DEUXIÈME PARTIE
DE LA DISCIPLINE ET DE L’ENSEIGNEMENT
J'ai entendu exprimer cette opinion, que la discipline était incompatible avec un état démocratique ; qu’elle était la conséquence naturelle des institutions aristocratiques, et que l’armée allemande, entre autres, n’était aussi fortement soumise à la discipline que parce que les traditions aristocratiques étaient conservées en Prusse. Ainsi donc, si le parti des hobereaux n’existait pas de l’autre côté du Rhin, il n’y aurait plus, dans l’armée de l’empereur Guillaume, cette discipline qui constitue sa principale force. C’est là, je le crois, une idée fausse, ou tout au moins une exagération. Les armées féodales de la France ne se distinguaient pas par la rigueur de leur discipline, et celles de la fin de la première république étaient parfaitement disciplinées. C’est à la discipline que les petites armées de la république helvétique sont redevables de leur valeur séculaire.
Je crois aussi qu’on se méprend volontiers, en France, sur les véritables éléments de la discipline militaire. Ces éléments, à mon sens, sont : 1° l’éducation ; 2° l’instruction. Un état démocratique
ne peut subsister qu'autanl que les citoyens qui en font partie sont élevés d’après les principes de solidarité qui doivent exister entre tous les membres de la république, et ont reçu une instruction suflisante pour qu’il ne puisse y avoir, entre les plus élevés sur l’échelle sociale et les derniers, de ces écarts tels qu’aucune entente ne soit possible entre eux.
La société française constitue un état théoriquement démocratique ayant l'égalité pour base, intellectuellement aristocratique. A côté de la plus vive lumière on tombe dans la plus profonde obscurité, et chaque jour, dans les relations ordinaires établies entre chaque citoyen, l'intelligence la moins discutable se heurte à l’ignorance la plus grossière. Or, ce qui fait de l’ignorance un vice social des plus dangereux, c’est qu'elle manifeste un mépris d’autant plus marqué pour ceux qui possèdent l’instruction, qu’elle est plus profonde. C’est sa manière de se venger sur ce qu’elle ne possède pas. Pour la brute, l’intelligence éclairée par une instruction solide constitue à celui qui la possède une propriété haïssable au dernier chef, parce qu’elle ne saurait lui être ravie par la violence, qu’elle est insaisissable. Par suite du défaut d’instruction chez nous, ce sentiment est malheureusement très-répandu, et c’est h ce sentiment qu’est dû le mépris pour la discipline. Croire qu’on établit la discipline en faisant fusiller ou mettre aux fers des mutins, non : ce sont là des expédients propres à n’en pas laisser oublier les lois ; ce n’est pas un moyen constituant. La discipline est un hommage rendu à une supériorité reconnue, incontestée. Ceux qui tiennent le bas de l’échelle doivent donc être en état d’apprécier la valeur intellectuelle de ceux qui occupent les degrés supérieurs. Il faut que leur intelligence soit suffisamment développée pour que leur soumission résulte de cette appréciation raisonnée.
Des brutes arrivent à obéir en tout aux ordres d’un chef heureux, qui réussit dans les entreprises auxquelles il les fait participer et qui leur profitent. C’est ainsi qu’on explique la soumission aveugle de certains bandits envers leurs chefs. Mais ce sont là de ces cas particuliers auxquels on ne saurait assimiler une armée nombreuse avec
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son ordre hiérarchique. Nous avons vu, dans nos corps récents, des soldats prêts à exécuter aveuglément les instructions de leur colonel, mais qui refusaient d’obéir à leur sergent s’il leur donnait un ordre, parce qu’ils avaient la vanité de croire qu’un sous-officier n’était pas assez au-dessus d’eux pour les commander. Il faut distinguer entre la discipline et ce dévouement aveugle qui tourne au fétichisme. La discipline est le résultat de la réflexion, d’une classification de la valeur relative accordée et reconnue à chacun. Le fétichisme entraîne les foules et les précipite immanquablement vers leur ruine; la discipline assure seule le succès aux armées et consolide l'ordre civil.
Le sentiment de la discipline ne peut donc pénétrer que des esprits relativement éclairés ou éprouvés par l’expérience, ce qui revient au même. Nos armées de la république étaient arrivées à être disciplinées, parce qu’après des années de lutte, chaque soldat avait appris à ses dépens que le succès et sa propre sécurité dépendaient en très-grande partie de ce respect pour l’ordre hiérarchique. Le despotisme conduit fatalement à l’oubli des sentiments qui maintiennent la discipline dans un corps, car le despotisme est le dissolvant de l’ordre hiérarchique dans une société et du respect pour la loi et la règle. Quand une décision de César peut intervenir en toutes choses et par-dessus les lois, chacun aime mieux recourir à César qu’à ses ministres ou aux agents de ses ministres. Ce maître est bientôt considéré à l’égal d’une Providence qui agit sans avoir à rendre compte de scs décisions, et dont les erreurs mêmes ont force de loi. Los agents de ce pouvoir perdent bientôt toute autorité et ne cherchent même plus à l’exercer dans le sens indiqué par la raison, parce qu’ils savent qu’un caprice du souverain peut annuler leurs décisions. Le sentiment de la responsabilité se perd ainsi chez tous ceux auxquels une portion du pouvoir est supposée déléguée, et., avec ce sentiment, le soin de se renfermer dans la règle. Or, quand les hommes se sont habitués à être déchargés du fardeau tic la responsabilité, il est difficile de le leur faire reprendre.
La discipline s’est relâchée dans les armées romaines sous les
empereurs, comme elle s’est perdue chez nous par l’annulation des responsabilités individuelles au proüt d’une personnalité. Chaque soldat en vient à croire que toute infraction à la règle est vue d’uu œil indulgent par cette autorité suprême, qui, par l’immixtion de sa volonté dans toutes les questions et croyant ainsi acheter la reconnaissance et les dévouements, ne recueille que le mépris du soldat pour ses chefs directs, et, par contre, le dégoût de ceux-ci pour leurs devoirs. Si beau que soit le droit de grâce et si douce que soit la clémence, il n’en faut point abuser ; car toute peine remise par un pouvoir supérieur est un affront à l’adresse du chef intermédiaire qui a cru devoir, dans sa conscience, infliger cette peine. Aussi voit-on, dans les temps où la discipline est relâchée, ceux qui sont sous le coup d’une punition, en appeler tout d'abord à ce chef suprême et clément pour les petits, par-dessus la tête de leurs chefs immédiats. Et bien que nous soyons en république, nos mœurs se sont si peu modifiées à cet égard, que si, en pareil cas, nos soldats ne recouraient plus à l’empereur, ils prétendaient en appeler au gouverneur de Paris. Pour le plus maigre motif, on déléguait près de celui-ci des députés chargés d’obtenir le redressement de torts supposés ou vrais. Le gouverneur de Paris les recevait, écoutait leurs doléances, et se mettait directement en contact avec ces délégations faites à l’insu des chefs immédiats. Quel rôle était donc réservé à ces derniers dès lors , et que devenait leur autorité ?
Nous comprenons si peu ce en quoi consiste la discipline, que nous ne voulons pas admettre des intermédiaires entre le pouvoir supérieur et chacune de nos personnalités. Nous ne reconnaissons pas à ces intermédiaires une valeur et une responsabilité propres. iTelle est la longue influence d’un pouvoir omnipotent sur les mœurs d’un pays. On change l’étiquette du gouvernement, au fond les choses se passent de la même manière, avec un peu plus ou un peu moins de désordre, et les règles essentielles de la discipline sont oubliées en bas comme en haut.
11 faut le dire, c’est toujours du sommet que part le signal de ce relâchement. Quand le chef du gouvernement déchu recevait
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directement des suppliques d’officiers d’un ordre inférieur ; quand, sur un exposé de situations critiques, il leur faisait remettre directement des dons pour payer des dettes ou cacher des désordres, il corrompait ainsi les éléments les plus essentiels d’une armée, et, pour un service qu'il croyait rendre, pour un acte de munificence qu’il supposait devoir être suivi d’un dévouement absolu, il froissait les âmes fières et décourageait les esprits honnêtes, simplement attachés à leurs devoirs.
Dans une armée, l’exemple, en toutes choses, doit partir d’en haut. Si le chef néglige de suivre l’ordre hiérarchique, s’il passe par-dessus l’un des degrés, il enlève à ce degré de l’ordre la part de responsabilité qui lui incombe, partant il lui retire son moyen d’action, et ne doit pas s’étonner si plus tard, d’en bas, on ne tient plus compte de cette fraction nécessaire de l’autorité. Ce sont là des questions générales sur lesquelles je n’insisterai pas, elles ont certainement préoccupé nos officiers généraux ; mais, s’il est une mesure qui ait porté le dernier coup au respect des règles de la discipline en ces derniers temps, c’est l’élection 1 En supposant une armée composée de citoyens tous suffisamment éclairés et instruits, peut-être l’élection des officiers par les soldats procurerait-elle d’assez bons résultats ; encore ces élections ne pourraient-elles être faites en connaissance de cause qu’après l'expérience d’une campagne. Mais comment admettre qu’une foule parmi laquelle on ne compte qu’une minorité faible de gens instruits, éclairés, capables de réflexion, pourra choisir des officiers possédant ces connaissances spéciales absolument étrangères à cette foule. Pour l’armée régulière, on admet qu’il faut passer dans certaines écoles, subir un certain nombre d’examens, avant de recevoir le brevet d’officier, et, dans la garde nationale, dans la mobile, cette qualité sera acquise simplement par le vote de citoyens qui sont absolument incapables de choisir entre deux candidats dont l’un est instruit et l’autre ignorant ? Pourquoi, si l’on voulait sérieusement appeler la mobile et la garde nationale au service de guerre, mettre à la tête de ces corps des officiers nommés à l'élection, puisque ce
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mode semblait incompatible avec le service réclamé de l’armée de ligne ?
On répondra : que l'intérét de ces corps étant d’ôtre bien commandés, puisque d’un bon commandement dépend leur succès ou même leur sécurité, ils choisiront les plus capables. Peut-être, si chacun des hommes qui composent ces corps était suffisamment éclairé et instruit pour discerner les qualités réclamées d'un officier. En est-il ainsi? Certes, non. Il faudrait donc commencer par mettre le corps électoral à même de posséder ce discernement, qui lui manque absolument s’il est ignorant. C’est donc par l’instruction de ce corps électoral qu’il faudrait procéder. Qui l'instruirai Des officiers choisis. Par qui ? Par une autorité compétente ou par luimême. Si c’est par lui, autant demander aux lycéens de désigner leurs professeurs. Si c’est par une autorité supérieure, il faut que cette autorité ait le sentiment profond de la gravité de ses devoirs, et qu’elle puisse se soustraire aux influences, à la faveur et aux caprices de l’opinion dominante. Or, elle ne s’y soustraira qu’en remettant ces choix aux examens, aux concours, c’est-à-dire aux résultats d’un enseignement spécial et suffisamment développé. On le voit, c’est toujours à l’instruction qu’il faut recourir dans tous les cas, et c’est malheureusement ce à quoi on a le moins songé chez nous.
On s’imagine volontiers en France — c’est un préjugé généralement admis — que le métier de la guerre est de tous le plus facile à apprendre, et celui qui demande le moins de capacités et le moins d’études. Quand un jeune homme a peu de goût pour le travail et ne parait pas posséder une intelligence très-développée : « Nous en ferons un militaire», dit-on dans les familles, comme on dit dans la campagne, des sujets faibles de constitution : « Nous en ferons un curé. » C’est ainsi que l’armée se remplit de nombreuses médiocrités. A moins d’ôtre tout à fait incapable, un jeune homme parvient toujours à se faire recevoir à Saint-Cyr. Mais, une fois sorti de celte école, y a-t-il, pour obtenir les grades successifs, des examens à subir, des preuves de capacité à donner? Si l’on peut faire une exception en faveur des armes spéciales, et notamment de l'ar-
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tillerie* qui, dans cette guerre dernière, a été la seule peut-être au niveau de sa tâche, n’est-il pas notoire qu’un jeune officier qui, sorti de l’école, veut travailler, s’instruire et se soustraire à la vie nulle de ses collègues, passe parmi ceux-ci pour un esprit pointu, pour un monsieur et, parmi ses supérieurs, pour un de ces hommes gênants, parce qu’on suppose qu’ils raisonnent, et naturellement peuvent critiquer, avoir des idées, adresser des mémoires ou des notes, examiner et conclure, en deux mots?
Mais, s’il survient une de ces crises comme celle que nous traversons ; si les officiers de l’armée viennent à faire défaut; s’il faut, dans l’ordre civil, aller chercher des hommes capables de commander à des soldats ; au point de vue militaire, ces hommes saventils quelque chose de la guerre, et peut-on leur reprocher de n'en rien savoir? Toute leur vie, ils ont vu les officiers de l’armée, dans les garnisons, passer leur temps à remplir les devoirs purement matériels du service, après quoi leurs longs loisirs s'écoulent au café. Ces bourgeois, dont il faut faire des soldats en huit jours, ne sauraient croire qu’il soit bien difficile de remplir les conditions voulues, et quand ils se sont donné, moyennant un uniforme, l’allure tant soit peu militaire, ils pensent que la moitié de la besogne au moins est faite. Quelques jours d’exercice leur apprennent l'école de peloton et de bataillon ; ils ont manœuvré ou fait manœuvrer sur des places et des promenades; dès lors, à leurs yeux, les voilà capables de commander à des troupes devant l’ennemi. Et, en effet, la vie qu’ils ont vu mener aux officiers de l’armée régulière ne saurait leur faire supposer que ces conditions ne suffisent pas pour constituer un bon militaire.
Si les officiers de l’armée prenaient ou étaient forcés de prendre l’habitude du travail pour obtenir un avancement ; si cet avancement était donné aux capacités, à la culture de l'intelligence, au lieu d’être donné à l’ancienneté ou à la faveur; si tous les citoyens français étaient instruits, dès leur jeunesse, des choses nécessaires à la guerre, s’ils se persuadaient qu’on ne se fait pas militaire en portant un habit d’une certaine coupe ou en affectant certaines
allures ; s’ils étaient bien convaincus que les meilleures troupes, aujourd’hui, sont celles qui possèdent le plus de soldats instruits, parce que c'est l’instruction seule qui fait comprendre la nécessité de la discipline, en permettant d’apprécier la véritable valeur intellectuelle chez les chefs, alors, peut-être, se persuaderaient-ils qu’il faut pour commander, et même pour obéir dans une armée, acquérir une série de connaissances dont nous ne nous doutons pas.
Plus qu’en aucun autre temps, la guerre est une science, ou plutôt le résultat d’une série de connaissances mises à la disposition d'un esprit qui a pris l’habitude de raisonner. Ce qui nous manque, en France, c’est précisément cette habitude de réfléchir et de raisonner. Ce procédé paraît long, pénible, et est volontiers traité de pédantisme. Par suite de l'heureuse faculté qui nous est dévolue de comprendre vite, et surtout d'embrasser facilement les idées générales — qui ont toujours un côté vague— nous ne pouvons nous astreindre à prendre une question aux cheveux et à ne la quitter que lorsqu'elle est résolue de tous points. Les à peu près nous séduisent; aussi sommes-nous les gens les moins disposés h nous soumettre à la loi, à la règle, et cherchons-nous toujours un biais pour nous y soustraire. Puis, chacun de nous a la prétention de faire une exception. « La loi pour tous, rien de mieux, mais pour moi, point. » Cet aparté est dans l’esprit de tout Français.
Pendant le siège de Paris, il n’était pas un officier général, pas un des membres des corps armés qui ne dit bien haut que la discipline seule donne les moyens de vaincre. De fait, personne, ni en haut, ni en bas, ne s'y soumettait ou ne cherchait à la faire observer. U eût fallu modifier les mœurs et habitudes, de la population, ce qui ne se peut faire dans l’espace de quatre mois. Par son contact avec la garde nationale, l’armée régulière perdait peu à peu les traditions de discipline qui s’étaient encore conservées; car il faut reconnaître que l’indiscipline est un des caractères particuliers à la garde nationale, et, sous ce rapport, l’exemple qu’elle donne est des plus pernicieux. Les quatre cinquièmes de ces citoyens, qui à l'occasion ne manquent pas de bravoure et d’un certain entrain, ne
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peuvent pas se mettre dans l’esprit que l’officier qu’ils ont nommé ne doive être, par cela même, leur humble serviteur. Aussi ne fera-t-on jamais une armée avec la garde nationale telle qu’elle est constituée par nos lois, à moins d’admettre qu’on ne pourra entrer dans ce corps qu’en faisant la preuve d’une instruction passablement développée. Les choses étant ce qu’elles sont aujourd’hui, cette garde nationale serait alors singulièrement réduite numériquement parlant.
Les officiers de la garde nationale seraient-ils nommés par le pouvoir, môme à la suite d'examens, qu’on ne ferait jamais de ce corps ce qu’on appelle une armée, c’est-à-dire une force active, disciplinée, compacte, pouvant être mise en ligne devant un ennemi aguerri. Les anciennes milices des bonnes villes ne valaient pas grand 'chose, bien qu’elles ne nommassent pas leurs officiers. Le jour où le citoyen est appelé à devenir soldat, il ne faut plus qu’il soit en contact avec son foyer, sa famille, son milieu. Sa famille, son foyer, c’est le régiment dont il fait partie. Un homme qui obtient la permission de s’absenter de son corps, parce que sa femme accouche ou que son enfant se meurt, n’est pas et ne sera jamais un soldat; il est tout au plus hon pour garder son quartier et faire la police de sa ville. Voilà ce dont il faut que nous soyons convaincus aujourd’hui. Il faut que tout citoyen puisse être, au besoin, un soldat, qu’il en ait les qualités, l’instruction, les habitudes au moment voulu. Il y va de notre existence comme nation, il y va peut-être de la civilisation. Les philanthropes, les détracteurs de l’esprit militaire, les déclamateurs qui voulaient acquérir la popularité sans se soucier trop de l’avenir du pays, ont repoussé les projets du maréchal Niel sur le recrutement de l’armée ; leurs théories nous ont conduits où nous sommes, à l’ablnic.
Au commencement de la guerre, sept classes de 100 000 hommes ne nous ont permis de mettre en ligne que ‘240 000 combattants, avec une réserve de 1 00 000 hommes au plus. Ces 240 000 hommes entamés par nos premiers échecs, il a fallu recourir aux derniers expédicuts pour trouver des armées que nous n’avons pu, pendant
cos quatre mois, former sérieusement. Quand l’histoire dira qu’un pays de 38 millions d'habitants, disposant d’un budget de la guerre de 000 millions, en est arrivé aux extrémités présentes en moins de six mois, on se demandera quelle était l’organisation assez vicieuse, ou plutôt le défaut d’organisation qui a pti conduire à des résultats aussi désastreux avec de pareils élémpnts. On se demandera comment une ville comme Paris, renfermant 450 000 hommes capables de porter les armes, a pu se laisser bloquer par une armée qui, à certains moments, n’atteignait pas 300 000 combattants. Il faudra lui répondre, à l’histoire, qu’à notre époque, la guerre est un calcul, une affaire d’organisation administrative, une science, et qu’à défaut de ces éléments, le nombre des hommes armés est un embarras et une cause d’insuccès au lieu d’ôtre une force. Sans parler de ce qui s’est passé dans les provinces, puisque nous ne pouvons jusqu’à présent apprécier les faits que d’une manière incomplète, nous avons vu qu'à Paris la moitié seulement de ces 450 000 hommes armés n’a jamais été mise en ligne, qu’à peine un cinquième a pu agir à certains moments contre un ennemi qui, en quelques heures, concentrait des forces doubles des nôtres sur le point attaqué.
Certes, l’armée allemande est nombreuse; cependant sa véritable force ne réside pas dans la quantité, mais dans l’organisation de cette quantité et dans l’instruction que possède cet ensemble. Il n’y a pas un soldat allemand qui ne sache lire, compter — surtout compter,— comprendre une carte, écouter un ordre et l’exécuter. En peut-on dire autant des nôtres? Décidés à envahir notre territoire, la plupart des officiers savent le français. Combien en est-il chez nous qui comprennent l’allemand? Tout le monde en Allemagne sait la géographie. Combien de gens, soi-disant instruits, ne la savent pas chez nous? A la dernière affaire de Duzanval, un officier d’état-major me montrant Nanterre du haut des rampes du mont Valéricn, me demandait bien: «Quel est ce village?» Sans être taxé d’exagération, on peut affirmer que peu d’officiers généraux, chargés de concourir à la défense de Paris, en connaissaient les environs. Entre
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les jours de nos désastres de Sedan et l’investissement, y en eut-il beaucoup qui pensèrent à faire des reconnaissances autour de la capitale? Seize jours nous furent laissés cependant pour fouiller à fond ces bois de nos campagnes suburbaines, pour reconnaître les positions les plus favorables à la défense....
Comptant toujours sur l’élan de nos troupes, sur la furia française, personne dans l’état-major de nos armées n’a voulu voir, ou n’a eu le courage de dire hautement que la guerre n’est plus et ne peut plus être ce qu’elle était; que c’est affaire de calcul, de raisonnement, de bonne administration et de connaissance des lieux et des choses. Aux avant-postes ennemis nous n’avons jamais aperçu un feu. Les troupes changeaient-elles de position, aucun bruit, aucune rumeur ne signalait un mouvement.
Cantonnées, elles sont réveillées par un avertissement des sousofficiers, allant frapper de porte en porte. La nuit, pendant une marche, les commandements sont transmis à voix basse, ou au moyen de quelques signes. Des corps tout entiers quittent une ville avant le jour, sans éveiller un habitant. L’artillerie et les munitions, soigneusement cachées dans des cours, ne sont jamais vues stationner sur les places publiques. Une heure après l’entrée d’une division dans une ville, les services administratifs sont organisés, le télégraphe fonctionne régulièrement, les hommes sont logés, les réquisitions faites. Tout officier supérieur prenant possession d'un centre de population sait où est la préfecture, la mairie, où sont situés les bureaux de poste, les magasins, les usines pouvant être utilisées, la caisse du percepteur des contributions. Tout cela se fait vite, régulièrement, sans désordre, sans bruit. Nous trouvons ces procédés odieux, soit ; mais si nous faisions la guerre sur territoire ennemi, nous serions très-fiers, à juste titre, de les employer avec une méthode aussi sûre. Aux avant-postes, les Allemands n’allument pas de feux et savent se garder avec le plus grand soin, nous en avons eu maintes fois la preuve. Jamais de fausses alertes : vous pouvez, étant en reconnaissance, vous approcher jusques à quelques mètres de leurs grand’gardcs ; s’ils ne
croient pas à une attaque, ils vous laissent passer, ne tirent que rarement, se cachent derrière quelque obstacle et attendent. Pendant les nuits de brouillards, ils font rôder en avant de leurs lignes des patrouilles très-peu nombreuses qui battent le terrain. Étant certaines d’être bien gardées, les troupes se reposent en sécurité et ne se fatiguent pas comme les nôtres. La position des avant-postes allemands est toujours étudiée avec soin, en communication prompte et facile avec les cantonnements ou campements. Dans les villages et bourgades, ces cantonnements sont groupés par îlots d’habitations mises en communication par des percées dans les murs mitoyens ou de jardins ; les chevaux sont abrités, l’artillerie mise en lieux sûrs, dans des clos ou sous des hangars fermés. Profitant très-habilement des dispositions du terrain, des bois, des obstacles naturels ou artificiels, les armées prussiennes ne font qu’un usage assez modéré de la pioche pour se protéger. On a beaucoup parlé de leurs retranchements, de l’apparence formidable de leurs batteries, des ouvrages de terrassements importants qu’ils faisaient. Je dois dire que ce sont là des exagérations dues à l’imagination de personnes qui n’ont jamais dépassé la ligne de nos forts. Leurs tranchées sont peu étendues et peu profondes, faites grossièrement par les soldats sur les points faibles ; les épaulements de leurs batteries n’ont rien d’extraordinaire et ont habituellement peu de] relief. Dans les armées allemandes, le travail de l’ingénieur ne paraît pas très-développé, d’après ce que nous avons pu voir, mais le choix des positions dénote une très-profonde connaissance du terrain. Quant à leurs campements, ils sont variés comme les usages des troupes de nationalités diverses qui composent cette armée. Nous en avons vu d’ingénieusement combinés, d’autres très-grossièrement établis (1). Il est de même des habitudes de ces corps si divers : certains se font remarquer par leur propreté et l’économie des ressources que la guerre leur fournit ; d’autres sont d’une saleté repoussante et gaspillent ces ressources à leur propre détriment. Ainsi, malgré
(1) J'aurai l'occasion de revenir sur les détails de ces ouvrages.
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la discipline militaire que la Prusse a su imposer aux armées du corps germanique, il ne semble pas que pour tout ce qui est audessous des règles principales de cette discipline, il y ait eu fusion dans les usages de ces armées d'origines et de mœurs diverses. Cette unité est factice en bien des points et n’est maintenue que par la force d’organisation du système prussien, véritable engrenage qui saisit l’homme dès l’enfance pour lui imposer le rôle de citoyen militaire, par la victoire et par les sentiments de haine, d’envie et de convoitise à notre égard, qu’on a si habilement soufflés au cœur des Allemands,* qu’ils appartiennent aux races germaniques ou slaves. Malgré l’extrême réserve que les officiers allemands prisonniers mettaient dans leurs propos avec nous, il n’était pas difficile de démêler, au-dessous de leur passion dominante contre la grandeur française, l’antipathie des Bavarois, des Wurtembergcois, des Badois, Hessois et Saxons pour la dureté du régime prussien. Mais si, dans les campements, dans les habitudes et procédés, ces populations diffèrent, il faut reconnaître que, sur le champ de bataille, elles agissent avec ensemble, suivent exactement la même tactique et sont soumises à la même discipline. Au besoin, d’ailleurs, des escadrons de hulans, la lance au poing, placés derrière les régiments d’infanterie, les font marcher au feu en prévenant ainsi toute hésitation. Tout cela rappelle d’autres Ages, d’autres mœurs que celles attribuées à notre époque ; et nous ignorions qu’à quelques pas de nos frontières de l’Est, il existait des populations avec lesquelles nous entretenions des rapports bienveillants, capables, au xix* siècle, de procéder exactement comme ont procédé les invasions des Barbares, mais avec toutes les ressources que peuvent fournir et la science moderne et une instruction relativement développée. Je dis relativement, parce que, en ces tristes circonstances, je voudrais, autant que possible, être impartial, et tout en reconnaissant la supériorité de l’ennemi sur bien des points, ne pas lui donner une valeur exagérée. Évidemment les officiers de l’armée allemande sont plus instruits que ne le sont les nôtres ; ils savent mieux leur métier, et possèdent surtout une nature de connaissances essentielles à la
guerre. Sont-ils pour cela très-éclairés? Je ne le pense pas. Si les intelligences nombreuses que l’on rencontre dans le corps germanique tout entier, et parmi lesquelles sont recrutés les officiers, avaient, avec l’instruction qui les guide, un peu de cette lumière qui, en définitive, est le véhicule des civilisations, elles ne se seraient pas mises au service d’une puissance peu scrupuleuse pour satisfaire ses rancunes et ses sentiments de haine. Il y a, dans cet asservissement fanatique à la Prusse, un côté qui rappelle les temps barbares et n’est point compatible avec ce que nous appelons sentiments éclairés chez un peuple civilisé. Il y a toujours quelque chose du pédant chez l’Allemand instruit, dont il ne peut se défaire, môme dans les rapports les plus bienveillants, qui exclut les idées libérales et éclairées.
Je place en dehors, bien entendu, certaines natures supérieures qui appartiennent, quoique nées sur le sol germanique, par l’élévation de leur génie, à l’humanité tout entière. Mais l’Allemagne ne paraît plus posséder, pour le moment, de ces caractères élevés. Des génies tels que Goethe et de Humboldt n’auraient jamais fait servir leurs hautes connaissances à attiser la haine contre un peuple voisin dans le cœur de la jeunesse allemande, en soumettant, pour obtenir ce beau résultat, l’histoire, la science et les faits à un esprit de système étroit et exclusif ; en fanatisant des générations entières sous le prétexte que, nouveau peuple d’Israël, on les doit considérer
comme envoyées par un certain Dieu germanique pour écraser les races corrompues qui, bien entendu, ne sont autres que ce qu’on appelle les races latines. Ainsi donc, en rendant cette justice aux divers groupes allemands, qu’ils ont su répandre dans leur sein l’instruction, la vulgariser pour ainsi dire, il faut reconnaître que l’élévation de l’esprit, ce large libéralisme humain manque chez la plupart de ceux qui prétendent occuper les sommets de la science dans les universités allemandes. En France, au contraire, si le savoir est malheureusement l’apanage d’un trop petit nombre, on le voit toujours accompagné de sentiments élevés et se dégager d’autant plus de l’exclusivisme, de l’esprit de secte, qu’il est plus étendu.
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Sous ce rapport, notre supériorité — et nos malheurs en sont la preuve — n’est pas discutable. C’est donc à répandre la saine et utile instruction qu’il faut, sans delai, réunir tous les efforts. Je me garderais d’engager nos savants, nos professeurs, les maîtres, chez nous, des sciences, à employer leur savoir à faire le triste métier de souffleurs de haines et de préjugés. Mais nous devons à notre pays, aux générations qui s’élèvent, de ne plus laisser les masses croupir dans la plus sotte ignorance, et il est grand temps de réagir contre la défiance du plus grand nombre, contre toutes les valeurs intellectuelles. C’est la .seule porte ouverte qui nous reste, je crois, pour sortir de l’abîme où notre insouciance nous a laissés tomber. Mais si nous en venons à comprendre cette nécessité, il ne faut pas qu’avec cet entraînement irréfléchi qui nous caractérise trop souvent, nous en venions à nous faire Allemands : Dieu nous en préserve ! Nous ne devons pas étouffer, pour rivaliser avec le Germain, notre génie gaulois. Donnons-nous, non point l’instruction des Allemands, dont ils font l’usage que l’on sait, mais celle qui convient à notre nature plus généreuse, plus expansive, et antipathique au pédantisme et à l’hypocrisie comme aux calculs intéressés.
Après 1815, l’anglomanie s’est emparée des esprits en France ; car, avec cette faculté d’assimilation que nous possédons et que César constatait déjà, lorsque nous sommes battus par un voisin plus habile ou plus fort, nous nous empressons d’imiter ses façons d’étre, comme si cette supériorité dépendait de la manière de nouer une cravate, de la coupe d’un pantalon, d’un certain port, ou de certains dehors qui nous frappent tout d’abord. Je m’attends qu’après la guerre, nous verrons des officiers dans l’armée, — puisqu’il s’agit ici des choses de la guerre, — affecter les allures de l’état-major prussien, et cette politesse hypocrite qui cache des sentiments, au fond, très-peu avouables. Ce n’est pas là ce qu’il est bon d’imiter, mais bien l’amour des Allemands pour le travail, leur ténacité à poursuivre un but, leur constance, l’habitude qu’ils ont prise de réfléchir avant d’agir et de profiter de tous les avantages par l’observation attentive des moindres faits. Avec ces qualités, qui nous
manquent, conservons précieusement celles dont la nature, heureusement, nous a favorisés. De notre jeunesse des villes, sceptique, blasée sans avoir rien expérimenté, oisive et sans énergie, faisons des hommes utiles au pays, laborieux et éclairés, par une instruction virile et une série d’épreuves nécessaires. Dans les campagnes, faisons pénétrer la lumière par une instruction pratique et la connaissance des devoirs de tous envers le corps social. Moins de catéchisme et un peu plus à' humanisme (qu’on me passe le mot). Habituons de bonne heure ces générations qui vont s’élever, aux fatigues, aux privations, à la discipline, au respect envers l’intelligence et le savoir, en respectant nous-mêmes l’intelligence et le savoir; ce que nous ne faisons guère. Oublions ces errements funestes qui laissaient croire à toute une nation que la guerre est un métier spécial, dévolu à une classe payée pour se faire tuer. Plus que jamais l’ordre civil et l’ordre militaire ne font qu’un. Tout citoyen doit être élevé et instruit pour faire partie, au besoin, de l'un ou de l’autre ; et mieux que jamais le problème peut être résolu, puisque la guerre tend à devenir chaque jour une affaire scientifique, d’observation et de calcul.
Nous avons vu que dans ce siège de Paris, notamment, des hommes qui n’étaient, point soldats ont rendu des services considérables à la défense, en mettant à la disposition de l’autorité militaire leur savoir, leur industrie, leurs connaissances spéciales. Il manquait cependant à ces hommes l’habitude des privations et des dangers, des fatigues et de l’exacte discipline. C’est ce qu’il faut donner aux générations qui nous poussent.
D’ailleurs, qui n’a point observé ce phénomène psychologique, auquel on ne saurait trouver une exception : toutes les fois qu'au milieu des dangers les plus sérieux, vous placez un homme capable, ayant à remplir une fonction à laquelle ses études l’appellent naturellement, il fait immédiatement abstraction des périls qui l’entourent et ne voit plus que le but à atteindre. Je dirai même que plus ce péril est grand, plus sa passion pour.... son art (quel autre mot trouverais-je?) le pousse à développer ses facultés, aiguise sou intel-
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ligence. C’est là une des raisons principales qui donnent aux armes spéciales une solidité exceptionnelle; c’est que tous les lionunes qui en font partie ont un intérêt A' art qui les attache à leur métier de soldat et qui leur fait oublier le péril. Formons donc des citoyens instruits et intelligents, si nous voulons avoir de bons soldats.
Les contempteurs de la guerre ont fait fausse route chez nous : leur aversion pour les armées permanentes, dans lesquelles ils ne voyaient qu’un instrument aveugle, une force brutale mise entre les mains du pouvoir, les a poussés à désorganiser cet élément; mais ils ne se sont pas préoccupés de ce qui devait, pour la sécurité du pays, remplacer cette force aveugle. En sapant le militarisme, ils auraient dû introduire l’esprit guerrier dans le cœur des citoyens, l’esprit guerrier moderne, c’est-à-dire une instruction virile, et l’éducation robuste, un peu rude et sévère, qui convient à la jeunesse d’un pays qui veut maintenir sa suprématie. Au lieu de cela, ces partis, qui ont la prétention de représenter seuls les intérêts du peuple, en dissolvant l’élément constitutif des années permanentes, — que je no défends pas, — ont détruit du même coup dans le cœur de la jeunesse ce saint amour du pays, ce respect pour le devoir, le travail, l’ordre et la raison, qui font les grandes nations, et, au jour du danger, nos armées permanentes ont été dispersées comme la paille. La nation n’a plus trouvé dans son sein les vertus mâles, les sentiments d’abnégation qui eussent pu rendre nos derniers efforts fructueux. On décrétait la victoire, les levées en masse, la défense à outrance, au milieu d’un pays dans lequel, pendant un quart de siècle, on avait semé le mépris pour l'état militaire, l’indiscipline, le désordre dans les idées, la raillerie sur tout ce qui est élevé et généreux dans le cœur de l’homme. Entre les éléments de dissolution que l'empire avait développés et ceux que les partis extrêmes entretenaient par tous les moyens, le pays s’est trouvé sans forces vitales au moment du péril; il a succombé, non sans honneur toutefois. Si cette cruelle expérience lui profite, rompant avec ses habitudes de soumission irraisonnée tantôt à un pouvoir absolu, tantôt aux fantaisies anarchiques, il voudra faire ses affaires
lui-même, et, pour 1rs bien faire, s’instruire. Or, pour un peuple comme pour une famille, la première des conditions d’existence est de savoir se défendre, de se mettre en état de garder son bien, do ne pas confier ce soin à d’autres qu’à soi-môme. La défense de ce qu’on a de plus cher, l'honneur et le foyer, ne peut être, sans péril, déléguée à des mains mercenaires, et les tendances du dernier règne nous amenaient à ce triste résultat.... Mais, quel est donc le genre d'enseignement qui convient à une nation, aujourd’hui, pour la rendre propre à la guerre en même temps qu’aux travaux fructueux de la paix? Ce n’est autre chose qu’un enseignement qui habitue la jeunesse à observer, à raisonner sur ce qu'elle a observé et à en déduire les conséquences. A cette heure, pour le général comme pour le soldat, rien ne saurait être négligé. Connaissance des lieux, des choses, emploi des moyens, des procédés les plus simples, circonspection, prévoyance, toutes ces qualités résultent de l’observation, de l’habitude de réfléchir avant d'agir. 11 est facile d’inoculer ces qualités dès l’enfance, par les méthodes d’enseignement, d’autant que, chez nous, les intelligences se prêtent volontiers à l’analyse et répugnent à accepter les idées qui s’imposent d'autorité et sans examen. J'ai éprouvé par moi-même combien on rend le travail attrayant à des esprits peu cultivés en leur donnant les raisons qui motivent l’emploi de tel procédé, en leur indiquant le résultat final d’une suite d’efforts qui, pris isolément, ne sauraient être compris. Il ne s’agit pas — car je prévois l’objection — de former des générations d’ergoteurs, prêts à discuter les ordres que donnera un officier sur le champ de bataille. Je n’admets pas l'emploi des baïonnettes intelligentes , comme on l’entendait il y a quelque trente ans; mais je demande que la jeunesse comprenne la portée d’un ordre, et, en s’y soumettant, mette à exécuter cet ordre les facultés d’observation dont son intelligence a pris l’habitude. On verra, dans les chapitres suivants, comment les troupes allemandes, sans porter atteinte à la discipline la {Jus rigoureuse, savent, dans la manière d'exécuter les ordres, apporter une suite de réflexions personnelles qui ajoutent une valeur considérable à leurs moyens d’attaque et de
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défense. Il est môme intéressant d’observer combien, dans ees armées, il y a une large part faite à l’initiative de chacun, parce que les chefs savent qu'ils ont affaire à des hommes qui les comprennent et ont l’habitude de peser mûrement les conséquences de leurs es. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple à l’appui de cette observation, puisque bientôt nous aurons l’occasion de revenir sur les travaux des troupes allemandes, toutes leurs batteries sont tracées sur des profils variés en raison de la nature du sol et de l’objectif. Il n’y a pas évidemment dans ces armées des guides ou aide-mémoire auxquels les officiers, artilleurs et sapeurs du génie sont obligés, par les règlements militaires, de se soumettre. Les officiers tracent leurs ouvrages en raison des dispositions du terrain, des périls à éviter, des chances de surprise et d’attaque, des facilités ou difficultés en cas de retraite. Au lieu de posséder comme chez nous une règle que nous prétendons résulter de l’expérience, la règle, pour eux, est d’observer, de se rendre compte de l’objet, des moyens les plus simples pour obtenir un résultat dans telles conditions et en profitant de tout ce que dounent les dispositions et les ressources locales. Taudis que notre organisation militaire, qui n’a pas su maintenir la discipline dans les corps armés, leur impose certaines règles classiques, rarement applicables, mais qui paralysent l’initiative de chacun, et arrêtent tout effort intellectuel, dans l’armée prussienne la discipline est absolue, mais l’observation, appuyée sur l’intelligence des choses, permet de laisser à chacun, dans les moyens d’exécution, une liberté complète. Chez nous, un officier sans initiative, peu instruit, insouciant, mais qui sait, sans en rien retrancher et sans y rien ajouter, la règle admise, le type officiel, ne saurait être blâmé si l’insuccès résulte de son opération; tandis que l’on demande uniquement à l’officier prussien de faire ce que la circonstance exige, et qu’on s’en prend à lui si un échec est la conséquence d'une imprévision ou d’une négligence. La discipline intervient alors pour lui infliger une peine très-dure ; elle s'est bornée à lui imposer d’abord de faire pour le mieux, c’est à lui de savoir ce qu’est ce mieux. D’après nos règlements militaires, dont,
hélas 1 nous étions si fiers, tout est supposé prévu, et un officier du génie qui ne tracerait pas une batterie d’après le type admis, son ouvrage eût-il parfaitement satisfait aux exigences, mieux môme que s’il se fût conformé à ce type, peut être blûmé sévèrement (1). Ces exemples indiquent la différence profonde qui existe entre la manière de comprendre la discipline en Prusse et chez nous.
Mais notre attention doit se porter avec la plus vive sollicitude sur les rapports à établir entre l’officier et les soldats.
Dans l’armée allemande, les officiers sont en contact constant avec leurs hommes; ils s’en occupent sans cesse, non-seulement au point de vue de l’exercice militaire, des manœuvres, mais de l'instruction. Pendant les exercices journaliers, ils les examinent un h un, leur parlent, leur expliquent les mouvements, s’adonnent à ces détails avec entrain, sans manifester jamais ni lassitude ni ennui. 1
Ils font des instructions verbales à leurs sous-officiers, qui euxmômes en font aux soldats.
Parmi les idées fausses que nous entretenons chez nous à l’égard des étrangers, il faut compter notre appréciation de la discipline allemande. Quand nous avons dit que l’armée allemande est soumise à une discipline de fer , que pour la moindre infraction les officiers soufflettent leurs soldats, leur infligent des peines d’une excessive sévérité, nous croyons avoir tout dit. Ce ne sont pas des procédés violents et arbitraires qui constituent la discipline allemande, mais l’attention suivie, constante, que les officiers apportent dans les relations journalières entretenues avec leurs subordonnés, l’examen scrupuleux des faits, des délits, la protection dont ils les couvrent au besoin, la manière d’exercer la justice, de s’enquérir des moindres détails du service. Armés d’un pouvoir étendu, ils en connaissent l’importance et savent qu’une grave responsabilité est attachée à ce pouvoir.
(i) Je n'exagère pas, et, si je ne m’étais donne comme règle absolue, dans ce travail, de lie citer aucun nom ni aucun fait qui puisse être appliqué Facilement par tous à une personnalité, je pourrais, à cet égard, donuer des exemples; de ce que j’avance ici.
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Si nous remontons l’échelle, nous verrons qu’à la soumission,
à la discipline est toujours attachée l’idée de la responsabilité personnelle. Un officier général donne l’ordre, aux chefs qui commandent les postes autour d’un cantonnement, de laisser circuler librement les habitants. Un de ces commandants croit devoir sur un point, à un certain moment, interdire cette circulation; il le fait, quitte à rendre compte à son supérieur des raisons qui ont motivé
cette mesure.
Chef d’un poste, il est seul appréciateur des moyens propres à garantir sa sécurité, et, malgré l’ordre général qu’il a reçu de laisser passer les habitants, il serait responsable des dangers ou inconvénients que l’exécution stricte de cet ordre aurait causés.
Ainsi, la discipline dans l’armée allemande n’implique pas l’idée d’une obéissance aveugle et mécanique, mais la compréhension juste de l’ordre donné, sous la responsabilité de celui qui reçoit et exécute cet ordre. La réflexion, l’instruction, sont donc nécessaires chez ceux qui, à tous les degrés de l’échelle, sont soumis à cette discipline. Chacun des rouages doit agir avec la connaissance de sa fonction et du résultat auquel tous doivent concourir.
Pour que ces idées puissent pénétrer une armée, il faut qu’il y ait entre tous ses membres une communication incessante d’instructions, une activité intellectuelle dont notre armée ne fournit nul exemple.
Si rigoureuse que soit la discipline allemande, il y a dans la manière de l’exercer quelque chose de paternel qui appartient au caractère du Germain.
L’officier ne se préoccupe pas seulement de faire exécuter strictement les règles de la discipline, il apporte ses soins à relever l’état moral de ses soldats ; il tient à les instruire, à développer leur esprit et à leur faire partager les idées qui le dirigent. 11 entend que leur intelligence doit être exercée.
Nous avons vu des bataillons entiers se présenter pour visiter le château de Pierrefonds. Les troupes étaient divisées par sections de cinquante hommes ayant à leur tête un officier ou sous-officier
fl
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comprenant le français. Celui-ci se faisait expliquer en détail chacune des dispositions des locaux, et traduisait successivement à ses hommes rangés autour de lui les renseignements qu’il recueillait.
Des détachements cantonnés font de fréquentes promenades militaires, et cela, non-seulement au point de vue de l’exercice physique et pour entretenir chez le soldat l’habitude du déplacement et de la marche, mais pour son instruction, car ces promenades militaires ont toujours un but en vue.
Si un oflicier est appelé à faire une enquête, à infliger une punition, à juger un point contesté, il use d’une extrême circonspection.
Tous les officiers de l’armée allemande ne sont pas des Scipions. ■ Beaucoup sont impérieux et durs, mais ce sont des exceptions, et la plus grande partie, même lorsqu’ils abusent de leur autorité, manifestent des prétentions exorbitantes, se livrent à des exactions, raisonnent et essayent do vous convaincre de la justice de leurs demandes. Il est rare, si l’on a de bonnes raisons à leur opposer, qu’ils ne les admettent pas, au moins dans une certaine mesure.
Celte habitude de raisonner et de réfléchir avant d’agir constitue leur force, donne confiance îi leurs subordonnés, assure la discipline morale autant que matérielle dans l’armée, resserre les liens de l’obéissance par le respect pour les décisions, qui ne sont jamais prises légèrement, et sont au contraire, aux yeux de tous, le résultat du travail et de la valeur intellectuelle.
Pour que ces conditions puissent se rencontrer chez nous, il faut que l’instruction soit plus complète chez nos officiers, ébauchée parmi nos soldats ; qu’il y ait, par suite, entre les uns et les autres, des liens, des points de contact intellectuels qui n’existent pas présentement. Tous les soldats de l’Allemagne ne sont pas lettrés, mais tous sont en état d’apprécier une forme littéraire.
Pendant les loisirs du campement, il arrive, entre soldats, qu’un thème est proposé. Les plus instruits ou les plus habiles à développer une idée font, sur ce thème, une sorte de discours que les autres écoutent eu silence, donnant des marques d’appro-
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hation ou d’improbation , suivant que les idées exprimées leur plaisent ou sont contraires aux leurs. Imagine-t-on quels lazzis provoquerait chez nos soldats un exercice intellectuel de ce genre, en admettant qu'on le puisse faire adopter?
Nos matelots, dont l’intelligence est relativement exercée, prennent de ces passe-temps. Ce sont des contes, des histoires prodigieuses de mer qui font les frais de la réunion. Ainsi les caractères des deux races se manifestent : chez les uns, la tendance à la controverse, au développement de l’idée; chez les autres, l’amour du merveilleux, de ce qui séduit l’imagination. Que l’instruction soit égale chez l’une et l’autre race, alors seulement on pourra décider laquelle ‘ des deux qualités assure la prépondérance, ou la vivacité de l’imagination, ou l’aptitude pour ce qui est du domaine de la pure raison. Mais, pour que l’imagination produise des fruits, il est nécessaire qu’elle s’appuie sur une instruction solide; en s’égarant, elle est plus funeste qu’utile, et devient une faculté éminemment dangereuse parce qu’elle est séduisante encore, mémo dans l’erreur, et éloigne bientôt les esprits de l’habitude de la réflexion. Nous en avons fait la triste épreuve depuis longtemps en France, où les conversations ne roulaient plus que sur des sujets futiles ou des paradoxes. Et en effet, entre gens d’esprit auxquels manque un fonds solide d’instruction, il n’y a plus de place, pour un entretien quelconque, entre la banalité et le paradoxe; voulant éviter l’une, il faut se jeter dans les écarts de l’imagination mal réglée, mettre en avant des idées qui côtoient la vérité, et qui prennent une formo neuve par la façon étrange de les présenter, par leur imprévu, leur éloignement de la saine raison, qu’elles déconcertent.
En haut comme en bas de la société française, on s’est complu dans l’émission des idées prime-sautiôres, mal digérées, brillantes sans solidité ; on prétendait résoudre les problèmes les plus ardus par un mot heureux, u l’aide de ces définitions séduisantes qui coupent court au raisonnement, ne permettent pas son développement, et habituent les esprits à se payer de mots, à ne plus rien
approfondir, à ne plus se livrer, par conséquent, au travail intellec-
tuel. A ce mouvement de plus en plus prononcé, aux paradoxes, aux idées mal digérées, séduisantes par l’apparence qu’elles affectaient d’une solution simple, on n'a su opposer que la routine impérieuse et pédante, les formules traditionnelles. Au défaut de profondeur, on répondait en invoquant l’idée banale. Aux nouveautés irraisonnées, on prétendait imposer l’autorité irraisonnée. Ainsi, la confusion a peu h peu gagné tous les esprits, sans laisser la plus petite place à la raison.
Pendant cette triste phase du génie français, les rares esprits qui ont conservé l'habitude de réfléchir et de soumettre en tout leur jugement à l’examen approfondi des choses, ont été isolés, sans points d’appui. S’ils voulaient résistor au dogmatisme, ils ne trouvaient comme auxiliaires que des gens livrés à tous les écarts d’une intelligence non réglée par la froide raison et un fonds d’instruction solide.
S’ils cherchaient à ramener ces derniers à l’habitude de réfléchir avant de résoudre, ils n’avaient comme alliée que la routine et ses prétentions à l’infaillibilité.
Toujours certains d’étre battus, ou de voir se changer en adversaires leurs alliés d'un moment, n’obtenant ni sympathies durables, ni encouragements à poursuivre la voie de la vérité et de l’examen, ils ne pouvaient manquer de subir les angoisses du doute et du découragement.
Dans l’armée, comme partout, cet état des esprits paralysait toute initiative sérieuse, tout développement suivi et fructueux; les plus énergiques efforts s’émoussaient au contact de la routine ou de la légèreté. Entre ces deux extrêmes, impossible de se faire jour, d’amener les esprits h l'étude des questions pendantes. L’officier chercheur, travailleur, ne rencontrait que dégoûts, nul appui, et scs supérieurs voyaient d’un mauvais œil se manifester l'esprit d’examen en dehors des routes battues.
Dans l'ordre civil, dans l’administration et les corps soutenus par l’État, il en était de môme; mais là les hommes de volonté et d’énergie trouvaient encore les moyens de tracer des routes nou-
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velles. A l'armée, il n’en pouvait être ainsi, il fallait vivre dans le flot routinier et médiocre, ou ne pas vivre.
Combien a-t-il fallu insister, lutter, pour modifier notre matériel de guerre, et, bien que nos comités, il faut leur rendre cette justice, — car beaucoup de ceux qui ne connaissent pas leur manière de procéder, leur ont jeté la pierre en ces derniers temps, — mettent tous leurs soins à étudier les questions qui leur sont posées et ne donnent un avis qu’aprôs un examen minutieux et des expériences qu’ils croient probantes, ils n’en sont pas moins possédés de cette prévention de tous les corps contre les travaux dus à l’initiative de chacun ; ils accumulent les objections contre tout nouveau système avant d’y chercher ce qu’il y a de bon et d’applicable. Ils maintiennent et défendent la règle pied à pied. Certes, rien ne serait plus dangereux que d’innover à tout propos, et, sous ce rapport, l’initiative individuelle, qui cache trop souvent les prétentions les moins justifiées, demande à être sévèrement contrôlée : mais il faut reconnaître qu’aujourd’hui les conditions applicables à la guerre aussi bien qu’à l’industrie se modifient avec une rapidité prodigieuse ; qu’une modification sur un point en entraîne nécessairement beaucoup d’autres, et que quand, par la force des choses, sous le coup de l'évidence, un comité conservateur de la règle est obligé d’en laisser altérer une partie, les autres sont atteintes. Ce n’est donc pas sans une certaine appréhension justifiée que les comités, tant accusés en ces derniers temps, portent la main sur un des rouages de l’organisation militaire, sachant que la substitution de ce rouage entraîne fatalement la révision de l’ensemble et nécessite un travail colossal. Or, l’humaine nature en général, et le Français en particulier, n’aime pas le travail, et c’est là une des causes de nos malheurs ; car si la paresse d’esprit se rencontre souvent chez les classes élevées, elle est générale audessous, et c’est à celte réforme de notre nature que les efforts doivent tendre. La tête doit donner l’exemple; elle ne le donnait pas, se reposant de tout sur les corps institués en France pour penser et juger en toutes choses. Mettons-nous un peu à examiner
nous-mêmes les questions, et, pour être en état de les examiner, éclairons-nous sur ce qui touche à ces questions. Ne croyons pas, sur la foi de corps auxquels nous avons laissé prendre trop de puissance pour notre gloire et notre prospérité en France, que certaines de ces questions sont à l’état de mystères connus seulement des initiés et inabordables aux profanes. Que chaque citoyen soit en état de comprendre et d’examiner avec son propre jugement tout ce qui touche à son honneur et à sa sûreté ; pour cela, il faut qu’il prenne l’habitude du travail et de la réflexion. Il ne s’agit pas, comme beaucoup d’hon notes gens le croient, pour faire des citoyens capables un jour de défendre leur pays en braves soldats, d’apprendre aux enfants dans les lycées le maniement des armes et l’école de peloton, de leur faire porter des képis au lieu de chapeaux ronds, mais de former leur jugement en les habituant à réfléchir et à observer, à examiner par eux-mêmes en dehors de telle ou telle formule classique, en leur donnant l’amour du travail et l’exemple du respect pour la valeur intellectuelle. Comment des parents oisifs, affectant un mépris pour tout ce qui est du ressort de l’intelligence, ne manifestant de la considération que pour la richesse et la prospérité, quelle que soit leur origine, pourraient-ils persuader à leurs enfants que le travail, le développement intellectuel, l’observation et la réflexion sur toutes choses, constituent la valeur d’un homme? On pourrait répondre à tous ceux qui depuis dix mois demandent « ce sauveur » qui doit tirer le pays de scs périls : — « Le voilà près de vous ce sauveur : c’est ce fils que vous vous contentez d’envover au lvcée sans savoir vous-mêmes un mot de ce qu’on lui enseigne et sans vous en inquiéter ; que vous élevez mollement, dont vous ne cherchez ni à développer le moral, ni à renforcer le corps ; auquel vous donnez l’exemple de l’oisiveté et de la recherche du bien-être, au lieu de lui inculquer la passion du travail en lui montrant les fruits excellents qu’il produit, et le mépris pour les satisfactions purement matérielles ; devant lequel vous vantez les abus de la force et le succès dû à l’intrigue ou à l’effronterie. Le voilà ce vrai sauveur, si vous avez le courage,
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l’énergie, la patience nécessaires pour le former. Sinon, vous êtes perdus et vous le perdez 1 »
De même, si l’on veut une armée, non de prétoriens ou de soldats faisant métier de la guerre, mais une armée française par le cœur et les intérêts, capable de défendre le pays avec intelligence et dévouement, sans être jamais un instrument entre les mains du despotisme, qu’il sorte du haut ou de la plèbe, il est nécessaire de pourvoir à l’éducation et à l’instruction des éléments qui la composeront, et cela sans perdre de temps.