‹ Mémoire sur les Carmathes du Bahraïn et les Fatimides (volume 2)Chapitre 1 sur 10 · LEIDE. — E. J. BRILL · texte numérisé non relu

LEIDE. — E. J. BRILL

J'ai publié en 1862 un Mémoire sur les Carmathes duBahratn comme premier numéro d'une série de travaux sur l'histoire et la géographie orientales , que je me proposais dé donner successivement. Deux ans après , ce mémoire a été suivi d'un autre, sur le Fotouh aç-Châm attribué à Abou Ismâïl al-Baçri; puis d'un troisième , sur la Conquête de la Syrie. De nombreuses occupations m'obligèrent alors à abandonner pour le moment mon projet. Mais des circonstances plus favorables me permettent de reprendre maintenant l'exécution de mon plan et comme les trois numéros parus sont épuisés depuis quelques années déjà, je crois bien faire en présentant au public une seconde édition du premier mémoire : elle est considérablement augmentée et , si je ne me fais illusion , améliorée. J'ai l'intention de réimprimer les deux suivants dès que j'aurai trouvé le temps de les remanier, puis de publier d'autres mémoires, que j'ai donnés dans différents journaux ou qui se trouvent encore en portefeuille.

Je saisis cette occasion pour exprimer ma vive reconnaissance à ceux qui m'ont procuré les manuscrits dont j'avais besoin pour cette étude , spécialement à M. Ch. Schefer et à MM. les directeurs des bibliothèques de Paris , de Gotha et de Berlin ; à mon ami M. le professeur Yan de Sande Bakhuyzen , qui m'a aidé à faire les calculs astrologiques et qui a enrichi mon travail de plusieurs tables de haute valeur; enfin, à mon cher confrère M. Chauvin, de Liège, qui a eu la bonté de corriger mon style.

Bien n'égala la rapidité étonnante avec laquelle les Arabes conquirent le monde au premier siècle de l'Hégire, si ce n'est celle de la décadence de leur domination dans la dernière moitié du troisième et la première du quatrième siècle. Une seule ville avait vu nidtre la puissance qui réunit l'Orient et l'Occident sous un même sceptre, et ce fut à une seule ville avec son territoire que se réduisit alors cet empire gigantesque. Les causes de ce prompt démembrement se trouvent dans le caractère même de la conquête et dans le mode d'administratiou de ce grand corps; cependant, mieux encore que la puissance toujours croissante des gardes turques et l'insignifiance des khalifes, le germe dissolvant le plus efficace a été un pouvoir formidable, qui, secte obscure à son apparition, devint bientôt une dynastie et finit par conquérir toute la partie occidentale du khalifat. Ce fut une haine invétérée contre les Arabes et l'Is- . lamisme et une ambition sans bornes qui, vers le milieu du troisième siècle de l'Hégire, suggérèrent à un certain Abdallah ibn Maïmoun, oculiste (Caddâh de profession

et Perse d'origine, un projet aussi étonnant par la hardiesse et le génie qu'il mit à le concevoir que par la sûreté et la vigueur dont il fit preuve en l'exécutant.

» Relier dans un même faisceau les vaincus et les conquérants; réunir dans une même société secrète, dans laquelle il y aurait plusieurs grades d'initiation, les libres penseurs , qui ne voyaient dans la religion qu'un frein pour le peuple, et les bigots de toutes les sectes; se servir des croyants pour faire régner les incrédules et des conquérants pour bouleverser l'empire qu'ils avaient fondé ; se former enfin un parti nombreux, compact et rompu à l'obéissance , qui , le moment venu , donnerait le trône , sinon à lui-même, du moins à ses descendants, telle fut ridée dominante d'Â.bdallali ibn Maïmoun; idée bizarre et audacieuse, mais qu'il réalisa avec un tact étonnant, une adresse incomparable, et une profonde connaissance du cœur humain"^).

Pour parvenir à ce but, on inventa un ensemble de moyens qu'on peut , à juste titre , qualifier de sataniques ; on se fondait sur tous les côtés faibles de l'homme, présentant la dévotion aux croyants, la liberté ou même la licence aux étourdis, la philosophie aux esprits forts, des espérances mystiques aux fanatiques et des merveilles à la masse. Ainsi , encore , on donnait aux Juifs un Messie , aux Chrétiens un Paraclet, aux Musulmans un Mahdi et, enfin, une théologie philosophique aux partisans du paganisme perse et syrien. Et on mit ce système en œuvre avec un calme et une résolution qui excitent notre éton-

1) Dozy, Histoire des Musulmans (C Espagne ^ TU, p. 8 et soiv.

nement , et qui, si Ton pouvait oublier le but, mériteraient notre plus vive admiration.

Un exposé complet de ce projet et de l'exécution qu'il a reçue devrait embrasser non seulement toute l'histoire des khalifes fatimides, mais encore celle des Ismâïlîs ou Assassins, si fameux lors des Croisades. Toutefois notre intention n'est pas de faire ce travail: nous nous bornerons à examiner la fondation de cette secte; à prouver que les Fatimides et les Garmathes ne font qu'un à proprement parler ; et à raconter l'histoire des Carmathes en Orient jusqu'au commencement du cinquième siècle Et même en limitant ainsi notre sujet , nous ne pouvons espérer être complet. En le traitant pour la première fois en 1862 sous le titre plus restreint de: »les Carmathes du Bahraïn", nous disions que les fragments importants de l'ouvrage du Chérif Akhou Mohsin, rapportés par l'excellent Sylvestre de Sacy dans l'introduction de son Exposé de la religion des Druzes , étaient jusqu'à ce jour notre source unique pour la connaissance du projet d'Ibn Maïmoun et, que malgré les nombreux détails que nous donnaient sur son exécution de Sacy, Weil et Defrémery et qu'ils avaient tirés de diverses chroniques, les informations étaient encore insuffisantes. A ces documents nous ajoutions deux morceaux très-précieux d'Ibn Haucal, qui se trouvent maintenant dans notre édition de cet auteur (pages 21 — 23 et 210 et suiv.), et des passages recueillis dans différents ouvrages. Depuis ce temps nos matériaux se sont accrus d'un travail , de notre ami Guyard, dont la science déplore la perte, les :^ Fragments relatifs à la doctrine des Ismaélîs^^ (1874); d'une » Geschichte der Fatimiden-Chaliferi^ par M. Wûsten-

feld (1881), et d'un rapport très-important de Nâcir ibn Khosrau consigné dans le » Sefer Nameli , relation du voyage de Nassiri Khosrau^ (1881), si parfaitement traduit par M. Schefer. En outre , nous-mêmes nous avons trouvé des détails qui répandent quelque lumière sur plus d'un point resté obscur. Mais la réserve volontaire des partisans les mieux informés de la doctrine des Garmathes et les mensonges systématiques de leurs adversaires, qui, à force d'être racontés et repétés, ont pris une apparence de vérité , en l'absence suiiiout de rapports dignes de foi , font qu'il est à présent encore impossible de donner autre chose et plus qu'une esquisse. Nous ne nous étendrons d'ailleurs sur les faits que dans le cas où nos prédécesseurs ne les ont pas traités ou ne les ont traités que d'une manière insuffisante; dans le cas contraire, nous passerons sans

beaucoup nous y arrêter.

Ibn Khallicân raconte *) que lorsque Moïzz , quatrième khalife fatimide, fit en 362 (973) son entrée dans la capitale de l'Egypte, le chef de la famille des Alides lui demanda quelle était son origine. Moïzz promit de lui donner une réponse satisfaisante dans un entretien particulier. Lorsqu'ils furent seuls, le prince tira son épée du fourreau et dit: » voilà ma généalogie" et, répandant autour de lui des poignées de pièces d'or, il ajouta:» Et voilà ma noblesse". De Slane doute de l'authenticité de ce récit , parce que Moïzz était trop prudent , dit-il , pour

1) Ed. Wustenfeld n 849, traduct. de Slane II, 47.

anéantir ainsi les prétentions de sa maison au khalifat; et il ajoute que le livre auquel Ibn Khallicân Ta emprunté contient d'ailleurs des inexactitudes. Ibn Ehallicân lui-même avait déjà remarqué que le chef de la famille des Âlides dont il est question dans ce récit était mort depuis 14 ans; mais il présume qu'on a substitué un nom célèbre à celui d'une personne inconnue *). En tout cas, il est indubitable que Moïzz n'a pas fait une semblable déclaration dans une séance publique. Il se peut pourtant que la chose ait eu lieu dans une entrevue secrète avec les principaux Alides. La généalogie de la maison d'Alî avait été enregistrée exactement par les chefs de la famille et leurs assertions avaient été officiellement reconnues bonnes ^). Ils avaient donc quelque droit de demander comment Obaïdallah, bisaïeul de Moïzz , descendait de Mohammed ibn Ismâïl ibn Djafar l'Alide, et il est probable qu'ils ne se contentaient pas de ce que Moïzz leur racontait sur les trois imams mystérieux, Abdallah ar-Bidhâ (l'agréable à Dieu), Ahmed al-Wafî (le parfait) et Hosaïn at-Takî (le pieux), La réponse du prince à cette question était donc parfaitement ad rem. Quoi qu'il en soit, l'anecdote caractérise nettement la situation. Entre l'épée et la bourse , il n'était pas possible d'exprimer publiquement dans l'empire des Patimides un doute sur l'exactitude de leur généalogie.

Mais il est contraire au bon sens de voir, avec Macrîzî '),

1) Comp. Wûstenfeld, Fatimiden, p. 119, note 1.

2) Voyez p. e. Tabarî III, 364, 1. 8—10.

a) Ed. de Boni. I. 348 infra, trad. par de Sacy, Cirest. 2e éd. II, 90 et Introduction p. 250 et suiv.

dans un semblable acquiescement ofiSciel des Alides d'Afrique une preuve de l'authenticité de cette origine ; ou , encore, de vouloir, comme Macrîzî et Ibn Khaldoun^), la trouver dans cette circonstance que le khalife Motadhed aurait , quelque temps avant sa mort , reconnu dans Obaïdallah un homme dangereux. Bèrounî a bien raison de dire ') que, malgré cette reconnaissance des Alides d'Occident, la fausseté des prétentions fatimides n'est restée un secret pour personne. Nous n'attacherons pas trop d'importance à l'acte solennel dressé en 402 à Bagdad et signé par quelques Alides notables, dans lequel on déclara que la famille d'Obaïdallah n'appartenait pas à la maison du prophète ') , ni à cet autre dressé en 444 *) ; mais c'est un fait bien remarquable que ni les Abbasides ni les Omayades d'Espagne n'ont jamais reconnu la généalogie des Fatimides, bien qu'ils n'aient, en aucune occasion, révoqué en doute la légitimité d'autres prétendants alides, au nombre desquels il y en avait d'assez importuns ou d'assez dangereux, tels que les princes du Tabaristân en Orient et ceux de Fèz en Occident. On dit que Moïzz, le quatrième des khalifes fatimides, envoya une lettre outrageante à Abdarrahmân HT. Celui-ci la renvoya avec cette note écrite en marge: » Vous nous con- » naissez; vous pouvez donc nous injurier ^c'est-à-dire » faire des satires sur nos aïeux). Si nous vous connais-

1) Proîégomhtes t trad. de Slano, I, 45.

2) Ed. Sachau p. 39, 1. 19 et suiv.

3) De Sacy, Chrest. II, 96; Introd. p. 253 et suiv.; Ibn Khaldoun, Proléç. I, 44; Wûstenfeld, Fatim. p. 197 et suiv.

4) Wûstenfeld, Fatim. p. 238.

usions, nous vous répondrions" ^). Ibn al-Djauzî raconte précisément le contraire *): d'après lui, Hacam, fils d'Abdarrahraân lU, aurait écrit à Azîz, fils de Moïzz, une lettre dans laquelle il l'insultait, lui et sa famille, prétendant qu'il se vantait d'une fausse origine et que l'auteur de sa race était al-Caddâh , le Bâtira ou partisan de l'interprétation allégorique du Coran. La lettre commençait par ce vers: »Ne sommes-nous pas les fils de »Merwân, dans quelque condition que la fortune nous » place, ou quelques vicissitudes du sort qui nous at- » teignent?"

Azîz ayant pris connaissance de cet pièce répondit:

»8i un enfant naît parmi nous, la terre l'applaudit »et les minbars (chaires) tressaillent de joie.

>Vous nous connaissez et vous nous injuriez. Si nous :» vous connaissions , nous vous répondrions par une satire."

Hacam étant mort en 366 et Azîz n'étant monté sur le trône qu'en 365 , il est clair que cette correspondance pourrait seulement avoir eu lieu en 365. Mais la fin , qui vient bien à sa place comme réponse d'Abdarrahmân III , est ridicule dans l'autre récit; car on ne peut pas raisonnablement douter de l'origine légitime des Omayades d'Espagne. Voilà pourquoi je considère tout ce récit comme inventé pour remplacer l'autre; en même temps, je vois dans ce fait la preuve de l'authenticité de cet autre.

Nous avObs toute raison d'attacher beaucoup plus d'importance à ce qui eut lieu en 370 entre Adhad ad-

1) Thnâlibî dans Roorda, Gramm. arah. 2e éd., Chrest, p. 24.

2) Man. d'Oxford. Bodl. 679 (Un), soas l'an 376.

daula, le sultan bouïde de Bagdad, et Azîz. Adhad, comme son père Moïzz addaula , favorisait les opinions des Chiites. Lorsqu'en 369 Azîz fit parvenir à Adhad addaula une lettre dans laquelle il se qualifiait de descendant du prophète, celui-ci y répondit poliment, mais convoqua les principaux Alides de Bagdad, de Basra et de Ooufa, pour s'informer auprès d'eux de l'origine des Patimides. Ceux-ci déclarèrent unanimement qu'ils n'étaient pas de la maison d'Alî; en outre, on examina toutes les généalogies et tous les documents de la famille dans les archives de Bagdad, et on ne trouva aucune preuve de la prétendue filiation rattachant les Fatimides à Mohammed ibn Ismâïl. Adhad addaula envoya alors un ambassadeur à Azîz pour le sommer de lui prouver comment il descendait du prophète, le menaçant d'une invasion en Egypte s'il ne pouvait satisfaire à cette demande. Là-dessus Azîz fit faire un arbre généalogique, qui n'arriva pas à la cour parce que l'ambassadeur fut tué en retournant à Bagdad , mais qui fut répandu partout. Puis Adhad addaula donna l'ordre de brûler tous les écrits des Fatimides et fit des préparatifs pour une expédition en Egypte, qui, toutefois, n'eut pas lieu ').

Mais la preuve de fausseté de la prétendue origine alide résulte surtout des hésitations que montrent les partisans des Fatimides quand ils veulent combler la lacune qui existe entre Obaïdallah et Mbhammed ibn Ismâïl *). Ainsi, l'auteur du Dastour al'monaddjimin^)^ aA--

1) Wiistenfeld, Fatim. p. 142 et suiv. et p. 5. ^

2) Comp. Djamâl addîn dans Wûstenfeld, Fatim. p. 6.

8) Man. de M. Schefer, f. 333 v.; dans TAppendice, je donne quelques

mirateur ardent des Fatimides, raconte que Mohammed ibn Ismâïl , qui se serait réfugié dans l'Inde pour se soustraire aux persécutions de Hâroun ar-Racliîd , avait six fils: Djafar, Ismâïl, Ahmed, Hosaan, Alî et Abdarrahmân; mais il lui est impossible de nous apprendre lequel d'entre eux était l'imam. Il dit seulement que les trois imams mystérieux, ar-Ridhâ , al- Wafî et at-Takî , succédèrent à Mohammed ibn Ismâïl. Cependant, au témoignage de presque tous les généalogistes, le fils de Mohammed ibn Ismâïl, dont Obaïdallah descendrait, était Abdallah , qui ne figure pas dans cette énumération. Et Tabarî ') , parlant d'un chef des Carmathes de Syrie qui voulut aussi se faire passer pour descendant d'Abdallah fils de Mohammed ibn Ismâïl, écrit que: ;,Mohammed ibn Ismâïl n*a pas eu de fils de ce nom, à ce qu'on dit". Dans la généalogie des Alides composée par Obaïdallî ^) on ne donne comme fils de Mohammed ibn Ismâïl qu'Ismâïl , Djafar et , suivant quelques-uns, Yahya. C'est seulement d'Ahmed, fils d'Ismâïl II, que l'auteur nomme des descendants, qui habitent le Magrib, mais qui, sans aucun doute, n'ont rien de commun avec les Fatimides. Quant à ceux-ci, impossible d'en trouver trace dans le livre. Dans un autre ouvrage généalogique, dont de Sacy a publié un extrait '), on fait descendre les Fatimides de Mohammed ibn Ismâïl par son fils Djafar.

extraits de ce manascrit. — Je saisis cette occasion pour prier M. Schefer <ie bien voaloir agréer mes remerciements sincères pour la libéralité avec laquelle il a mis à ma disposition les trésors de sa bibliothèque.

1) JII, 2218, 1. 12.

2) Man. de Leide 686 (Catal. II, 168).

8) Chresi. II. 95.

Djafar îbn Mohammed avait, d'après ce livre , trois fils : Ismâïl, Hasau et Mohammed al-Habîb (le bien-aimé). C'est de ce dernier qu'Obaïdallah serait le fils. La même assertion se trouve aussi chez Ibn Khaldoun ^). M. Wûstenfeld a donné dans son histoire des Fatimides^) une table dans laquelle on peut voir de combien de manières différentes on a rattaché la généalogie au nom de Mohammed ibn Ismâïl.

Autre argument: nous croyons devoir insister sur ce fait que peu de temps après l'avènement d'Obaïdallah, la légitimité de ses droits à l'imamat fut mise en doute par celui-là même qui avait fait la fortune de sa dynastie, Abou Abdallah, ainsi que par ses deux principaux partisans en Irak**), et que déjà du vivant d'Obaïdallah, le poète Ibn al-Monaddjim *) accuse le dâï (missionnaire) de s'être donné pour l'imam et d'occuper sa place. Aussi , même en Egypte, les satires ne manquent-elles pas*). Dans le même ordre d'idées que ce qui précède, il faut encore remarquer que beaucoup de défenseurs de l'origine alide se voient forcés ou bien d'insérer le nom d'Abdallah ibn Maimoun dans la liste généalogique , ou bien d'admettre une parenté par les femmes , et que , dans les livres saints des Druzes , on convient sans réserve qu'Obaïdallah descend d'Ibn Maïmoun al-Caddâh •).

1) De Sacy, Introd. p. 66 note 2.

3) Je veux parler de Carmath et d'Abdân. Corap. provisoirement de Sacy , Introd. p. 197.

4) Wiistenfeld, Fatim. p. 4; de Sacy, Introd. p. 439.

5) De Sacy , Introd. p. 2B4.

6) De Sacy, lutrod. p. 67 et Exposé T, 3B, 84.

Ibn al-Athîr ') trouve une forte preuve de la légitimité dans un poëme attribué au Chérîf ar-Ridhâ (359 — 406), dans lequel cet auteur nomme le khalife d'Egypte son parent. Mais ce poëme ne se trouve pas dans le diwân d'ar-Ridhâ et on ne nous dit pas quand il aurait été écrit. S'il est authentique, il faut qu 'ar-Ridhâ l'ait composé dans sa jeunesse, parce que, d'après le récit, ce n'est pas lui , mais son père qui a dû compar^tre devant le khalife Câhir pour se justifier ; cependant cette conjecture même est invraisemblable , car Câhir , dont le règne avait commencé en 381, éleva, dès 388, ar-Ridhâ à la dignité importante de chef des Alides ^). Ibn al-Athîr ^) ne place cette nomination qu'en 403 ; mais il nous semble que cela est inexact, attendu qu'il fut nommé pendant la vie de son père pour le remplacer: or celui-ci mourut en 400. C'est un fait incontestable que son père ne croyait pas à la légitimité de l'origine des Fatimides. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à observer son attitude en 359*). Certes, on ne pourra pas admettre que, lorsqu'en 402 ar-Ridhâ signait le manifeste dont il a été question plus haut, il cédait à la contrainte. S'il avait voulu reconnaître les Fatimides et se réunir à eux , il en aurait bien trouvé les moyens , et sans aucun doute , il eût été reçu en Egypte avec les plus grands honneurs. Nous croyons donc que tout le récit d'Ibn al-Athîr doit être considéré comme faux.

2) Ibn Khallicân éd. Wûstenfeld n. 678, p. 85.

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