DE L'ÉDITEUR
En 1834, la commission de l'Institut royal de France , nommée pour le prix de linguistique fondé par M. le comte de Volney, proposa, pour le concours de l’année suivante, cette
question :
Déterminer le caractère grammaucal des langues de l'Amérique du nord connues sous les noms de Leni-Lennape, Mohegan et Chippawary.
La commission était alors composée de MM.
Pour l'académie française. Destuit de Tracy.
Raynouard, président.
Jay.
Peur l'académie des inscriptions. Eugène Burnouf, secrét: Amedée Jaubert.
Reinaud.
Pour l’académie des sciences.. Flourens.
Dans la séance publique annuelle des cingacadémies de l’Institut, tenue le 2 mai 1835 ,. le prix fut décerné au Mémoire de M. P. E. Du.
Ponceau, résidant à Philadelphie.
M. Du Ponceau est-Francais; il a vu le jour:
dans l'ile de Ré, appartenant à ce pays d'Aunis qui a vu naître Samuel Champlain, auteur d'un bon Voyage au Canada, et beaucoup d’autres des premiers colons de la Nouvelle-France. A peine M. Du Ponceau avait terminé ses études, que, très jeune encore , son goût pour les sciences et les lettres l’'amena à Paris. Plusieurs des, savans et des littérateurs du temps l'accueillirent,
avec bienveillance : il sé concilia l'amitié du cé=
= VII — lèbre. Court de Gébelin, dont ilétait secrétaire en 1777.
A cette époque, horizon politique s'obscur= eissait,, la France montrait la ferme volonté d'aider les provinces anglaises de l'Amérique septentrionale dans leurs tentatives de briser les liens qui les attachaient à leur métropole. Un militaire allemand, le baron de Steuben, qui avait résolu d'aller offrir ses services à la république naissante, eut occasion, en passant par . Paris , de voir M. Du Ponceau; il lui proposa de l'accompagner comme secrétaire et même comme aide-de-camp : il est bien difficile à un Francais de résister à des. offres de ce genre. Voilà donc. M. Du Ponceau embarqué pour l'Amérique ; il fit quatre campagnes sous les drapeaux des Etats-Unis. Le baron de Steuben avait été nommé major-général et de plus inspecteur-
général de leurs armées.
Quand la paix eut. été conclue en 1763; M. Du Ponceau fut attaché à l'administraüon du:
pays, et devint sous-secrétaire d'état au .dépar-
tement des affaires étrangères, sous M. Livingston, puis sous M. Munroe. Mais plus tard, lorsque dans les premières années du dix-neuvième siècle, un calme complet eut succédé aux orages qui avaient grondé sur l'Amérique du | nord, M. Du Ponceau voulant se placer dans une position parfaitement indépendante, étudia la jurisprudence. Ayant subi les examens nécessaires , il fut reçu avocat, et depuis ce moment
il exerca cette profession.
Cependant les années vinrent , et comme elles ne lui permettaient pas de suivre les affaires avec l’assiduité que celles-ci réclament, il se retira peu à peu du barreau. Toutefois, un repos absolu lui étant impossible , il consacra son temps à des travaux littéraires. Il publia dans la langue du pays plusieurs ouvrages de philologie, de littérature, de jurisprudence, et donna une preuve de ses connaissances en linguistique, par la traduction en anglais du manuscrit allemand de la grammaire Lenni-Lénâpé de Zeisberger, et par celle du livre de Campanius écrit en sué—
dois, sur la contrée nommée d'abord Nouvelle-
Suède, qui fait aujourd'hui partie de la Pennsyl-
yanie.
Les compatriotes d'adoption de M. Du Ponceau ont récompensé son zèle pour les lettres : depuis plus de dix ans, il a été, chaque année, réélu président de la Société philosophique américaine ; il a succédé dans cette place à Jefferson, qui avait eu Franklin pour prédécesseur. M. Du Ponceau est également président d’autres sociétés savantes de Philadelphie et membre de plusieurs compagnies du même genre en Europe. Il n’est donc pas surprenant que l'appel fait aux philologues par l’Institut de France lui ait inspiré le désir de se lancer dans l’arêne. Cette tentative a été heureuse; il a obtenu le prix.
Flatté du suffrage honorable du corps illustre qui lui avait adjugé la palme, M. Du Ponceau songea naturellement à faire imprimer le Mémoire auquel il devait une distinction, dont à
juste titre 1l était glorieux; mais des obstacles
me
mdépendans de sa volonté ont long-temps retardé l'exécution de son dessein.
Vers la fin de 1835, il me chargea de veiller à son accomplissement. J’acceptai avec plaisir cette tâche flatteuse; des embarras inattendus entravèrent mes démarches; néanmoins je pus,, grace à l’obligeance de M. Raynouard et d’autres membres de la commission, faire entrevoir à M. Du Ponceau qu’elle n’était pas éloignée d’encourager la publication de son Mémoire; j'ajoutai que, lorsqu'il me serait parvenu, j'espérais que cette attente se réaliserait.
Quand deux correspondans sont séparés l’un de l’autre par un intervalle d’à peu près quinze cents lieues à travers l'Océan, il n’est pas étonnant qu'ils soient quelquefois contrariés par des délais. Après que le manuscrit eut été copié à Paris, il fallut envoyer cette copie à Philadelphie ; l'auteur revit son Mémoire, il y ajouta une préface et un discours relatif au sujet qu'il avait traité : tout cela prit beaucoup de temps. Enfin, au mois d'octobre 1837, ces manuscrits furent
entre mes mains.