ACTION DU CHLORE SUR L’ÉTHYLAMINE
Le chlore réagit immédiatement sur la solution d’éthylamine. La réaction se fait avec production de chaleur et elle est accompagnée d’un dégagement insignifiant de gaz azote. Il se forme de l’éthylaminebichlorée et du chlorhydrate d’éthylamine, comme le fait voir l’équation suivante :
3 C4 H’ Az -+- 4 CI = 2 Cl H, C4 H7 Az -+- C4 j |?‘t j Az.
Pour préparer i’éthylamine bichlorée j’ai fait arriver un courant de chlore lavé dans une solution d’éthylamine assez étendue et renfermée dans un tube large de trois centimètres, auquel se trouvait soudé, à la partie inférieure, un tube d’un centimètre seule-
AMMONIAQUES COMPOSÉES, ment de diamètre. A mesure que le cldore arrive dans la solution il est absorbé, et, si l’on n’avait soin de refroidir la liqueur en plongeant le tube dans la glace, le dégagement de chaleur que produit la réaction pourrait donner lieu à la décomposition partielle du produit. L’éthylamine bichlorée qui se forme avec la plus grande facilité tombe en grosses gouttes au fond de la solution, et vient se rassembler dans le tube étroit dans lequel le produit déjà formé se trouve soustrait à l’action d’un excès de chlore qui le décompose. La réaction est terminée lorsque le chlore n’est plus absorbé. On frouve alors dans le tube inférieur un liquide jaune, limpide, souvent rempli de petits cristaux provenant sans doute de l’action d’un excès de chlore. Pour le purifier on l’agite avec un peu d’eau pure et on le rectifie sur le chlorure de calcium.
A l’état de pureté c’est un liquide très-fluide, d’un jaune clair; son odeur est pénétrante et provoque la toux et le larmoiement. 11 bout à 9 i°, et distille facilement en se condensant en un liquide limpide, qui, conservé pendant quelques jours, laisse déposer souvent de petites paillettes incolores. Lorsqu’on surchauffe sa vapeur dans un tube, elle détonne, sans cependant briser le vase.
Un excès de chlore solidifie l’éthylamine bichlorée en la transformant en petites paillettes.
L’ammoniaque liquide la dissout et la décompose du jour au lendemain.
La potasse caustique la décompose lentement; il se forme du chlorure de potassium, de l’acétate de potasse, et de l’ammoniaque. Il se dégage, en même temps, une petite quantité d’un gaz chloré, qui n’est pas de l’éther chlorhydrique, cl il se forme quelques gouttelettes d’un liquide huileux, d’une odeur fort désagréable, rappelant, jusqu’à un certain point , l’odeur alliacée que répand l’éther cyanhydrique impur. Ces deux derniers produits sont sans doute le résultat d’une décomposition secondaire. La réaction principale s’exprime d’une manière fort nette par la formule suivante :
C4 H5 Cl2 Az -t- 3 KO H- FtO = C4 H3 0\ KO -+- Az H3 -+- 2 Ct K.
AMMONIAQUES COMPOSÉES.
La production de l’acide acétique dans cette circonstance, la transformation des alcaloïdes dans les acides dérivés comme eux des alcools correspondants me paraissent un fait digne de remarque. Je l’ai d’ailleurs vérifié par l’analyse. Après avoir sursaturé et distillé avec de l’acide sulfurique le résidu de la réaction, j’ai traité le liquide distillé renfermant de l’acide acétique et de l’acide chlorhydrique par un excès d’hydrate d’oxyde de plomb. La liqueur filtrée et ne renfermant plus que de l’acétate de plomb a été décomposée par l’acide sulfurique, et distillée de nouveau. Le produit de la distillation a été soumis à l’ébullition avec de l’oxyde d’argent, et filtré. Par le refroidissement, il a laissé déposer en abondance des lamelles d’acétate d’argent L
oP, 472 de cet acétate d’argent ont laissé par la calcination o8r, 3o3 d’argent métallique, soit, 64, 20 p. 00 : la théorie exige 64 , 66 p. 0/0. Je dois ajouter que pendant la saturation de l’acide acétique par l’oxyde d’argent une portion de ce dernier a été réduit. Il se pourrait donc qu’indépendamment de l’acide acétique il se fût formé dans cette réaction une petite quantité d’acide formique.
1 Si les espèces chlorées des autres alcaloïdes azotés avaient une constitution analogue à celle de l’étliylamine bichlorée, la réaction de la potasse sur ces composés permettrait de préparer artificiellement une série d’acides aujourd’hui inconnus. C’est ainsi que l’aniline bichlorée pourrait se décomposer en chlorure de potassium, ammoniaque, et en un acide C12 H4 O4, homologue avec l’acide benzoïque :
C12 H5 Cl2 Az -t-K30: + H0= KO, C12 II3 O’ + Azff + î KCI.
J ajouterai, cependant, qu’il est probable que la constitution de l’aniline bichiorée n’est pas la même que celle de l’éthylamine bichlorée. L’aniline bichlorée, d’ailleurs difficile à obtenir, est encore une base; l’éthylamine bichlorée est parfaitement neutre. La constitution de ces deux substances est probablement exprimée par les formules suivantes :
C4 H5 Cl2 Az =
Ethylamine bichlorée.
H 1 H Az
C12 (H2 Cl2) )
(Voyez Hofmann, Philosophical Transactions, part I, for i85o, p. 1 n.)
C12 H5 Cl2 Az
Aniline bichlorée.
Cl Az
36 AMMONIAQUES COMPOSÉES.
L’éthylamine bichlorée a donné à l’analyse les résultats suivants :
I. oe‘,344 de matière ont donné o,2665 d'acide carbonique, et o, i4o d’eau.