PREMIERE PARTIE
La £amille des Mëlastomacëes ^ quoique entièrement composée de végétaux exotiques , a été admise comme distincte à une époque où l'on n'en connaissait qu'un petit nombre d'espèces; elle est même si prononcée, qu'on n'a jamais été tenté dès-lors de placer quelqu'un de ses genres dans un autre groupe, ni d'y introduire des espèces appartenant à d'autres familles, (i)
Les Mélastomacées sont principalement voisines, par leur structure, des Lythrariées, des Mémécylées et des Myrtacéesj elles différent des I-ijthrariées, parce que leur calice n'e3t pas en estivation valvaire; des Rhizophorées, par l'embryon, dont les lobes ne sont pas tx)rtillés sur euxmêmes; des Myrtacées, par leurs pétales en estivation tordue; et de toutes les familles Calyciflores, par la structure et la singulière estivation des
(1) Il faat cependant excepter de cette régularité V Isnardia alterni/olia ^ que M. Poiret a décrit sons le nom de Rhexia UneanfoUa , jnalgré ses feuilles alternes. Probablement auasi le Rhemia jussiœoides de Linné fils > et le Rhexia Bnmliana de Yandelli , devront être exclns de la £iimille \ mais ces plantes manquent dans toutes les collections que j*ti eu occasion de Toir.
anthères, qui, ayant la fleuraison, sont nichées et pendantes dans des espèces de sinus ménagés entre le calice et rovaire. Elles se distinguent aussi, comme chacun sait, dès le premier coup d'oeil, par leurs feuilles marquées de trois, cinq, sept ou neuf nerwres, partant de la base (trinerves, 5-nerves, etc.), ou près de la base de la nervure moyenne (triplinerves, quintuplinerves, etc.). (i)
La famille des Mélastomacées a été caractérisée par M. A. L. de Jussieu, dans son Gênera Plantarum (1789). Dès-lors, M. R. Brown (181 o) a fait mieux connaître la singulière estiyation de ses étamines; et M. Don (1823) a donné un tableau très exact de ses caractères. En dernier lieu (1827), M. Seringe , dans un Mémoire présenté à la Société d'Histoire naturelle de Genève, a passé en revue tous les caractères qu'on peut tirer des divers organes des Mélastomacées. Je pense donc qu'il serait superflu d'analyser ici la structure générale de cette famille , dont les caractères sont suffisamment développés dans le Prodromus (vol. III, p. 99), et je passe au but direct de ce Mémoire, sa distribution en tribus et en genres.
A l'époque où Linné a publié ses ouvrages, on ne connaissait encore que vingt et une espèces de Mélastomacées, qu'il distribuait en quatre genres : Rhexia, Osbeckia, Melastoma et Blakea, déduits du fruit libre ou adhérent, et du calice muni ou dépourvu d'appendices ou de bractées. Dès-lors Aublet découvrit dans la Gîuia^e plusieurs Mélastomacées , et établit quatre genres nouveaux : Tïbouchina, Tococa, Foihergilla et Maieta; mais ces genres furent mal appréciés, parce qu'ils étaient fondés sur des caractères qui paraissaient trop spéciaux, tanjt ^'on ne connaissait qu'un petit nombre d'espèces de la fiimille.
Swartz fut plus heureux en proposant son genre Meriama^ que l'autorité de son nom fît admettre, quoiqu'il n'en eût pas £ïit sentir le vrai caractère.
MM. Ruiz et P^von indiquèrent, :le$ gepres Miconia et Axinœa, mais
(1) En géoéral , les feaîiles a nervnres palmées doÎTent cette stractnre à la soudure naturelle de plusieurs folioles penninenres ; mais il n'en est pas ainsi des Mélastomacées , qui ont des feuilles réellement simples : probablement les nerrures latérales doivent être considérées comme partant plus ou moins distinctement de la base de la nenrare moyenne ^ ce qm les ferait rentrer dans la classe des feuilles pennincrves.
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d'une manière très incomplète ^ et sans faire remarquer que plusieurs espèces connues appartenaient au premier.
M. de Jussieu proposa de son càvé le genre Tristemma^ qui , étant fonde sur un caractère très particulier, ne modifia point Tensemble de la famille;
Aussi Willdenow, qui, en 179g/ présenta dans son Species Ténumén^ tion de cent neuf espèces de Mélastomacées, continua à les classer sous les quatre genres de Linné et celui de Swartz.
M. Persoon, en i8o5y conserva les mêmes genres , en y ajoutant ceux de Jussieu et de la Flore du Pérou y et distribua entre eux cent cinquante^ quatre espèces désignées alors dans les livres.
Peu après cette époque , M. Bonpland, qui, dans son voyage avec M. de Humboldt/ avait observé vivantes soixante et une espèces de Mélastomacées presque toutes nouvelles, entreprit de publier des descriptions et des figures soignées de cette belle famille ; mais peut-être entraîné par la forme successive de sa publication , il se contenta de diviser la famille en deux genres : le Rhexia , caractérisé par le fruit capsulaire , et le Afelastomaj par le fruit charnu. "MM. Kunth, Saint- Hilaire et Richard, qui ont coopéré à cette publication , ont du suivre le même plan , quoique , en parcourant FHerbier de M. Richard, j'aie eu des preuves manifestes qu'il sentait la nécessité d'accroître le nombre des genres, pour représenter les variations des formes des Mélastomacées. L'ouvrage de Bonpland fit connaître avec précision cent vingt espèces de cette famille, et fournit par là des moyens de l'étudier dans son ensemble.
En 1820, M. Raddi, à son retour du Brésil, publia la description de deux genres nouveaux, le Leandra et le Bertolonia; mais ils étaient tellement éloignés des genres connus alors, qu'ils ne contribuèrent point à en modifier les caractères.
Enfin, en 1823, M. Don présenta, dans les Mémoires de la Société Wemejrienne, le premier travail vraiment philosophique sur la division générique des Mélastomacées ; il analysa avec soin les caractères de la famille, fît connaître la singulière variété de la structure de leurs graines, distingua les divers modes de déhiscence des anthères, indiqua plusieurs espèces nouvelles , et classa toutes celles qu'il connaissait sous dix-huit genres caractérisés avec élégance et précision. La supériorité des vues de M. Ddn ne fut pas immédiatement sentie.
En 1826 9 M. Sprengel indiqua 287 espèces de Mëlastomacëes dans son» Sjrstema , et continua à les classer à peu près comme Willdenow Tavait fait.
M. Seringe , qui à la même époque avait commencé à s'occuper de cette famille , admit quelques uns de ceux des genres de Don, fondés sur des caractères très tranchés, et continua à laisser tous les autres sous les deux grandes divisions de Rhexia et de Melastoina^ qu'il sous-divisa uniquement d'après les appendices des anthères, et en laissant de côté la structure des graines et des calices; si je n'ai pas adopté cette manière de voir, j'^ au contraire admis la division primaire de la famille établie par M. Seringe, en deux sous-ordres, les Mélastomacées , où les anthères s'ouvrent par le sommet, et les Charianthées, où elles s'ouvrent par deux fentes longitudinales.
Tel était l'état de la science lorsque j'ai entrepris de m'occuper de cette famille, à l'occasion de mon Prodromus. Déjà j'avais jadis (i8o5) essayé quelques analyses de Mélastomacées, et j'avais entrevu quelques genres à établir; mais j'avais senti le danger de créer des genres partiellement dans une famille dont l'ensemble était alors si mal établi, et j'avais été arrêté par la pauvreté des collections. M. Don venait de lever le premier de ces obstacles, et mon savant ami M. de Martius a levé le second par la complaisance avec laquelle il a bien voulu m'envoyer la totalité des Mélastomacées qu'il avait recueillies au Brésil, et me permettre de les décrire dans le Proclivmus ; il y a joint les descriptions et les notes qu'il avait faites sur ces plantes , de concert avec son vénérable collègue M. de SchranL. lues espèces recueillies par M. de Martius étaient au nombre de 287 , dont 2o5 se sont trouvées nouvelles.
Au moyen de cette immense addition aux espèces que je possédais déjà , et à celles qui étaient bien figurées dans les ouvrages publiés, j'ai pu espérer de connaître une portion de la famille assez considérable pour me faire une idée de l'ensemble , et j'ai procédé à la classification des Mélastomacées par un procédé que je ne crois pas inutile de faire connaître.
Au lieu de i^dxiw: à priori de quelque caractère qui me paraissait important, et de descendre aux dernières divisions, j'ai groupé au simple coup d'œil toutes les espèces que je possédais, d'après leur apparence générale, et j'ai ensuite cherché si chacun de ces groupes, aperçus au premier aspect, n'offrait point quelque caractère d'organisation. J'ai eu le bonheur d'en trouver presque partout, et d'établir ainsi des genres que j'ai le droit de
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croire la plupart naturels, puisqu'ils ont été indiqués par le port et saï>ctionnés par l'analyse.
Cette méthode me parait le résultat pratique des fameux adages de Linné : Character nonfacit genus; Habitas occulte consultendus ^
L'expérience que j'ai faite , si j'ose parler ainsi , sur les plus habiles botanistes de notre époque, m'a paru confirmer ce résultat. A peine leur avais-je montré dans les collections qiielques espèces de mes genres , qu'ils devinaient les autres au simple coup d'oeil. Je ne dissimulerai point cependant qu'il est quelques genres, tels que le Trembkja, où la similitude des principaux caractères m'a forcé à recevoir quelques objets disparates, et qu'il reste dans les livres un nombre malheureusement assez grand d'espèces qu'il m'a été impossible (faute d'échantillon ) de rapporter aux genres que j'ai admis. Peut-être encore se trouvera-t-îl parmi ces Mélastomacées , rejetées à la fin de la Êimille comme incertaines , des espèces que j'aurais décrites et classées ailleurs, mais que je n'aurais su reconnaître d'après des descriptions dénuées de planches, et dont les meilleures ne fout aucune mention de la forme des graines , ni de la déhiscénce des anthères , ni de plusieurs autres caractères de premier ordre.
Après avoir étudié les collections qui étaient à ma portée, je me suis r^ndu à Paris , où , grâce à la libérale complaisance des botanistes, j'ai eu la liberté d'étudier et de décrire toutes les Mélastomacées de l'herbier du Muséum d'histoire naturelle , et des herbiers de MM. de Jussieu , Desfontaines , Delessert , Richard , Kunth , Gaudicbaud et Mérat ; il est résulté de ces importantes communications, que,' quoique j'aie laissé encore plusieurs espèces sans oser les décrire, je me suis trouvé avoir à classer un nombre de Mélastomacées qui s'élève à ySo, c'estrà-dire presqu'au triple de ce que l'on connaissait avec précision. -
La marche de ce travail m'a conduit, !•. à confirmer presque tous leé genres établis parles botanistes qui m'avaient précédé; 2*. à en admettre quelques autres que j'avais en partie reconnus, mais que j'ai trouvés indiqués dans les herbiers, et dont j'ai conservé les noms avec le même soin que s'ils eussent été publiés : tels sont les genres Spennera et Salpinga de MM. Martius et Schrank, Tetrazjrgia et Chœnopleura de Richard, MedinilUa de Gaudichaudf 5°. et à établir moi-même 38 genres nouveaux; ce qui porte à 68 le nombre total des genres dé la femille.
seule à les couper en tribus ; en effet , elle n'est point complètement d accord avec la structure des graines, et de plus, certains genres tels que TOjbeckia et le Melastoma, quoique très voisins en réalité, présentent des fruits : dans le premier, libres et secs ; dans le second, adhérens et charnus. M. Don me semble cependant trop mépriser cette considération en l'excluant des caractères de tribus, et j'ai trouvé de l'avantage à la combiner avec quelques autres, pour obtenir une classification méthodique. Tous les genres qui, dans le tableau circulaire, corres^ndent à la bande rose, ont l'ovaire libre et le fruit capsulaire; tous ceux qui correspondent à la bande rouge vif ont l'ovaire adhérent et le fruit charnu. La continuité de chacune de ces séries prouve que ce caractère a quelque importance.
L'ovaive de quelques Mélastomées présente un autre caractère qui m'a paru se lier assez bien avec leur structure générale : c'est qu'il est quelquefois couronné de soies ou d'écaillés roides et persistantes qui manquent totalement dans d'autres genres. Tous ceux qui ont ce caractère ont entre eux une certaine analogie de port, qui m'a engagé à l'admettre parmi les caractères supérieurs de la famille; ils sont désignés dans le tableau circulaire par la bttide colorée en jaune vif.
Enfin la structure des gi*aines, bien observée par M. Don, fournit de son cùté une excellente division. Dans la moitiés peu près de la fiunille, qui correspond à la bande vert-clair, les graines sont courbées en demicercle ou en hélice , à une seule demi-courbure ; leur cicatrice est orbiculaire, basilaire, et leurs cotylédons inégaux. Dans l'autre moitié, correspondant k la bande vert foncé du tableau, les graines sont droites , l'ombilic oblong et latéral, et les cotylédons égaux. Ce caractère important est quelquefois embarrassant , parce qu'on manque de graines mures dans les collections, mais n'en doit pas moins être compté parmi ceux qui doivent occuper le premier rang.
En combinant ensemble les trois classes de caractères que je viens d'indiquer, je suis parvenu à diviser les Mélastomées en quatre tribus qui me pai^aissent très naturelles, savoir :
i"*. Les Layoisiérees, qui ont l'ovaire libre et non couronné de soies ni d'ëcailles, le firuit capsulaire et les graines droites, à ombilic latéral et à oitylédons égaux. Cette tribu correspond à une partie des Rhexies de Bon-
MELASTOMÀCÉES. ^
plandy ^mdis c-est celle où j'ai trouvé le plus de formes iosolites et où j'ai eu le plus de genres nouveaux à établir.
2"*. Les Rhexiàes^ qui ont comme les précédentes Fovaire libre, non. couronné de soies ni d'écaillés , et le finiit capsulaire , mais dont les graines sont courbées en demi-cercle ou en hélice, avec l'ombilic basilaire et les cotylédons inégaux. Elles correspondent à une partie des Rhexies de Bon- {^nd, et comprennent aussi beaucoup de genres nouveaux.
S"". Les OsBECKiÉEs, qui ont comme les précédentes des graines en demir cercle, à ombilic basilaire et orbiculaire et à cotylédons inégaux; mais qui en diffèrent par leur ovaire couronné de soies ou d*écailles. On trouve dans cette tribu des genres à fruit libre et capsulaire , et d'autres à irait adhérent et charnu ; mais leurs affinités sont telles que, malgré cette diffél'ence, on les a fréquemment confondus ensemble.
4^' Les MicoNiÉES, qui ont l'ovaire adhérent, le fruit charnu, et les graines droites k ombilic latéral et à cotylédons égaux. Elles s'approchent des Osbeckiées à fruit charnu, parce que quelques uns de leurs genres ÉM Tovaire couronné de soies ou d'écaillés ; elles se lient, d'un autre côté, avec les Lavoi&iérées par la structure de leurs graines, et leurs deux derniers genres, Cremanium et Blakea^ qui ont les anthères à deux pores, touchent par ce caractère aux deux premiers genres des Lavoisiérées*
Après avoir fait cette remarque, j'eus l'idée d'inscrire dans un cercle tous les genres de Mélastomées , dans Tordre que mon travail détaillé m'avait amené à adopter, et je crus trouver une confirmation remarqua-* ble de cet ordre , en ce que tous ces genres se suivaient avec une telle ré*gularité, que je n'avais plus d'autre embarras que de savoir par où, dans l'ordre linéaire nécessaire pour la forme des livres, je devais commencer ma série. Je me suis décidé à commencer par le Meriania, mais en avertis^ sant que le dernier genre de la série , le Blakea, en est le plus voisin. A tout autre point que j'eusse commencé, j'aurais eu le même résultat. Ce qui m'a décidé à suivre cette marche , c'est qu'il m'a paru que les derniers genres des Miconiées se rapprochaient un peu plus que les autres du sous» ordre des Charianthées.
J'ose engager les amis de la méthode naturelle à examiner le tableau des Mélastomacées, fait sur ces principes. Ou je me trompe fort, ou cette ré* gularité n'est pas un effet du hasard ; elle est, je pense, une preuve que la
fo MÉMOIRE L
dÎTlsîon est salarelle , et j'ai des nisons de croire qu'oB phénoiène logoe se retrouve dans tontes les familles bien drconscriles ; j espère on jour prÀenter les applications de cette méthode graphique.
Avant de passer à Texamen détaillé des genres de cette fiuniUey je dirai ici quelques mots de la distribation géographique ^ et je la présenterai sons une forme analogue k celle que j'ai déjà admise dans mes Mémoim sur la famille des Légumineuses. Le tableau ci -joint £ût connaître le nombre des espèces de chaque genre qui croissent dans divers pays* U en résulte,
t^. Que les Mélastomacées manquent, quant à rhémi^>hère boréal, dans toute l'Europe , dans toute l'Asie boréale et tempérée, et dans toute la partie d'Afrique, au nord du Sahara; et quant à l'hémisphère austral, dans tout le Chili et la partie de l'Amérique, au sud du Brésil, dans toute l'Afrique extratropicale et dans la Nouvelle-Hollande ;
3*. Que hors de la zone intertropicale on n'en trouve que 8 apparte^ nant au genre Rhexia dans les Etats-Unis, 5 à la Chine et 3 dans l'Australasie ;
3** Que dans la zone intertropicale on en compte 78 dans l'Inde ou l'archipel indien, 13 dans l'Afrique ou les lies de l'Afrique australe, et 630 en Amérique; 4*« Qu'à ne considérer que le Nou vean-Monde , on en compte 2g5 au Brésil, 74 à la Guiane , 1 1 3 aux Antilles , 37 dans la Colombie , 88 au Pérou , 1 ^ au Mexique , 8 aux États-Unis.
U est remarquable que sur cette multitude d'espèces américaines, on n'en peut citer qu'un bien petit nombre qui soient communes à plusieurs pays, savoir quelques unes qui se retrouvent dans la Guiane et la partie du Brésil qui l'avoisine. Hors de ce cas, qui s'explique Salement, puisqu'il s'agit do pays réellement semblables, divisés par une limite artificielle , je ne vois pas d'espèces communes à des pays divers que les suivantes : Spennera aquatica^ Osbeckia glomeraia, CUdemia crenata, Clidemia
:OMACÉES.