‹ Mémoire sur les Carmathes du Bahran et les FatimidesChapitre 10 sur 13 · VIII, 311. 4) II, 305. 5) IV · texte numérisé non relu

VIII, 311. 4) II, 305. 5) IV

6) De Sacy, Introd. p. 217, Chrestom. II, 126.

nier serait mort de la rougeole en même temps qu'Abou Tâhir ; mais ce renseignement est inexact comme la suite de l'histoire nous l'apprend '). La relation de Hamadzâni et d'Ibn al-Athîr est d'ailleurs incomplète; car, outre les trois frères que nous venons de nommer , nous connaissons encore Abou Yacoub Yousof, qui mourut en 366. Et l'accusation d'être adonné au jeu et au vin ne paraît être applicable ni à lui ni à son frère Ahmed. Ibu Khaldoun est en contradiction avec lui-même quand il dit qu'Abou Tâhir eut pour successeur son frère aîné et qu'il appelle ce successeur Ahmed , puisqu'il est certain que Sa'îd était l'aîné. Voici comment, selon toutes les probabilités , les choses se seront passées. Après la mort d'Abou Tâhir , Sa'îd , soutenu par son frère al-Fadhl , a d'abord gouverné l'état en attendant la décision du khalife fatimide sur la succession. Ibn Khaldoun dit que c'est al-Câïm qui prit cette décision; mais c'est probablement al-Mançour qui l'a fait. Al-Mançour ordonna que le gouvernement fût conféré non pas à Sâbour, fils aîné d'Abou Tâhir , comme le souhaitaient la plupart des ledânîya, mais à son oncle Ahmed, père du célèbre Hasan al-Açam; il ajouta que Sâbour aurait le gouvernement après lui. Nous verrons plus tard quelles calamités cette décision causa ; poursuivons d'abord le récit des chroniques.

Le pèlerinage annuel à la Mecque n'eut pas lieu en 332; d'après Atîkî^)^ ce fut à cause de l'absence du

1) Voyez aussi Cotb addîn dans les Chron. Mecc. III, 166.

2) Chron. Mecc. II, 242.

khalife de Bagdad et de la fermentation du pays; selon Dzahabî ^) , à raison de la mort d'Abou Tâhir , qui , depuis le traité de 327 , avait constamment escorté la caravane ^). De même il n'y en eut point l'année suivante, probablement par suite du décès d'Ikhchîd, prince d'Egypte, et de troubles à Bagdad. Cependant le traité avec les Carmathes restait en vigueur, de sorte qu'on était en sécurité de ce côté. Mais la place de la pierre noire à la Caaba demeurait toujours vide. On avait fait bien des efforts pour engager les Carmathes à la restituer et on avait offert un jour jusqu'à 50,000 dénares^); mais jamais on n'obtint d'autre réponse que celle-ci : ))nous l'avons prise sur un ordre formel (de notre Imâm) »et nous ne la rapporterons que sur un ordre (de lui)'.'. Cet ordre, al-Mançour , petit-fils d'Obaïdallah , finit par le donner*). Et alors, en 339, Sanbar, l'un des Carmathes les plus distingués , partit avec l'objet sacré , d'abord pour Coufa , où l'on exposa la pierre dans la grande mosquée ^) , et de là pour la Mecque , où elle fut remise à sa place, en présence de l'émir de la Mecque et de plusieurs autres personnes , notamment un Espagnol ®) :

1) Uefrémerj', Em. al-Om., p. 26, note 2 et Abou '1-Mahâsin II, 305, ou, par conséquent, il ne laut pas lire XJ*.:^ , comme on le propose dans

les corrections.

2) Comp. aussi Abou '1-Mah. p. 302.

3) Kitdb al-Oi/oun f. 129 v. ; Hamadzâni f 105 r.; Ibn al-Athîr p. 365; Abou "1 Mabâsin p. 327; iJefrémery, Mém. cChist. or. I, IS.

4) Baydn I, 228; Chron. Mecc. 111, 166; Ibn Khaldoun cité par Weil II, 612.

5) Voyez encore Djowaïnî dans le .Toum. Asiat. 1856, II, 369 ; Ibn Khallicân n. 186, p. 124 éd. de Wûstenfeld, trad. de Slane I, 429; Nowaïrî, man. de Leide 2 h, p. 352.

6) Maccarî I, 618; Chron, Mecc. 1. c.

elle avait été absente 22 années moins quelques jours •). C'est que le but qu'on s'était proposé en enlevant ce palladium paraissait impossible à atteindre: on ne pouvait ôter à la Mecque son caractère saint. L'Imâm , le khalife fatimide, en ordonnant la réintégration de la pierre noire , devait acquérir , comme défenseur de la religion , une popularité qui lui était indispensable après la répression de l'insurrection. Son grand père Obaïdallah , comme nous l'avons vu , avait déjà cru nécessaire de désavouer publiquement toute complicité dans l'enlèvement de la pierre. Mançour , en réussissant à décider les détenteurs à rendre l'objet sacré, gagna pour lui-même et sa dynastie les cœurs de tous les Musulmans. Et quant aux Carmathes , pourquoi n'auraient-ils pas accepté les sommes considérables qu'on offrait pour la restitution plutôt que de garder plus longtemps une pierre qui, à leurs yeux , n'était d'aucune valeur ? Il est du moins vraisemblable qu'ils se sont fait payer. Ibn al-Athîr ^) et , d'après lui , Nowaïrî ^) disent qu'ils l'ont rendue sans compensation. Mais la plupart des sources parlent de grosses sommes ^) ; d'autres donnent un chiffre ^) et Yacout mentionne même le nom de l'homme qui joua le rôle de médiateur entre eux et le khalife^). Outre cela les

1) Becrî, man. de M. Schefer, p. 356; Kitdb al-Oyoïm 1. c. et f. 249 V, ; Yâcout II, 122, 1. avant-dern. ; Hamza Ispah. parle de 12 ans et dit que la pierre fut replacée en 329 ; d'autres assurent qu'Abou Tâhir l'aurait déjà rendu. Ces deux assertions sont sans aucun fondement.

2) VIII, 365. 3j L. c.

4) Yâcout 1. c. ; Abou 'l-Mahâsin II, 327; Hamza Ispah. 1. c. Corap. les paroles du Carmathe citées plus bas p. 148.

5) Cazwînî II, 51: 24,000 dénares; Kitdb al-Oyoun f. 129 v. -. 30,000 dénares.

6) Yâcout II, 213, 1. G. C'était le même Abou Alî Omar ibn Yahya qui

Carmathes semblent avoir stipulé d'autres conditions encore.

Mosabbihî (-|- 430) et différents auteurs ') accusent les Carmathes d'avoir brisé la pierre: ))0n l'avait montée en argent dans le sens de la longueur et de la largeur pour retenir les morceaux ensemble , car elle s'était fendue lors de l'enlèvement." Abou '1-Mahâsin va même jusqu'à nous raconter qu'on l'avait cassée de propos délibéré. Malgré ces témoignages , je me permets de croire que l'accusation est fausse ; il y avait longtemps qu'elle s'était brisée , puisque cet accident remonte à l'incendie du temple du temps d'Abdallah ibn Zobaïr. Azrakî nous donne à ce sujet des détails précis -). Elle s'était fêlée en trois fragments, qu'Ibn Zobaïr fit rejoindre

au moyen d'une bande d'argent; il manquait cependant un éclat qui , depuis , se retrouva et resta dans la possession de la famille Chaïba. Il est vrai qu'Ibn Djobaïr nous la décrit comme se composant de quatre pièces jointes ensemble; mais cette différence s'explique par les paroles de Burckhardt: » C'est un grand ovale irrégulier, composé d'environ douze pierres de grandeur et de formes différentes, collées ensemble au moyen de ciment et le tout bien poli: l'aspect qu'elle présente ferait croire qu'elle a été divisée en plusieurs morceaux par un

coup violent puis réunie de nouveau." Or, depuis Ibn

avait mené les néfçociations entre le gouvernement de Bagdad et les Carmathes en 327 (v. plus haut p. 118).

1) Abou n-Mahâsin II, 237, 327; C/iron. Mecc. III, 106; Ibn Djobaïr p. 87.

2) Chron. Mecc. I, 32, 140, 144, 153, 231, 245.

Djobaïr , je ne sache pas qu'elle ait subi d'autre violence. Il est doue clair que la description de ce dernier n'est pas assez exacte pour qu'on puisse en déduire des conséquences et que la différence entre sa version et celle d'Azrakî s'explique aisément si on admet que ce dernier remarqua trois grandes pièces dans la douzaine de fragments tandis que le premier en vit quatre. On ne leur en voudra pas de cette divergence si l'on considère que chaque visiteur n'a qu'un moment pour passer devant la pierre à cause de la foule qui se presse toujours aux environs ^). Cette dernière remarque ne s'applique pas à Azrakî qui habitait la Mecque; peut-être faut-il chercher l'explication du désaccord entre sa description et celle de Burckhardt dans la lésion qu'elle subit en 414 ^). Quant à son identité elle est suffisamment établie par le grand nombre des témoins qui assistèrent à la restauration et dont aucun , à ce qu'il paraît , n'a élevé de doutes sur son authenticité ; or , dans le nombre , figurait plus d'une personne qui avait été présente lors de l'enlèvement de l'objet sacré ^). Et voilà ce que le docteur musulman aurait dû répondre au Carmathe qui lui disait *) : » Je m'étonne vraiment de «votre (peu d')esprit ; vous avez dépensé beaucoup d'ar- ))gent pour cette pierre , et qui vous garantit que nous ))ne l'ayons pas gardée en vous en rendant une autre?"

1) Comp. Burton II, 192 et suiv.

2) Ibn al-Athîr IX, 234. Ou bien en 413 comme le dit Becrî (man. de M Schefer, p. 357), qui donne le récit d''un te'moin oculaire du fait.

3) Voyez p. e. Bayân I, 228, 1. dern.

4) Cazwînî II, 51; Kitdb al-Oyoun f. 130 r. Ce qu'on lit dans le Fawdt al-Wafayâl 1, 223, est un imbroglio tout plein d'anachronismes.

Nous possédons un rapport remarquable sur l'année 336 clans le Kitâh al-Oyoun \) et chez Ibn al-Athîr -). Moïzz addaula le Bouïde , marchant sur Basra pour l'arracher à Bérîdî, choisit le chemin du désert pour approcher de la ville. Les Carmathes lui envoyèrent une lettre pour protester contre sa marche à travers ce pays sans leur permission et au mépris de leurs droits. Moïzz addaula répondit de vive voix : »Qui êtes-vous donc pour ))qu'il faille vous demander des permissions? Le but que »j'ai en vue en tâchant de prendre Basra n'est autre que ))de me mettre mieux à même de vous harceler. Vous verrez » bientôt ce que vous avez à attendre de moi." Il résulte de la lettre des Carmathes que leur droit sur le domaine du désert était autrefois reconnu. D'un autre passage chez Ibn al-Athîr ^) ou serait tenté de conclure qu'ils avaient aussi eu des relations avec les Bouïdes , ce qui ne paraît pas étonnant quand on se rappelle les tendances chiites de cette dynastie *) ; seulement , dans notre cas , Moïzz addaula n'aura pas voulu subir l'arrogance des Carmathes. Basra fut prise et Bérîdî se réfugia à Lahsâ , où il resta jusqu'à l'année suivante , époque à laquelle il fit sa soumission à Moïzz addaula '"). Mais il ne lui était pas encore possible d'entreprendre une lutte contre les Carmathes. Avec toute leur puissance , ni Moïzz addaula ni ses successeurs ne furent en état de soumettre Imrân ibn Châhîn , qui s'était constitué une principauté

l) F. 246 r. 2) VIII, 352.

3) P. 372, 1. avant-dern. Comp. plus haut p. 142.

4) Comp. Ibn al-Athîr, p. 403, 407, 435, 443.

5) Ibid. p. 361.

indépendante dans les marais du Tigre i). Les Carmathes de leur côté ne purent pas non plus soutenir leur protestation par une invasion comme aux beaux temps d'Abou Tâhir. En 340 2) ou en 341^), ils secoururent le prince d'Oman dans une tentative qu'il fit contre Basra; mais leurs troupes, commandées par Abou Yacoub Yousof, l'un des frères d'Abou Tâhir, durent se retirer sans avoir réussi.

Depuis ce moment jusqu'à l'an 353, les chroniques gardent un silence presque complet sur les Carmathes. Il n'y aura donc point eu d'exploits brillants ; cependant leur influence et leur puissance avaient, semble-t-il , repris une marche ascendante. C'est pour cette période qu'Ibn Haucal *) nous présente quelques détails , qui nous permettent de jeter un coup d'oeil sur leur situation intérieure , mais qui , malheureusement , sont quelquefois trop obscurs. Au lieu de donner ici une traduction de ses paroles , je tâcherai , en m'aidant de quelques renseignements puisés dans les chroniques et surtout des observations de Nâcir ibn Khosrau , de tracer une esquisse du gouvernement et de l'administration de cette remarquable dynastie.

Le gouvernement des Carmathes n'était pas rigoureusement monarchique. Abou Sa'îd ne peut avoir été, par la nature même des choses , qu'un primus inter pares. Les gens qui l'avaient aidé à fonder sa puissance et aux-

1) Ibid. p. 369, 424 et suiv., 450.

2) Kitdb al-Oijoun f. 250 r.; Abou '1-Mahâsin II, 330.

3) Ibn al-Athîr, p. 372 et suiv.

quels il était étroitement lié, tant par le mariage que par l'initiation aux mystères de la secte, lui servaient constamment de conseillers. Tandis que ses autres adhérents portaient le nom de Mouminin ou Fidèles ^) , ce corps d'élite prit le titre honorifique di'Icdâniya, c'est-àdire ceux qui ont le pouvoir de lier et de délier 2). Us constituaient un sénat, qui, sous la présidence d'Abou Sa'îd , connaissait des affaires les plus importantes ; en même temps ses membres revêtaient les principales dignités. Il parait qu'al-Hasan ibn Sanbar , beau-père d'Abou Sa'îd , et Abou Tarif Adî ibn Mohammed ibn al- Ghamr , celui-là même qui fut fait prisonnier en 322 3), ont été les premiers ministres. Puis on compte dans leurs rangs Abou i-Hasan Alî ibn Ahmed ibn Bichr al-Hârithî , ministre de la justice et de la police; Thaour ibn Thaour al-Kilâbî, qui avait à former et à pourvoir de tout les détachements de troupes qu'on envoyait chaque année dans diverses directions; Abou '1-Hasan Alî ibn Othmân al-Kilâbî, qui remplissait les fonctions, alors si hautement importantes, de directeur des postes; Abou '1-Fath Mahmoud ibn al-Hosaïn '), connu sous le nom de Cochâdjim , secrétaire d'état et poète fameux ; en outre

1) Comp. aussi Guyard, Fragments, p. 102.

2) Weil II, 604, note 2; Ibn Khaldoun, man. de Leide, III f. 246 r.

3) Voyez plus haut p. 137. Uamadzûnî et Ibn al-Athîr, dans un passage déjà cité p. 143 (comp. p. 131), parlent des sept vézirs des Carmathes.

4) Ibn Khaldoun IV , 92, auquel j'emprunte ce détail , nomme al-Hosaïn ibn Mohammed, ne qui est faux. Ce poète, sur lequel on peut voir de Sacy, Chrest. II, C33, de Slane, traduction d'ibn Khallican, 1, 301, note 4, descendait de Sindî ibn Châhik, personnage bien connu du temps de Haroun ar-Rachîd. V. Fifirist, p, 168, 1. avant-dern. (comp. 133, 1. 22) et le titre du man. de Leide 720, qui contient le divan du poète.

son fils Abou Naçr Cochâdjim , qui occupait le poste de secrétaire auprès de Hasan al-Açam ; et , enfin , plusieurs autres dont nous ignorons les noms. Le caractère personnel d'Abou Tâhir lui assurait une prépondérance incontestée et lui donnait presque le pouvoir d'un souverain absolu ; toutefois on conserva les anciennes formes. J'ai déjà montré ^) qu'après la mort d'Abou Tâhir et jusqu' après 335 il y eut probablement un interrègne sous la présidence de Sa'îd, vu que l'Imâm se trouvait alors dans l'impossibilité de s'occuper des affaires de l'Orient. Il semble aussi qu'Ahmed , nommé par Mançour, n'ait réellement été qu'un primus inter pares. Ce qui rend le fait bien probable c'est qu'Ibn Haucal nous apprend que les fils d'Abou Sa'îd avaient des droits égaux pour défendre et commander, pour lier et pour délier, ainsi que pour toutes les affaires relatives à leurs revenus ; mais que , lorsqu'il s'agissait d'une expédition , ils se concertaient pour savoir à qui appartiendrait le commandement en chef. Cependant l'homme qui avait le plus d'ascendant en toute chose, c'était Abou Mohammed Sanbar, fils du beau-père d'Abou Sa'îd, celui-là même qui , en 339 , rapporta la pierre noire à la Mecque. C'était son opinion que l'on demandait toujours en premier lieu et sa famille jouissait d'une si grande considération que , dans le partage des revenus destinés à la famille d'Abou Sa'îd , on lui remettait un cinquième pour lui , ses frères' et ses enfants. Les sept fils d'Abou Tâhir avaient aussi hérité en grande partie de l'honneur et du crédit de

leur père, surtout Sâbour , dont l'assassinat (358) eut (le si funestes conséquences pour les Carmathes , comme nous le verrous plus tard. Jusqu'à l'époque où nous sommes arrivés , les Icdânîya n'avaient pas cessé de se distinguer par une union remarquable. Ibn Haucal nous fournit un exemple de l'ordre et de la parfaite intelligence qui régnaient entre eux: »En vertu d'une coutume établie chez eux les hommes d'un âge plus mûr et, d'autre part, les gens plus jeunes sortaient séparément pour se réunir à Djar'â ^) au sud de Lahsâ. Là , les jeunes gens se livraient à des jeux équestres de lance : puis ils retournaient dans le plus grand ordre pour rentrer en ville divisés en deux groupes comme au départ." Ce que nous avons rapporté plus haut ^) d'après Hamadzânî et Xbn al-Athîr des excursions qu'Abou Tâhir et ses frères faisaient à la campagne pour y délibérer n'est peut-être qu'un faible reflet de ce qu'on savait de ces tournois de Djar^â.

Les Carmathes avaient plusieurs sources de revenus. En premier lieu la taxe des propriétés foncières du Bahraïn, levée sur les fruits des champs et des vergers, le Bahraïn était un pays tout autrement fertile que ne le décrivait Abou Sa'îd dans son message à Motadhed; Le sol en divers endroits était d'une grande fécondité et produisait beaucoup de dattes ^) ; de même que les Anglais disent proverbialement » porter de la houille à

1) L'ancienne GeTr2L;v.Si>Ten^eT,diealteGeoffrap//ieAraliens,f.l'62, 135.

3) Becrî, man. de M. Schefer. p. 325; Ibn Khaldoun IV, 92; Xâeiri Khosrau, trad. de M. Schefer, p. 232.

Newcastle", ou disait eu Orieut de quelqu'uu qui faisait un ouvrage inutile: ))il est comme celui qui va vendre des dattes au Hadjar" ^). Ibn Haucal assure que ce premier poste donnait environ 30,000 dénares par an. En second lieu il y avait des péages fixes dans les plaines de Basra et de Coufa et sur la route de la Mecque ; des droits de passage pour tous les vaisseaux qui remontaient ou redescendaient le golfe persique, perçus à la douane qu'on avait établie dans l'île d'Owâl; enfin les contributions annuelles de l'Oman et des pèlerins de la Mecque, sans compter le riche butiu que rapportaient les troupes, les tailles sur les Bédouins et la part qui revenait aux chefs de Lahsâ dans le produit de la pêche aux perles dans la mer du Bahraïn ^). Quant au partage de ces revenus, Ibn Haucal nous donne quelques détails, qui toutefois , ne brillent pas par la clarté. Tous les fidèles étaient tenus de faire au profit du Maître de l'époque ^) , rimâm , la cession d'un cinquième de leurs revenus , usage qui s'est constamment maintenu dans la suite. Cet argent était versé à Lahsâ dans un trésor particulier , nommé trésor du Mahdî *) et ayant sa propre administration. Une certaine partie du reste, ou plutôt le produit de quelques revenus spécialement réservés, était destiné aux Mouminîn par excellence, c'est-à-dire aux Icdânîya. D'autres revenus, et , à ce qu'il paraît , surtout les tributs de Basra , de Coufa et de l'Oman , le

1) Freytag, Proverhia II, 350, n. 100; Ibn Batouta II, 248.

2) Comp. Naciri Khosrau, p. 230 ainsi que les passages d'Ibn Batouta (II, 244 et suiv.) et d'Edrîsî (I, 372 et suiv.) cités par M. Schefer.

3) Comp. mon Gloss. Geogr. p. 254.

4) Mocaddasî, p. 94, 1. 2.

produit de la khifâra des pèlerins et une grande partie du butin de la guerre, étaient consacrés à la maison d'Abou Sa'îd et aux Saubarides. Selon Ibn Haucal, la totalité de ces revenus , déduction faite du cinquième pour l'Imâm , se montait à une somme de 1,000,000 à 1,200,000 dénares. Il y avait des règlements invariables pour le partage des trois cinquièmes entre les membres de la famille d'Abou Sa'îd , qui , du temps d'Ibn Haucal , comptait environ trois cents personnes. Quand on avait eu recours à l'aide des Bédouins pour quelque grande entreprise, ils recevaient naturellement une bonne partie du butin , comme nous l'avons vu dans le cas d'Azharî.

Nous ne savons pas pour combien la famille d'Abou Sa'îd et les Sanbarides devaient contribuer aux dépenses de l'état et de la guerre sur les sommes qui leur étaient allouées , ni , du reste , quels revenus on consacrait à cet objet. Mais il me semble qu'on peut conclure du fait même du partage des revenus que tout au moins les principaux Carmathes avaient des possessions particulières et que , par conséquent , le communisme prêché par lïamdân Carmath en Irak et , avant lui , par Abou Sa'îd à Djannâba n'avait pas été introduit dans le Bahraïn ou du moins n'y avait pas jeté de profondes racines. Il restait pourtant encore , dans l'état carmatbe , plusieurs institutions communistes du temps de Nâcir ibn Khosrau. Voici ce que nous apprend ce voyageur ^) : » Lorsque je me trouvais à Labssa , ces princes possédaient trente mille esclaves nègres ou Abyssiniens, achetés à prix d'argent

i) Traduction de M. Schefer, p. 227 et saiv.

et qui étaient employés à des travaux d'agriculture et de jardinage. Le peuple n'avait à payer ni impôt ni dîme. Si quelqu'un tombait dans la pauvreté ou s'endettait, on lui faisait des avances jusqu'à ce que ses affaires fussent rétablies; si quelqu'un avait contracté une dette , son créancier ne réclamait de lui que le capital. Tout étranger connaissant un métier recevait , à son arrivée à Lahssa, une certaine somme dont il disposait jusqu'à ce qu'il eût des moyens d'existence assurés. Il pouvait acheter les matières et les outils nécessaires à son industrie et il restituait, quand il le désirait, la somme exacte qui lui avait été prêtée. Si le propriétaire d'une maison ou d'un moulin vient à être ruiné , et s'il n'a pas le moyen de remettre son immeuble eu état, les gouverneurs (c'est-à-dire les princes , descendants d'Abou Sa'îd) désignent un certain nombre de leurs esclaves qui sont chargés de réparer les dommages éprouvés par les maisons et les moulins; il n'est rien réclamé , pour ce fait , du propriétaire. Il y a à Lahssa des moulins qui sont la propriété de l'Etat et dans lesquels on convertit, pour les particuliers, le blé en farine, sans rien exiger de qui que ce soit. L'entretien de ces moulins et le salaire des ouvriers qui y travaillent, sont à la charge du gouvernement".

Une autre conséquence de ces mêmes principes , c'était l'usage de monnaies de plomb pour le commerce journalier. Les grosses sommes se payaient en corbeilles qui contenaient un certain poids de plomb. C'est ainsi du moins que je crois devoir comprendre le passage suivant de Nâcir ibn Khosrau, qui me paraît assez obscur :» Les

transactions commerciales se font au moyen de plomb contenu dans des couffes , dont chacune a le poids de six mille dirhemsv Quand on conclut un marché, on compte un certain nombre de corbeilles et on les enlève ; cette monnaie ne peut être exportée".

Dans les entreprises dangereuses , les Icdânîya se mettaient en marche tous ensemble ; voyez , par exemple , celle contre l'Oman dont nous parle Ibn Haucal; c'est celle où Abou Alî, célèbre plus tard sous le nom de Hasan al-Açam , avait été envoyé contre l'Oman et où ses efforts pour le conquérir avaient été infructueux. Nous ignorons quand cette expédition a eu lieu , car l'histoire de l'Oman ne nous est que superficiellement connue. Ibn Khaldoun dit ^) que les Carmathes ne discontinuèrent pas leurs efforts pour se maintenir dans l'Oman depuis la conquête qu'Abou Tâhir en fit en 318 "^) jusqu'en 375. En 331 et en 341 nous connaissons un prince indépendant de ce pays ^) ; il est possible néanmoins qu'il fût tributaire. Ibn Haucal , comme nous venons de le voir; range le tribut de l'Oman parmi les revenus ordinaires. Quand on avait résolu quelque expédition générale de ce genre , on laissait au Bahraïn celui en qui on avait le plus de confiance et on lui remettait le gouvernement des affaires ; tous les autres Icdânîya se mettaient en route et personne ne cherchait à se dispenser d'une expédition souvent difficile et périlleuse. Et alors ils étaient invincibles. J'ai déjà

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