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Mémoire sur la véritable désignation du monument de Rome connu sous le nom de Trophées de Marius

Parmi les monaments de l’andenne Rome qui n’ont jusqu’à présent reçu que des dénominations erronées, il faut compter les ruines, maintenant presque informes, qu’on découvre à la bifurcation des deux rues de Porta Maggtore et de StnUa Bibiana , à peu de distance de l'arc de Gallien, et que , depuis le moyen-Age jusqu’à nos jours, on a nommées Trophée! de Maritu. Si le nom qu’on doit donner à ce monument est jusqu’à présent resté un mystère, il n’en est pas de même de sa destination^ aujourd’hui parfaitement éclairde. C’était un château d’eau, ou plutèt une magnifique fontaine, qu’alimentait une dérivation de l’a^ua Julia. Des nivellements opérés par Piranesi , qui a publié sur ce sujet un mémoire intitulé : Catiello delV aequa Giulia , ont démontré en effet que l’ogua Claudia était trop haute. Vaqua Mareia trop ba^pour la situation de la fontaine, et que l'o^ua Julia était la seule qui dût lui fournir son tribut. En 1822 , des fouilles exécutées sous la direction de H. Gamon , pensionnaire de l’Académie de France à Rome , confirmèrent l’opinion de Piranesi : on se fit alors une idée exacte de la distribution et

de la magnificence de ce monument, qui, peu dilTérunt du ce que sont aujourd'hui la fontaine de Trevi et l’acqua Paolina, répandait l'eau par cinij grandes bouches , trois sur la façade, et une sur chaque cAté. >'ihby, qui rapporte ces détails, fait remarquer qu'on n’avait pu • choisir un plus bel emplace- » ment que celui-ci , lequel occupait le plateau de l’Esipiilin , » dans la portion de Rome la plus élevée sur la rive gauche » du fleuve , en face de la porte Esqiiilinc, à un des endroits » les plus fréquentés de la ville, et précisément au carre- » four des voies Prenentina et Labicana-, la première cor- » respondanl à la rue actuelle de Santa Bibiana , et la se- » conde à celle do Porta Maggiore »

Les ruines do cette fontaine restèrent jusqu’en ISSS décorées de deux trophées de marbre blanc, que Sixte-Quint lit alors transporter au haut de l’escalier du Capitole. Une opinion populaire faisait considérer ces trophées comme ceux de Marius, ou plutôt comme ceux que Jules César avait fait restituer en souvenir de la victoire de Marius sur les Cimbres et les Teutons, pour remplacer les trophées que Marius lui-méme avait élevées, et qui furent détruits par Sylla. Dans le XII* siècle , la loctalité où ces trophées existaient était désignée sous les noms de Cimbrum ou ad Cimbrum. L’auteur inconnu des Mirabilia urbis Romœ, publiés par Montfaucon (Diar. liai., p. 295), auteur que le savant bénédictin pense avoir véTu dans le XIII' siècle, s’exprime ainsi sur le montimenl en ijuestion : In Esquilino monte fuit templum Marü , quod nunc vocatur Cimbrum , eo quod vieil Cimbros. Il est probable, d’après ce passage, que le nom populaire du monument était Cimbrum, et que cc nom , qui n’était sans doute qu’une corruption d'un mot plus ancien f Cymbarium ? ayant for-

» itoma acir an/io j83H , Parte aaltca^ tom I. p. 359- * Uoe vasque se troit eii avani du DiOQumcat, sur ie nédailloa de Sévère

tiiitcmcnt éveillé le souvenir ili.-s Cinibres, quelque érudil d'alors aura voulu rattacher à ce souvenir les trophées dont le monument était décoré ; de là, la dénomination demi-savante de Templum Mariij employé"C par les exéfjèUs du moyen-âge. A une époque où les souvenirs de l’antiquité avaient conservé leur puissanœ,au milieu d'une ignorance complète, le nomde Templum J/arii n’est pas plus extraordinaire que cent autres dé^signations accumuhies dans les Mirabilia, et parmi lesquelles figure en première ligne l’arrivée de Phidias et de Praxitèle, magiciens célèbres, à Rome, sous le règne de TilK>re.

Quoi qu'il en suit, tous les antiquaires modernes ont été d’accord (tour rejeter l’attribution à Marins ou à Jules César des Trophées du Capitole; mais il a existé jusqu’à présent une grande divergence d’opinions quant à l’âge de ces sculptures et du monument qu’elles décoraient. Cittadini , d’après un fragment d’inscription trouvé dans le voisinage , et sur lequel on lisait : I.MP. DOM. AVG. , les attribuait à l’époque de Domiticn. Niebuhr' affirme, d’après Bellori, que t le style

> et la nature de la représentation ont une identitédécidéc avec

> les monuments du règne de Trajan. > M. Canina', à l’appui de cette opinion , fait observer l’analogie qui existe entre les armures dont ces trophées sont composés, et celles des Daccs sur la colonne Trajane : il en conclut que le monument avait été élevé en mémoire des victoires de Trajan sur lesDaces. ISibby ^ n’est point de cet avis : le caractère de la construction

Alcundrc , ci-dcMous décrit. Cfmbarium , i U rigaeur , anrail pu désigner celle calque. On pourrait aussi penser à ambarium , pour ciborium , nom appliqué quelquefois d'une manière générique à une édifice 'éotUè. (Y, le Clos* saire de Du Gange , tub verbù.)

> Ap. Bunsen, Berchrtibung von stadt Bom , III, Ih. i,s. 3o5. s Indic. topogr. di Borna antica ^ 1841 , p. 9 S.

^ Borna net i838, I. I, p. 358 et suie.

en brique de oe monument lui parait indiquer le règne de Septime Sévère; il trouve le même aspect aux âdirts de l’aqueduc qui amenait les eaux à la fontaine. La raideur du eorvtour, l'exieulùm affeetie, et Vabu* du trépan qu’il remarque dans les trophées , lui semblent désigner clairement l’époque à laquelle appartient la masse de la construction ; il croit enfin que les trophées ont été élevés pour les victoires qui autorisèrent Septime-Sévère à prendre les surnoms de Parthique et d’Adiabénique. Nous allons donner fat preuve que l’opinion de Nibby est encore celle qui s’éloigne le moins de la vérité.

On connaît depuis long-temps, et par d’assez nombreux exemplaires, un grand et un nwgen-branxe de Sévère Alexandre, lequel offre au revers un monument d'une grande magnificence, mais dont les détails, confus et presque imperceptibles , ont échappé jusqu’à ce jour aux regards les plus exercés. La mention, sur ces monnaies, de la Y* pui$$anee tribunitienM et du tecond cofuulat, répond à l’an de Rome 979 , après J.-C. 226. On s’était accordé, jusqu’à Eckhel ‘ , à reconnaître dans ce monument la façade ou un détail important des Thermes que Sévère Alexandre avait fait construire dans la dix-neuvième région de Rome, à peu de distance du Panthéon d' Agrippa. Eckhel * , à son tour , aurait mieux aimé voir, sur les médailles en question, la Basilique bâtie par Sévère Alexandre, si Lampride, qui mentionne cette basilique (XX.VI), n’eût ajouté qu’ Alexandre n’avait pu l’achever. La vérité est que le monument figuré sur les médailles de Sévère Alexandre ne ressemble ni à des Thermes, ni à une Basilique.

Un beau méd.uTlon , du même prince et de la même date , depuis long-temps connu comme existant dans le cabinet de

* Cf. Efardmi, Homa antica , éd. i8i6, l. Ill» p. 66 et rair.

• D. tf. VII , p. *7».

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France, mais jusqu’à présent mal observé et mal décrit , nous semble devoir lever toute incertitude. En voici la description (Voy. n* 1) :

IMF C M AVR SEV ALEXANDER FIVS FEL AVG. Buste lauré d’Alexandre Sevère, à droite.

Ff. P MAX TR P V COS II F P. Edifice dont la partie supé* rieure est décorée de trois niches et se termine par une terrasse. Des pilastres et de petites niches carrées ornent le soubassement : au-devant s’étend un bassin semi-circulaire, au centre duquel s’élève une vasque. Dans la grande niche du milieu, on distingue un groupe représentant l’empereur couronné par la Victoire : dans chacune des autres niches, un trophée. D’autres sculptures garnissent les deux côtés du soubassement. Sur la terrasse supérieure, un quadrige de face et peut-être deux trophées plus petits. Dans le diamp. S. C. , comme sur les grands-bronzes. Æ. Max. Mod.

Quand , grâce à l’étendue du médaillon , on a pu reconnaître les nombreux et intéressants détails que nous venons de signaler, il ne faut plus qu’une légère attention pour les distinguer tous, sur les pièces d’un plus petit module, mais d’une belle conservation , œmme le moyen-hronze que nous avons fait dessiner (n° 2).

L’existence des deux trophées sur les médailles de Sévère Alexandre avait excité mon attention. Je ne pouvais m’empécher aussi de remarquer une certaine analogie entre la disposition qu’offre le monument r^résenté sur ces médailles, et ce qui reste de la construction connue autrefois par le nom de Cimbrum ; mais il me fallait un témoin plus exact pour éclaircir mes doutes , c’est pourquoi j’eus recours aux anciennes vues des monuments de Rome. Cette recherche ne fut pas infructueuse, et je rencontrai dans le précieux recueil de Du Férac ‘ une vue des trophées de Marius qui ne me permit plus

• Fettigi dell’ anlichilà di Borna raccolti et ritratti in penpettiva (sic) con

d’hi-siter. Cette vue, dont je donne une réduction (n« 3), nous montre les fameux trophées du Capitole, dansles niches (|u’ils occupaient avant que Sixte-Quint ne les eût fait enlever.

Si l’on compare la disposition générale du monument sur la vue de Ou Pérac, et sur les médailles de Sévère Alexandre, on y reconnaîtra une parfaite identité , et l’on rangera définitivement la fontaine qu’ils représentent parmi les constructions de Sévère Alexandre. On rendra en même temps un juste hommage à la sagacité de Nibby, puisqu’il ne s’est écoulé que , quinze ans entre la mort de Septime Sévère, sous lequel l’antiquaire romain plaçait la construction du monument, et l’an V de Sévère Alexandre , époque à laquelle les médailles reproduisirent la belle fontaine que le jeune empereur venait d’ajouter aux magnificences de Rome.

Lampride (XXV) diten termes généraux que Sévère Alexandre ne se contenta pas de restaurer les monuments élevés par les anciens empereurs, et qu’il en construisit un grand nombre de nouveaux. « Opéra veterum principum instauravit;

> ipse nova multa constituil. » Nous pourrions nous contenter de ranger la fontaine du Mont Esquilin parmi ces créations indiquées par Lampride; mais si le témoignage précis des historiens nous manque, celui des Regionmres me parait fournir une indication positive. Dans la cinquième région de Rome, dite Esquilinc, existait un monument nommé (tar Sextus Rufus et laNotice de l’Empire NYMPHAEVM ALEXAN- DRl, ctparPublius Victor, NYMPHAEVM D ALEXANDRE

ogni dilïgentia tta Stefano du PeraCf parisino, in Borna, i 5 'j^,^ohl.,pL 17. Le recueil de du Perac a été copié (uns indication de Toriginal) par les Sadeler cl reproduit sous ce litre: P^ejtlgi detU antïchità di Borna, Tivoli, Pozzuoto et ttltri luochi corne si rïtrovavono nel iecolo Jf. C. Borna , S, D, ohlang. L’estampe, qui représente les trophées de Marius, porte le n" u 5 dans la copie des Sadeler, é cause de la suppression des n°* 1 7 cl 1 8 du recueil de du Pérac, consacrés aux Tiiermet de Tituj.

Pour reconnaître que le nom de Nymphaeum pouvait convenir à notre fontaine, il suffît d’ouvrir le dictionnaire de Furcellini et d’y lire l’explication du mot Nymphæum : font manu exêtructus e lapide, cum salientibue, unde aqua efjluit , ad ornalum urbia prtteipue factus : a Nvurax pro aqca. Cette définition s’appuie sur l’autorité de Du Gange , lequel a examiné la question dans sa Conatantinopolia Ckriatiana (Liv. t, 26). Comme en général les antiquaires sont portés à attribuer le nom de Nymphée à des grottes ou autres lieux de repos dans les<]uels des eaux étaient introduites, il est iMn du rappeler que des autorités accumuléi's par Du Gange, il nisulte que le nom de Nymphæum , à partir du ni' siècle au moins de l’ère chrétienne, a servi à désigner les fontaines publiques , nppalées ailleurs ùdpcîx en grec, et salientes en latin. Parmi les textes que Du Gange a cités, un des plus frappants est celui des actes de Saint-Sébastien (XVIII 65) , parce qu’il offre l’emploi du mot nymphaeum dans le sens le plus générique.

• Cir ca insulas, eirea vieos, cirea nymphœa quoque erant

• posili eompulsores, qui neque emendi copiam durent, aut > hauriendi aquam ipsam jacultatem tribuerent, niai qui ido- ■ lis delibuissent. < On av.ait placé des agents dans les rues, » dans les carrefours, auprès des fontaines, afin d’interdire » d’acheter quoique ce fût, ou de puiser de l’eau, à ceux qui n’auraient pas sacrifié aux idoles. > Le Nymphaeum D. Alexandri est mentionné par tous les Regionaires, non auprès de l’ampAitAeo/rum Castrense, comme l’ont affirmé, je ne sais trop pourquoi , les auteurs de la Description de Rome en allemand ‘ , mais immédiatement après le Macellum Livianum. Le Macellum Livianum était situé sur l’Esquilin dans le voisinage de la Bastliea Liberiana , aujourd’hui Sainte- Marie-Majeure. L’Ordo Romanus, écrit par le chanoine Benoit

• UI. B.'* r' . Th., p. 56».

^"or

vers l'an 1143, dit expressément que le jour de Piques, le pape, après avoir quitté Sainte-Marie-Majeure et se dirigeant vers Saint- Jeaii-de-I^tran, passait sous l’arc de Gallien, dans le lieu ap|)cllé Maetllum Livianum, et s'avançait vers les Trophée! de 3Iariue: progreditur ante templum Marti quod vocatur Cimbrum Nibby conclut de ce texte que le Macellum Lieianum s’étendait entre les Trophée* de Mariui, l’arc de Gallien et l'église de Saint-Antoine : il ajoute que l’are de Gallien devait s'élever à l'entrée du Maeellum. Parmi les autres indications que fournissent les Régionaires à la suite du Nymphaeum ü. Alexandri , sa trouvent les Jardine de Mécène, qui, eiïectivement , étaient situés à une fitible distance, en dehors de la porte Esquiline, au bas de VAgger de Servies Tullius. D’après tous ces témuigruges réunis, je ne pense pas qu’on puisse hésiter à assigner désormais aux ruines connues sous les noms de Trophée* de 4/ariur, ou à» Château de Veau Julia , le nom de Ngmphée de Sévère Alexandre.

■ Mabilloo, Uiu. ital., lom. Il, p. I4<.

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