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il est à Dieppe et se prépare à aller au Havre puis à Brest. Aucune de ses lettres ne mentionne le rapport que nous publions. Cependant il n'est pas douteux que ce rapport a été rédigé à la suite de l'inspection de 1663; la date de 1664, placée en tête, l’ordre suivi, qui est le même que celui du voyage, les sujets traités, en sont la preuve. Il est probable que Clerville le rédigea dans l'hiver de 1663-64, alors que l'interruption des travaux de fortification Jui donnait quelque répit. :
Le rapport forme le vol. 122 de la collection des Cinq-Cents Colbert. C’est un registre de 39 feuillets, relié aux armes de Colbert. Il porte pour titre au fol. 2 : « Rapport que faict le chevalier de Clerville des observations generalles et particulieres qu'il a faictes dans le voyage qui luy a esté ordonné par le Roy pour la visite des ports et costes maritimes de Picardie et de Normandie, aussy bien que pour les choses qui regardoient le restablissement du commerce ». Îl est d’une belle écriture de copiste, sans ratures ni surcharges. Il ne porte pas de signature. Clerville n’y parle pas à la première. personne, mais le travail est présenté comme le rapport d’un tiers sur ce qu'a exposé Clerville. En voici par exemple le début : « Premierement il dict qu'ayant, conformement à l'instruction dont il estoit chargé, demandé a tous les plus habiles marchands... ». Faut-il en conclure que nous avons seulement une analyse du rapport lui-même? Ce n’est pas certain. Il arrive fréquemment, au xvu° siècle, qu'un auteur parle de lui à la troisième personne, et l'absence dé signature à la fin peut s'expliquer par le fait que le tra vail a été recopié pour le rendre plus lisible. En outre, l'hypothèse d’un résumé n’est guère admissible, car le rapport est luimême analysé, chapitre par chapitre, dans notre manuscrit; on y trouve en effet intercalés des feuillets plus petits, écrits de la même main que le reste, et contenant en résumé les améliorations proposées par Clerville?. Il est donc vraisemblable que nous avons le rapport de Clerville dans sa forme originale.
Il débute par des considérations générales sur le commerce, puis vient un chapitre sur les manufactures d'Arras; ensuite, des chapitres sur les ports de Dunkerque, Calais, Boulogne, Etaples, Montreuil, Abbeville, Saint-Valery sur Somme, le Tréport, Dieppe, Saint-Valery en Caux, Fécamp, le Havre, Honfleur et Rouen.
Il est connu depuis longtemps. Dareste en a publié les considérations générales et la fin (commerce de Rouen) dans son Histoire de l'Administration en Franceÿ. Une partie en a été reprise par Rondeaux dans son Recueil de faits divers. concernant la Seine maritime, Rouen, 1849 (p. 2-15). Enfin Bréard en a publié ce qui
1. Mél. Colbert, 142, f 54 : lettre au duc de Saint-Aignan, gouverneur du Havre.
2. Par exemple le chapitre sur le Havre est résumé en une page qui se termine par : « L'emboucheure de la riviere de Seine est trop considerable pour qu'on ne s'attache pas a suivre les memoires qui ont esté donnés pour le restablissement de ce port ». Le rapport de Clerville contribua donc à faire décider les grands travaux entrepris par Colbert au Havre.
-3, 2 vol. in-8°, Paris, 1848, au t. II, p. 373 et suiv.
concerne les ports de Dieppe, le Havre et Rouen dans les Mélanges de la Société de l’histoire de Normandie, t. 1, p. 255 et suiv. Ces publications sont correctement faites; on s’y reportera aisément !. Je donne seulement, ci-dessous, ce qui concerne les ports du Tréport, Saint-Valery, Fécamp et Honfleur.
Le Tréport*.
« Le havre du Treport est dans une assiette tout a fait heureuse pour y faire un port à recevoir et mettre en asseurance des navires du plus grand port*, et mesme la ville d'Eu, qui n’en est qu'à un bon quart de lieue, samble debvoir concourir à la possibilité d'y estiablir un bon commerce, aussy bien que les franchises dont ce havre est privilégié*, mais la fainéantise des habitans de ladicte ville, le peu de disposition qu'il y a parmy eux a faire quelque considerable traffic, et enfin le peu de manufacture qu'ils font, et le peu d’aparence qu'il y a d'y débiter ce qui s’y pourroit apporter, ne semble gueres convier le roi à y faire les despanses qu'il avoit autrefois esté résolu d’y faire, et entr'autres, celle d’un grand bassin, qui avoit esté projecté avec un canal qui eust communiqué avec la ville, n’y ayant que fort peu de chose à faire pour achever ce qui en a esté depuis fort longtemps commencé sous le tiltre d'Artois, du nom des comtes d'Artois qui l’avoient commancé .
1. Je signale une grosse erreur commise par Bréard dans sa publication; il date le mémoire de 1701, ce qui est inadmissible, Clerville étant mort en 1677. Les considérations qu'il développe, dans son préambule, à propos de cette date, tombent par là même. La date de 1664 n’est pas douteuse.
2. Cf. ci-dessus, p. 5 et notes 2 et 3. Voir des plans du port aux Arch. du Serv. hydrogr., portef. 36, divis. II et 37 divis. I1; à la Bibliothèque du même service, mss 970, n° 10; 971, f° 38; 945, n° 8; 967, n° 9; à la Bibl. Nat., Est. Va 390.
3. M. de Montmort, en 1687, signale également les avantages topographiques du Tréport, mais il ajoute que le galet obstrue continuellement entrée du port, qui doit être protégée par une jetée (Bibl. Serv. hydrogr. de la marine, ms, 971, {° 33). — En 1665, le lieutenant général de l’amirauté du Tréport explique comment la peste et la guerre ont anéanti le trafic du port (Rapport du 11 avril 1665, Bibl. serv. hydrogr., ms. 271, f° 19-23). À
4. Sur les privilèges du comte d'Eu, voir ci-dessus, p. 103, et le mémoire de Bigot, B. Nat., ms. fr. 22 456, p. 17. AS
5. Au temps de Richelieu, un projet avait été présenté au ministre pour faire dans la vallée de la Bresle un grand bassin de 100 toises de large et 500 de long, destiné à recevoir les navires tirant jusqu’à 18 pieds d’eau : « Faudroit faire un canal pour conduire la riviere droict du chasteau de la ville d’'Eu y venir ce desgorger à la mer; par ce moien on ÿ feroitentrer vingt piedz d’eau de grand’mer, et avec de grandz espitz l’on garantiroit l'entrée du port de ce boucher de perré que la mer y aporte du van d’aval..… Il entreroit dans ledit havre des navires de quatre, cinq et six cens thonneaux et tous
! vaisseaux qui ne tireroient que 18 piedz d’eau. La despence qui seroit à y faire en ce port seroit de 1 494 000 tant de livres, suivant les estats dressez par le sieur Régnier Jensse, que l’on peult resduire à un million. » Au projet est
joint un plan, en couleurs, à l'échelle de ce (Bibl. serv. hydrogr. marine, ms. 970, fix et x).
« Mais veu les raisons susdites, c’est-à-dire le peu de disposition qu’il y a presentement à retirer les habitans de la ville d'Eu de la culture de leurs terres pour les attirer au commerce de mer, il pourroit suffire de réparer et d'alonger de neuf ou dix toises l'entrée du havre, qui a esté presque toute bouchée de la grande tempeste qu'il fit l’année passée, affin de donner moyen à ce peu qu'il y a de pescheurs de morue et de harang qui n’ont que 5 navires du port de 60 jusques à 70 tonneaux pour la pesche de la morue, et de 12 tant grands que petits drogueurs pour celle du harang, de s’y retirer en assurance. Mais comme la plus grande partie des pescheurs y a esté perdue par la grande tempeste qu'il fit l’année passée, celle qui en reste ne se peut apparemment remettre ny conserver sans quelque petit secours d'argent, qu'ils supplient leur estre procuré sur les asseurances suffisantes qu'ils proposent d'en donner. »
Saint-Valery-en-Caux !.
« Le portde Saïint-Valery-en-Caux est fort deterioré par les coups de l'extraordinaire tempeste qu'il fit l’année passée, et qui amena tant de gros gravier à l'entrée d’iceluy qu'il en fut entierement bouché; à quoy il a esté en quelque façon remedié par les soins que l’on a pris de détourner une petite partie du dit gravier et’ de rouvrir un petit canal a la mer pour la faire entrer dedans le havre, ce qu'elle faict présentement, mais avec une si petite quantité d’eaue qu'elle n’y peut pas apporter un navire de 100 tonneaux avec la marée. Toutefois si l’on allongeoit de 60 pieds la jettée qui est du costé du ponent, appellée la jéttée de l’aval, par ou la plus grande partie du diet gravier entre dans l’emboucheure du port, on le détourneroit fort pour l’avenir, et si l’eaue aquieroit plus de rapidité pour le détourner. Mais d'autant qu'il n’y a point de riviere qui l'emporte en roulant ordinairement, il ne faudroit pas laisser d'y adjouster du travail de main, et de l'enlever à force d'hommes, en telle sorte qu'il y pûst avoir dans l’emboucheure susdicte profondeur suffisante pour introduire les navires de 2 à 300 tonneaux qui pourroient entrer dedans le port.
« Il y a bien a la verité une escluse au fond d’un assez raisonnable bassin qui compose le port, mais les vases qui sont au delà de ladite escluse comblent si fort l’espace dans lequel doit estre retenüe l’eaüe de la marée qui doit nettoyer ce bassin et le canal de son emboucheure, que, n’y en demeurant qu'une médiocre quantité, elle ne peut pas si bien chasser les vases qui s’attachent aussy dans le port, non plus que les sables et le gravier qui s’arreste dans son emboucheure.
1. C£. ci-dessus, p.7; voir aussila description du port au temps de Richelieu dans le ms. 970 de la Bibl. du serv. hydrogr., et celle de Montmort en 1687, ibid,, ms. 971, f° 67. On ne fit que des travaux peu importants à Saint-Valery au temps de Colbert (voir Depping, t. IV, p. 57; Clément, Lettres... de Colbert, 1. IV, p. 464 et 516).
Pour cest effect, il faudroit curer le plus qu’on pourroit le lieu qui est derrière l’escluse affin qu'il pust contenir une plus grande quantité d'eaüe pour les effectz icy dessus mentionnés, sur quoy l'on a remarqué qu'avant que les vases eussent si fort comblé ce lieu-là, les caües de la marée qui y avoient esté introduites par le moyen de l’escluse estoient deux heures à en découler et en découloient avec bien plus de rapidité qu’elles ne font pas a cette heure qu’elles ne sont pas plus de demye heure à s’escouler, et encore avec si peu de rapidité que le bassin ou mouillent les navires et barques se remplit visiblement beaucoup plus qu'il ne faisoit par le passé. Mais comme le seigneur de Saint-Valery en tire, aussy bien que du lieu de Veule, des droictz accordés par les roys pour l’entretenement de ces deux ports, lesquels sont présentement affermés a 8 000 1., il samble qu'on pourroit présentement obliger le dict seigneur ou à faire faire ce qu'il y a a faire en ces ports, ou a abandonner les droicts qu'il en tire. Il est vray que les ruines de la tempeste de l’année passée ont esté si grandes, qu'il a plus despansé dans les réparations qu'il a faictes à Saint-Valery qu'il n’en a tiré; mais les années précédentes l'en ont payé avec de grosses usures, et s'il n'a rien faict à Veule, ou ce qui reste de bateaux de pescheurs est tous les jours dans un manifeste péril, faute de quelque petite levée qui les mette a couvert du vent d’aval.
« I y avoit autresfois, avant la rupture d’entre les deux couronnes, plus de 40 navires de 100 a 200 tonneaux, qui alloient traffiquer aux pays estrangers, outre 18 navires qu'il y avoit pour la pesche des morües.
« Il y avoit outre cela 18 grands drogueurs qui alloient a la pesche des harangs et maquereaux à Germuth, et 18 petits bateaux qui faisoient celle qui se faiet d'ordinaire au long de la coste.
« Pour le présent il n’y a plus que 4 petits vaisseaux du port de 40 tonneaux pour le commerce de port en port, ou pour la pesche des morües. Pour celle du harang, il n’y a plus que 3 moyens drogueurs; et à Veule, il y en a encore, nonobstant le naufrage, 18 moyens drogueurs pour la pesche du harang, et 12 petits bateaux qui font la pesche d’au long de la coste.
« Mais les uns et les autres représentent, qu'acheptant chasque muid de sel 19 IL. plus qu’il ne se vend au Havre et à Dieppe, et payant, outre ce, le droict de Massicault et le droict de consomma-
tion que les autres ne payent pas, cette différence de traictement,
qui empesche qu'ils ne puüssent donner leur poisson a mesme prix que les autres, ruine entièrement leur pesche, et rompt cette égalité, qui est un des moyens plus nécessaires à l’entretenement et à la prospérité du commerce. »
Fescamp :.
« Le port de Fescamp receût, de la grande tempeste qui s’esleva l’année passée, des coups aussy endommageants que les autres ports de Normandie, et l’emboucheure s’en est trouvé fermée pendant quelque temps, aussy bien que celle de plusieurs autres desdicts ports. Mais comme les barres des escluses se sont aussy en mesme temps trouvé rompües, en telle sorte qu'on a esté longtemps sans s’en ayder a retenir les eaües des marées, et sans les faire servir au nettoyement du port, comme elles debvoient faire, il est depuis peu arrivé que, du moment que les dictes barres ont commancé a agir pour les mesmes fins qu’elles avoient auparavant faict, le havre s’est débouché, et s'il est du premier jour demeuré quelque gros gravier a l'entrée dudict port, il n’y a pas d'apparence qu'il y en soit resté les autres jours suivants, tant les eaües y coullent avec impétuosité par le moyen des dites escluses, et tant il y a de fond a cette emboucheûre, en comparaison des autres havres de Normandie et de Picardie, dont les meilleurs n’ont pas plus de 12 pieds d’eaüe dans les marées de morte-eaue, et 16 dans celles de vive-eaue, au lieu qu’il entre dans celuy-cy 16 pieds d’eaüe dans les marées de morte-eaüe, et dans celle de vive-eaue, 24 pieds de plain en plain, et quand le courant est bien libre, il y en entre jJusques à 28 pieds ?. Aiïnsy l’on estime que, pour rendre ce courant bien libre, il faudroit premierement alonger la jettée de pierre de 12 a 15 toises pour la porter en plus grand fond, et pour détourner le gravier que luy amenent d'ordinaire les vents d’aval; et d'autant que l’eaüe qui sort du port remplit tousjours son‘emboucheüre de quelque gravier par son passage en frottant le perré, qui est opposé à la jettée de pierre desja faicte, il samble qu'il ne se sçauroit rien mieux faire pour cela que de construire une autre jettée de pierre, ou de bois, à l'opposite de celle-là, tant pour former par ce moyen un plus libre et plus net canal, que pour empescher le gravier, qui roulle ordinairement de l'aval, de la remplir par son entrée. Après quoy ce port seroit apparemment un des meilleurs de toutes les costes de Normandie et de Picardie *.
« La cure et l’entretenement de ce port regarde aussy le seigneur du lieu, aussy bien qu'a Saint-Valery; et pour cela les pescheurs luy payent un sol pour livre de toute la pesche fraische qu'on y
‘apporte, et un sol pour livre a celuy qui en faict les deniers bons par le bail qu’il tient pour cela dudict seigneur, auquel chasque
1. Cf. ci-dessus, p. 8, et les notes. Voir aussi le Dictionnaire de Th. ‘Corneille, art. Fécamp (1:03), et Fallue, Hist. de la ville et de l'abbaye de Fécamp, p. 402 et suiv.
2. Cf. la notice sur le port de Fécamp par Renaud, 1906, dans la collection des Ports maritimes de la France.
3. CF, un rapport de Du Quesne à Colbert, du 15 avril 1668, sur les avantages du port et les travaux à y entreprendre, Arch. Serv. hydrogr. de la
marine, cart. 18, sect. 6
bateau qui aporte au-dessus de 4404 poignées de morües luy en doit un millier.
« Il s’y faict dans Fescamp une manufacture assez considérable de draps façon d'Angleterre, y ayant dans le lieu six maistres, qui en font de si beaux et de si fins, que les marchands de Roüen les vendent pour draps d'Angleterre; ce qui donne à vivre a 100 ou a 150 ouvriers. Mais comme la pauvreté va faire tomber tout a faict cette manufacture, si l’on assistoit présentement ces maistres-là de quelque petit prest d'argent, soubs des conditions asseurées, on la pourroit maintenir et mesme augmenter si l’on vouloit.
« Toutesfois ces maistres se plaignent que les traictants des huiles de baleines ont, depuis quatre mois, obtenu au Conseil un arrest sur requeste, en veriu duquel il est deffendu à tous marchands de faire venir aucun savon noir, en quartaux ny en barils, ce qui en a tellement rehaussé le prix, qu'outre la difficulté d'en recouvrer, il faut maintenant payer 40 1. de ce que l’on ne payoit avant cest arrest que trente francs; ce qui est d’un très notable prejudice à la drapperie.
« Il n’est pas a la vérité porté dans l’edict publié sur le sujet des huiles de baleine que les sujets du Roy ne pourront recouvrer du savon noir par d'autre voye que par celle des traictants, mais comme il entre dans sa composition de l'huile de baleine, c’est apparemment par là qu’ils ont trouvé la raison de pouvoir exclure le peuple de la faculté de pouvoir recouvrer le savon noir d'où il luy serait plus commode. Toutesfois, comme il y a aussy beaucoup de raison de favoriser le restablissement des arts, et les pauvres gens qui font la principale consommation de cette sorte de savon noir, Sa Majesté est très humblement suppliée d'expliquer l’arrest sus dict en leur faveur.
« Il y avoit cy-devant dans le port de Fescamp 25 navires qui faisoient le commerce estranger, ou qui alloient de port en port par les costes du royaume y débiter les draps, les serges, les dentelles, et les autres manufactures qui se travailloient dans le bourg dudict Fescamp. Et il y avoit outre cela 20 navires qui alloient à la Terre Neuve a la pesche de la morüe, outre 25 gros bateaux qui alloïent à la pesche du harang; maintenant il n’y a plus aucun navire pour le commerce, ny pour la pesche de la morüe, et n'y reste plus dans ce port que 5 drogueurs pour la pesche du harang, encore est-elle surtaxée, aussy bien qu'a Saint-Valery en Caux, du droict de Massicault !, et de celuy de deux solz pour livre pour le seigneur, lesquels ne se payent point à Dieppe ni au Havre, et partant cette surcharge joincte a celles que de grandes tailles et de fréquents logements de gens de guerre y ont produites, est cause que la pesche ne se peut remettre a Fescamp ny gueres ailleurs sans les graces spéciales du Roy, sur quoy l'on estime que s’il en avoit par sa bonté moderé les droictz en faveur de ses sujetz, et qu’il luy fust permis, par les
1. Sur ce droit, voir l'Encyclopédie méthodique, partie Finances, t. IL, art. Massicault; sur les droits perçus à Fécamp, v. le Recueil des ordonnances... sur le fait des Aides de Normandie, Rouen, 1717, in-16, passim.
conditions des traictés cy-devant faicts avec les estrangers, de les laisser a leur égard dans l’estat où ils sont présentement, ce seroit un moyen infaillible de la faire refleurir plus que jamais et de les rebuter, par le bon marché que les François pourroient faire de leur poisson, de l’empressement avec lequel ils nous viennent enlever l'argent de celuy qu’ils nous apportent.
« Mais s'il est dict que les estrangers ne payeront pas en quelque saison que ce soit plus de droits en France que les François mesme (ce qui vraysemblablement ne seroit pas juste à l'égard des Anglois qui nous font payer chez eux double coustume), l'on estime qu'en ce cas Sa Majesté pourroit trouver quelques expédients adroicts de favoriser en cela ses sujets au préjudice des autres qui n'auroient pas tant de droicts de s’en plaindre que nous en avons de voir que les commis de nos doùanes leur remettent, pour les attirer dans nos ports et gaigner davantage avec eux, beaucoup de droicts qu'ils ne remettent pas aux naturels de ce royaume.
« Mais comme les habitants et les ouvriers de ce port-là se plaignent que plusieurs des plus considérables d’entr'eux s’en retirent pour éviter les foulles qui sont a y supporter pour s’en aller habiter dans les villes non taillables ou abonées, et par ce moyen privent le bourg des instruments nécessaires à son commerce et aux manufactures qui s’y faisoient par le passé, ils représentent qu’outre le préjudice qu'ils reçoivent de la retraite de ceux qui s’en vont d'avec eux avec leurs familles toutes entières, c'est que plusieurs autres qui ont du bien envoyent leurs enfants dans des villes franches ou abonées, après s’estre par collusion démis entre leurs mains de tous leurs biens, et cependant ne laissent pas de les administrer et de les faire valoir sous le nom de leurs enfans pour frauder le Roy du payement de la taille, par ou ils sont fort à charge à leurs compatriotes qui portent la foulle des cottes ausquelles ceux qui se retirent directement ou indirectement des lieux taillables debvroient être taxés.
« Pour remedier à cest abus, l’on estime qu'il seroit bon d'imposer ceux qui sont nés taillables, et qui se sont retirés dans les villes, aux mesmes sommes ausquelles ils pourroient estre cotisés dans les lieux d’où ils se sont retirés, avec obligation de les payer pendant leur vie, sur quoy et sur quelques autres expédients dépendants de cette affaire, il a été donné un mémoire particulier au chevalier de Clerville !, pour informer Sa Majesté des choses qui avoient esté proposées sur ce sujet.
« Cependant Fécan demande a estre aboné a une somme modique, et prétend le demander avec d'autant plus de justice qu'estant un port assés considérable, il peut aussy considérablement servir au commerce, et qu'il importe au Roy qu'il soit pour cela fort en monde, comme aussy pour la conservation du dict port, et pour la defense des costes qui en sont voisines ?.