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L'émaciation et répuiseraeut des forces

Combien n'est- il pas affreux de voir que les jeunes gens appelés à servir honorablement l'Elat sont quelquefois poussés par une sorte de délire sombre et tranquille à simuler des maladies qui i/imilent que trop bien la nature, et à se mutiler volontairement , dans l'espoir d'échapper au sort qui les voue pendant un temps déterminé à la profession des armes! La mutilation surtout a quelque chose d'indigne et de criminel, qui devrait tourner à la honte de celui qui a eu la poltronnerie et l'infâme courai^re de se faire violence à l'aide d'un instrument meurtrier. Quelques exemples prouvent quedes opérations graves, et même la mort, ont été les suites de ces odieuses et coupables manœuvres.

Les mutilations volontaires ne difiPèrent point toujours d'une manière assez tranchante des mutilations accidentelles, pour qu'il soit facile de prononcer immédiatement sur le compte des jeunes gens qui se présentent avec de pareilles infirmités. Il est cependant de la plus haute imporlance que le conseil de révision prenne des informations exactes sur les causes et les circonstances de la mutilation , afin de statuer sur la fausseté ou la vérité du fait, et que dans le cas où il serait prouvé que la mutilation a été tout -à- fait volontaire, l'homme fût mis à la disposition de S. E. le Ministre de la guerre. Des peines sévères devraient être portées , afin de prévenir de semblables violences et d'f fFrayer ceux qui, ennemis d'eux mêmes, seroient tentés de recourir à de semblables mojens

(94) pour se rendre impropres à servir le Roi et lent

Les voies suivies par les jeunes gens pour se procurer des maladies et des infirmités factices , sont très- variées!, et il n'est que trop commun de Toir des marchands de drogues, des charlatans, de cupides médicasties de campagne et des jongleurs de toute espèce, leur prêter leurs intéressés et malfaisans services. Il ne sera pas inutile de rappeler quelques-unes des ressources en ce genre; leur connaissance peut aider à découvrir la fourberie. Les uns emploient à se faire des solutions de continuité, sur les extrémités inférieures surtout, et à imiter des affections cutanées, des substances rubéfiantes, irritantes, caustiques, solides ou liquides, telles que les vésicatoires, le sinapisme, la teinture de cantharides , Tacide nitrique , certaines plantes acres , la chaux vive, le phosphore, une forte solution alcaline et autres lotions douées des mêmes propriétés; les autres se procurent une ophthalmie en irrilant les jeux avec un morceau d'une grosse étoffe de laine, en s'introduisant dti tabac entre les paupières, ou par l'action d'une lotion irritanie, par l'exposition répétée des jeux à une vapeur de même nature ou à un vent coulis, etc. Un individu avait assez bien simulé la teigne, en appliquant sur le cuir chevelu une pâte irritante composée avec du beurre rance, du miel jaune, du soufre et une petite quantité de cantharides en poudre : sa tête exhalait une odeur extrê-

fiiement fétide et repoussante , qui était capable de faire croire la maladie réelle à celui qui se serait borné à un examen superficiel. On a vu un homme tenter d'imiter le scorbut des gencives, en masticant du nitrate d'argent qui en causa Férosion et l'u^lcération. L'extraction des dents, Faction sur elles d'une liqueur corrosive, sont malheureuse meut des moyens trop connus. J'ai vu ua individu appartenant à la légion des Ardennes, qui croyant se faire exempter, s'était fait couper avec des pinces ou des petites tenailles, un peu audessous de leur collet, les dents incisives et canines de la mâchoire supérieure , dont il avoit sans doute ouï dire que la perte était un cas de dispense du service militaire. L'insufflation de l'air par une ouverture faite à la peau , et à l'aide d'une seringue, d'un tube ou d'un chalumeau, est imitée des bouchers qui soufflent leurs animaux. Il en est qui simulent une hydropisie ascite et vaginale , moyennant l'injection d'un liquide aqueux et innocent. L'émétique , le tabac, avalés ou mêlés adroitement, à petites doses et à diverses reprises, aux alimens, procurent le vomissement annoncé. L'ingestion de substances particulières et vénéneuses, dont la connaissance devrait toujours rester profondémeni cachée au vulgaire, produit la faiblesse du pouls, la folie furieuse, les palpitations et la goutte-sereine, La fièvre, enfin, a été simulée à l'aide de suppositoires acres et corrosifs.

Je ne peux que rappeler ici ce quej'ai déjà dit à l'occasion des maladies douteuses , dissimulées et

difficiles à constater : l'ajournement en facilitera i'e-xamenqui,ph3,sieiirs fois répété, confirmera ou infirmera l'existence de celles qui sont soupçonnées d'être feintes. Les hommes atteints de maladies lactices devront être aussi spécialement surveillés par le maire qui les forcera à se faire traiter, ou qui les fera traiter aux frais de U commune. Il serait; préférable que tout individu appelé, convaincu de s'être procuré une maladie qui exige des soins particuliers et méthodiques, (ût placé de suite à Fhôpiial et traité à ses dépens, à raison du prix de la journée, fixé par le gouvernement.

Ce n'est pas sans raison que nous rappellerons ici dans l'intérêt de Ihumanité et d'une bonne administration civile , qu'il est du devoir des fonctionnaires publics de couper pied au mal, ou du moins de l'attaquer dans quelques-unes de ses racines, en mettant à exécution les lois et les règlemens de police concernant l'exercice de la médecine ainsi que la vente et la distribution des médicamens et autres substances nuisibles, qui semblent totalement oubliés , et qui devraient pourtant être maintenus dans la plus grande vigueur. L'honnête homme gémit chaque jour de voir le vulgaire, simple, crédule et toujours facile à tromper, devenir la dupe ou la triste vicliniC de charlatans déhontés et de nombreux guérisseurs, qui sont aussi ignorans qu'ils se montrent officieux el empressés à mal faire.

Ainsi, toutes les fois qu'il existera des preuves certaines que des jeunes gens désignés par le sort

( 97 ) et convoqués devant le conseil de révision se sont créé des maladies et des infirmités , au mojen de substances qui leur auront été vendues, ou dont lapplication leur aura été faite par des personnes intéressées , à dessein de les mettre en état de pro-duire des motifs pour réclamer Texemption du service militaire, il est vivement à désirer de voir MtVI. les préfets prompts à déférer aux tribunaux civils une plainte contre les auteurs des délits contravention nais dont il est question. Ce n'est que par une grande sévérité envers les délinquans, que Ton préviendra une infinité d'actions aussi lionteuses que coupables, et qui ne se multiplient souvent que par l'effet de l'impunité et du mauvais exemple.

8"^. Renseignemens a obtenir par les conseils de révision dans les cas de maladies obscures, difeiciles a constater , factices ou simulées.

Autant les renseignemens exigés par la loi sont indispensables pour éclairer la conscience des membres du conseil et fonder leur jugement, autant ces mêmes renseignemens doivent être impartiaux, positifs et authentiques. Pour leur assurer ces qualités, je vois peu de choses à ajouter à ce qui est prescrit par les instructions sur les appels. Voici, cependant, ce qui me paraîtrait désirable à ce sujet.

Les jeunes gens qui ont à faire valoir une maladie ou une infirmité dont la confirmation exige

(S8) des renseignemens particuliers, seraient tenus de présenler trois certificats délivrés par trois personnes de leur commune, d'une moralité connue, et les plus dignes de confiance. Le premier le serait par le maire; le second par le chirurgien ou le médecin qui a connu ou traité le jeune homme nominativement désigné; et le troisième par le curé de la paroisse. Ces certificats porleraient que l'infirme est atteint réellement et depuis long-temps de la maladie accusée ; qu'il a été constamment vu dans cet état; que tout soupçon de simulation doit être éloigné, et foi peut être ajoutée à sa réclamation.

Lecture faite, à haute et intelligible voix , de ces certificats pour leur donner un caraclère de notoriété publique, M. le président du conseil interpellerait à son choix, l'un après l'autre, trois pères de famille, et trois jeunes gens de la même classe et de la même commune, qui ne seraient point leurs fils, et qui déclareraient n'être ni parens , ni alliés, ni serviteurs de l'individu actuellement appelé, ce que confirmerait le maire. Ces jeunes gens seraient choisis parmi ceux dont les numéros sont supérieurs au sien. Lorsque la liste de tirage toucherait à sa fin, on interpel lerait les jeunes gens qui ont des numéros inférieurs , et qui, peutêtre, rendront plutôt hommage à la vérité, que ceux qui ont des numéros supérieurs. Il serait pris note de i'enquêle ainsi faite publiquement , et s^il arrivait pendant les six mois qui suivront la clôture de la liste départementale, qu'il fût prouvé que

(99) les cerlificals et les renseignernens donnés ëlaient faux et trompeurs, et qu'un individu a élé injustement admis ou exempté à tort , dans Fun et l'autre cas son remplacement serait ordonné aux dépens de ceux qui ont signé les cerlifîcats et fait de fausses déclarations devant le conseil de révision.

Les certificats demandés ne seront des pièces juridiquement exigibles que dans les cas de maladies et d'infirmités sans signes extérieurs ou caractères apparens , et que les jeunes gens peuvent, pour celte raison, simuler à volonté.

On ne doit tenir aucun compte de tous les autres certificats ; d'abord parce que leur lecture, le plus souvent insignifiante, ferait perdre beaucoup de temps; ensuite, parce qu'il est bien reconnu qu'ils ne méritent aucune confiance, et qu'ils ont été presque tous achetés, mendiés, ou complaisamment délivrés : ils doivent donc être lacérés publiquement. Je sais bien que l'attestation sincère d'un médecin intègre , qui a vu et traité un malade , peut lever des doutes et fournir des éclaircissemens utiles dans certains cas ; mais les avantages sont trop peu de chose en raison des inconvéniens. Ces certificats officieux et banals, ceux délivrés surtout par les chirurgiens et les médecins de campagne, outragent quelquefois si ouvertement la vérité, par leur sens entortillé et leur rédaction mal conçue, qu'ils sont plus nuisibles qa'uliles à ceux qui en sont les porteurs.

Je n'ai eu, en publiant ce Mémoire , l'intention d'accuser personne, ni la prétention d'éclairer mes confrères, qui sont tous aussi pénétrés que moi du sentiment et de l'importance de leurs devoirs , et pareillement animés du désir de bien servir S. M. Je ne pense donc point que le contenu de ce Mémoire puisse donner lieu à aucune interprétation désavantageuse. Mon unique but a été de présenter quelques vues tendant à perfectionner le mode adopté pour le choix des hommes de nouvelle levée appelés au service militaire, de signaler à l'autorité supérieure les abus que j'ai remarqués, et de lui indiquer à la fois la cause du mal et la nature du remède.

Je m'estimerai heureux si ce faible travail obtient le suffrage de MM. les membres du conseil de santé militaire, et de S, E. le Ministre Secrétaire d'état au département de la guerre.

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