MEMOIRE DE CLERVILLE SUR LES PORTS DE LA HAUTE-NORMANDIE
Au début de 1663, le chevalier de Clerville', qui venait d'être] nommé commissaire général des fortifications, fut chargé par] Colbert d'une mission pour rechercher les moyens de rétablir lai navigation et le commerce dans les ports de Picardie et doj Normandie. Il devait se transporter sur les lieux, voir les travaux! à exécuter pour mettre les ports en état d'abriter les navires, et s'enquérir des aptitudes des peuples au commerce. C'était une dej ces grandes enquêtes, comme Colberl en demanda beaucoup à une] série d'hommes de confiance, en vue de la rénovation économique] du royaume.
Clerville commença son inspection à Calais. Le 25 avril il écrit de celte ville à Colberl qu'il y a trouvé « des gens tout à faict bieal intentionnés à proifitter des advis que vous leur avés donnés poui le restablissement de leur négoce », et a décidé six des principaux! marchands à fréter des navires pour le Nord ' ; il a étudié le portj examiné les avanta^-es et les inconvénients des bureaux de douane
1. Sur Clerville, v. Aujfoyat, Aperçu historique sur les fortifications, t. lî Ch. Lccomte, Les ins^énieurs mililaircs en Fiance pendant le règne de Louis -V/KJ Puris, )903; Clément, Lettres... de Colbert, passim (voir la tuble. au mot Cler ville); Dareslo, Histoire de l'administration... t. Il, p. 373. Des papiers de Cler ville son* dans les Cinq-cents Colbert, t. 122 à 12(3. De nombreuses lettres de lui sont aussi dans les Mélanges Colbert (V. la table du ms., à son nom).
2. " J'ay, dit-il, si heureusement mesna^é la bonne disposition dans laquelU je les ay trouvés, qu'ils ont tout incontinanl mis la main ù l'œuvre j)OUi former un commerce réglé aux mers du Nord..., lequel ils vont couimencet par deux navires qu'ils se j)répareiit incessamment d'envoyer à la mer Baltiqui^ pour descouvrir ce qui s'y pourra trouver d'advantageux pour le négoce] de ces pays-là, et pour y en envoyer jus^ues au nombre de six, en cas qu'il]
s'y iroii\e quelque pc.i de pi'of/it di'daus la peine qu'on y prendra J'ayj
negiicié avec le reste des habitants aux lins d'eslablir icy un commerce réglôJ pour les mers du Nord, comme en un lieu qui est plus propre et plus paré!
pour cela qu'aucun autre de tout le royaume Ils m'ont proposé de vousj
demander <|uel(iues douceurs, qui ne me samblcnt point trop onéreuses ny trop! déraisonnables, comme seroit de leur faciliter le débit des choses qui se trouveroient estrc ]>roiires au Roy pour ses armées navales, et de leur tolerepj qu'ils pussent porter en espèces estrangcres une partie de l'argent qui leupj pourroit l'aire besoin pour achepter dans le pays les danrées qu'il leur con-| viemlroit de charger pour leur retour » (B. Nat., mss Mél. Colbert llSb"», ' f 685).
établis sur la frontière d'Artois (sur quoi il envoie un mémoire séparé) et il termine ainsi : « Je parts ce jourdhuy avec M. de Chastillon * pour Dunckerque, ou je ne demeureray que deux jours, après quoy je me mettra}' en chemin pour achever ma tournée par les costes maritimes de Picardie et de Normandie depuis icy jusques au Havre "^ ». Le 27 avril, il est en effet à Dunkerque, oîi, avec le concours du bailli, il décide également les marchands à reprendre le commerce du Nord'^; son séjour y est bref; il en part le surlendemain pour voir les autres ports « ou je croy, dit-il, que je n'auray pas besoin de demeurer plus de deux jours en chascun pour y pouvoir faire ce qui m'a esté ordonné pour le service de S. M. ». Le 4 mai, il est à Abbevilie, où il est venu inspecter les fabriques de fil de carret et de cordages *. Il continue par Le Tréport, Saint- Valery, Fécamp; le 15 mai il est à Dieppe^, et le 18 à Rouen. De cette dernière ville il écrit à Colbert pour lui rendre compte de ses négociations avec les maiThands de Dieppe, du Havre et de Rouen, afin de les décider à entreprendre le commerce dans la Baltique : « Je n'ay pas rencontré, dit-il, — à la réserve d'un nommé Deslandes habitant de Dieppe — aulcuns negocians bien disposés au commerce du Nord », et la suppression, projetée par le Roi, des droits sur le tabac et les sucres des Antilles, ne suffirait à les encourager®. A ce moment, la mission de Clerville était terminée. Il revint probablement à Paris peu de temps après, car on ne trouve plus de lettres de lui à Colbert à partir du 18 mai; nous avons seulement un billet qu'il écrivit de Paris le 17 août, pour obtenir une audience du ministre avant de partir pour MarsaP. On le trouve ensuite, à l'automne de 1663, puis en 1664 et 1665 dans les places frontières du Nord et de l'Est, oîi il dirige les travaux des fortifications *. A la fin de 1666, il revient en Normandie; le 10 novembre
1. Pierre de Chastillon, intendant des fortifications de Picardie, Champagne, Flandre, Artois..., né en 1599, mort le 10 déc. 166-8; son neveu, Nicolas de Chastillon, le remplacera dans ses fonctions (Augoyat, dans le Spectateur militaire, 15 août 1856).