CHAPITRE II
La généralité de Rouen comprend tout le diocèse de Rouen, et une partie de ceux d'Evreux et de Lisieux.
Le diocèse de Rouen s'étend à l'Ouest jusqu'à la Rille; il englobe donc le faubourg de Pont-Audemer situé sur la rive droite de la rivière, tandis que la ville elle-même est du diocèse de Lisieux. On a discuté pour savoir s’il comprenait, à l'est, le doyenné de Pontoise : mais il est certain que la distinction entre Vexin normand et Vexin français, faite pour l'administration politique, est postérieure à la formation du diocèse qui, anciennement, comprenait tout le pays des Véliocasses !. Cependant le doyenné de Pontoise a des usages reli-
gieux particuliers :
« On y dit l'office de l’eglize de Paris, et les sainctes huisles pour les baptesmes y sont receues de l’archevesque de Paris, mais quant au sacrement de la confirmation, il y est administré par l’archevesque de Rouen des sainctes huilles qu'il y donne?. L’arche-
1. On trouvera les documents relatifs à cette question aux Archives de la Seine-Inférieure, série G, 1854-5 et 1864-70.
I1 existe sur ce débat toute une série d'ouvrages du xvn° siècle : Denyauld, Rothomagensis cathedra, seu Rotomagensium pontificum dignilas et auctoritas in suam diocæsanam Pontesiam, Paris, 1633, in-4. [Bretonneau], Histoire de l’origine et fondation du vicariat de Pontoise, Paris, 1636, in-4. (Sur les rapports entre Denyauld et Bretonneau, y. une déclaration publiée par Ch. de Beaurepaire, Inv. sommaire des Arch. S. Inf., série G., t. Il, p. xr.) Histoire véritable de l'antiquité et prééminence du vicariat de Pontoise et du Vexin le François, Paris, 1637, in-4 (B. Nat., LK7, 8019). J. Deslions, Æsclaircissement de l’ancien droit de l'évêque et de l'église de Paris sur Pontoise et le Vexin françois, Paris, 1694 (B. Nat., E, 4341). Deux factums de 1694 : B. Nat., Recueil Thoisy, t. VI, {°° 471 et 472. V. aussi Taillepied, Recueil des antiquités. de Pontoise, Rouen, 1587; Brussel, Nouvel examen de l’usage général des fiefs de France, Paris, 1727, p. 281; Duplesssis, t. IT, p. 173. Dom Beaunier, Recueil. des archevéchez, evéchez, abbayes et prieurez de France... de nomination et collation royale, éd. 1726, in-4, t. IT, p. 677-78, etc. On trouvera un résumé de la question dans Ch. de Beaurepaire, Inv. Arch. Seine-Inf., série G, t. I, p.11. . 2, Cf. un Zxtrait du procès-verbal de visite faite par Mgr. larchevesque de Rouen en l’eglise Saint-Melon de Pontoise le 2 juin 1673, signé Dauvray, Bibl.
Nat., f° Fm, 14698 brs.
vesque de Rouen y faict les ordres et confere les cures. Il y a un
grand vicaire ! qui n’est pas destituable, et cette qualité est attachée a une chappelle de Sainct Marcel dans Ponthoiïse que l'archevesque de Rouen confere.
« L'églize de Rouen est primatialle et metropolitaine, l’archevesque de Rouen prenant la qualité de Primat de Normandie*. Il n'a pourtant pas trois officiaux differents comme celuy de Lyon, qui a un official diocezain, un metropolitain et un primatial desquels il y a appel des uns aux autres subordinement, et n’y a point d'appel a Rome du dernier lorsque les trois jugemens sont conformes.
« L'archevesque de Rouen n’a pas de jurisdiction sur son chapitre, mais peut le visiter une fois en sa vie, ce qu'il peut faire pareillement a l'esgard de ses comprovinciaux. Il confere toutes les dignitez, prebandes et plusieurs chappelles de son eglize, a l'exception du doyenné qui est a l’election du chapitre; il y a aussy quelques chappelles a sa collation, et quelques-unes a la presentation du chapitre. Îl y a grand nombre de cures de son dioceze qui sont en patronage et dont il n’a pas la collation libre. Il a le déport de toutes les cures de son dioceze, qui est le revenu d’une année apres la vaccance du benefice*, dont il en appartient pourtant le tiers a chaque archidiacre dans son archidiaconé. Il y a neantmoins quelques cures qui en sont exemptes, particulierement celles qui sont affectées aux chanoines regulliers de Sainct Augustin. »
L’archevèque de Rouen est seigneur du comté de Dieppe, de la ville de Louviers, du comté d’Aliermont et de Déville, en vertu d’un acte du 16 octobre 1197. Il a un bailli en chacun de ces lieux“.
« L’archevesché de Rouen vaut de revenu quarante mil livres,
sur quoy il faut prendre les charges, qui se montent a plus de dix mil livres °. »
1. Le grand-vicaire de Pontoise en 1665 est Francois d’Aquillenguy, doyen de Saint-Mellon de Pontoise et prieur de Mortemer (/nv. Arch. S. Inf., G, t. II, p. x). CF. ci-dessous, p. 50, n. 2.
2. Cette question de la primatie de l’archevêque de Rouen sera l’objet d’un long débat avec l’archevèque de Lyon : commencé en 1677 il se terminera par l'arrêt du Conseil du 12 mai 1702 qui déclarera l’église de Rouen entièrement indépendante de celle de Lyon : cf. les documents aux Arch. S, Inf., G, 1144 à 1149, et dans le ms. Clairambault 920 de la Bibl. Nat.; le Recueil de tout ce qui s’est passé entre les archev, de Lyon et de Rouen touchant la primatie, Paris, 1698; Froland, Recueil..…., p. 804 suiv. Dom Bessin, Concilia provinciæ Rotomagensis, 1° part., p. 259-67.
3. Of. sur le deport : Durand-Maillane, Dictionnaire de droit canonique, Paris, 1761, in-4 et Du Rousseaud de la Combe, Recueil de jurisprudence canonique et bénéficiale, Paris, 1755, in-f°. On trouvera une table des déports du diocèse affermés en 1671, aux Arch. S. Inf., G, 9735, et d’autres comptes, du xvu° siècle surtout, ibid., @, 314 et 1928 à 1996.
k. C£. Farin, IILE° part., p. 118, et ci-dessous, p.102 et 144. L'acte de 1197 est publié en tête du Recueil des privilèges de Dieppe (ci-dessous, p. 142, n° 2).
5. Le mémoire de 1698 indique comme revenu 50000 1. (B. N., ms. fr. 4286, fo 14). Masseville, Etat geographique de la prov. de Norm., 1722, t. I, p. 279, donne « plus de 50 000 I. ». Les différents documents imprimés au xvrri° siècle
L'archevèque à une cour des hauts-jours, qui siège en son palais; elle est tenue par des’avocats et un procureur fiscal. L'appel des sentences se fait au Parlement‘. Il porte en son église l'habit de cardinal. Il est chef de son chapitre, et y préside toujours quand il y vient, contrairement à ce qui a lieu pour les autres diocèses !.
« L'archevesché de Rouen est presentement possedé par Messire François de Harlay, prelat d'un merite extraordinaire et qui possede une capacité tres estendue dont le clergé de France s’est servy dans les occasions les plus importantes ?. Il donne toute l’aplication qu'on peut desirer pour regler parfaitement son dioceze, duquel depuis l'année 1651 il a faict la visite plusieurs fois, allant en personne dans chaque doyenné ou il faict assembler tous les ecle- Ziastiques qui en dependent, et dans les abbayes, prieurez et chapitres ; et lorsqu'il ne peut y aller en personne, il y envoye tous les ans un grand-vicaire assisté de ses officiers, et outre ce, il tient
donnent des chiffres plus élevés. Au début de la Révolution, l'estimation détaillée qui fut faite de ces revenus donna un total de 172 933 1.-(De Beaurepaire, /nv, sommaire Arch. S. Inf., série G, t. I, préf., p. 15-17). En 1690, le produit des baux en cours s’élève à 63 661 1., plus des redevances en nature Gbid., p. 17). I semble donc que le chiffre de Voysin soit trop faible. Sur cette question de l’évaluation des revenus, v. Duplessis, I, p. 117.
1. L’édit d'avril 1499 créant l’échiquier de Normandie maintient le droit pour l’archevêque d’avoir « eschiquier particulier et cour souveraine pour le regard des causes et querelles qui se peuvent mouvoir devant ses officiers dependans du temporel et aumosne d’iceluy archevesché, sans ressortir aucunement en nostre dite cour de l’eschiquier de Normandie » (art. x11 : Ord., des rois de France, t. XXI, p. 219). Les rapports de l'archevêque avec le chapitre avaient été particulièrement difficiles sous le prédécesseur de Francois II de Harlay : voir les pièces imprimées se rapportant au débat, Bibl. Nat., LK, 536 à 553.
2. Francois de Harlay, né le 14 août 1625, fils d'Achille de Harlay marquis de Champvallon. Il succéda, à l’archevêché de Rouen, à son oncle François [* de Harlay : il fut sacré le 28 décembre 1651, et fit son entrée à Rouen le 1° février 1652. 11 sera nommé archevêque de Paris le 2 janvier 1671. Voir son apologie par le chanoine Legendre : De vila l'rancisct de Harlay, Paris, 1720, in-4. Cf. Gallia christiana, t. VII, col. 184-8 et t. XI, col. 111, etc. Les statuts synodaux qu’il édicta à Rouen sont publiés dans Bessin, Concilia porvinciæ Rotomagensis, 2 part., p. 144 et suiv. Voici un jugement porté sur lui en 1655, qui diffère singulièrement de celui de Voysin : Lettre (confidentielle) de l’évêque de Séez, Médavy, à Mazarin, février 1655 :« Pour la personne de l'Archevesque, c’est un esprit inconstant, plein de vent et de prœsumption, qui a talent pour parler en public et qui pourroit émouvoir un menu peuple, mais incapable d’un grand dessein, toujours prest à destruire en un jour ce qu'il aura fait en l’autre, sans nulle fermeté, et que V. E. fera sien quand il luy plaira, mais aux conditions de changer au premier jour » (Lecacheux, Soc. Hist. Norm., Mél., t. V, p. 140). D’autres notes confidentielles sur ce personnage, en 1682, ont été publiées par Gérin, Recherches sur l'Assemblée du Clergé de 1682, p. 168 et suiv. Voir aussi le jugement de Saint-Simon, Mémoires, éd. de Boïslisle, t. Il, p. 348 et suiv. avec les notes. û
3. L’archevèque a pour grand-vicaire, depuis 1660, Charles Du Four, abbé d'Aulnay, curé de Saint-Maclou. (Ch. de Beaurepaire, /nv. des Arch. départ., série G, t. I, préf. p. 25.) Un procès-verbal de sa visite du diocèse en 166% est aux Arch. S. [nf., G, 725. D’autres procès-verbaux de visites, soit par l'archevêque, soit par un grand vicaire, pendant les années 1653, 1655-1658, 1662, 1667, etc., se trouvent ibid., G, 9 715 et suiv.
tous les ans luy-mesmes deux sinodes a Rouen, le mardy d’avant la Pentecoste et dans l'octave de la Toussaincts, ausquels comparoissent tous les curez, abbez, prieurs et chapitres. Il est en tres grande consideration en toute la province, Messieurs du Parlement en toutes les occasions ayant de tres grandes defferences pour sa personne. Il est conseiller d'honneur au parlement de Rouen ou il est receu apres serment qu'il faict a genoux comme les autres officiers de la compagnie, et lorsqu'il s’y trouve on met un carreau de velours en la place ou il doit s'asseoir. Il est aussy en tres grande consideration dans son chapitre. »
Le chapitre a aussi ses hauts-jours, tenus par sept chanoines. Il a sous sa juridiction l'enceinte de l’église Notre- Dame, la baronnie de Londinières, et quelques autres terres.
Il a le privilège de pouvoir libérer chaque année, le jour de
l’'Ascension, un condamné à mort. Voysin raconte longuement en quoi consiste ce privilège, et quelle est son origine : il n'ajoute rien à ce que nous savons d'autre part sur cette question ?.
Le chapitre comprend 50 chanoines prébendés, en comptant le chantre et le trésorier. Il y a en outre dans l'église dix dignitaires ? :
1° Le haut doyen, qui a 2000 I. de revenu“.
2° Le chantre, dont la dignité et la prébende valent ensemble 1 200 ou 1 300 I.
3° Le trésorier, dont la dignité et la prébende réunies valent 2 300 ou 2 400 I.
4 Le grand archidiacreŸ, qui a, sans sa prébende, 1 000 1.
de revenu « qui ne concistent qu’en deports, dont il a le üers, et en quelques droicts de visite qui vallent 300 ou 400 1., les frais de visite faicts ».
1. Les archives de ces juridictions sont aux Arch. S. Inf., série G.
2. La légende de la « Fierte » se trouve notamment, avant 1665, dans Pasquier, Recherches de la France, Liv. XIX, ch. xcur; Farin, La Normandie chrestienne. avec un ample discours du privilege de Sainct Romain, Rouen, 1659, in-4; Rigault, Vila Sancti Romani.…., Rouen, 1609. Cf. le P. Lelong, Bibl. hist., n° 9831 suiv. Voysin ne semble avoir suivi servilement aucun de ces auteurs. I1 lui avait été facile de se renseigner directement auprès d’un chanoine ou d’un érudit local, Voir l'ouvrage très complet de Floquet, Histoire du privilège de Saint-Romain, Rouen, 1833, 2 vol., in-$, et les factums imprimés du procès de 1608: B. Nat., LK? 531,539 et 533; 8 Fp 4 395; Fm 1540, 2637, 2 638 (1 et 2), 14 699, 14 700; Rec. Thoisy 117, f° 373.
3, Voir des listes des titulaires de ces dignités dans Farin, Hist. de Rouen, IIL° part., p. 97-110.
k. Le doyen en 1665 est Raoul Bretel de Gremonville, entré en fonctions le 17 mai 1649 (Gallia christiana, t. XI, p. 122). — Voir un état des revenus du chapitre au 1° juillet 1685, Arch. S. Inf., G, 2222, un autre de 1712, ibid, G, 4518 (déclarations des intéressés conformément à l'arrêt du Conseil du 22 déc. 1711).
5. Sur les fonctions et prérogatives des archidiacres, voir le Recueil des actes, titres el mémoires. du Clergé (Paris, 1675, in-fol.), t. I, 1, p. 162 et suiv.
5° L’archidiacre d'Eu, dont le revenu, outre la prébende, consiste en déports, et peut valoir 3 000 I.
6° L’archidiacre du Grand Caux; revenu, sans prébende, 800 ou 900 I.
7° L’archidiacre du Vexin français (ou de Pontoise); revenu, sans prébende, 500 ou 600 I.
8° L'’archidiacre du Vexin normand; revenu, sans prébende, 600 ou 700 I.
9° L’archidiacre du Petit Caux; revenu, sans prébende,
500 ou 600 I.
10° Le chancelier‘; revenu, sans prébende, 150 ou 200 I.
Les prébendes valent, en distributions et assistances?, de 700 à 750 L.; en outre le gros* de chacune varie de 80 1. à 1 700 ou 1 800. « Le plus grand nombre est de deux, trois, quatre ou huict cens livres de revenu; il n’y en a qu’un de dix-sept cens livres “ ». Il y a, en outre, huit petites prébendes ou chapelles, valant chacune environ 60 1. de revenu; quarante chapelles appelées « la commune », de même revenu; quatre collèges de chapelains pour le service du chœur et pour la musique, qui reçoivent en distributions, y compris les messes, environ 300 ou 350 I. chacun. Enfin l’église a 12 enfants de chœur avec un maïître de chœur, et des musiciens, entretenus par le chapitre.
« Le dioceze comprend 1 400 paroisses f, non compris les 33 de la ville de Rouen, l’une desquelles, scavoir Saint-Candre le vieil, est
1. Le doyen, les six archidiacres et le chancelier peuvent n'être pas chanoines; en ce cas ils n’ont pas entrée au chapitre (V.). À 2. La Distribution est « une certaine portion de fruits qui se donne ordinairement à ceux des chanoines qui assistent à chaque Heure du service divin, ou le partage d’une certaine portion des revenus de l'Eglise qui se fait aux chanoines présens » (Du Rousseaud de la Combe, Recueil de jurisprudence canonique et bénéficiale, éd. 1755, in-fol. art. Distributions). Cf. Durand de Maillane, Dictionnaire de droit canonique, 1761, à ce mot; Forget, Trauté des matières bénéficiales, 1654, et Routier, Pratiques bénéficiales, 2° éd., 1757. 3. Le Gros des revenus d’un chanoine « consiste dans les fruits particuliers de sa prébende, ou dans les sommes qui lui sont payées par tables et par quartier, et non par distributions » (Durand de Maïllane, Dictionnaire.., t. I, . 778).
: h. Varin dit simplement que le revenu de chaque prébende « peut être de 1 000 livres » (Hist. de Rouen, éd. 1731, IIL° part., p. 94). Le mém. de 1698 dit qu’il peut aller « depuis 800 jusqu’à 2 000 1. » (B. N., ms. fr. 4 286, f° 1 V2). 5. Of. Farin, III° part., p. 68 et suiv. et Arch. S. Inf., G, 1217 et L593-4 809. 6. Ce chiffre, qui est également celui du ms. fr. 19865, f 35, nest sans doute qu’approximatif. Voysin donne à la suite de ce passage un tableau des doyennés avec le nombre de paroisses de chacun; en additionnant les chiffres, on arrive à un total de 1 414 paroisses; mais, si l’on se reporte aux listes de cures qu’il dresse à l’article de chaque doyenné, on constate que leur nombre n’est pas le même que celui du tableau, et leur total est de 1 389, ce qui fait supposer que Voysin a emprunté ses chiffres à deux sources indépendantes. Voici un état comparatif de ces deux séries de nombres, auquel j'ai joint le
de l’evesché de Lisieux. Ce nombre de paroisses est partagé en 24 doyennez ruraux et le vicariat de Ponthoïse, qui contient encore quatre autres doyennez, y compris le doyenné de Ponthoise, que l’on appelle vulgairement l’archidiaconé de Ponthoise, tous lesquels doyennez sont sous la conduite desdicts six archidiacres. »
total des paroisses de chaque doyenné, d’après le ms. fr. 19 865 de la Bibl. Nat. (cf. aussi le registre G, 9735 des Arch. S. Inf., et les listes de 1707 publ. dans Ch. de Beaurepaire, Recherches sur la population…., p. 26-38).