‹ Mémoire sur le choléra [microforme]Chapitre 9 sur 17 · DEVOIRS PUBLICS ET PRIVÉS EN TEMPS DE CHOLÉRA · texte numérisé non relu

DEVOIRS PUBLICS ET PRIVÉS EN TEMPS DE CHOLÉRA

La menace d’un danger public, ou, qui plus est, la présence de circonstances calamiteuses au sein d’une population ajoute nécessairement aux devoirs ordinaires que chacun doit remplir dans l’état de s0ciété.

L'Etat, les corps municipaux, les associations, certaines professions et les individus ont tous et chacun, des devoirs à remplir, devoirs plus ou moins onéreux, souvent pénibles et même dangereux.

Le choléra, étant un des fléaux les plus terribles qui puissent visiter une population, ne peut faire son apparition au sein d’une société sans appeler les ci-

.toyens à l’accomplissement scrupuleux de ces devoirs

dans l'intérêt de tous. Les mesures à prendre exigent, du reste, le concours universel des membres de la communauté ; car en vain l'Etat ferait-il sa part si les corps publics se refusaient à faire la leur, en vain

les corps publics prêteraient-ils à l'Etat leur coopéra-

tion si les institutions, les familles et les individus

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négligeaient ce qu’ils ont à faire en semblable occurrence.

Il y a solidarité dans le danger, il y a donc communauté d'intérêt appelant une action commune pour la défense.

A l'Etat le devoir de travailler à l’organisation générale, à la surveillance extérieure et à l’enseignement public: il doit tenir les grandes gardes et défendre les approches, si la chose est possible. La loi de santé qui forme le chapitre, 38 des Statuts Refondus du Canada, et les lois concernant la Quarantaine définissent les devoirs de l'Etat dans l’espèce, en dehors de ce qui appartient, naturellement et de droit, à l'administration publique.

Répandre des idées saines et de sages avis sur la matière, mettre les autorités locales en demeure de faire la part que là loi leur assigne, instituer un Bureau central de santé, avec lequel les bureaux locaux et les individus puissent entrer en communication, sont encore des devoirs dévolus au gouvernement, chargé qu’il est de communiquer à l’ensemble de la société cette unité de but et cette uniformité de moyens nécessaires en tout état de cause.

Ces remarques relatives aux devoirs de l’Etat ne sont point ici placées pour instruire l'Etat de ses devoirs; mais au contraire pour prémunir le public contre cette erreur trop commune qui consiste à tout attendre du gouvernement, et à négliger ainsi de faire ce qu’il appartient aux corporations et aux individus de faire et ce dont l'Etat ne peut pas se charger.

Les devoirs des corps municipaux sont plus étendus que ceux de l'Etat dans leurs détails, mais l’action de ces corps est restreinte, quant à l’espace, aux limites de leur jurisdiction. Il est du devoir des conseils municipaux d’ordonner les mesures de salu-

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brité requises et de veiller à leur exécution, de fournir aux pauvres les choses nécessaires et en cas de maladie, les soins dont ils ont besoin; ils doivent s’éclairer dans leurs délibérations des conseils d’hommes qui, par la nature de leurs études et le fait de leur profession, sont en état de donner de sages avis.

Les institutions, les familles et les individus doivent toujours être prêts à faire ce que les circonstances demandent d'eux, en s’abstenant de ce qui est défendu et en donnant à ceux qui en ont besoin les secours qu’il est en leur pouvoir de dispenser.

C’est un devoir de tous les jours d'éviter tout ce qui peut-être cause de malaise ou de détriment pour le prochaiïn ; mais ce devoir devient, en quelque sorte, encore plus obligatoire en temps de calamité publique, alors que le fardeau de la vie devient beaucoup plus lourd que d'ordinaire.

Une responsabilité plus grande s'attache à tous les actes de la vie commune ou privée, dans ces temps de dangers, quand l’abus ou l’usage indiscret des choses, quand un mauvais badinage, une fausse rumeur, une nouvelle vraie maïs dite hors de propos peuvent apporter au sein des familles la douleur, la terreur et même la mort.

Les temps d’épidémie, alors que la main du Très-Haut pèse sur nous, doivent être marqués par une réserve plus qu'ordinaire, par la sobriéte de l’esprit et du corps, par la simplicité et la dignité des mœurs, par la surveillence sur soi-même et la charité envers le prochain.

La suite de ce mémoire est vouée à l’énoncé des principes généraux qui doivent présider à la direction des corporations et des individus en temps d’épidémie ; s'adressant à tous et nécessairement limité à des généralités, ce travail ne peut pas avoir pour but de départir une connaissance profonde de choses

90) ou oi dont l'intelligence complète est, de nécessité, le privilége exclusif de ceux qui ont voué leur vie aux études médicales.

Au reste, il serait dangereux d’en dire plus que ce que la communauté des hommes peut facilement comprendre par une étude superficielle, autremeut les mécomptes, qui accompagnent toujours une demi science, pourraient être la cause d'erreurs fatales.

Ceux qui se pénétreront de la teneur des conseils qui sont ici donnés, dans le désir sincère de faire ce qu'ils doivent à eux-mêmes et à la société, en quelque capacité que ce soit, sauront bien comprendre quand ils pourront et devront agir et quand il sera nésessaire de s’aider des conseils et du ministère de ceux qui ont pour mission spéciale d'acquérir, pour tous, un savoir qu’il est impossible à tous d'acquérir

chacun pour soi.

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