OBSERVATION X
C..., sous-officier dans un régiment de ligne, éprouva un jour, en sortant de dîner joyeusement avec des amis, une hallucination singulière. Il crut apercevoir des fantômes blancs à formes fantastiques et indéfinissables, qui se posaient devant lui d’un air menaçant. C... crut d’abord qu’il était en proie à l’une de ces aberrations qu’enfantent parfois les fièvres bachiques ; mais la reproduction de ces apparitions vint bientôt le détromper. Honteux de ses visions, reconnaissant lui même qu’il était le jouet d’une fantasmagorie, et craignant surtout les plaisanteries de ses camarades, ce jeune homme n’osa avouer, tant qu’il fut sous les drapeaux, de quelle bizarre affection il était atteint. Mais lorsqu’il quitta le service, il me confia tout et me demanda conseil. .Te ne pus reconnaître chez lui autre chose que. les signes propres à une hypertrophie du ventricule gauche. Je soumis ce malade à des saignées générales. et locales, à la digitale, aux bains froids, et je parvins à le débarrasser pour deux ans de ses hallucinations. Mais la mort tragique de son frère qui venait de se suicider le fit retomber dans son premier état, par suite de l’analogie qu’il trouvait, non sans motif, entre leur position mutuelle. Avec l’exacerbation des symptômes patholologiques du cœur, reviennent les hallucinations et les terreurs qui en étaient la suite, et cela, à un point tel, que C... n’osait rester seul dans sa chambre, ou coucher seul, dans la crainte d’être poursuivi par ces apparitions qu’il avait même en plein jour. Le même traitement a ramené du calme, mais C... est souvent inquiet, morose, il se plaint de palpitations, de douleurs dans la poitrine, de céphalalgie. II a la crainte de perdre la raison et de finir. comme son frère. Du reste son intelligence est parfaitement nette, il ne déraisonne sur aucun sujet.
M. Saucerotte rapproche de ces deux faits cinq autres observations qui présentent toutes ce caractère particulier, que ce sont des membres de mêmes familles qui les ont offertes. Dans chacune de ces observations, les prédispositions délirantes ont toujours été sous la dépendance de l’affection du cœur, disparaissant lorsque cette dernière était enrayée dans sa marche , revenant avec une intensité nouvelle, lorsque la maladie faisait des progrès.
Dans les 7 cas observés, M. Saucerolte a noté les caractères des hypertrophies du cœur. ( Annales médico-psychologiques, 1844.)