‹ Mémoire sur le traitement chirurgical des abcès du sein, par la méthode du drainageChapitre 11 sur 11 · Même état. Même traitement · texte numérisé non relu

Même état. Même traitement

1G. Va trés-bien. On supprime une des canules, devenue inutile par la diminution de la suppuration.

Les jours suivants, on raccourcit progressivement la canule restante. 4 octobre. Suppression de la canule.

7. Cicatrisation de la plaie. Le trajet listulcux est fermé. La malade sort entièrement guérie.

D'après ce qui est généralement connu à l'égard do la dilliculté qu'on éprouve à obtenir la cicatrisation délinitive des alicès chroniques du sein et à prévenir, dans les cas de ce genre, la formation de trajets fistulcnx qui peuvent persister pendant dos mois entiers, nous croyons ([ue la guérison a été ici très-prompte d'une manière relative, et que la durée de la maladie eût été beaucoup plus longue avec tout autre traitement que celui qui a été employé. C'est donc là encore une forme d'abcès du sein dans laquelle l'emploi des lavages et des canules peut rendre de véritables services.

ABCÈS C.\NAUCULAinE Dli SEIN GAUCHE; INCISIO.V, LAVAGE, OCCLUSIO.N ; GUKIIISON AU BOUT DE QUELQUES JOURS.

Obs. YIl. — Marie Guillaume, 23 ans, domestique. Entrée le 29 avril 1854 à l'hôpital Larlboisièrc.

Cette femme accouchée il y a un mois à l'hôpital des Cliniques, renonça à nourrir son enfant à cause des gerçures qui survinrent aux mamelons des deux seins. Bien que ces gerçures n'aient produit aucun engorgement ganglionnaire aux aisselles, elles semblent avoir clé le point de départ d'accidents indammaloircs à la mamelle droite d'abord, puis à la mamelle gauche.

liors dercnlrcc de la malade à l'hôpilal, un a!)cès survenu au sein droit était et avait été ouvert en ville, il n'a laissé d'autre trace qu'une induration un peu douloureuse de l'iiémisphèrc inférieure delà glande ; mais un aub-o ahcès trèsdoulourcu.'v existe au sein gauche et détermine une légère saillie des téguments au niveau de l'auréole; la ilucUiation n'est évidente qu'en ce iwint. Le 30 avril une ponction longue d'un centimètre est pratiipiéc avec un bistoun étroit ; elle donne issue à un pus crémeux et bien lié, mêlé à du lait et a des grumeaux de matière casécuse; la quantité considérable de eu liquide n'est

nullcnicnl en rapport avec la saillie fort médiocre qu'il faisait sous la peau. Une douche est envoyée dans le foyer avec un irrigaleur conlcnanl un liirc et demi d'eau tiède environ, puis une ventouse à pompe appliquée sur la ponction donne issue au licpiiJe encore contenu dans la pocbc dont la détersiou est complétée par une nouvelle douche, suivie d'une nouvelle application de la ventouse.

Après ces diverses manœuvres qui causent à la malade une assez vive douleur, on panse la plaie par occlusion. Une heure après les douleurs ont presque lolalemcnt cessé, non-s<|^lemcnt celles (pie l'opéralion a produites, mais aussi celles qui se manifestaient spontanément lors de l'entrée de cette femme dans les salles.

30 avril et l" mai. Cet état de calme persiste.

2 mai. Quelques élancements faisant craindre que du pus ne se soit reformé, le pansement est enlevé et une douce pression exercée sur le foyer fait sortir une petite quantité de matière purulente. Une nouvelle douche est envoyée dans la poche, mais elle n'est plus suivie de Vaspiration avec la ventouse; puis un pansement par occlusion est rétahli sur la plaie et maintenu par une bande qui exerce sur la mamelle une compression modérée. Le soir, il est à peine revenu delà douleur; par excès de jirévoyance, on enlève le pansement sur lequel on trouve un peu de lymphe plastique échappée de la plaie; mais des pressions exercées en tout sens sur le foyer ne faisant pas sortir la moindre quantité du pus, le pansement est encore réappliqué.

A partir de ce moment, il n'y a plus aucune douleur soit spontanée soit à ht pression, et le 11 la malade quitte l'hôpital complètement guérie. L'induration douloureuse qui siégeait dans la glande mammaire droite est en voie de résolution.

La lecture des travaux publiés par M. Velpeau (pages 190 à 197 do sou TuAiTÉ DES MALADIES DU SEIN) déiuontrc que les abcd^s qu'il appelle glandulaires, lesquels comprennent pour nous deux variétés : les inlerlobuiaircs et les canaliculaircs, ont une durée moyenne qui est presque toujours assez considérable. 11 y a donc lieu de faire remar([uei' (pic la guérison de l'abcès dont on vient de rapporter l'Iiisloirc a été singulièrement activée par la méthode thérapeutique mise en usage.

Oiielqiics cliiiïrcs indiqués par M. Velpeau, dans les travaux qu'il a publiés, mettront à même d'apprécier combien la guérison a été rapide dans le cas particulier.

Abcès glandulaire des deux seins, 24 ans, lingère. Guérison en 38 jours.

— du sela droit, 26 ans, couturière. Guérison en 25 jours.

— du sein gauche, 20 ans, couturière. Guérison eu 43 jours.

— — 25 ans, cuisinière. Guérison en 10 jours.

Abcès glandulaire des deiu seins, 20 ans, femme de boutique. Guérison en

35 jours.

— du sèin droit, 50 ans, épicière. Guérison en 18 jours.

ABCÈS CANALICULAIRE DES DEUX SEINS; LAVAGES QUOTIDIENS; CANULES EN Y; CICATRICES LINÉAIHES; GUÉRISON.

Obs. VIII. — Louise Nicaise, 23 ans, lingère, rue de la Tour-d' Auvergne; n" 18 ; entrée le 3 octobre 1854 à l'hôpital I#ril)oisière.

Cette femme est accouchée il y a un mois; l'enfant est mort (iiielques heures après sa naissance. Au bout de qijelques jours, le sein droit est devenu le siège d'élancements fréquents, et peu de jours après l'apparition des douleurs, il devint rouge et tuméflé. Un point fluctuant apparut ensuite au niveau de l'hémisphère supérieur, un peu au-dessus du mamelon, et l'abcès, auquel ce point correspondait, s'ouvrit dclui-môme le 3 octobre, jour de l'entrée de la malade. Lavages avec l'irrigateur et canules en Y.

5 octobre. — On cousiatc l'existence d'un autre abcès siégeant également dans l'hémisphère supérieur du sein droit. Bien que la fluctuation ne fut pas bien manifeste, on n'hésite pas à pratiquer une incision qui donne issue à une certaine quantité de pus mêlé de lait et de grumeaux laiteux. Lavages et canules, cataplasmes.

L'emploi de ces moyens est continué tous les jours avec persévérance.

Le 16 octobre, époque à laquelle les deux ouvertures fistuleuses du sein droit étaient à peu près complètement cicatrisées , le sein gauche s'enflamma, et les jours suivants on eut à omTir, à quarante-huit heures de distance, deux abcès occupant l'hémisphère supérieur de ce sein. Incision aussitôt cpie la Iluctuation a pu être perçue, issue d'un pus abondant mêlé de lait. Lavages, canules en Y, cataplasmes.

29 octobre. — Cicatrisation de toutes les ouvertures restées fistuleuses.

Le sein ne présente aucune déformation. Les cicatrices sont très-petites et tout à fait linéaires.

Bien que cette malade soit restée près d'un mois à rhôpital, on voit que la guérison pour chaque sein, considérée isolément, a été trèsrapide, puisqu'elle s'est accomplie pour le sein droit en moins de douze jours; pour le scia gauche en moins de quinze. D'un autre côté, si l'on remarque que deux abcès se sont développés sur chaque sein à quelques jours de distance l'un de l'autre et que ces abcès dans ces deux seins occupaient l'hémisphère supérieur, on comprendra que nous ayons cru devoir appeler l'attention sur les avantages réels que nous avons retirés dans cette circonstance, pour la rapidité de la guérison, de notre méthode de traitement.

Bien que nous ayons eu aQaire, daus ce cas, à des abcès multiples, le sein n'eu a pas éprouvé pour cela la moindre déformation. C'est à peine, comme on l'a vu, s'il existait des cicatrices linéaires perceptibles.

Enfin, un autre résultat non moins remarquable de notre méthode a été l'amélioration survenue dans la santé générale de la malade dans un très-court espace de temps. Cette femme, eu effet, qui s'était présentée à nous, paie, chétive, dans un état d'amaigrissement et de débilité prononcé, est sortie de l'hôpital fraîche, forte, et avec toutes les apparences d'une excellente santé.

Des faits que nous venons de rapporter, de ceux bien plus nombreux encore que nous n'avons pas cru devoir faire entrer dans ce travail, il résulte pour nous :

1° Que l'on peut singulièrement abréger la durée des abcès du sein, même de ceux qui sont, à bon droit, considérés comme étant les plus rebelles.

2' Non-seulement on abrège la durée des abcès, mais encore on prévient des extensions et des récidives dont nous avons expliqué le mécanisme dans la première partie de notre travail sur la réunion primitive des abcès du sein.

3° Les moyens par lesquels on obtient ces résultats remarquables sont les suivants :

a. Aussitôt qu'on a reconnu l'impossibilité d'obtenir la réunion primitive, on fait un lavage très-exact de la cavité purulente.

b. On place dans l'intérieur de cette cavité une canule, non pas de l'espèce de celles qu'a proposées notre excellent maître, M. Clgquet, et qui par leur consistance, quoiqu'on les appelle canules élastiques, sont trèsdifllcilement supportées par les tissus enllammés, mais bien ces tubes de caoutchouc parfaitement souples, dont on a soin de tailler l'extrémité en bec de flûte, tandis que l'autre extrémité, divisée en deux espèces de lanières, est maintenue au moyen de bandelettes de diarhylon.

c. Chaque jour le lavage de l'intérieur de l'abcès est renouvel» ainsi que le nettoiement de la canule et sa réapposition.

d. Des cataplasmes de farine do graine de lin ou de riz crevé mêlé

d une ccrlaiac quaiililé (.l'huile d'araaiides douces, puis recouverts de talTetas gommé, constituent le pansement,

e. On arrive à la suppression graduelle des cauules en raccourcissant peu à peu la portion du tube qui est introduit dans la plaie, puis en ne mettant la canule que de deux jours l'un, avant d'arriver à la supprimer tout à fait.

Page 1