OBSERVATIONS
§. I. Des Onagraii'es en général. . JH
\jk famille des Onagraires a été si bien décrite par M. A. L. de Jussieu {Annal, du Mus., vol. III, p. 5i5), qu'il semble presque superflu d'en parler; mais dès-lors elle a été réduite à des limites plus resserrées par l'établissement de l'ordre proposé en 1 808 par Ij. Cl. Richard , sous le nom à' ffygrobiées, et constitue d'une manière régulière, en 18 14, par M. Rob. Brown, sous celui à'ffaloragées. D'un autre coté, plusieurs genres nouveaux ont été introduits dans cette famille, et plusieurs, anciennement connus, ont été modifiés. Je crois donc devoir indiquer ici rapidement l'état actuel de la science.
Les Onagraires diffèrent, comme on .sait, de toutes les familles voisines par la longueur de la radicule de l'embryon; elles se distinguent en particulier des Lylhraires par leur ovaire adhérent au calice, des Haloragées par la présence d'un style filiforme et par leurs graines non pendantes dans les loges et dépourvues d'albumen, des Myrtacées par leurs feuilles non glanduleuses et le nombre de leurs étamines, égal ou double de celui des pétale.';, et non multiple ou indéterminé. Ce dernier caractère est fort léger, car on trouve quelques Myrtacées, telles que le Beckea, qui n'ont que I o étamines ; mais dans ces cas le port des plantes ne laisse aucun doute sur la place qu'elles doivent occuper.
Les Onagraires , réduites aux limites que je viens d'indiquer, se divisent assez naturellement en 5 tribus.
La première tribu des Onagraires est celle des Montinims; elle se carac-
a MEMOfRE !1I.
terise par son fruit capsulaire et par ses graines dressées, embriquées et bordées d'une large aile membraneuse. Je reunia ici deox genres d'arbrisseaux à feuilles alternes et à fleurs blanches ou un peu roses. Ces deux genres ne sont encore bien connus ni l'un ni l'autre ,.et formeront peut-être un jour une famille distincte. L'un de ces genres est le Montinia, qui est remarqoable par sa capsole bivalTe, ses graines attachées à an placenta central, et que Gaertner dit être munies d'un albumen charnu ; l'autre est le genre Haura de la FUire du Mexique, qui se rapproche davantage des vraies Onagraires par son fruit à 4 log^» mais dont la structure interne de U graine est encore inconnue : la grande aile membraneuse qui l'entoure me porte à le rapprocher du Montinia. La figure que je joins ici, et qui est copiée de la Flore inédite du Mexique, pourra faire juger de la légitimité de ce rapprochement. (Voy. PL I.)
La seconde, qui ne comprend qu'un seul genre, est celle des Fuchsiées; elle a poar caractère d'avoir le fruit en véritable baie, et le tube do calice plas ou moins prolongé au-dessus du point où l'ovaire cesse d'adhérer avec lui. Cette tribu s'approche des IMyrtées à raison de son fruit charnu et de sa tige ligneuse, mais ne peut cependant être séparée des Onagraires. Le jenre Fuchsia a été accru d'un grand nombre d'espèces dans ces dernières années, et comprend i sections, le Quelusia de Vandelli, où se rangent toutes les espèces d'Amérique, et le Skinnera de Foi-ster, qui reçoit l'espèce de la ÎN'ouvelle-Zélande. Dans la première, le tube du calice est plus ou moins rétréci ou resserré au-dessus de l'ovaire; dans la seconde, ce tube est au contraire renflé au-dessus de l'ovaire ; de plus, les ovules de la première section sont régulièrement rangés sur deux rangs à l'angle interne de chaque loge , et ceux de la seconde sont ramassés en grand nombre et sur plusieurs rangées; enfin les feuilles sont presque toujours opposées ou verticillées dans la première section , décidément alternes dans la seconde. Ces différences organiques et géographiques seraient bien suffisantes poor distinguer le Skinnera comme genre, ou plutôt pour revenir à l'opinion de Forster; mais l'analogie du port de l'espèce tmique qui formerait ce genre est si prononcée avec les Fuchsiées, que j'ai cru devoir la laisser provisoirement sous le titre de section.
La troisième tribu à laquelle je donne le nom d^Onagrées, comprend les genres à fruits cap&ulaires, à plusieurs loges poljrsperiaes , à graines
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dépourvues d'aile, à tube du calice prolongé au-delà du point où l'ovaire cesse d'y adhérer. Ce sont des herbes quelquefois un peu ligneuses à la base ; leurs fleurs sonl toujours à 4 pétales et à 8 étamines. C'est ici que se rapportent les genres Epilobhim, OEnothera, Gaura et Clarckia, qui sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de m'y arrêter.
La quatrième tribu, celle des Jitssiées, diflere de la précédente sous ces deux rapports : i". que le tube du calice ne s'y prolonge point an-delà de l'ovaire, ou en d'autres termes que le limbe est pluripartite et non plurifide; 2". que le nombre des étamines peut y être égal aux pétales, ou double ou de moitié moindre qu'eux. C'est à cetle division qu'appartiennent les genres Jussicea, Ludu-igia et Isnardia qui ont été souvent confondus, et sur lesquels je reviendrai tout à l'heure en mentionnant le nouveau genre Prieitrea qui en est très voisin.
La cinquième tribu. Celle des Circéées, comprend deux genres très semblables entre eux par leur port; savoir, le Lopezia et le Circœa. Ils ont en commun le calice non prolongé en tube au-dessus de l'ovaire, comme les Jussiées, mais dont le tube loml>e après la fleuraison au lieu de couronner le fruit. Il n'y a jamais que 2 étamines, encore même l'une d'elles est souvent changée en pétale surnuméraire; ce sont des herbes ou petits sous -arbrisseaux à fleurs en grappe, à feuilles opposées, pétiolées, ovales ou en cœur. Par ses fruits à loges polyspermes le Lopezia se rapproche encore des Jussiées , tandis que le Circœa, par son fruit à loges monospermes, conduit à la tribu suivante.
Celte sixième tribu a été considérée par M. Link comme une famille à laquelle il a donné le nom à'ffjdrocarjes, que je conserverai comme nom de tribu. Elle ne comprend que le seul genre Trapti, et diffère de toutes lesOnagraires, i". par son fruit dur, indéhiscent, cornu, qui, à sa maturité, ne renferme qu'une loge et qu'une graine; a", par sa graine pendante dans sa loge, à cotylédons très inégaux, et dont l'un est ti'ès épais, charnu et féculent. Cette tribu tient exactement le milieu entre les Onagraires, auxquelles elle ressemble par son style filiforme, et les Haloragées, dont elle se rapproche par sa graine solitaire et pendante. On devra prolrablemenl un jour en faire une famille particulière; mais vu le petit nombre des espèces qui la composent , j'ai cru plus convenable de suivre l'opinion admise et de la laisser à la suite des Onagraires.
MEMOIRE m.
II faut encore rejeter à la suite de celte famille deux genres mal connus, et que j'indique pour appeler sur eux l'attention des botanistes; savoir ;
1°, Le Pleurostemon de Ralînesque, qui , selon cet auteur, a le port des Onagres et le calice prolonge en tube au-dessus de l'ovaire , mais qui aurait les 8 ctamines dejetées d'un seul côté et le calice à 2 lobes au lieu de ;'( : mais peut-être ces deux lobes apparens sont-ils eux-mêmes formés de deux pièces soudées.
3°. VOnosuris de Rafinesque, qui parait le même que le Camissonût de Link, a aussi, comme le précédent, le calice àdeux lobes; mais il n'a pas le tube prolongé au-delà de l'ovaire. Au reste, si le genre vérifié est maintenu , le nom d' Onositris doit être préféré, soit parce qu'il est le plus ancien, soit parce qu'il existait déjà un genre dédié a M. de Chamisso.
Quant au genre que M. Blume avait d'abord nommé Cerainium, et qu'il a depuis désigné sous celui de Mtainichia, il ne peut appartenir aux Onagraires à la suite desquelles il avait été provisoirement placé. Un échan-: tiUon de ce végétal, que sou illustre auteur a bien voulu me communiquer, m'a prouvé qu'il devait faire partie de la famille des Aristoloclies; mais il reste encore à éclaircir quelques particularités de sa structure carpologique.
Il résulte des détails précédens, que si l'on compare l'état actuel de la famille des Onagrau-es avec le tableau qu'on trouve dans le Gênera plantarum de M. de Jussieu, des différences très remarquables fout sentir les progrès de la science, dont une grande partie est due à l'illustre auteur de cet ouvrage fondamental. Parmi les genres jadis rapportés à cette famille,
Le Mocanera a été rejeté dans les Ébénacées ;
ï^e ï^ahlia dans les Saxifragées;
Le Cercodea et le Serpicula dans les Haloragées ;
Le Bec/iea dans les Myrtacées;
Le Cacoucia, le Coinbretum et le Guiera parmi les Combrétacées.
Le Jamholifera dans les Rutacées, I UEscallonia pros des Saxifragées ;
\JOphira dans les Ericées;
Le Sirium et le Santalum dans les Sanlalacées.
Le Moiiriria et le Memecjlon forment la famille des Wémécylées ;
Le Mentzelia et le Loasa celle des Loasées.
ONAGRAIRES.
§. II. Des genres de la tribu des Jussiées en particulier.
Les genres de la tribu des Jussie'es ont été jusqu'ici distingues d'une manière peu précise; le genre Jussiœa, tel qu'on a ]'lia}jitude de l'admettre, s'y distingue facilement par ses étamines en nombre double des lobes du calice ou des pétales. Mais ce genre Jiissiœa devra certainement un jour être divisé, et renferme deux groupes dont Loureiro parait avoir soupçonné l'existence; l'un de ces groupes offre des capsules cylindriques à 5 loges, des graines rangées en une seule série dans chaque loge, tronquées aux deux extrémités, de forme triangulaire avec la face dorsale ou externe convexe et munie d'un sillon, ou, si l'on veut, tc'tragones à deux faces externes plus petites ; leur spermoderme est très épais et comme subéreux : c'est ce qui constitue le genre Cubospermum de Loureiro, dont les Jussiœa affiitis, repens, Swartziaua et ramuhsa font certainement partie; l'autre groupe offre des capsules tétragones à 4 loges, des graines très nombreuses, très petites, de forme ovale-oblongue, obtuses aux deux extrémités, à spermoderme mince et lisse : les Jussiœa erecta, altissiiiiaj etc. appartiennent à ce groupe, qui garderait le nom primitif. Je ne doute pas que celte division ne doive être admise; mais le grand nombre d'espèces oii la structure des graines est inconnue ou mal décrite, et l'ignorance où nous sommes sur les rapports de ce caractère avec la structure florale, m'ont empêché de l'admettre, et je me contente de la signaler aux travaux futurs des botanistes, en conservant provisoirement le genre Jussiœa tel qu'il est admis aujourd'hui et divisé en 2 sections, celles à 5 ou 6 pétales, et celles à 4 pétales.
Quant aux genres Ludivigia et Isnardia, qui ont des étamines en nombre égal à celui des lobes du calice, et placées devant eux, on a l'usage de les distinguer par la présence ou l'absence des pétales : mais ce caractère est peu satisfaisant; en efl'et, 1°. le Ludivij^ia repens deSwarlz, et quelques autres, ont les pétales tellement petits, qu'il est évident que l'absence des pétales chez les Isnardia est un simple avortement; a°. les Jsnardia sans pétales ressemblent tellement pour leur port et tous leurs caractères aux espèces qui en sont munies, qu'il est presque impossible de les séparer autrement quu par upe limite arbitraiiM?. Déjà quelques botanistes habitués à voir les
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Ludcvigia de l'Amérique septentrionale, tels que Michaux et Elliot , n'avaient pas hésité à reconnaître que Vlsnardid palustris et les autres espèces sans pétales faisaient partie du même groupe; et je présume que si l'opinion contraire a long-temps prévalu, cela tient à la diversité de patrie de ces plantes qui a souvent empêché de les comparer.
Dans cet état des choses, j'ai d'abord été tenté de croire que les genres Ludcvigia et Isnafàla devaient être réunis; mais je me suis aperçu, principalement par l'examen du Ludivig'ui jussiœotdes (de Lamarck et non de Michaux), que les Ludwigia de l'Inde et des pays voisins formaient un genre particulier distinct des autres. J'ai en conséquence conservé le nom de Litdivigla pour ce groupe particulier, et j'ai réservé celui d'Isnardia pour le groupe plus nombreux qui comprend \es Ludivigia d'Amérique et les Isnardia. Je vais tracer ici leurs caractères.
Les vraies Ludwigia qui correspondent aux Lud'vigia de Roxburgh et de Blume , ont le tube du calice ou l'ovaire allongé et cylindracé, absolument comme dans les Jussiœa; le calice est à 4 lobes séparés jusqu'à la base du limbe, persistant au sommet ou tout au moins ne tombant qu'à la maturité complète; les pétalî;s et le^ étamines sont au nombre de 4; le sommet de l'ovaire se prolonge en une espèce de pyramide à 4 pans très obtus et à 4 sillons; le style part du sommet de cette pyramide et les 4 étamines sont reçues par leur base dans les sillons: cette pyramide est très visible dans le Ludivigia jusstœoides ( Voyez PI. III) ; elle l'est moins dans les autres que j'ai observées ; mais on en retrouve la trace qui contraste avec l'aplatissement complet du sommet de l'ovaire dans les Isnardia. C'est à ce genre que se rapportent toutes les Ludwigia de l'Inde que j'ai eu occasion do voir, et j'y rapporte par analogie quelques espèces du même pays qui sont encore mal connues; telles sont les Ludivigia perennis et erigata de Linné, et le L. trifoUa de Burman. La première de ces plantes pourrait bien être un Jussiœa, et la dernière, qui manque dans l'herbier de Burman, est tout-à-fait obscure. Quant au L. alterniJoUa du même auteur, on en trouve dans son herbier deux échantillons en mauvais état : l'un parait être le L.jussiœoides; l'autre semble se rapporter au L. erigata de Linné, dont j'ai vu dans l'herbier de M. Delessert un échantillon envoyé par Vahl. Le L. prostrata de Roxburgh, dont on dit que les graines sont sur une seule série dans chaque loge, méritera d'être examiné avec attention sous
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ce rapport. Le L. Ijibroides s'approche un peu des Isnardia, par la brièveté de sa capsule; mais il appartient certainement aux vraies Ludwigia, k cause de la pyramide très distincte qui couronne son ovaire.
Les Isnardia, telles que je les conçois, comprennent toutes les Ludivigia primitives et les Jsnardia de Linné; ce sont des herbes toutes originaires de l'Amérique septentrionale, et dont une seule se retrouve en Europe; leurs caractères distinctifs sont, 1". d'avoir le tube du calice et l'ovaire beaucoup plus courts à proportion de la longueur des lobes, de forme obovée ou en pyramide tétragone et renversée ou un pen cjlirdracée; 2". d'avoir les lobes du calice tout-à-fail persistans ; 3". de n'avoir point le sommet de l'ovaire relevé^en pyramide; 4°- d'avoir le stigmate en tête et non à 4 lobes ou à 4 sillons très prononcés. Ce dernier caractère est peut-être un peu douteux dans la généralité des espèces; mais les trois autres suffisent pour étiiblir le genre. Je le divise en deux sections ; l'une que je nomme Ludwigiaria , pour rappeler qu'elle comprend les Ludwigia primitives de Linné, se caractérise par la présence de 4 pétales; l'autre que je nomme Danlia , pour rappeler le nom primitif de Y Isnardia , tel que Petit l'avait établi en l'honneur de Danli d'Isnard, se distingue par l'absence des pétales: il faut remarquer que dans les échantillons des herbiers on est souvent tenté de croire que les pétales manquent, parce qu'ils tombent facilement. On connaît aujourd'hui 14 espèces âUsnardia, bien décrites dans les ouvrages des botanistes américains, et a autres, les /. ramosa (^Ludivigia ramosa, Willd.) el /. auraiitiaca {Ludwigia, Raf.), qui méritent de nouvelles recherches.
Quelques unsT,rouTeront peut-être que j'aurais dû conserverie nom de Ludwigia à la section que j'ai nommée Ludwigiaria , et donner un nom nouveau à mon genre Ludwigia, qui est, en eâet, un peu différent da Ludwigia primitif; mais j'espère que ceux qui ont réfléchi à tout l'embarras qui résulte de l'introduclion de mots inutiles dans une science qtii en a déjà trop, nie sauront gré d'avoir évité l'introduction d'un mot nouveau.
Outre les deux genres que je viens de décrire succinctement, il m'en reste un autre originaire do Sénégal, et auquel j'ai donné le nom de Prieurea, pour rappeler celui de M. Le Prieur, botaniste zélé, qui â découvert , dans le pays , la plante à laquelle je fais allusion. Le Priiurea a le port de quelques Jussiœa, et notaninienl du /, mmulosa, et se rap-
MÉMOIRE III
proche en particulier des Jusstœa et des Ludwigia , par son tube calicinal ou son ovaire allongé et oyiindracé; mais il diffère du Ludwigia, parce que les lobes du calice, les pétales et les étamines sont au nombre de 3 seulement, au lieu de i, et parce que le sommet de l'ovaire n'est point surmonté d'une pyramide. 11 se dislingue du Jussiœa, soit par le nombre ternaire du calice et de la corolle, soit parce que les étamines sont en nombre égal aux pétales et non en nombre double. (Voyez PI H.)
§. in. Description de quelques espèces nouvelles.