‹ Mémoire sur la polygamie musulmaneChapitre 1 sur 1 · DANS SA SÉANCE 1IE 10 SEPTEMBRE 1SI · texte numérisé non relu

DANS SA SÉANCE 1IE 10 SEPTEMBRE 1SI

Los Arabes lancés par Mahomet, conquirent en un demisiecle un em|)ire pins grand que n’avait jamais été l’empire romain. La fortune conquérante du Koran, qui avait été aussi rapide, fut bien autrement étendue. Ce livre fut propagé au delà de la grande muraille de la Chine ; il atteignit l’archipel malais, il s’avança jusqu’aux plaines de la Tartaric, jusqu’au cœur de l’Afrique, jusqu’au Maroc, ce Finistère africain. Pour des peuples d’éducations si diverses, l’adoption du Koran, comme code religieux et civil, était une révolution de portées très-variées. Pour le Tartare pasteur, pour l’Arabe, livré aux grossières superstitions du sabéïsme, et enterrant ses filles toutes vives, pour le nègre fétichiste et cannibale, incontestablement la nouvelle loi était un progrès. U faut le concéder avec plus de réserve pour l’Indou et pour le Malais ; car les castes brahminiques, grave outrage à l égalité, pire embarras pour la liberté, les castes ont l’incontestable avantage de fournir organisation, division et discipline au travail social.

Mais cet empire, plus grand que l’empire romain, c’est surtout aux dépens de l’empire romain des successeurs de Constantin qu’il était taillé; et dès lors la civilisation chrétienne était écrasée par le socialisme sarrasin; l’Évangile s’abaissait devant le Koran ; car l’Arabe était trop orgueilleux pour imiter l’adroite abnégation des barbares qui avaient conquis avant lui l’empire romain dégénéré. trop orgueilleux pour devancer la sagesse des Tartares qui plus tard conqui-

vaincu pour se greffer sur sa civilisation, et la rajeunir par la sève d’une race vigoureuse!

Le gouvernement islamique, partout où il a existé, n’a jamais été qu’un despotisme tempéré par les vertus ou les lumières du prince et de ses conseillers. En tout temps et en tout pays islamique, l’histoire nous a amplement démontré la fragilité de ces tempéraments. La critique européenne a eu depuis un siècle l’occasion d’étudier avec une minutieuse el pratique attention des sociétés musulmanes dans les Indes, en Turquie, en Égypte, à Alger. Elle y a trouvé un critérium pour comprendre plus nettement les hommes et les institutions des époques plus éloignées, et que l’optique de la distance, l’emphase ou la puérilité de leurs historiens, avaient étrangement défigurées ou transfigurées. Ni les plus magnifiques soudans du temps des croisades, ni les plus brillants califes de Bagdad, du Kaire ou de l’Espagne ne gagnent beaucoup à être jugés avec cette mesure. Leurs vertus ou celles de leurs ministres ne pouvaient s’exercer que dans les limites de leurs lumières; et ces lumières étaient courtes et faibles, même dans leur propre intérêt, à plus forte raison dans celui des sujets. Les institutions chargées de pourvoir au bonheur des peuples étaient aussi vicieuses par le côté domestique que par le côté politique. Elles sapaient la famille et la propriété après avoir rendu le gouvernement impossible.

Montesquieu .avait nettement aperçu l’incompatibilité des inégalités sociales avec un pays où la volonté du souverain était la règle unique et absolue. Ce publiciste ne connaissait pas de légères exceptions que l’on a trouvées même dans les pays musulmans auxquels il pensait avec raison, en posant sa grande maxime. Nous avons vu à Alger les Douers et les Smélas, sorte de féodalité héréditaire, à l’imitation des Timarioles turcs. L’Inde mongole avait aussi quelque chose de pareil dans les Jaghirs. Ces exceptions étaient un symptôme de la tendance organisatrice de toute association humaine; leur rareté et leur faiblesse prouvent que le Koran, dans son esprit et dans sa lettre, a laissé la porte à peu près fermée au privilège héréditaire, plante vivace qu’on a tant de peine à déraciner partout ailleurs. Assez d’exemples fameux, assez de démonstrations journalières prouvent encore dans l’Orient que des classes les plus infimes on peut arriver aux fonctions les plus émi-

nentes, par un simple caprice du calife ou du sultan, comme 1 insinue Montesquieu; mais parfois aussi par son travail, par son mérite propre. Une famille, parente de Mahomet, a conservé une espèce de trône à la Mecque ; mais le privilège de la descendance royale et pontificale du prophète est, à cela près, borné au turban vert porté par plus de trois cent mille musulmans, parmi lesquels la majorité est formée par des hommes du plus bas peuple. Au Kaire, par exemple, on est frappé de la quantité de turbans verts répandus parmi les Aniers, les mendiants et les baladins.

Si le Koran a sanctionné l’esclavage, cette distraction a été réparée jusqu’à un certain point par la mansuétude avec laquelle l’esclave est traité par le musulman, ou plutôt par un droit coutumier vieux comme le monde asiatique, où l’esclave entre dans la famille dès la première génération, et dans la société dès laseconde. L’esclave de l’un et de l’autre sexe est traité et considéré dans le ménage comme supérieur aux domestiques salariés. Dans les maisons où il y a des esclaves et des domestiques, la table de ceux-ci n’est dressée qu’en troisième lieu; celle des esclaves se dresse immédiatement après que les maîtres ont fini leur repas. L’esclave concubine, quelle que soit sa couleur, a, de fait, la plupart des égards des épouses. En droit, elle ne peut plus être revendue quand elle est devenue mère ; son enfant est libre et a tous les privilège des enfants légitimes ; elle est de droit émancipée à la mort du maître ; bien plus, il est expressément recommandé à celui-ci de l’émanciper de son vivant, et même d’en faire son épouse légitime, s’il n’a pas le nombre complet des quatre épouses permises par la loi.

Les enfants des esclaves, soit arrivés dans la maison avec leurs parents esclaves, soit nés dans la maison, mais non par le commerce des maîtres, partagent la condition des parents, d’après le texte même de la loi, qui fait l’exception unique pour les enfants que l’esclave aurait eus du maître. Mais ici encore le droit coutumier adoucit le droit écrit, et les enfants ne sont revendus que lorsque la fortune de la maison vient à se perdre entièrement, et ce cas est fort rare. Nous verrons, dans la suite de ce Mémoire, que la richesse et même la simple aisance ont bien de la peine à durer pendant plusieurs générations dans la même famille ; mais ces oscillations mêmes ont fait aux races orientales une philosophie qui adoucit, par la

résignation, des épreuves capables de mous désespérer. L'Égj p|, ; a vu, dans ces derniers temps, des familles de fellahs réduites par la famine à vendre leurs propres enfants aux Gellabin ou Arabes faisant la traite. On comprend de reste qu’en pareille extrémité on vendra de préférence l’esclave, fût-il même né dans la maison. Mais les esclaves sont principalement possédés par les familles fixées dans les villes ; et là un revers de fortune trouve plus facilement des ressources qu’aux champs. Les esclaves nés dans la maison procureront par leur travail une ressource plus précieuse que le prix que le maître pourrait tirer de leur revente. A Alger, nous avons vu de pareils esclaves soutenir leurs maîtres jusqu’à ce qu’ils eussent trouvé le moyen d’émigrer. Le travail, la mendicité, la prostitution, étaient les moyens employés et qui leur paraissaient sanctifiés par le but. Avant que de telles extrémités ne soient arrivées, la seconde, la troisième génération de l’esclave a eu le temps de se mêler intimement et légalement à la famille. Les enfants mâles du maître, ou le maître lui-même, ont pris d’abord pour concubines et ensuite pour épouses les jeunes filles esclaves qu’ils trouvaient à leur portée. Les mâles ont été affranchis par un maître reconnaissant ou devenu proche parent, on bien donnés comme mamelouks à des patrons puissants, qui ont fait leur fortune ou les ont émancipés. Un mâle esclave de père en fils depuis trois générations est quelque chose d’assez rare dans l’Orient. Pour que l’autre sexe ait conservé l’esclavage aussi longtemps, il faudrait que trois générations de suite eussent été affligées d’une difformité capable de rebuter des maîtres d’ordinaire peu fastidieux, et qui d ailleurs, autant la qu’en d’autres pays, se laissent prendre à des qualités et à des attentions par lesquelles les femmes savent compenser l’absence de la beauté.

Dès la seconde génération la couleur des métis se confond avec celle de la race la plus noble. Toutes les races de l’Asie méridionale aussi bien que de l’Afrique orientale sont fort basanées. Les Arabes du Hédjaz et de î’Yémen sont au moins aussi cuivrés que les Indous et les Abyssins. Nul doute que cette rapide assimilation physique n’ait aidé la tolérance morale qui négligeait la généalogie et affaiblissait ces préjugés de peau, qui, chez des races plus éclairées et plus blanches, se sont maintenus avec une si déplorable ténacité.

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Mais, dans la société que le Koran organisait, Mahomet commit une inattention autrement cruelle que l’esclavage; anéantit jusqu’à l’espoir du progrès par un embarras pire que le despotisme , pire que l’égalité abjecte sous un desposle, pire que les plus odieuses inégalités, que le plus aveugle fanatisme, que le fatalisme le plus ignorant. Plusieurs législateurs de l’Asie avaient sanctionné la polygamie établie primitivement par des hommes qui avaient fait la loi en pensant d’abord à leur sexe, en regardant la femme comme une chose, comme une propriété, un premier animal domestique. C’était, on peut le dire, la réaction de l’égoïsme masculin contre une discipline fort ancienne ; car le bouddhisme et le brahmanisme, ces religions primitives de l’Asie, avaient recommandé la continence comme tous les autres sacrifices. Le mariage légal des quatre castes, et surtout de la caste brahmimque, fut et est. encore aujourd’hui monogame. Telle est la règle , malgré les dénégations fort superficielles de Mill. U y eut toujours une grande facilité de divorcer, et u \ I 1 I t 1 1 | u I | si en

d’autres pays ci \ 11 inpèchenl pas la dominance du grand principe. Mais c’était quelque chose que ce commencement d’égalité et de dignité concédé à la femme par un principe; c’était un acheminement à l’exercice d’autres droits que, j'en conviens, le Code brahminique de Menou n’a pas reconnus : la femme indoue est privée de l’héritage, de la tutelle, et môme de la propriété. Je cite les Indous, parce que la civilisation perse ayant la môme origine, on est en droit de la supposer fort ressemblante à celle-là. Môme au temps des Sassanides, la Perse était divisée en castes comme l’Indoustan ; et la civilisation des Sassanides avait eu, sinon la plus grande, du moins la plus récente influence sur les Arabes d’avant Mahomet. Une viceroyauté relevant du grand empire occupait l’Yémen, où d’autres civilisations, ou, ce qui rev t n n I mtres religions avaient aussi réalisé des essais sur une grande échelle. C’étaient le christianisme jacobite et le judaïsme. L’un et l’autre avaient des adeptes nombreux dans l’Arabie du nord et jusque dans le voisinage de la Mecque, sans y avoir des gouvernements établis. Mahomet trouva donc des modèles nombreux et variés quand il établit son syncrétisme. Une seule religion commandait positivement la monogamie. Ce précepte était lombé en désuétude dans le magisme ; les juifs avaient au

moins deux femmes légitimes avec un nombre illimité de concubines, comme ils le pratiquent encore aujourd’hui dans tout l’Orient. Chez les Sabéens, c’est-à-dire chez les Arabes auxquels Mahomet s’adressait plus particulièrement, la polygamie était portée à une licence que le réformateur se crut obligé de réprimer. Mais son instinct lui ht sentir que les mœurs ne se changent pas aussi aisément que les lois. La polygamie était la vieille habitude, le droit coutumier de presque tout le monde; il crut oser beaucoup en réprouvant le scandale , en limitant l’abus. Il ne songea jamais à mettre en question l’utilité de l’usage, la légitimité, la moralité du principe.

Si un ordre, une méthode quelconques étaient perceptibles dans les matières du Koran ; si le laisser-aller de Mahomet improvisant ses feuilles sibyllines selon les circonstances et sans plan d’avenir; si ce miroir de l’embarras, de l’imprévu, des contradictions, des expédients de sa vie agitée, n’eussent été encore multipliés et dérangés par le zèle maladroit des compilateurs qui, à plusieurs reprises, intervertirent l’ordre des surates et de leurs versets en se guidant principalement sur les rimes, on pourrait noter comme une chose curieuse ces articles du code matrimonial enchevêtrés et pour ainsi dire déguisés en un accessoire peu important au milieud’un règlement de tutelles, d’une stipulation des droits des orphelins. La formule qui parle du nombre des femmes n’est réellement pas prohibitive ; elle dit simplement : « Prenez en mariage parmi les femmes qui vous plaisent, deux, trois ou quatre. » Les traducteurs ajoutent ordinairement « et pas davantage», que Sale a mis dans sa traduction anglaise, sur l’autorité des deux fameux commentateurs arabes, Albeidhavi et Gelaladdin. Mais ces mots « et pas davantage» ne se trouvent pas dans le texte du Koran. Le législateur ajoute immédiatement : « Si vous craignez de ne pouvoir traiter convenablement (ce nombre de femmes, prenez-en seulement) une, ou bien les esclaves que vous aurez achetées. » Ce que j’ai mis entre parenthèses est sous-entendu dans le laconisme du texte.

On le voit, l’épouse unique est recommandée comme un pisaller, comme une chose prudente, utile pour l’homme dont la fortune serait très-bornée. Il n’est nullement question d’inégalités, d’impossibilités physiques ou morales de contenter plu-

sieurs femmes. Ledroit de polygamie est toujours maintenu ; seulementon recommande de prendre des esclaves, plusieurs esclaves en nombre illimité, au lieudes épouses oud’uneépousclégitimes. D’où il résulte clairement que l’état de concubinage illimité est proclamé par la loi aussi respectable que le mariage légitime et limité. Ce n’est pas tout : le droit, le conseil même dudivorcc se trouve consigné en deux endroits de cette surate ; et nous verrons bientôt quel parti on a tiré de ces articles. Je verse sur les interprètes sacerdoles ou princes, une portion de cette responsabilité; car ils se sont quelquefois permis d’aller contre le sens précis de la parole de Mahomet. Celui-ci a textuellement permis d’épouser l’esclave quoiqu’elle ait un mari ; les hanéfites l’ont positivement défendu quand le mari était près d’elle. Le danger d’un divorce facile et multiplié à l’infini entre époux légitimes les a donc moins frappés que l’inconvenance d’arracher une femme à son mari esclave, ce qui n’était après tout qu’un divorce de plus et dans une caste inférieure. Les hanéfites ont sans doute pensé aux droits du mari quoique esclave, et ils ont cru comprendre l’esprit du législateur en sacrifiant la lettre. Effectivement, Mahomet, malgré tous ses efforts pour extirper le concubinage et pour améliorer la condition de la femme, malgré ses appels à la tendresse des hommes en faveur d’un sexe qui les a portés dans ses flancs, Mahomet lui fait explicitement et implicitement une part très-infime dans le pacte social : le mari a le droit de corrections physiques poulies fautes légères; l’adultère, étatlégal et pcrmanenlde l’homme, est puni d’un grave supplice chez la femme esclave ; la femme libre a dans ce cas le singulier privilège de la peine de mort. Dans l’héritage, la part du sexe féminin ne peut jamais s’élever au delà de la moitié des droits d’un homme. Par tous les côtés la vieille inégalité asiatique était maintenue au profit du sexe le plus fort, au profit de son orgueil, de sa luxure. Nous allons suivre dans les mœurs l’effet de ces concessions.

Le tableau de l’empire ottoman, tel que Mouradja d’Ohson l’a tracé, est plutôt l’état légal que l’état réel de l’islamisme. Le dernier état, et surtout son optique moderne , est plus saisissable dans deux compositions d’un grand mérite, Anastase, ou les Mémoires d’an Grec , par Hope ; Hadgibaba, par Morier. Par malheur ces ouvrages, ayant la forme du roman, ne peuvent

faire, autorité que pour les lectcu j u 1 ilé l'Orient et pu juger de l'exactitude des peintures. Un autre Anglais, moins habile à saisir les masses, à les arranger en drame , à les colorer par l'imagination sans les altérer aucunement, Lanc, a publié depuis quatre ans un tableau des mœurs égyptiennes, œuvre inimitable pour l’exactitude et la minutie. Ce livre est grave et fera autorité quand il sera plus connu. Les faits que je vais parcourir ont été principalement recueillis en Egypte, bien que retrouvés par moi dans les autres parties de l’empire ottoman. Le témoignage de Lane sera toujours une garantie supplémentaire pour ceux qui ne voudraient pas se contenter du mien.

Quelques utopistes modernes ont trouvé plus commode de nier les passions humaines que de les discipliner. La voie leur avait été tracée par un préjugé fort répandu relativement à l’Orient : « Dans ce pays, disait-on, la jalousie est du domaine exclusif des hommes. » Lane va nous prouver que les femmes aussi la connaissent et la manifestent assez énergiquement :

. « Quand un homme a deux femmes ou davantage, la première épousée occupe le rang le plus élevé et s’appelle la grande dame. De là il arrive souvent que si un homme ayant déjà une épouse désire en prendre une autre, fille ou femme, le père de celle-ci ou la future elle-même ne veulent pas consentir à l’union à moins que la première femme ne soit préalablement divorcée. Les femmes, comme de raison, trouvent mauvais qu’un homme ait plus d’une épouse. La plupart des hommes ayant la richesse ou l’aisance, et même des gens des classes inférieures, quand ils ont plusieurs femmes, ont pour chacune une maison séparée. L’épouse a ou peut obliger son époux à lui fournir un logement spécial, soit une maison privée, soit un appartement composé d’une chambre de nuit et de jour, cuisine et latrines, et cet appartement doit être ou pouvoir être enli reine t pi I :s autres pièces de la même maison. La parenté de femme à femme d’un même époux s’appelle dourra. Les querelles des dourras font beaucoup de bruit. On peut naturellement induire que lorsque deux femmes partagent l’affection et les attentions du même homme, elles ne sont pas toujours en termes d’amitié ; le cas est le même entre l’épouse légitime et l’esclave concubine vivant sous le même toit et dans les mômes circonstances. Si la grande dame est stérile et qu’une inférieure, soit épouse, soit esclave, donne un enfantau mari ou maître, il arrive ordi-

naircmciil que celle-ci (lc\ienl la la\oritc, cl que la première dame ou première concubine devient inlime et méprisée, comme cela advint à l’épouse d’Abraham aux yeux d’Agar pour le même motif. Il arrive donc que la première dame perd son rang et ses privilèges, et la nouvelle favorite du mari est traitée par sa rivale ou ses rivales et par tous les autres membres ou visiteurs du harem avec le même degré de respect extérieur dont jouissait jadis la première dame. Mais parfois aussi la coupe empoisonnée est employée pour se débarrasser de la favorite. Une préférence accordée à une seconde épouse est souvent cause que la première est enregistrée au mehkemé (tribunal du cadi) comme nascluzé, à la requête du mari ou à sa propre requête. »

Nascliizé veut dire rebelle contre le mari, qui dès lors est dispensé de la loger, vêtir et nourrir; c’est une préparation au divorce, et c’est pour cela que l’épouse se porte quelquefois demanderesse.

Les querelles, les misères domestiques, le divorce et le poison se résument fort bien dans le nom que nous avons déjà cité comme désignant la parenté de plusieurs femmes d’un même mari : dourra, qu’une orthographe fautive a fait parfois traduire par perroquet, vient d’une racine qui veut dire malheur, souffrance, jalousie, désolation !

Un autre préjugé européen prête aux musulmans le bon sens de ne pas exciper du bénéfice de la loi qui autorise la polygamie. Il est vrai que dans la hutte du pauvre fellah et sous la lente des plus misérables Bédouins, on trouve assez, habituellement une épouse unique. Ce n’est qu’une privation de plus ajoutée à celles qu’impose la pauvreté. Le scheik du village et le scheik de la tribu sont enviés pour leur luxe autant que pour leur pouvoir. Dans les villes, le luxe descend jusqu’aux classes les plus infimes, et dans l’Orient, les villes forment la principale masse de la population, puisque les villages sont rares et qui; les fermes proprement dites n’existent pas. Dans les cités de second ordre, comme Alexandrie, Damiette, Tanta, Siont, beaucoup d’hommes du peuple ont deux femmes; au lxaire, il y a des portiers, des Aniers, des rcgraliers qui en ont trois et quatre. Les mariniers du Nil, non pas seulement le patron cl le timonier, mais jusqu’aux simples rameurs, ont fréquemment deux, trois et quatre ménages disséminés sur la ligne de leurs levages. A Damiette, à Doulac, à Siout, ils s’arrêtent chez eux-

mêmes, dans leur famille, chez leurs épouses. Si l’on fait attention que les petits marchands ne gagnent pas toujours quatre piastres par jour, que le portier, l’ânier, le rameur n’en gagnent pas la moitié, il faudra bien admettre, malgré l’extrême simplicité de la vie de ces hommes, malgré le bon marché de la vie en Égypte et malgré les petits revenus que peut amener de son côté le travail des femmes, il faudra bien admettre qu’ici c’est encore plus la force de l’exemple que la force du besoin et du caprice qui pousse le pauvre à la polygamie. Le mystère qui enveloppe les sérails des princes et des riches n’est pas exempt d’un certain faste qui le signifie au peuple, le laisse exagérer à plaisir par l’imagination de la multitude. De grands palais et de vastes jardins sont consacrés à l’habitation particulière du harem du plus mince pacha. Chaque validé, chaque favorite sortau milieu d’un cortège de servantes que, sous le voile, le peuple prend pour les égales de la maîtresse, et plus d’une fois avec raison.

Toutefois le luxe des riches, quoique tendant à multiplier bien au delà des besoins réels le nombre des femmes, porte plutôt sur les esclaves que sur les épouses : pour celles-ci, il atteint rarement le chiffre permis par la loi ; pour celles-là, il n’oublie jamais que la loi n’a pas posé de limites; il sait aussi que la variété de races et de couleurs est un raffinement ajouté à la multiplicité.

Écoutons encore Lane : « Les concubines esclaves de la haute classe et de la moyenne, en Égypte, sont généralement des Abyssiniennes au teint bronzé. Le prix moyen d’une de ces jeunes filles, passablement jolie, est de 10 à 15 livres sterling (250 à 375 francs) ; il y a quelques années, le prix était double. Le prix d’une esclave blanche est de trois à dix fois plus élevé que celui d’une Abyssinienne ; une jeune négresse coûte In moitié ou les deux tiers du prix d’une Abyssinienne. »

La négresse est seule accessible aux fortunes un peu audessous de la moyenne, et c’est une des voies par lesquelles les hommes de cette classe fort nombreuse satisfont le besoin ou la mode ; mais plus ordinairement le goût de la multiplicité ou de la variété s’exerce parmi les femmes du pays, qu’ils prennent en qualité d’épouses légitimes, et cela par une combinaison qui substitue la polygamie successive à la polygamie simultanée : « Il y a des hommes en Égypte, dit Lane, qui dans l’espace de dix ans ont épousé vingt, trente femmes et plus ; on voit des femmes

pi'U avancées en âge qui nul appartenu successivement à plus de dou/e mon». Quelques hommes ont l’habitude de prendre une nouvelle épouse régulièrement chaque mois. Cela est praticable avec une très-petite fortune. Ils prennent une jeune veuve ou une femme divorcée qui consent au mariage moyennant une dot d’environ 10 schellings (12 fr. 50). Ensuite, quand on la divorce, on ne lui doit que le double de cette somme pour l’entretenir pendant l’eddè, période de trois mois durant laquelle le convoi est interdit à la femme divorcée. »

Nous avons parcouru toutes les classes de la société musulmane, et nous pouvons résumer brièvement leurs habitudes respectives.

Chez les riches, abondance d’esclaves simultanément avec une épouse légitime.

Chez les laboureurs et les bédouins, monogamie, pis-aller lorce par la misere.

Chez le bas peuple des villes, deux, trois épouses avec misère rarement augmentée, avec querelles rarement tempérées par le divorce.

Chez la petite bourgeoisie, changement continuel d’épouses légitimes, procédé économique pour cumuler les jouissances des riches sans les embarras et les dégoûts du ménage multiple d’esclaves ou d’épouses. Cette classe est la plus nombreuse. C’est chez elle qu’il faut chercher le véritable cachet des mœurs ; c’est elle qui dénonce le plus haut la déplorable tendance de la loi musulmane qui, ayant sanctionné la polygamie, n’a su y opposer qu’un remède pire que le mal.

Lane a caractérisé avec une trop laconique énergie les cllèts dépravants de cette facilité du divorce et sur les hommes et sur les femmes. En Europe, le divorce, permis par quelques législateurs avec beaucoup de défiance et d’entraves, a rencontré dans les mœurs des barrières encore plus sévères que les lois. Le contraire arrivera toujours dans un pays où la conscience des multitudes est encore plus grossière et plus mal éclairée que celle des chefs, où, par cette cause et par beaucoup d’autres, la loi est toujours réputée infaillible en tous ses points, et où par conséquent ce qu’elle peut n’avoir prévu que comme éventualité exceptionnelle, autorisé comme pis-aller triste et rare, est

exposé à Être pris pour une autorisation générale, pour une règle recommandable.

Les parents d’une seconde, d’une troisième épouse croient le divorce utile et moral lorsqu’ils en font une condition au mari pour la femme actuelle. L’époux peut croire ses caprices infaillibles comme la loi quand il se sait autorisé à prononcer le divorce sans juges, sans débats : la présence de deux témoins suffit; le cadi est obligé d’enregistrer d’office. Deux premières déclarations peuvent être révoquées par le mari tout seul; ce n’est qu’après la troisième ou bien après une déclaration unique, mais explicite, de triple divorce que la femme devient libre. Alors si la luntaisie ou le regret rapproche les époux, il faut une cérémonie bizarre pour légitimer l’union, et, folie incompréhensible ! c’est un autre divorce qui en fait le fond : la femme doit épouser un autre homme qui consente à la divorcer pour la rendre au premier mari.

Cependant le mariage d’une vierge est une cérémonie trèssolennelle. Le convoi d’une veuve ou d’une divorcée, événement de beaucoup le plus fréquent, se fait avec moins de façons. La religion se mêle très-peu à la fête : ce n’est pas par répugnance ; nous avons fait connaître l’optique des consciences du pays. Une morale plus éclairée jugerait peut-être qu’un tel mariage n’est qu’un libertinage légal, un bail à ferme à bail très-court. Quand les divorcés sont jeunes, un autre mariage ou le vice leur font atteindre la vieillesse et la misère.

Lanc s’est beaucoup occupé des enfants, dont la position est assez tristement singulière dans cette complication de mariages, de concubinages et de divorces. La paternité, en Orient plus qu’aillcurs, étant non-seulement une jouissance de tendresse, mais une satisfaction d’orgueil, la femme y a plus qu’ailleurs intérêt à devenir mère et à élever des enfants. Là est la mesure de sa considération aux yeux de son mari et de ses amis, dans un pays où tout le monde regarde encore la stérilité comme une malédiction et comme une disgrâce. Ce tort involontaire est un motif péremptoire de divorce; au contraire, l’opinion publique blâmerait sévèrement un mari qui, sans quelque motif très-puissant, répudierait une femme qui l’aurait rendu père, surtout si l’enfant était encore vivant. Ce motif puissant devrait être que la femme grinçât des dents, ronflât ou parlât pendant son sommeil.

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D’après ce ([lie nous avons déjà dit de la jalousie des l'enmies entre elles, il est aisé de calculer les proportions plus grandes et plus actives que ce sentiment doit prendre par les avantages nouveaux, par l’espèce d’anoblissement que la maternité confère à l’épouse ou à l’esclave; et comme l'indifférence ouïes haines réciproques se taisent volontiers quand il s’agit de se liguer contre un ennemi commun et puissant, ce n’est plus seulement une femme qui est menacée par une autre femme, par plusieurs autres femmes rivales, c’est un faible enfant protégé par une seule inère contre les artifices, contre la rage de plusieurs marâtres !

Telle est l’organisation préparée à la famille des deux extrémités de la société musulmane, où l’on rencontre la polygamie simultanée. La classe riche et celle du bas peuple forment au moins un tiers de la population totale. Dans un autre tiers pratiquant la polygamie successive, la condition des enfants éprouve le contre-coup du divorce.

Une femme divorcée en état de grossesse peut contracter un nouvel hymen immédiatement après son accouchement, mais doit attendre quarante jours de plus avant de consommer le mariage. L’homme qui répudie sa femme doit l’entretenir ou chez lm ou ailleurs pendant la durée de l’eddô, mais doit cesser tout rapport conjugal dès le commencement de celle période. Une femme divorcée qui a un lils'de moins de deux ans peut le garder jusqu’à ce qu’il ait atteint cet âge. Elle peut être forcée à cela par la loi des Schaléiles ; la loi des Malikiles la force à le garder jusqu’à l’âge de puberté ; la loi lianétile pose à l’àgc de sept ans la limite de cette obligation. Si la femme divorcée a une tille, elle doit la garder jusqu’à l’àge de puberté, soit l’àgc de neuf ans. L’entretien de la femme divorcée cesse, comme on voit, au bout des trois mois lunaires de l’Eddè. L’entretien, dù également par le père à l’enfant, se prolonge pendant toute la durée de la tutelle maternelle. Mais les enfants souffrent toujours de la disgrâce méritée ou imméritée de la mère ; et les cadis sont d'une facilité incroyable pour taxer les frais d’entretien en raison composée du bon marché des vivres et de la pauvreté réelle ou affectée du père. Tous les Européens habitant le Kaire ont pour domestiques des femmes musulmanes divorcées, et ont pu entendre dire à plusieurs que le mari s’était engagé à payerà son enfant deux ou trois piastres par mois (50 c. ou 75 c.) ; modeste pension qui n’avait plus été soldée que fort irrégulièrement passé le premier quartier.

Un nouveau mariage peut améliorer la position de la mère sans améliorer beaucoup celle de l’enfant. Si celui-ci vit jusqu’à l’âge où il doit faire retour au père, il risque de trouver là nombre de frères et sœurs qui diminueront sa nouvelle pitance. A la mort du père, la succession est divisée encore plus que de son vivant ne l’était le fruit de son travail.

La loi musulmane, qui, avec assez de raison, a supposé à tous les âges une imprévoyance qu’elle pensa si peu à corriger, a donné aux ascendants une part assez forte dans la succession, même quand il y a des héritiers directs. Au moyen de cet éparpillement extrême de la fortune, les générations des riches que l’aisance et la polygamie tendraient à élargir et à multiplier, retombent bientôt dans la condition des classes moyennes et des pauvres.

C’est là que sévissent continuellement les maladies occasionnées par la misère. Ainsi le divorce jette les parents à l’immoralité et les enfants à la mort. C’est la mortalité des enfants qui empêche les laboureurs et les Bédouins de profiter des avantages d’un mariage presque égal au mariage chrétien. La mortalité des enfants, considérable même dans Tes pays les plus civilisés, estelfrayante dans les pays sans hygiène et sans secours médicaux.

On sait avec quelle rapidité se dépeuplent les pays musulmans. L’étude à laquelle nous venons de nous livrer peut nous aider à faire la part des causes multiples de ce fait.

Le gouvernement de despotisme absolu et d’arbitraire pur ôte sécurité au travail et à la propriété, paralyse l’agriculture et énerve l’industrie. Son ignorance imprévoyante livre aux épidémies des villes mal percées et malpropres ; aux épizooties, à la famine et aux maladies, des campagnes mal défendues contre les éléments. L’État est pauvre en vendant les charges publiques et rançonnant les particuliers, qui enfouissent leur argent au lieu de le faire valoir librement, qui dévorent le capital au lieu de vivre de ses intérêts, qui souvent meurent de mort naturelle ou violente sans laisser à leurs enfants le secret du lieu où leur trésor était caché.

L’émigration s’opère dans plusieurs pays de population exubérante et d’esprit aventureux comme l’Angleterre moderne et l’Espagne de Charles-Quint. C’est l’essaim qui s’échappe de la ruche trop pleine ; c’est l’émigration de l’espérance. Dans les pays musulmans il y a des émigrations aussi, mais poussées par

le désespoir. Des villages, des villes entières ont achevé de perdre leurs habitants après un tremblement de terre, nue inondation, une famine, ou ce qui était regarde comme un lléau pareil, après l’administration violente et absurde de quelque pacha. Au milieu du désert qui sépare la Syrie de l’Égypte, je rencontrai la population tout entière d'un village égyptien de Ras-cl-Ouad, pays jadis très-fertile en blé, légumes, mais devenu sable salé et stérile depuis que les atlérissements empêchent l'inondation du Nil d’y pénétrer. Ils avaient entendu dire que les environs d’ÉIarich et de Gaza avaient de l’eau douce et manquaient de cultivateurs; ils y allaient pour trouver du travail et la subsistance. Les m 11 e ^ o t apparemment que là aussi ils rencontreraient des beys, des pachas et un gouvernement turc.

Une seule chose peut résister à ce ravage incessant d’un mauvais gouvernement, c’est une vigoureuse organisation de la famille. L’épreuve s’en fait depuis treize siècles dans les pays chrétiens conquis par le Koran. Des statistiques récentes nous ont révélé le chiffre exigu auquel est réduite la race conquérante. Elle serait éteinte depuis longtemps si elle n’était incessamment recrutée par des mélanges de sang ou par des conversions religieuses. La physiologie des races permet de l’induire d’après la physionomie actuelle d’hommes sortis de sang arabe ou tartare. L’observation des mœurs permet de l’affirmer d’après les primes continuelles que la misère, la terreur et l’ambition offrent à ces mélanges, à ces conversions. En Turquie, en Perse, les chrétiens fournissent à ces recrues principalement par les femmes, car la loi musulmane autorise le mariage ou le concubinage avec une femme d’autre religion. Ces mélanges et un petit nombre deconversions religieuses d’hommes diminuent donc la proportion des chrétiens en augmentant d’autant celle des musulmans. Malgré ces pertes, malgré des persécutions sur les personnes et les propriétés, bien plus dures que sur les personnes et les propriétés musulmanes, la race chrétienne se maintient, s’accroît tous les jours dans un pays où le ciel, l’air et le soleil sont plus incléments pour elle que pour les autres hommes, puisque la partialité du gouvernement aggrave toujours, au préjudice de cette race, les malheurs des épidémies, des inondations, des mauvaises récoltes; puisque la mort d’une

épouse. il tm cillant. sont pour elle une perle proportionnellement plus grave, plus irréparable.

Il est impossible de ne pas reconnaître que celle force provient île la constitution supérieure de la famille chrétienne, d’un'héritage plus savamment combiné, d’une dignité plus grande concédée à la femme, et qui la rend épouse plus honorée, mère plus féconde; provient surtout d’une protection plus forte donnée à l’enfant sur lequel convergent deux fortunes el deux sollicitudes.

Le but du législateur musulman , en respectant la polygamie, était évidemment d’imiter la nature, qui a poursuivi la multiplication par la prime de la volupté; mais Mahomet ne réfléchit pas que l’éducation des enfants était une charge attachée au plaisir pour le rendre moral, pour lui donner la suite et la gravité d’un devoir; il ne réfléchissait pas surtout que ce n’est pas l’enfant né, mais l’enfant réussi qui fait un héritier, un fils, un citoyen.

La famille, pour maintenir le niveau de la population, doit avoir un minimum de deux enfants représentant le père et la mère, et par conséquent en produire en moyenne un en sus pour faire face aux pertes.

Diaprés le régime de la polygamie musulmane, les classes riches seules ont chance de postérité nombreuse, mais pendant une ou deux générations à peine, puisque après cela la division extrême de l’héritage a fait cesser la richesse et refoulé la famille dans les classes pauvres, qui ont moins d’enfants et les perdent presque tous. Pour reconstruire sa richesse à travers les générations, la classe riche n’a ni majorats ni patronage permanent. Le pouvoir est, comme la fortune, un accident purement individuel. Nous avons cité les très-insignifiantes exceptions des Timariotes, Douairs et Smélas. Les familles de Schehab, au mont Liban, et du grand schérif à la .Mecque, sont plutôt de petits princes qu’une classe aristocratique. D’ailleurs l’ignorance, compagne perpétuelle des mauvais gouvernements, diminue même, dès la première génération, les résultats de la polygamie des riches. Eux-mêmes et leurs enfants sont à l’abri des disettes ; mais, comme dit Rousseau, la famine amène la peste, et les rois n’en sont pas exempts. Mehemet-Ali au Kaire, Mahmoud à Constantinople, ont perdu

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des centaines d'enfants par les épidémies qui ravagent toujours ces capitales malsaines. Par l’insalubrité aussi bien que par le régime de la polygamie, les villes sont des espèces de puisards qui dévorent la population. Leurs ressources tentent incessamment de nouveaux émigrants; ce second mouvement peut masquer le premier, et donner une apparence de progrès au chiffre de la population. Le Kaire gagne tous les jours, pendant que la population totale de l’Egypte décroît rapidement.

Unehvgiène bien entenduequi rend rail les villes salubres, une administration qui assurerait des récoltes aux campagnes, feraient donc cesser la mortalité d’enfants et d’adultes, et rendraient à la polygamie cette force prolifique tant rêvée du législateur! L’expérience n’a pas encore été faite, mais en attendant, il est permis de croire qu’un gouvernement assez éclairé pour employer de pareils moyens aviserait à la nécessité de faire croître les ressources avec les consommateurs ; et comme la voie la plus expéditive en pareil cas est de se donner pour auxiliaire l’intérêt de chacun, il inspirerait a chacun une circonspection qui commencerait par détruire le despotisme et cont t par réduire le ménage à son expression la [dus simple, la plus utile, la plus morale.

La polygamie, sollicitude aveugle pour la multiplication de la race, tient donc par une liaison fatale au despotisme, sollicitude aveugle pour la grandeur du prince et la force de l’État.

Dans le système chrétien, l’intérêt bien 11 1 uct u tout congénère de la morale. Le ménage monogame est productif dans toutes les classes, et surtout dans celles qui sont les plus nombreuses et forment le fonds de la population. L’union librement contractée peut être éternelle ; la liberté du contrat exige l’égalité des parties. L’islamisme, qui a presque banni la femme du ciel, qui ne la compte pour rien dans la société, ne lui accorde dans la famille qu’une fraction d’égalité avec le mari, souvent la ravale au-dessous de la condition d’esclave !

Maintenant que les musulmans commencent à regarder l'Europe, qu’ils se demandent si la population est moins abondante, l'homme moins fier et moins intelligent, la vie moins aisée, la somme de bonheur moindre, pour avoir rendu hommage aux droits, honoré la dignité d’une moitié de l’humanité !

Imprimerie tic llentiuyer et Turpin, rue Lemercier, *21, lîaU^no’.h»®.

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