‹ Mémoire sur la perforation de la membrane du tympanChapitre 20 sur 28 · VINGT-CINQUIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME OBSERVATION

Adolphe Le Riche, âgé de huit ans, doué d’une bonne constitution, n’étant jamais malade, me fut présenté par sa mère dans le mois d’avril 1821. Cet enfant, extrêmement turbulent, ne voulait pas absolument se soumettre à aucune expérience ; il refusait même de se laisser regarder dans les oreilles. Ses parens ignorent s’il est sourd-muet de naissance : il perçoit certains bruits J par exemple, ceux qui résultent de la percussion d’une plaque de tôle : il est insensible à la voix, et ne prononce aucun mot.

Je ne l’opérai que d’une oreille, parce qu’après l’opération il ne nous donna aucun signe satisfaisant; cependant, en le faisant souffler la bouche et le nez fermés, le vent ne sortit pas par l’oreille perforée, ce qui indiquait un engorgement de la caisse ou de la trompe. J’ai ordonné qu’on lui fît des injections détersives, et des fumigations aromatiques dans l’oreille.

Je ne pus garder cet enfant près de moi ; en conséquence, il partit avec sa mère sans que je susse s’il entendait ou s’il n’entendait pas. J’ai tout lieu de croire cependant que l’opération n’a

pas été inutile, puisque la mère m’écrivit ce qui suit :

«Quelques jours après notre arrivée, je ne savais pas encore si mon enfant entendait; j’ai essayé de lui répéter souvent les mots les plus faciles, comme papa, fanfan, vin, chapeau, pain, j’ai faim, et les lettres e,f, g, h, i, p, V, U, etc. 1 \ répète tout cela à vuix basse; mais s’il s’occupait,^ prononçait plus distinctement que la petite qui est chez vous.

» Il distingue les objets qu’il nomme, et noos fait signe de lui nommer tout ce qu’il voit ; quand il ne peut pas dire un mot, il fait comprendre que dans quelques jours il le saura; nous espérons que l’hiver il s’occupera moins à jouer, et qu’il fera plus de progrès.

» Nous avons bien du mal de lui faire son traitement; mais cependant nous y parvenons. Ditesnous, monsieur, s’il y a des moyens de favoriser l’audition ?

Signé Le Riche. »

Lafëre , le 29 mai 1831.

«Chargé de l’éducation du fils de M. Le Riche, que vous avez opéré, il y a quelques mois, pour la surdité, je prends la liberté de vous donner quelques détails sur les progrès de cet enfant, qui jusqu’alors ont été assez lents. Cependant je

ne me rebute ni ne m’étonne des difficultés qu’il éprouve dans la prononciation ; n’ayant pas été exercé de bonne heure, il a surmonté des obstacles auxquels on ne fait pas attention quand les enfans sont dans un âge plus tendre.

»Les lettres qu’il prononce avec le plus de peine sont les suivantes, n yV, s, x,

J’ai fait remarquer à ses parens qu’il me semblait que leur fils entendait mieux d’une oreille que de l’autre j mais ils m’ont fait observer qu’il n’a été opéré que d’une oreille. Une autre raison contribue aussi à me faire croire qu’il entend plus facilement qu’il le fait paraître j il est quelquefois tellement attentif aux objets qui l’occupent, que je suis obligé de crier pour qu’il m’entende, tandis que d’autres fois il me répond en lui parlant d’un ton de voix très-faible.

yy Signé Hcgot, instituteur. »

La&re, le 26 avril.

Cet opéré, placé au nombre de ceux qui n’ont pas recouvré l’ouïe par la perforation du tympan, donne cependant quelques espérances depuis que ses parens lui font subir le traitement que j’ai ordonné.

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