles, des tourterelles, des canards sauvages et quelques autres espèces de gibier. Plusieurs de ces oiseaux sont attrapés au piège, mais la plupart sont chassés au faucon. Les Coréens sont peut-être plus avancés dans ce dernier genre de chasse que ne l'étaient nos seigneurs du moyen âge, car ils dressent le faucon , non-seulement à saisir et à rapporter le menu gibier, mais aussi à attaquer les grands animaux féroces et à rendre leur capture aussi facile qu'exempte de danger. Pour parvenir à ce but, ils le nourrissent pendant quelque temps d'yeux de quadrupèdes , puis ils l'habituent peu à peu à aller prendre lui-même sa nourriture sur la tête des animaux qu'on destine à la boucherie. Le faucon devient tellement friand de ce genre de curée, qu'une fois à la chasse, il se précipite comme la foudre sur les animaux féroces qu'il peut apercevoir, sur le tigre de préférence, il se cramponne sur leur tête, et ne les quitte pas avant de leur avoir arraché les yeux.
La classe des reptiles compte en Corée un très-grand nombre de repré-
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sentants assez dangereux, ce qui est une conséquence naturelle de l'état de friche dans lequel se trouve le pays. On remarque une espèce de serpent gigantesque qui a souvent 20 ou 25 pieds de long, et qui ne peut appartenir qu'au genre boa. Elle était , dit-on , très-commune autrefois , mais elle disparaît insensiblement par suite de la guerre acharnée que lui livre la pharmacie coréenne. Suivant les théories médicales reçues dans le pays, la substance cérébrale de ce grand reptile a le pouvoir de rappeler les malades à la vie et à la santé, quelque désespéré que soit leur état. On conçoit, d'après cette croyance, à quel prix une semblable panacée doit se vendre, et avec quelle ardeur on doit la lechercher. Cependant, autant le Coréen est avide de rencontrer quelqu'un de ces boas si appréciés en médecine , autant craint-il la rencontre du trigonocéphale ou celle d'un petit serpent fort commun dans les moissons, et dont la morsure cause la mort en moins d'une demi-heure.
Lorsqu'un de ces terribles accidents a lieu, on scarifie immédiatement la plaie et on y applique une substance dure et rouge, dont la composition m'est inconnue, ou bien encore une fève de Saint-Ignace dont on fait boire en même temps une très-légère infusion. 11 paraît que ces deux substances ont le pouvoir d'absorber ou de neutraliser le venin; car il est de fait que , sous leur influence, les personnes mordues par les serpents les plus venimeux ne tardent pas à se rétablir.
Tout ce que les Coréens savent en médecine, ils l'ont appris des Chinois, leurs voisins et leurs maîtres. C'est dans les innombrables ouvrages de médecine publiés en Chine que les Coréens à l'orient, et les Annamites h l'occident, puisent les notions qu'ils ont sur l'art de guérir. La science médicale est, par conséquent, aussi arriérée dans ces deux royaumes que dans l'empire soi-disant céleste. Idées complètement fausses sur l'anatomie et sur les fonctions physiologiques des organes ; opiniâtreté à faire le diagnostic des maladies uniquement par le pouls sans interroger le malade; ignorance profonde sur la nature intrinsèque et l'action des médicaments; traitement complexe et simultané de vingt affections diverses, dont chaque maladie est supposée être le résultat, voilà la faculté avec tousses attributs; ses prérogatives consistent en Corée, comme partout ailleurs, à pouvoir tuer impunément.
Les Chinois, comme on le sait, ne pratiquent point la chirurgie; ils se contentent, dans des cas urgents, de faire des frictions ou des scarifications , d'appliquer des ventouses , des moxas , quelquefois même des sangsues. En cela , il ne sont pas imités par les Coréens, chez lesquels on voit faire des opérations chirurgicales d'une grande hardiesse, telles, par exemple, que la ponction du thorax ou de l'abdomen dans les cas d'épanchements pleuréliques ou hydropisiques. Ces opérations, repoussées, je crois, par la plupart des docteurs européens, sont souvent couronnées de succès. J'ai connu un jeune homme, jouissant alors d'une parfaite santé, qui avait été poncturé quelques années auparavant , un \>i u au-dessous et à côté du sternum.
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Oulrc In soicncc nK^ilicale , (|ul «si piiticipalcmcnf rv]fi',\ife. dans la dcuxi(>inc' casle, on cultive clicz les };r.'in(ls les difF«'i«;ntf;s connaissant^ requises en Chine pour le Rradede docteur, telles que l'histoire, la statistique, la philosophie, la l('i;islntion, elc. Si on s'en tenait aux dispositions de la loi, personne ne devrait /^trc pnimu A la nia};islrature avant d'avoir fait preuve de son savoir sur ces matières. Mais, h('las! quel est le pays oi'i la loi est inexorablement appliqut^e sans acception de personnes? A peine la France , après tant de siècles d'abus et tant de luttes , peut-elle répondre : «C'est moi!» Comment la Corée, cette contrée placée si loin du foyer civilisateur, pouiraitelle conserver la force et la pureté de ses institutions? Kt, en vérité, il est très-fftcheux que la science n'y reçoive pas plus d'encouragements de la part de l'autorité, car le Coréen est, de sa nature , intelligent, avide dé savoir, et persévérant au travail : pour peu qu'on excitât son émulation , on verrait bientôt la sphère de ses idées s'agrandir, sa pusillanimité disparaître et faire place à des sentiments élevés, dont jusqu'à présent il n'a pas même connu le nom.
La nature humaine est vicieuse partout, elle l'est en Corée; on croirait cependant que les mêmes causes qui empêchent le développement de l'intelligence empêchent aussi l'accroissement du vice, car on y voit peu de ces grands désordres et de ces crimes affreux dont les pays les plus civilisés nous offrent de si fréquents exemples. L'ivrognerie est presque le seul vice inhérent au pays, mais il y est généralement répandu , et d'autant plus enraciné, que le gouvernement ne cherche en aucune manière à y apporter remède. Il est rare qu'on sorte dans la rue sans rencontrer quelques individus pris de vin. Les Chinois cnt au moins cet avantage sur les habitants de la Corée, que, si quelquefois ils se souviennent de /?mre tristUlam vitœque labores molli mero (1), ils ont soin de le faire dans l'intérieur de leurs maisons , et de ne sortir qu'après avoir bien cuvé le sam-chou avec lequel ils se sont enivrés.
Le vol , le mensonge, la dissolution des mœurs sont des vices caractéristiques propres à toute la race mongole, et, par conséquent, aussi aux Coréens, quoique cependant ils ne s'en montrent pas aussi esclaves que les nations environnantes.
Arrivons à un fait extrêmement important, dont la découverte pourra peutêtre faire époque dans la science ethnographique : disons quelques mots du tangage coréen. La nature de cet idiome doit exciter d'autant plus la curiosité et les investigations des savants qu'il forme à mon avis , le chaînon si longtemps et si inutilement recherché, par lequel la race chinoise se rattache aux races indiennes. A défaut de monuments historiques qui pussent nous éclairer sur l'origine des peuples formant à eux seuls le tiers du genre humain, et le plus vaste comme le plus ancien empire du monde, on a été naturellement porté à analyser la langue la plus répandue parmi ces peu-
(1) Horat., ad Munaiium Plancum.
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pies, je veux dire la langue chinoise, considérée ajuste titre comme la langue mère de l'Asie orientale. On a d'abord analysé les mots, puis la grammaire, puis les caractères , et comme il n'a pas été possible d'y découvrir des éléments puisés à l'étranger, on a conclu que la grande famille sinomongole formait dans le genre humain une branche à part, qui, suivant l'expression d'un naturaliste plus spirituel que savant , devait avoir eu son Adam particulier distinct de celui des autres nations.
Or, les points de contact que l'on a raisonnablement , mais inutilement , cherchés dans la langue chinoise, se trouvent, à n'en pas douter, dans la langue coréenne. Je n'entreprendrai pas, dans cette courte notice, de développer les arguments inébranlables qui , pour moi , placent une aussi importante proposition au rang des théorèmes : ce sera le sujet d'un travail spécial que je publierai sous peu, avec une grammaire et un dictionnaire coréen, .le me bornerai , pour le moment, à quelques notions générales propres à donner une idée suffisante de ce curieux idiome , et à mettre les savants sur la voie des recherches.
1° La langue coréenne est polysyllabique, c'est-à-dire que les mots dont elle se compose sont souvent formés de plusieurs syllabes, et quelquefois d'un bon nombre.
2** Presque tous les mots de la langue coréenne ont une racine dérivée du chinois; mais, comme les mots chinois sont toujours monosyllabiques, les syllabes additionnelles des mots coréens sont empruntées d'autres langues, offrant les mêmes caractères de polysyllabisme.
3" Les expressions coréennes contiennent donc deux éléments également importants, que nous pourrions, en quelque sorte , appeler la matière et la forme.
Le premier , l'élément radical , consistant en une syllabe d'origine chinoise, exempte d'inflexion , fournit l'idée première attachée au mot.
Le second, l'élément modi6ant, consistant en une ou. plusieurs syllabes, ajoutées à la syllabe radicale et sujettes à variation, est destiné à donner à l'idée générale les différentes modifications dont elle est susceptible.
Cet élément, analogue aux affixes de certaines langues orientales , ou, mieux encore, aux finales variables des mots latins, est indubitablement emprunté à une langue aussi différente du chinois par son génie que par sa richesse.
4° Au moyen des syllabes modifiantes, placées avant ou après la syllabe radicale, le Coréen possède des déclinaisons , des conjugaisons , et eu général toutes les catégories grammaticales qui donnent de la perfection à une langue en multipliant les idées.
5° Le mot chinois qui forme la racine du mot coréen n'appartient souvent plus à l'époque actuelle, c'est-à-dire qu'il est passé du style vulgaire au style sublime des Chinois modernes , ou bien qu'il est tombé en désuétude, et ne figure plus que dans les livres anciens. Ce fait est , à mon avis , de la plus haute importance en ethnographie , d'abord parce qu'il vient à l'appui de ce que j'ai avancé dans mon Systema phoneticiim, 1. 1, p. 75, relative-
i>i<^:moirf, sur l\ coiU:k. 289
ment aux nuctuations tW la lanjîui; chinoise. Kii second lieu, parce qu'il peutscrvir A fixer avec certilude l'origine de la nalion coiéciine. Il sulliiait pour cela d'cHablir, d'après les anciens uuvra(;es cliinois, à quelle époque la lan{;ue chinoise se présenlail, sous les foi mes niôlécs dans l'idiome coréen. Celle lAche doit, offrir, j(! l'avoue, bien des diflicullés, mais je la crois d'autant moins impossibl<; i*) remplir, (|ue je me la suis proposée dans le cours des recherches relatives à mon Dntiuniuiirc cnc) (101)^111(1110 de la laripuc chinoLsc.
G" Suivant la caste de celui ù (jui on parle, le langage coréen revêt des formes dii'férentes, soil dans le style, soit dans les mots. Un él ranger (|ui n'aurait appris, par exemple, (jue le langage propre à la IroisicMnc; caste ne comprendrait presque rien au langage de la première. Le chinois offre quelque chose d'analogue, mais sur une échelle beaucouj) moins étendue: je ne sache pas non plus qu'on trouve rien de semblable dans aucune autre langue vivante.
Maintenant , quels (|ue soient les caractères d'après lesquels on jugera de raffinilé des idiomes en général , le coréen se présentera toujours comme tenant le milieu entre celui des Indes et celui de laChine;car, sion admet pour base d'aftinité la ressemblance des i-ormes grammaticales, l'élément radical est là, dans chaque mot, pour prouver que le coréen a aussi une immense affinité avec une langue entièrement différente de celle dont il a emprunté les formes grammaticales. Si, au contraire, nous admettons comme règle de parenté la ressemblance dans les mots, nous serons contraints d'avouer que la reconstruction des monosyllabes radicaux en mots polysyllabiques, le génie de la langue coréenne et la complication de sa grammaire sont des caractères importants qu'on ne saurait négliger et qui établissent des rapports intimes entre la langue coréenne et une autre langue totalement différente de celle dont elle a emprunté les éléments radicaux.
On doit conclure de tout ce qui précède, que la famille coréenne, quoique reléguée aux extrémités orientales de l'Asie, vient se placer, sous le rapport ethnographique, entre les deux plus anciennes races du monde, auxquelles elle semble donner la main , je veux dire entre la race indienne et la race chinoise.
Deux sortes d'écritures sont en usage en Corée : les caractères chinois et une espèce d'écriture particulière au pays, l'écriture coréenne proprement dite. En parlant des divers faits qui établissent une liaison complète entre la Corée , l'Inde et la Chine; nous aurions pu citer aussi le système graphique usité de temps immémorial dans le pays qui nous occupe ; car il n'offre aucun rapport avec le système chinois, quoiqu'il soit destmé A représenter des mots d'origine évidemment chinoise. Dans l'esprit des Coréens, leur écriture est syllabique, c'est-à-dire que chaque signe exprime une syllabe entière : le nombre des signes graphiques, égal par conséquent à celui des syllabes qui peuvent se rencontrer dans le langage coréen, est d'environ deux cent cinquante. Ces éléments primitifs forment un syllabaire divisé en autant de classes qu'il y a^d'initiales différentes, c'est-à-dire en quatorze V. 19
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classes; et dans chacune de ces classes il y a autant de signes syllabiques qu'il peut y avoir de finales ajoutées au son initial. Prenons pour exemple la première division venue du syllabaire coréen :
Pa , pia , pe , pie, po , pio , pou , piou , pê, pî , pâ.
La raison de cette classe syllabique se tiouve dans la lettre p, à laquelle on ajoute, suivant l'ordre adopté, les différentes voyelles qui se combinent avec cette consonne.
La première idée qui se présente à l'esprit, en jetant un coup d'oeil sur ce système d'écriture, c'est qu'au lieu d'être syllabique , ainsi que les Coréens le supposent, il est purement et simplement alphabétique. En effet, chaque signe est formé de deux éléments, dont l'un, Viniiial, se trouve dans tous les composés de sa classe, et l'autre, \t final, se reproduit dans toutes les classes en combinaison avec chaque initiale. En séparant ces deux espèces d'éléments qui, après tout, ne sont autre chose que les consonnes et les voyelles , on obtient un alphabet fort simple composé de trente-deux lettres très-facile à apprendre.
Ce qui prouve clairement que les Coréens considèrent leur écriture comme syllabique, c'est qu'au lieu d'écrire l'un après l'autre les éléments vraiment alphabétiques dont elle se compose, ils accouplent ces mêmes éléments sur urfe ligne horizontale pour en former des syllabes complètes, qu'ils écrivent ensuite l'une sous l'autre, suivant une ligne verticale. Les lignes et les pages se suivent de droite à gauche comme dans les livres chinois. L'aspect général de l'écriture coréenne rappelle quelques écritures indiennes, notamment le devanagari; il faut avouer cependant qu'elle n'offre de l'affinité réelle qu'avec l'écriture japonaise, à laquelle probablement elle a donné naissance. On pourrait y reconnaître aussi quelques éléments empruntés au chinois, si la différence essentielle des deux écritures n'ôtait à ces ressemblances graphiques toute l'importance qu'au premier abord elles sembleraient avoir.
On publie avec ce genre d'écriture un grand nombre d'ouvrages d'histoire et de médecine, des poésies, des romans, des livres de religion et de sorcellerie, dont le peuple seul est censé faire usage. Ceux qui aspirent au titre de savant vont puiser leurs connaissances dans les livres chinois, et regardent avec mépris ceux qui ne savent pas lire couramment l'écriture compliquée du céleste empire. On sait qu'il en est à peu près de même au Japon, en Cochinchine, au Camboge et jusque dans le royaume de Siam.
Malgré les grandes facilités que la nature alphabétique de l'écriture coréenne pourrait offrir pour l'imiiressiondes livres, au moyen de types mobiles, les Coréens se sont contenus , jusqu'il ce jour, du procédé stéréotypique, qu'ils ont emprunté des Chinois leurs voisins. Chaque page est gravée en entier sur une planchette en bois de cerisier; on la soumet ensuite au tirage aussi longtemps qu'elle continue d'èire lisible; et enfin une fois usée, on la passe au rabot alin d'utiliser le bois poar la gravure de quelque autre ouvrage. Le procédé du tirage est de la dernière .implicite: l'ouvrier p.'ssc sur la planche, posé horizontalement devant lui, une brosse imprégnée
niÉMOïKi: Sdit LA coiu:k. 291
d'encre, il ii|>|)li(|U(' iinini^diaM-iiieiil a|>r-(''8 une feuille d«- pa[)i(-r sans colle, et piessanl l«''i;«'icnieul sur le rcveis avec un lainjion de linjçe, il obiicnl, san» aucun aulrc embarras, une «épreuve claire et nclle. Celte simplicité du nia- It^riel ly|)(>j;rapl)i(|ue permet de livrer loules sorles de publiealions à des prix exln^iiKtnienl modérés, et com|)ense, jusqu'à un certain point, les avantage^, des caractères mobiles.
La religion bi/.arre (|ui, semblable à l'arbre des Uaniaos, s'est enracinée partout ofi s'est étendu son ombrage, le bouddhisme est en Corée, comme en Chine, la religion de la m;i.iorité. Klle y a ses pagodes, ses bois sacrés, ses bon/es et ses cérémonies; mais elle y est aussi beaucoup moins raisonnée que dans l'Inde, et enlourée, plus <|ue partout ailleurs, des superslitions les plus grossières. Combien de Coréens, pleins de sens pour toute autre chose, viennent vous altirn)er, de conviction , que tel magicien leur a fait voir le diable; que tel autre les a conduits promener dans l'enfer; qu'il est de ces magiciens dont le pouvoir est assez étendu pour transporter soudain leurs clients jusqu'aux extrémités du monde; que d'autres peuvent faire ap[)arattre à volonté tous les rois de l'univers, ou telles personnes habitant les pays les plus lointains, etc., etc.
De croyances aussi ridicules résulient des pratiques superstitieuses sans nombre, que mettent ù profit ceux dont le mélier est d'engraisser aux dépens de la crédulité publique. Les bonzes, les sorciers, les astrologues, les tireurs d'horoscopes, les diseurs de bonne aventure, tous ceux enfin qui savent donner à leurs simagrées un air mystérieux ou surnaturel réussissent parfaitement auprès des Coréens. Il n'y a pas encore longtemps qu'ils réussissaient également auprès de peuples moins barbares!
Dès le xvi'' siècle , le christianisme a tenté de pénétrer en Corée par la voie du .lapon, sans avoir obtenu des résultats dignes de fixer l'attention. Ces tentatives ont été renouvelées sous l'empereur Kang-Hi sans de plus grands succès.
Au commencement de ce siècle, un jeune Coréen ayant embrassé la religion chrétienne pendant son séjour à Pékin , où il était venu en ambassade, devint , pour ainsi dire, l'apôtre de .son pays. A peine de retour en Corée, il commença à prêcher les dogmes qu'on lui avait appris en Chine , et en peu de jours il parvint à convertir un grand nombre de ses compatriotes. Chez un peuple ennemi de tout ce qui est étranger, une religion aussi nouvelle et aussi contraire aux passions devait rencontrer de grands obstacles et succomber dans la lutte. C'est ce qui eut lieu : l'autorité s'empara du néophyte prédicateur et de ses disciples ; elle les soumit aux tortures les plus cruelles pour leur arracher le désaveu de leur croyance, et les trouvant décidés à y persévérer, elle noya dans leur saiig le germe de la religion naissante.
On suppose bien que l'Église catholique ne se donna pas pour battue. Convaincue, au contraire, que le sang des martyrs est une graine féconde de nouveaux chrétiens, elle songea à employer des moyens plus efficaces pour la culture de cette vigne presque détruite par la tempête, cl rien ne