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NÉCESSITÉ POUR LE CANADA DE RESTITUER LES BIENS DES JÉSUITES

Depuis le commencement de ce siècle, les Evêques du Canada ont souvent réclamé les biens de l'Eglise, connus sons le nom de biens des Jésuites, dont le gouvernement britannique s’est emparé et qu'il a cédés au gouvernement du Bas-Canada. Toutes ces réclamations ont été inutiles, et jamais les membres du gouvernement ne se sont déterminés à faire droit aux demandes qui leur étaient adressées. Ils n’ont pas compris qu'ils agissaient contre la justice et la religion. De fausses doctrines, alors très-répandues dans ce pays, les ont empêchés de comprendre l'état de la question. Ce n’est pas une faveur que nous demandons, nous réclamons l’accomplissement d’un devoir de justice, une restitution. Aujourd’hui, aucun catholique en Canada ne niera les propositions suivantes : Les biens des Jésuites appartiennent à l'Eglise. Ils doivent, en one être restitués, et il n’est permis ni à un particulier, ni à un gouvernement, de se les approprier, de les retenir ou d’en disposer, sous peine d'excommunication, #pso facto.

Ces biens sont consacrés à Dieu et le Souverain Pontife seul peut en disposer et dire comment ils doivent être employés. (

Les Jésuites, comme mandataires du Saint-Siége, en vertu d’un Indult du 19 Avril 4874, réclament aujourd’hui la restitution des biens, qui leur aidaient autrefois à accomplir les œuvres, dont ils étaient chargés au Canada.

Si la Divine Providence n’a pas permis que leurs anciens biens fussent aliénés, ne pouvons-nous pas croire qu'elle les réservait pour leur donner aujourd’hui la destination qu'ils avaient autrefois, c’est-àdire, pour aider les membres de la Compagnie de Jésus à travailler, suivant leur institut, à la gloire de Dieu et au salut des âmes ?

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Pleins de confiance, les Jésuites se sont donc adressés au Saint-Siége pour être autorisés à demander que leurs anciens biens retournassent à leur destination

remière et fussent restitués à la Compagnie à laquelle ils avaient été donnés.

Le Saint-Siége a écouté leur demande avec bienveillance et a chargé Ie Révérend Père Général ou de les réclamer par lui-même, ou de déléguer le Supérieur de la Mission du Canada pour agir en son nom auprès du gouvernement Canadien et assurer la restitution de ces biens.

Cetie délégation a déjà été intimée à un des Vénérables Evêques du Canada, qui s'était adressé à la Sacrée Congrégation dans un cas, où il était question d’une quantité minime de ces biens. La Sacrée Pénitencerie lui répondit que cette cause avait été remise au Général de la Compagnie de Jésus.

Si on laissait le gouvernement du Canada jouir tranquillement du fruit de l’usurpation, si on n’élevait la voix pour réclamer au nom de la justice et de la religion, ce silence ne serait-il pas regardé comme une approbation tacite de la conduite de l'Etat ? Ne contribuerait-on pas à établir un antécédent dont

ourraient profiter tous les Etats spoliateurs des biens ke l'Eglise ? On dirait: Au Canada, pays catholique, la législature, composée, dans sa grande majorité, de membres catholiques, x disposé des biens de l'Eglise, et les catholiques ne l’ont-ils pas approuvée par leur silence ? Disposons donc également des biens ecclésiastiques, reconnaissons les mêmes principes, rejetons les condamnations prononcées par le Saint-Père, et les catholiques nous approuveront parleur silence comme ils ont approuvé la législature du Canada.

Réclamer et faire restituer les biens des Jésuites au Canada, est une des protestations les plus eflicaces contre ces injustés usurpations, et un des moyens les

lus puissants d'empêcher à l'avenir de pareils sacri-

éges.

pans. : ‘Los

Réclamer les biens ecclésiastiques usurpés, c'est combattre les fausses doctrines qui ont déjà prévalu dans différents Etats, en Amériqnè comme en Europe.

Ainsi, aux yeux des gouvernements modernes, ‘‘VEglise n’est pas reconnue comme une société complète, indépendante, ayant par elle-même le droit de posséder. C’est l'Etat qui donne à l'Eglise ce droit et qui le limite, Les évêchés, les paroisses, les séminaires, les ordres religieux ne peuvent posséder légalement, que lorsque l’État les a reconnus comme corporation civile. Et VEtat s’arroge de limiter les droits qu'il leur accorde. La doctrine proclamée dans l'Encyclique ‘* Quantä curä ” et dans le Syllabus, n'oblige pas les membres du gouvernement.

Les évêques et les curés sont libres de lire et de commenter le Syllabus, mais le gouvernement n’en tient aucun compte et il continue ses empiétements sur les droits de FEglise, comme auparavant.

L'Etat peut conserver les biens ke l'Eglise, et les appliquer même à des écoles protestantes.”

Pour combattre toutes ces erreurs, il suffit de rappeler, une fois de plus, les propositions condamnées par le Saint-Siége.

Prop. 19. ‘ L'Eglise n’est point une vraie et parfaite société pleinement libre ; elle n’a point de droits propres et constants qui lui aient été conférés par son divin fondateur ; mais c’est à la puissance civile à définir quels sont les droits de l'Eglise, et dans quelles limites elles peut les exercer. ”

Prop. 39. ‘‘ L'Etat, comme étant la source et l’origine de tous les droits, jouit d’un droit qui n’admet point de limites.” |

Prop. 60. ‘L'autorité n’est autre chose que la somme du nombre et des forces matérielles.”

Prop. 26. ‘* L'Eglise n’a pas le droit naturel et légitime d'acquérir et de posséder.”

En restituant à l'Eglise ses biens, le gouvernement du Canada fait acte de rejeter toutes ces erreurs, de professer la vraie doctrine et d’agir d’après les prin-

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cipes catholiques. 11 délivre le pays des erreurs qui seraient pour lui, dans un prochain avenir, la souree des plus grands maux. Déjà plusieurs fois, certains protestants du Canada ont réclamé pour eux une partie des biens usurpés par le gouvernement.

En justice, ils ne peuvent rien réclamer, comme les membres du parlement ne peuvent pas refuser de restituer. Il n’est pas plus permis aux protestants de demander une partie des biens qu'on doit restituer à l'Eglise, qu'il n’est permis à un homme de réclamer une partie des biens qu’on restitue à son voisin à qui ils appartiennent. Nous avons établi que ces biens sont la propriété de l'Eglise, cela suffit pour que les protestants honnêtes comprennent qu'aucune partie de ces biens ne leurappartient et qu'ils ne peuvent pas les réclamer ; et aussi, pour que le parlement comprenne que la majorité ne peut changer la nature des choses, rendre légitime ce qui en soi est illégitime, et s’approprier injustement ce qui ne lui appartient pas.

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