‹ Mémoire sur la généralité de Rouen (1665) Analyse et extraits, avec notes et appendicesChapitre 18 sur 199 · Voir ci-dessous, p. 16, n · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

différences telles, qu'on ne peut admettre qu'il les ait utilisés ^

Il reste donc l'hypothèse que Voysin s'est servi de mémoires manuscrits, rédigés par des personnes compétentes en chaque matière particulière et qu'il avait à sa disposition. Cette hypothèse est confirmée par l'étude du texte. Les différentes parties du mémoire, en effet, présentent entre elles des contradictions et des discordances qui ne peuvent s'expliquer que par l'utilisation de sources hétérogènes. En voici des exemples :

Au chapitre premier, Voysin dit que la rade de Dieppe « est esloignée [du port] de trois-quarts de lieue » ; au chapitre v, il dit : « environ une lieue ». Au chapitre premier encore, il insiste sur les avantages exceptionnels du port du Havre, dont on pourra faire, dit-il, « un port royal pour la retraicte des vaisseaux des Indes », tandis qu'au chapitre v, il prône Dieppe par-dessus le Havre : « la rade est estimée..., beaucoup meilleure que celle du Havre-de-Grâce; la profondeur du port en est aussy beaucoup plus grande - ». Le vicomte de Neufchatel, « en mesme temps receveur des tailles » s'appelle à un endroit, Mouchard (p. 104), et à un autre, Bouillent (p. 129, n. 4). — M. de Montigny à un endroit est gouverneur de Dieppe (p. 74), à un autre, il n'est que lieutenant (p. 69). M. de Panneville a épousé tantôt « la fille du feu sieur Cavelet, président au presidial » (p. 75), tantôt « une fille de M. de Sourdiat » (p. 68). M. de Lestendart a, ici, de vingt à vingt-quatre mille livres de rentes », (p. 75), et là 24 000 1. (p. 69), etc. Les renseignements de même nature ne sont pas donnés de façon uniforme : les chiffres de revenus font défaut pour toutes les paroisses du Vexin français; la liste des cures elle-même manque pour les parties des diocèses d'Evreux et de Lisieux comprises dans la généralité. Au chapitre de la justice, la liste des officiers est donnée pour certaines vicomtes et

1. Les chiffres de revenu des bénéfices ne sont pas ceux du pouillé de 1648; il ne donne pas ceux des bénéfices du Vexin. français, alors qu'il aurait pu les trouver dans le pouillé; les détails historiques qu'il donne sur les principales abbayes ne figurent pas tous dans les livres du temps; son exposé du privilège de Saint-Romain offre des variantes par rapport à ceux de Farin, de Pasquier, de Dom Pommeraye, etc.

2. Ms. A, fol. 167. Je n'ai pas donné ce passage dans les extraits.

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non pour d'autres; des renseignements sur les ports, m l'état ecclésiastique, les tribunaux, figurent au chapitre des villes (p. 137-159), et non aux chapitres relatifs à ces matières, etc.

Sur les auteurs de ces mémoires partiels que Voysin a utilisés, on ne peut faire que des conjectures. Pour l'église, un ecclésiastique de Rouen a pu lui donner les renseignements sur l'histoire de l'archevêché, sur le privilège de Saint-Romain, sur les grandes abbayes, et lui communiquer un pouillé manuscrit ou un registre de décimes : ainsi s'expliqueraient les lacunes relatives au Vexin français et aux cvêchés de Lisieux et d'Evreux, les chifîres de revenu des bénéfices manifestement trop faibles, les phrases nettement favorables à l'archevêque de Rouen sur la question du vicariat de Pontoise et sur celle de la primatie (p. 13 et 14). — Le tableau des capitaineries garde-côtes (p. 71) fut sans doute fourni par un officier de l'Amirauté; les détails sur le Parlement, son histoire, ses usages particuliers, par un membre de ce corps, comme l'avocat général Leguerchois ou le procureur général Maignart de Dernières. La suite des notices sur les vicomtes, leurs usages, leurs officiers, les hautesjustices qui en dépendent, a été très probablement fournie par les procureurs du roi dans ces juridictions, de la même façon que celles de 1689 publiées à l'appendice VII. Enfin les notes sur les villes, ou du moins sur certaines d'entre elles, furent fournies par quelque personnage du lieu : procureur, marchand, échevin : au moins faut-il l'admettre en ce qui concerne Pontoise, ainsi qu'on l'a vu plus haut.

Il faut donc considérer notre mémoire beaucoup moins comme une œuvre unique, que comme un assemblage 1 de notices hétérogènes; ce n'est qu'une compilation. Il a, de ce fait, un gros défaut : c'est l'inégalité de valeur entre ses parties. A côté,d'une notice consciencieusement dressée s'en trouve une autre incomplète, superficielle, i peu exacte; les contradictions d'un chapitre à l'autre, que I j'ai déjà signalées, nous invitent à suspecter tous les faits énoncés dans l'ouvrage; une critique rigoureuse s'impose. Les notes de la présente édition sont faites pour y aider; quoiqu'elles soient abondantes, elles ne j

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suffisent pas toujours à fonder un jugement; souvent je me suis borné à fournir les éléments d'une recherche plus approfondie; l'étendue de la besogne et mon incompétence sur certains points sont causes de ces imperfections. Néanmoins, mes vérifications ont porté sur un assez grand nombre de points pour établir que, dans la grande majorité des cas, Voysin a puisé à bonne source et nous donne quantité de renseignements exacts, que l'on chercherait en vain dans les autres documents de cette époque.

Le mémoire n'est pas aussi complet que le demandait Golbert. La conduite du parlement pendant la minorité du Roi, signalée dans l'instruction comme « la plus importante affaire qu'il y ayt à examiner dans la province », la conduite et l'attitude présentes des juges de tous ordres, sont complètement passées sous silence; il n'y a rien sur les domaines du roi, à l'exception des forêts; rien sur les droits de douane, si importants- pour le commerce, rien sur les aides, si onéreuses en Normandie, rien sur les octrois ni sur les finances des villes, rien sur le commerce, les manufactures, les routes, les haras'. Dans les chapitres traités, des points ont été beaucoup plus développés que d'autres, des lacunes subsistent, dont on ne voit pas la raison. Mais même avec ces imperfections, le mémoire supporte avantageusement la comparaison avec les autres mémoires du même temps. 11 est bien supérieur à celui que donna La Bourdonnaye en 1698-99^; il faut descendre jusqu'à l'année 1724 pour avoir une description administrative

1. Les autres mémoires rédigés dans les mêmes conditions contiennent tous des lacunes analogues. Ils ne sont donc pas comparables entre eux. Cet inconvénient est dû à la portée trop générale du questionnaire, et à la liberté qu'il laissait aux intendants de traiter les points qu'ils jugeraient les plus importants. La circulaire manquait de la précision et de la rigueur indispensables dans la matière.

2. Il est vrai que le mémoire de La Bourdonnaye est un des plus mauvais de la collection. Cf. ce qu'en dit Boulainvilliers : « Son auteur n'est point entré dans le détail ni des familles, ni des terres, ni des charges...; il paroit avoir absolument ignoré l'ancienne histoire du pays... Il a évité de faire connoître en particulier les différentes impositions qui y sont établies, se contentant de parler en général de la misère des peuples. Il est difficile de dire par quelle raison il a fait un travail si peu conforme à celui des autres intendants, et qui semble répondre si mal aux intentions du Prince pour qui il l'a entrepris : la paresse et la négligence en ont peut-être été les seules causes » {L'Etat de la France, éd. 1737, in-12, t. IV, p. 1).

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plus détaillée du pays*. Même le précieux ouvrage de Dom Duplessis, qui est de 1740^, est, sur bien des points, heureusement complété et corrigé par le travail de Voysin,

Parmi les articles importants du mémoire, on peut signaler : la description des ports, qui est antérieure aux travaux ordonnés par Colbert; la liste des circonscriptions ecclésiastiques avec le revenu des bénéfices^; la statistique des protestants; l'état des capitaineries garde-côtes; les notes confidentielles sur les principales familles nobles; le fonctionnement du Parlement; les usages particuliers à la Cour des Aides, et notamment le « changement d'octroi », qui n'est bien décrit que là; la liste, relativement très complète, des justices subalternes; l'état des forêts, qui résume avec grande précision les procès-verbaux de la réformation; le tableau des greniers à sel avec la statistique de la consommation; enfin la description des principales villes. Tous ces chapitres nous fournissent les éléments nécessaires pour dresser l'état d'une des grandes circonscriptions du royaume à la date de 1665; il n'est guère d'études sur l'organisation administrative de la Normandie, et même de toute la France, qui ne trouvent quelque chose à y prendre. Si l'on ajoute que le travail, destiné à documenter Colbert pour la grande réforme de la France qu'il projetait, fit supprimer un certain nombre de vices et d'abus, on conclura qu'il apporte une contribution notable à l'étude des institutions de l'ancien régime.

On trouvera en appendice à la suite du mémoire un certain nombre de docLtments qui m'ont paru en être le complément naturel : en premier lieu le tableau des paroisses, rangées par élections et sergenteries, avec leur chiffre de taille et leur nombre de contribuables

1. Mémoire de l'intendant de Gasville, British Muséum, ms. additionnel 18 039. Ce mémoire mériterait d'être édité.

2. Drs('ription gcoqrapldquc et Itistoiique de la Haute Normandie, Paris, Didot, IT'iO, 2 vol' inV.

3. Ces chifTres de revenu sont assurément très incertains : on ne peut les admettre sans critique, ainsi qu'on le verra dans les notes; mais ils peuvent servir à corriger ceux qui sont donnés ailleurs. Us ont au moins l'avantage de se rapporter à une date exacte, tandis que ceux des pouillés, par exemple, sont souvent très antérieurs à la date de leur publication.

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en 1665; ce tableau a été dressé par Voysin, et ajouté à son manuscrit; ensuite une étude sur la carte que l'intendant fit dresser, en vertu du premier article de son instruction; puis un mémoire sur les ports de la généralité et leur trafic en 1664; un état des capitaineries-garde-côtes en 1688; un tableau des offices de judicature, de police et de finances en 1665; des notes confidentielles sur les officiers des cours souveraines et des greniers à sel; enfin, un état des justices subalternes en 1689 et un mémoire sur les abus de ces justices vers 1666. J'ai pensé que tous ces documents seraient utiles à ceux qui liraient le mémoire de Voysin, et donneraient aux travailleurs des renseignements précieux.

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