PAR
Mon honorable et savant confrère, M. Boullay, qui a jeté un si grand jour sur l’action des divers menstrues, quand on les fait agir à froid sur les substances médicamenteuses végétales ou animales, au moyen du filtre-presse , avait prédit avec raison que ce nouveau mode d’opérer produirait un grand bien dans l’art de préparer un certain nombre de médicaments. A peine son premier article sur la méthode de déplacement eut- il paru, que j’en sentis toute l’importance. Je fis construire, immédiatement.^près, plusieurs cylindres de grandeurs différentes, qui mè servirent a préparer tous les solutés dont j’avais besoin .
Ce fut a ces instruments que je dus l’idée de chercher un mode d’évaporation simple, commode et peu dispendieux, pour transformer, par l’évaporation , ces solutés en extraits. J’eus le bonheur, dans cette préoccupation , de faire part de mes idées a M. Oberlin , qui possède un brevet pour le régulateur du feu, jadis soumis a la sanction de l’Académie, et qui est approuvé. Il ne me fut pas difficile, a l’aide de ce régulateur, de composer l’appareil qui me sert a préparer les extraits : néanmoins, voulant en retirer tout le parti possible, je me suis appliqué a réunir en lui toutes les opérations que
nécessite la préparation des extraits, c’est-à-dire la méthode de déplacement, la distillation et l’évaporation au bain-marie.
Depuis l’heureuse application de la méthode de déplacement pour la préparation des solutés , des expériences ont été faites consciencieusement, et ont prouvé que, traitées à froid, par les divers menstrues, les substances médicamenteuses cédaient à ces liquides toutes les parties solubles qu’elles renfermaient, et cela en employant beaucoup moins de menstrues que par les anciens procédés. Un autre avantage qu’offre cette méthode, crest quelle n’altère en rien le produit qu’on veut obtenir, l’opération se faisant à froid.
Il manquait donc un appareil simple et présentant toute l’économie possible , pour transformer les solutés en extraits, sans les altérer. Quoique lebain-marie fût connu, il n’était guère mis en usage , à cause de son incommodité, ou de la grande dépense de combustibles , qu’il occasionne. On était d’ailleurs obligé de le composer de toutes pièces. Les uns se servaient de capsules qu’ils plaçaient sur la cucurbite d’un alambic ; les autres faisaient usage d’un poêlon surmonté d’une capsule ; enfin il n’y avait pas de procédé fixe : sans cesse il fallait surveiller le feu et l’eau du bain-marie, procédé au moyen duquel on ne pouvait obtenir qu’un seul extrait à la fois , encore n’était-il mis en pratique par un petit nombre de pharmaciens, que pour terminer l'extrait, car on était dans l’habitude d’évaporer à feu nu la majeure partie du liquide employé. Ces inconvénients étaient tels , que beaucoup de pharmaciens se dispensaient même d’avoir recours au bain-marie pour terminer leurs extraits. Ils procédaient à l’évaporation du reste du liquide, en abandonnant l’appareil sur les cendres chaudes, ce qui altérait considérablement le produit obtenu.
Ces graves inconvénients ne peuvent exister lorsqu’on opère avec l’appareil que j’ai imaginé. Economie de dépenses en combustible j économie de temps et excellence des produits : tels sont les avantages qui le recommandent à l’attention de
mes confrères. Je ne m’étendrai pas plus longtemps Sur les avantages de cet appareil. Il a été d’ailleurs le sujet d’un rapport fait par la société de pharmacie, qui l’a approuvé. (Voir le N° de juillet, Journal de Pharmacie , 1835, p. 569, etc.)
Aussitôt que j’ai été possesseur de cet appareil, je ihe suis appliqué a faire un travail général sur les divers extraits employés en thérapeutique, et sur quelques-uns non encore employés , qui m’ont paru devoir rendre quélque service a l’art de guérir. De plus , parmi les substances végétales employées pour faire des extraits , il en est qui sont aromatiques, telles que les racines de valériane, d’aunée, de serpentaire de Virginie, de pivoine; les feuilles de rue , sahirie, absinthe; fleurs de camomille , etc., etc. Cependant, le mode de prépa ration de ces extraits, indiqué par le Codex et les pharmacopées diverses, est tel, qu’il est impossible, en le suivant, de conserver à ces extraits le principe aromatique de la substance qui les fournit. Pourtant, la majeure partie des propriétés de ces substances réside dans cette partie aromatique qui se dissipe pendant l’évaporation. Pourquoi donc a-t-on négligé de la conserver dans les extraits, puisque les médecins prescrivent les huiles essentielles , ou les eaux qui en sont chargées, dans les mêmes cas où ils prescrivent la substance elle-même ou son extrait? Il serait alors facile de reconnaître ces médicaments , non-seulement au goût, mais encore a l’odorat, et ils posséderaient aussi toutes les propriétés de la substance qui les fournit.
Voulant remplir cette lacune, je me suis livré à quelques expériences sur les extraits des substances ci-dessus désignées, ainsi que sur quelques autres nouvelles, qui pourraient quelquefois être utilement employées en extraits; telles que les feuilles d’oranger, les écorces d’oranges et les fleurs d’oranger ; les feuilles de menthe poivrée , le sémen contra , la racine de fougère mâle. J’espère avoir réussi dans mes recheiches, carie mode d’opérer que j’ai employé, m’a fait obtenir
des extraits qui contiennent entièrement tous les principes fixes et volatils de la plante qui les fournit, comme je le démontre dans la description de la préparation des extraits que j’ai nommés extraits aqueux éther es et extraits hjdro • alcooliques éther es.
De tout temps il a existé une anomalie dans la consistance de ces médicaments officinaux, qu’il est nécessaire de faire disparaître ; je veux parler de l’état sec et de l’état pilulaire ou mou, sous lesquels existent les extraits qu’on prépare dans les officines. Je crois bien faire en les ramenant tous au même degré de concentration , et c’est a la consistance sèche que j’ai donné la préférence, comme étant celle qui présente le plus d’avantages , ainsi que je le démontrerai plus loin.
Enfin je tenais beaucoup , dans le but de faciliter aux médecins l’administration ou la prescription de ces médicaments avec connaissance de cause, a déterminer, avec le plus de précision possible, les quantités d’extraits fournies par une quantité donnée de substance. Pour établir des rapports d’une évaluation facile, j’ai opéré sur des quantités de substances assez considérables , et pour que ces rapports fussent exacts , tous les extraits ont été desséchés , car a l’état sec les évaluations sont bien plus rigoureuses.
La scrupuleuse attention avec laquelle j’ai surveillé les opérations me fait espérer que je suis arrivé aussi près que possible de la vérité.