MALA.DIES CURABLES PAR UNE OPÉRATION CHIRURGICALE
Les maladies qui ne sont curables qu'à l'aide de l'instrument tranchant deviennent à juste titre des cas de dispense absolue. En effet, on ne pourrait jamais , sans exercer une injuste et dangereuse •violence , forcer le jeune soldai qui se trouve dans cette position, à courir les chances d'une opération quelquefois très-grave, malgré l'apparence du succès et l'obligation où il sera peut ptre tôt ou tard d'y avoir spontanément recours , pour ne poini; voir sa vie en danger. Les cas d'exception pour cette cause sont compris dans le tableau précédent, NMI.
On ne regardera cependant point comme des cas d'exemption, les maladies légères dont une opération très -simple peut faire cesser la cause et procurer la prompte guérison , telles qu'une fistule sous - cutanée, dentaire, un abcès idiopathique, une petite tumeur enkistée , une excroissance, la réunion de deux doigts par une membrane facile à diviser , etc.
4". MALADIES AIGUËS OU CHRONIQUES, SUSCEPTIBLES d'une GUÉRISON PROMPTE ET RADICALE.
Il est certain qu'un grand nombre de jeunes gens peuvent être admis comme propres au service militaire, quoiqu'atteints de maladies et d'infirmités aiguës ou chroniques, susceptibles d'une guérison
( 77 ) prompte et radicale , que Ton jugerait h tort devoir être des motifs d'exemption. Mais, par la raison que ces jeunes gens ont cherché à faire valoir leurs maladies et leurs infirmités dans Tespoir de réussir à se faire dispenser du service , il ne faut rien moins que le regret et le dépit d'être définitivement inscrits pour être soldats, joints aux coupables suggestions de leurs parens, pour leur faire aveuglément croire qu'il est de leur intérêt de les entretenir et de les agraver même, afin d'être hors d'état d'entrer en activité de service au moment de l'appel , ou bien pour rester au dépôt et tenter de s'j faire réformer pour cause d'incapacité. Je regarde comme une chose très-essentielle de surveiller jusqu'au moment de leur mise en activité les jeunes gens qui, déclarés propres au service, se trouvent dans le cas dont il est question : or voici ce que je propose. Ces jeunes gens seront désignés de suite, par un avis spécial de M. le président du conseil de révision, au maire de leur commune, qui demeurera chargé, sous saxresponsabilité personnelle, de les obliger à se faire traiter à domicile et à leurs frais, et qui, en cas de défaut de moyens, imputera la dépense du traitement au compte de la commune. Le maire nommerait à cet effet , d'office , un docteur en chirurgie ou en médecine, qui serait tenu de lui adresser un rapport individuel tous les cinq jours.
. Il résulterait de cette mesure que je crois trèspraticable , qu'on n'incorporerait, au moment de la réunion du contingent départemental, que des
(78) sujets sains et bien portants, et qu'on n'aurait que très-peu d'hommes à envoyer aux hôpitaux : ce serait d'ailleurs un objet d'économie pour le Gouvernement.
5°. MALADIES ou INFIRMITÉS OBSCURES, DIFFICILES A CONSTATER , ET AU SUJET DESQUELLES ON DOIT DIF- FÉRER DE PRONONCER l'adMIS^ION OÙ LE REJET DES INDIVIDUS.
Il n'est point donné au médecin même le plus instruit, de pouvoir toujours émettre de suite son avis sur une maladie ou infirmité soumise pour la première fois à son examen, surtout lorsqu'il n'aperçoit aucun signe diagnostique de lésion organique et d'altératioti dans la santé; quand il conçoit des doutes, qu'il est privé des éclair eisseniens nécessaires, et qu'il ne peut ajouter foi aux réponses louches faites aux questions qui ont été adressées à l'individu sur lequel le conseil attend d'être éclairé. Ce seroit donc être trop présomptueux et s'exposer volontairement à se tromper ou à être trompé , que de prononcer sur-le-champ et d'une manière affirmative sur toutes les maladies ou infirmités qui se présentent. Lepartileplus sage^ c'est de demander l'ajournement et de le répéter même, si le cas l'exige, afin de revoir et d'examiner diversement et à plusieurs reprises les sujets, et d'asseoir sur leur compte un jugement qui ne puisse pas dans la suite se trouver faux. Le nombre de jours de délai à accorder doit être proposé par les officiers de santé j et il ne
( 79 ) pourra être prorogé au-delà de quinze jours avant la fin de la clôture de la liste départementale, afin que les jeunes gens qui n'auraient point été jugés dans le cas de l'exemption puissent encore avoir le temps de se faire remplacer.
Dans tous les cas d'ajournement, soit parce que les jeunes gens ne se sont point présentés au conseil pour cause de maladies qui les ont empêché de s'y rendre 5 soit parce que les officiers de santé sont embarrassés pour émettre un avis impromptu, qui doit être fondé sur la pleine conviction , des suppléans en nombre égal à celui des individus ajournés seront toujours désignés et visités comme s'ils devaient positivement marcher , quoiqu'ils ne soient au fond appelés que conditionnellement.
6°. Maladies dissimulées.
La dissimulation des hommes de nouvelle levée consiste à taire et à cacher les maladies et les infirmités qui s'opposeraient à leur entrée au service. Les officiers de santé devront apporter une attention minutieuse et la plus grande circonspection pour démasquer la tromperie et atteindre la vérité- J'ai déjà dit , en parlant de la nécessité de visiter tous les jeunes gens indistinctement, qu'il s'en trouvait, et j'en ai donné la preuve , qui cachaient soigneusement leurs infirmités, et ne balançaient point entre le regret de marcher et la crainte ou la honte de les dévoiler. Ce sont surtout les hommes qui se proposent pour remplaçans, qui ont un intérêt visible et formel à celer les moindres
(8o) causes qui peuvent les faire refuser, les perdre de réputation, et les empêcher d'arriver à leur but qui est de contracter, mojennant une somme d'argent convenue sur laquelle ils touchent de suite quelques avances, un engagement qu'ils savent ne pouvoir renjplir en ce qui concerne le service militaire qui leur sera imposé. Tout remplaçant e^t à bon droit suspect. On ne saurait donc être trop clairvojant, si l'on ne veut point s'exposer à êlre dupe de la malice et de l'astuce des hommes de cette classe , avec lesquels la méfiance est la mère de la sûreté.
Certaines maladies dissimulées sont souvent toutà fait méconnaissables chez les hommes robustes et bien constitués , dont la santé n'en souffre point, et dont l'habitude extérieure du corps ne laisse remarquer aucune altération apparente qui puisse déceler une maladie occulte. 11 est d'ailleurs d'autant phis facile d'être trompé que les officiers de santé ne peuvent accorder qu'un très-court espace de temps à l'examen de chaque individu ; mais , en cas de doute et de soupçon , ils feront toujours bien de demander rajournemenl de l'admission du remplaçant que le remplacé sera tenu de représenler à une des prochaines séances , pour le soumettre à d'autres épreuves.
Quoiqu'il semble impossible de cacher les maladies ou les infirmités dont l'existence est palpable, et que l'œil et le tact peuvent découvrir sans peine , il en est cependant que l'on fait cesser et disparaître momenlunément , ou bien que l'on
(8i ) masque avec des moyens artificiels. Un remplaçant peut facilement faire rentrer une hernie inguinale au moment même où il va se présenter devant le conseil. On a vu un individu qui avait perdu la presque totalité des dents de la mâchoire supépérieuie en imposer par un faux râtelier. Une chaussure artislement faite dérobe le léger raccourcissement d'une extrémité inférieure. J'ai une fois déclaré impropre au service, pour cause de la dépilation complète du sommet de la tête, un individu qui me fut amené par celui qui avait l'intention de le proposer pour son remplaçant, mais qui, avant de contracter un engagement avec lui, tenait, avec raison, à être certain qu'il fût admissible. Deux mois après, le même individu se présenta chez moi pour le même sujet , dans la crojance que je ne me rappellerais plus de lui; mais je reconnus aussitôt la supercherie du faux toupet avec lequel il avait masqué la nudité du sinciput.
Il n'j a donc guère que les maladies périodiques et intermittentes que les dissimulateurs ptiissent réussir à cacher, ou bien celles dont on ne peut absolument, à raison de leur siège et de l'obscurité de leur diagnostic, constater sur-le-champ l'existence. Aussi, quelqu'attention que l'on mette à l'examen des hommes de nouvelle levée, quelque scrupuleuse que soit l'exactitude à se procurer des renseignemens sur leur compte, on ne parviendra jamais à prévenir et à empêcher que quelques hommes atteints de maladies ou d'infirmités dont les signes ne
frappent poitit les sens , et qu'iis auront aussi adroitement que malicieusement dissimulées, n'entrent pas dans la formation des contingens.
Je ne donne, ci-après, une notice énumérative des maladies et des infirmités qui peuvent être dissimulées devant les conseils de révision, qu'atin dé provoquer Péveil des consultans sur ce point. Je les distinguerai, i°. en celles que le déguisement empêche d'apercevoir sur le moment; 2". En celles qu'on ne peut découvrir et connoître qu'à la longue, parce qu'il faut qu'elles se décèlent d'elles-mêmes et soient mises en évidence par l'apparition de leurs accès et de leurs symptômes, ou bien parce que les individus sont forcés ou croient qu'il est de leur intérêt de les accuser.