‹ Mémoire sur le traitement de la cataracteChapitre 11 sur 11 · DIXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DIXIÈME OBSERVATION

Mademoiselle Leroi , âgée de soixante ans , d’une bonne constitution, après avoir été complètement mouillée par une pluie d’orage dans le mois de juin l 8 1 1 , s’aperçut d’un grand affaiblissement de la vision; ^4 juillet 1 8 1 1 , cécité complète , résultant de la formation de deux cataractes. Opérée par la méthode de l’extraction , cette malade n’a point recouvre la vue. *

Le 6 mai 1 8 1 8 , mademoiselle Leroi vient me consulter après sept ans de cécité. Elle distingue Je jour des ténèbres , mais ne voit ni objet ni couleur.

Les yeux paraissent vifs, les cornées transparentes présentent transversalement une cicatrice blanche , plus marquée à droite qu’à gauche. L’iris est invisible dans l’oeil droit; à gauche on aperçoit, non pas un cercle, mais une fente linéaire verticale, dilatée au milieu de sa longueur, où elle est large d’une demi-ligne.

Je conseille à la malade de ne rien entreprendre ; elle me demande si , du moins, je ne pourrais pas calmer des douleurs de tête continuelles et violentes, qui ajoutent un supplice cruel à son infirmité. Je me décide à b^ cautériser au sinciput.

7 mai 1818. La malade voit beaucoup mieux le jour de l’oeil gauche 5 elle distingue mes cheveux du reste de la tôle. L’œil droit 11’aperçoit que la lumière.

e5 juin. Mademoiselle Leroi voit assez de l’œil gauche pour se conduire; la fente de l’iris est devenue ovale ; cette membrane est toujours invisible dans l’œil droit.

17 juillet. La malade se rend à l’ Iiôtel-Dieu, où M. Dupuytren lui fait l’opération de la pupille artificielle dans l’œil droit. Il en résulte une ouverture triangulaire de l’iris. Le grand angle regarde en haut: depuis ce moment, la vision existe dans les deux yeux. La malade se conduit seule; elle écrit sans distinguer parfaitement les lettres.

Août i8s5. La malade voit à lire et à écrire.

Il me serait facile d’ajouter d’autres laits à ceuxci ; mais pourquoi grossir le nombre de ces pages si l’intérêt qu’elles offrent n’en peut recevoir d accroissement? J’ai cité avec toute l’exactitude possible ce que j’ai observé de positif. Je me suis attaché , comme je le devais, à présenter les cas où le traitement na pas réussi. Je ne l’applique plus dans ces circonstances que l’expérience m’apprend à reconnaître. Quant à d’autres exemples qui paraissent déposer en faveur du traitement, j’ai résolu de les soumettre

à une observation ultérieure, soit parce qu’ils ne rendraient pas les premiers plus intéressans , soit pour attendre que le temps confirme ce qu’ils me semblent avoir de plus remarquable.

Le lecteur pressent peut-être les inductions qui me paraissent découler de ces observations*, il est possible de combattre la cataracte par les moyens que j’ai proposés contre les afiections cérébrales et oculaires chroniques. Les probabilités de succès varient suivant le degré de développement et les complications de la maladie. Lorsque l’opacité du cristallin est très-prononcée, et la vision presque abolie, il n’est probablement plus temps d’employer ce traitement; mais comme il tend constamment à améliorer l’état du cerveau , des yeux et généralement de tous les organes, on pourrait encore y recourir dans le cas où l’opération de la cataracte n’offrirait que peu -de chances favorables , ou afin de disposer les yeux à ressentir plus facilement les effets de cette dernière ressource.

Les praticiens , pour qui ces observations sont nouvelles, seront d’autant plus portés à les accueillir qu’ils savent très-bien qu’on a vu quelquefois des cataractes se dissiper spontanément. Ces guérisons , rares il est vrai , et dont M. le professeur Laennec i m’a cité un exemple , attestent un changement dû \ à l’action normale des lois de l’organisation. On en

!voit un autre exemple , sinon identique , du moins analogue sous le rapport des résultats , dans l’observation de la princesse de Revel , chez laquelle le

développement de l’anthrax a produit soudainement la disparition de tous les symptômes produits par la lésion de le moelle épinière. Ces faits et ceux que je publie, ne doivent-ils pas faire désirer aux praticiens de tenter à l’intérieur et à l’extérieur des médications dont il puisse résulter des succès semblables dans une maladie si commune et si fâcheuse (t)?

(1) Dans la plupart des cas , l’empirisme a précédé le peu d’explications qu’offre aujourd’hui la médecine. Comment, en effet, aurait-on compris les altérations de phénomènes dont l’état normal était ignoré? Dans les observations de M. Gondret , il semble qu’on trouve une application de mes expériences sur la cinquième paire. Pourquoi, en effet, en agissant sur ce nerf, ne pourrait-on pas modifier la nutrition de l’œil , qui est évidemment liée avec l’intégrité de la cinquième; et si le défaut d’action amène l’opacité , pourquoi l’excitation n’amènerait-elle pas la disparition de cet état? Rien n’est encore certain sur ce point, mais cette recherche mérite toute l’attention des physiologistes et des médecins.

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