SEPTIEME QUESTION
« Quelles sont Us causes délerminantcs de C apparition » des syphilides ? »
Celte question a particulièrement fixé mon attention. Il m'a semblé intéressant de savoir sous l'influence de quelles circonstances l'éruption a lieu, ou bien si cette apparition ne se rattache à aucune cause déterminante.
1° Influence de la saison.
Quoique plusieurs auteurs aient mentionné celle du froid ou de la chaleur, aucun ne s'est assuré numériquement à quelle époque de l'année ces afl'ections se développent le plus communément.
M. Humbert (pag. 55) dit seulement qu'elles surviennent plus souvent durant les fortes chaleurs de l'été ;
M. Albers (pag. 24), que les temps humides el froids, le printemps et l'automne , déterminent leur développement; MM. Cazenave et Schedel (p. 434), que le froid favorise leur développement, tandis que la chaleur le réprime; assertions contradictoires à celles d'Humbert , et qui, nousle verrons bientôt, sont complètement inexactes. Voici dans quelles proportions les syphilides se sont
montrées dans chaque mois
de l'année :
janvier ,
juillet ,
février ,
août ,
mars ,
septembre ,
avril ,
octobre,
mai ,
novembre ,
juin ,
décembre.
On peut tirer de ce tableau plusieurs conséquences du plus haut intérêt. En effet, si l'on consulte le tableau présentant la température moyenne de chaque mois calculée sur 21 ans, d'après les observations faites à l'Observatoire depuis 1806 à 1826 , et qui est certainement l'expression la plus exacte du climat de Paris, on trouve que l'année se divise en six mois chauds et six mois froids, c'est-à-dire que la température moyenne de chaque mois froid est inférieure à la température moyenne de chaque mois chaud. La moyenne générale des températures pour les mois chauds, savoir: mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, est de -f- 16° (1 ), et le nombre des syphilides observées pendant ces mois est de 28. Dans les mois froids, au contraire, novembre, décembre,
'1} Échelle centigrade
janvier, février, mars et avril, dont la moyenne générale est 5°, 5, le nombre total des syphilides s'élève à 17 seulement. Ainsi l'on peut dire en général que la chaleur favorise le développement de ces éruptions. Cela est tellement vrai que si l'on calcule le nombre des syphilides qui apparaissent dansles quatre mois les plus chauds de l'année , savoir : juin , juillet , août et septembre (moyenne générale -\- 17°), on trouvera qu'il est de 20. Dans les mois tempérés, au contraire, avril, mai, octobre et novembre ( moyenne générale -j- 11°) , il n'est que de i4'
On ne saurait conclure de ces résultats que le froid ne peut favoriser le développement des syphilides. En effet , décembre présente 6 cas de syphilides , c'est-à-dire qu'il tient le second rang pour le nombre ; janvier, 5 cas, ce qui le met au cinquième rang, avec avril, juillet et octobre. De plus , les quatre mois les plus froids, décembre , janvier, février et mars présentent encore 11 cas ; mais sur ces 11 cas 9 appartiennent à décembre et janvier. Or, ces deux mois sont les deux plus froids de l'année, leur moyenne étant seulement + 3°. Donc un degré de froid intense favorise l'apparition des syphilides , et produit un effet analogue à celui d'une grande chaleur; car si décembre est après janvier le mois le plus froid de l'année (moyenne, 5", 9), juillet est le plus chaud {-{- 18°, 6), et ces deux mois sont ceux qui présentent le plus de cas. Il est donc exact de dire que la chaleur favorise le développement des affections cutanées vénériennes; mais il est inexact d'affirmer avec certains auteurs que le froid en général produit le même effet -, car les quatre mois les plus froids, décembre, janvier , février et mars
( moyenne + 4°) comptent 1 1 cas de syphilides eu tout, tandis que les quatre mois tempérés, avril, mai, octobre et novembre (moyenne +10, 5) en comptent 14. Ce qui est vrai, c'est qu'un degré de froid intense (en moyenne, -f 3) amène plus de syphilides qu'une température moyenne de 4- 6°, +9°' + 1 '°. et produit un effet presque aussi énergique qu'une chaleur moyenne de4i6«.
On pourrait objecter que décembre , qui compte 6 cas (moyenne 3°, 96), est moins froid que janvier ( moyenne 2", o5 ). J'ai à répondre que , dès le 26 décembre , nous trouvons des jours dont la température moyenne est + i et une fraction , ce qui est h Paris la moyenne la plus basse; et l'on peut admettre que celle température déterminant l'éruption de la plupart des syphilides, il n'en reste qu'un petit nombre qui se développent ensuite sous l'influence dos froids de janvier.
Examinons maintenant plus en détail l'influence de la saison chaude.
Il est d'abord très- curieux de voir que mai et septembre comptent chacun 5 cas , et , en examinant leurs moyennes de température, nous voyons qu'elles ne diffèrent que d'j", 2. Le grand nombre des syphilides de ces deux mois s'explique en réfléchissant qu'ils renferment des jours dont les moyennes vont de -j- i5° à -f- 17°. Or, -j- 16° est la moyenne du mois de juin, celui de l'année qui compte le plus grand nombre d'éruptions.
Cherchons à nous rendre compte pourquoi juin est celui de tous les mois qui présente le chiffre le plus élevé ; 'sa température est -f- 16°, celle de juillet et d'août -f- 18. L'explication est la même que celle que nous avons
donnée pour expliquer le chiffre élevé du mois de décembre; c'est que la température de -|- 16° est suffisante pour délermincr l'éruption syphilitique, d'où les chiffres assez faibles de juillet et d'août. Ainsi donc, non-seulement la chaleur favorise le développement des syphilis des plus que le froid; mais il est un dejrré , celui de 16 en moyenne , qui paraît suffisant pour produire cet effet sur l'économie; Ajoutons que la température diurne moyenne la plus forte à Paris est ig°, 57, et qu'à la fin de juin on a des jours qui donnent 18°, o4 et 18°, i5, observation analogue à celle que nous avons faite pour le froid en décembre (1).
Il est facile de comprendre maintenant pourquoi des mois si différents pour la température, janvier {-\- 2, o5), avril (+9,85) , octobre (-4-1 1, 34) et novembre (-4-6,78) ont tous le même chiffre pour les syphilides. Cela provient de deux causes tout-à-fait différentes. Janvier succède à décembre dont le chiffre est très-fort, et qui ne lui a plus laissé pour ainsi dire de syphilides à développer. Juillet se trouve dans le même cas vis-à-vis de juin; enfin, octobre et novembre sont des mois tempérés où jamais le thermomètre ne fournit les moyennes dè -j- 3° d'un côlé, et -4- 26° de Cautre , qui paraissent être dans notre climat les températures les plus favorables au développement des syphilides. Ces dernières observations s'appliquent aussi aux mois de février et de mars , qui sont de tous les mois de l'année ceux où l'on observe le plus rarement ces maladies à leur début.
(1) L'actiou de la chaleur détermine très-rapidement l'apparition de la syphilide; un seul bain de vapeur sutBt souvent pour produire cet effet.
2° Influence de quelques causes accidentelles.
Nous venons de voir combien le changement de lempérature avait de part h la production des syphilides , dans la succession des saisons.
L'influence accidentelle de la température n'est pas moins puissante. Hunier (pag. oy) rapporte une observation où une syphilide survint chez un homme qui avait couché dans des draps mouillés , et il ajoute : « Il fallait dans ce cas quelque pouvoir nouveau qui agît sur le corps pour le disposer à recevoir plus facilement l'action vénérienne. Que le froid ait un pareil pouvoir , nous l'avons déjà admis, et il paraît que, dans ce cas, c'est lui qui en a été la première cause immédiate. » Ce grand physiologiste attribuait à cet agent une influence bien grande, car il croyait que les différentes parties du corps étaient affectées par la syphilis dans l'ordre de leur caloricité. Les ulcères, dit-il (p. 324), affectent les parties dans l'ordre suivant : la peau, les amygdales, le nez, le gosier, la bouche et quelquefois la langue , puis les aponévroses et les os. La peau et les parties qu'elle recouvre sont exposées continuellement à un plus grand froid que ne le sont les parties internes. Voilà aussi pourquoi la bouche, le nez, la peau en sont le plus fréquemment affectés. Lorsque les os entrent en action, ce sont, en général, les plus rapprochés de la surface du corps, le tibia , le cubitus, les os du nez. Dans les climats chauds, la maladie n'est presque jamais aussi violente que dans les climat» froids.
Le docteur Simon, de Hambourg, a vu souvent des syphilides se développer chez des individus qui du midi se rendaient vers le nord.
Les eaux minérales ont une action que l'on avait déjîi signalée jadis, et dont M. Biett a fait sentir toute i'impoj tance dans ses cliniques, et en particulier dans celles de i83o. (Voyez Revue médicale, juin 1800.) Les eaux d'Abano en Toscane, dont la température est de 50° Réaumur, avaient autrefois une grande réputation sous ce point de vue : elles provoquaient l'explosion des syphilides, et M. Bieit a vu souvent le même effet produit par les bains de vapeur à Saint-Louis.
Parmi nos malades, deux ont été dans ce cas: l'un a été couvert d'un lichen , après avoir pris quelques bains de mer, l'autre [Obs. Xj d'une éruption qui devint ulcéreuse par la suite, après avoir fnit usage des eaux de Plombières. Il est bon de remarquer que les eaux minérales n'agissent peut-être ici que par leur température, car nous voyons les bains de vapeur simples provoquer l'éruption aussi bien que les eaux thermales ; mais , comme il est, d'un autre côté, incontestable que certaines eaux minérales, celles de Loueche par exemple, donnent lieu à une éruption miliaire, la question reste indécise.
3° Influence de maladies étrangères, de fatigues ou d'affections morales.
Entrevue et indiquée par un grand nombre d'auteurs, cette influence n'a pas été appréciée h sa juste valeur. Pour en convaincre le lecteur, je vais faire passer sous ses yeux tout ce qui a été écrit sur ce sujet par les principaux syphilographes.
Ilnnler cslle premier qui l'ait signalée; il dit (p. 528) : «On observe que lo moindre dérangement dans la constitution lait paraître la syphilis; » et (p. 529), en pariant du même malade qui eut une première fois des symptômes consécutifs, en août 1781, après avoir couché dans des draps humides, il rapporte qu'il fut repris, en juin 1782, à la suite d'uue maladie appelée influenza, et qne •c'ertainemerit ces périodes eussent été plus longues si les deux circonstances de la fièvre et du froid n'eussent point déterminé l'explosion.
W. Nisbeth (1788), s'exprime ainsi (p. 229) : « On a observé qu'en recevant une violence sur une partie, lorsqu'aucun symptôme d'infection générale ne paraissait, et qu'aucun indice ne dénotait la présence du virus , l'infection se manifestait bientôt, de sorte qu'il fi\llait recourir à un traitement régulier pour contrebalancer ses effets. Quand une infection cachée existe chez les femmes, elle dort assez souvent jusqu'à ce qu'une grossesse survienne, ou jusqu'à ce que leurs règles disparaissent. »
Freteau (181 3), cité par Richond (I, p. 267) : « L'expérience a prouvé que quand le virus se réveille de cet état d'assoupissement, il sévit alors sur les parties les plus faibles, et alors son développement est presque toujours déterminé, soit par quelque violence reçue accidentellement, soit par l'état de grossesse ou l'acte de l'accouchement, soit par l'âge critique chez les femmes, soit par l'invasion de quelque maladie aiguë qui vient modifier didéremment la constitution, soit enfin dans quelques circonstances par un mouvement spontané.»
Swediaur (i 817 If, p. 27) : « Il reste encore à vérifier si le viras syphilitique demeure, comme quelques écrivains
l'ont assuré, plus loog-temps inaclif dans les personnes robustes, flegmatiques ou moins irritables, qae dans les personnes délicates, très -sensibles , ou affaiblies par des maladies.» Et (p. 26), «dans quelques cas rares, h la vérité, le virus semble être resté plusieurs années sans avoir donné aucun signe de sa présence , lorsque tout-à-coup, après des excès de vin, quelque exercice violent, l'usage des eaux et des bains minéraux, ou à la suite d'une fièvre , il se manifeste par les signes les moins équivoques.»
M. Pailloux , après avoir dirigé l'attention du lecteur sur l'influence des professions , ajoute (Prop. XIX) : « Plusieurs faits me portent à croire que la manière de vivre des personnes qui ont été guéries d'une affection syphilitique primitive, influe beaucoup sur le développement de tel ou tel symptôme consécutif qui se manifeste chez elles.»
M. Biett, dans sa clinique de i83o, s'exprimait ainsi : « Il n'est pas rare de voir la syphilis, restée latente pendant un temps plus ou moins long, faire explosion tout-àcoup à l'occasion de perturbations physiques ou morales qui viennent ébranler l'économie.» Et après s'être étendu sur l'effet des eaux minérales, il ajouta que des fièvres intermittentes et même éphémères avaient plus d'une fois amené des résultats analogues.
M. Humbert, instruit aux leçons du même nïaître, dit (p. 54) : « Nous ne savons guère quels sont les états de notre économie qui tantôt maintiennent latent le principe syphilitique dont elle est pénétrée, et tantôt, suscitant tout-à-coup son action, préparent l'apparition des syphilides ; seulement, comme on observe assez souvent rfju'clles se montrent à la puberté, aux. époques mensuel-
les, h la cessation des règles, après des écarts de régime, des bains chauds, h la suite de peines morales profondes, il est bien permis de croire que ces circonstances peuvent réellement en devenir la cause occasionnelle.»
MM. Caseuave et Schedel ajoutent, avec raison (p. 458) , à cette énumération les exercices forcés. M. Gibert si- ^^nale aussi (p. 102) les deux ordres de causes, les unes physiques, les autres morales.
M. Albers. dont nous avons si souvent cité l'excellent mémoire, entre dans quelques détails à ce sujet. « Les syphilides, dit-il (p. 2.3 et 24), n'apparaissent ordinaire ment chez ceux qu'une longue maladie, des traitements multipliés, et la profonde démoralisation qui en est la conséquence, ont depuis long-temps affaiblis, que lorsque les forces sont encore dans leur intégrité; alors leur développement est déterminé par un mouvement fébrile qui produit un trouble profond dans l'économie. Je lésai vues survenir pendant le cours d'une pleurésie ou d'un exanthème non syphilitique, et chez des individus qui avaient éprouvé de grandes fatigues. En i8i5, j'observai des soldats qui avaient eu des symptômes primitifs dont ils guérirent très-vite ; mais vers la fin de la campagne ils étaient couverts de papules, dont la nature ne pouvait être douteuse. »
M. Rayer parle (p. 074) des symptômes fébriles qui précèdent l'éruption, et dont un bain de vapeur ou un exercice violent hâte quelquefois le développement.
M. Rufz (p. 36) a mis aussi un grand soin à s'informer de l'étal do santé des malades, pendant le laps de temps qui s'est écoulé entre les symptômes primitifs et consé» cutifs ; ses résultats sont les suivants :
La plupart des malades ont joui d'une bonne sa nié.
Chez deux, il y enl des angines qui exigèrent chez un, l'excision des amygdales.
Uu malade eut la colique des peintres.
Un autre, une orchite, suite de coup.
Un outre, une large blessure au thorax, avec fièvre et un abcès.
M. Rufz en conclut qu'une maladie grave qui imprime une vive secousse à l'économie, n'est pas une circonstance capable de la débarrasser de l'inflnence syphilitique , et n'empêche pas le développement des symptômes conséculifs. Il est fâcheux qu'il n'ait pas noté si ces maladies avaient précédé immédiatement l'apparition des syphilides ; peut-être eût-il conclu que , loin de pouvoir empêcher leur développement , les maladies le favorisaient.
La fièvre syphilitique, décrite très-bien par Hecker et Morelli, l'a été depuis par tous les auteurs qui se sont occupés des èyphilides; tous sont d'accord pour la représenter comme précédant plus souvent les éruptions papuleuses que les autres. Tous la regardent aussi comme l'effet du trouble que l'éruption qui va naître détermine dans la circulation; ils l'assimilent, en un mot , au mouvement fébrile qui précède la variole, la rougeole et la scarlatine. Cette opinion, quoique probable, est sujette il quelques difficultés. i° De l'aveu de tous les auteurs, celte fièvre n'est pas constante; elle ne précède pas toutes les espèces de syphilides; 3° elle persiste quelquefois après l'éruption (Obs. 4° nous voyons souvent des syphilides succéder immédiatement à des mouvements fébriles, dont la cause est une afl'ection tout-à-fait étran-
gère à l^éruption. D'après cela, ne pourrait-on pas penser que celte fièvre est la canse, non l'eflet de l'éruption ? Cette supposition se transforme presque en certitude quand on songe combien les causes qui peuvent provoquer l'éruption de la maladie cutanée sont diverses. On verra, par le tableau suivant, que sur vingt et un cas la maladie a été précédée dix-sept fois de bien d'autres affections que d'un simple mouvement fébrile. Sur mes soixante observations, les causes occasionelles n'ont été notées que dans vingt et un caS;,* mais ce nombre est audessous de la vérité, parce que j'ai négligé, au commencement , de m'assurer, par des interrogations répétées, de l'état de santé du malade au moment de l'éruption. Il ne faudrait pas croire, cependant, que les syphilides sont toujours le produit immédiat d'une cause occasienelle ; dans plusieurs cas où j'assistais à leur développement, je n'ai pu reconnaître le plus léger indice d'une cause déterminante quelconque (Obs. U, p. ex.).
Tableau des causes déterminantes de l'apparition deç syphilides chez vingjt et un sujets.
Fièvre simple avec brisement des membres, céphalalgie, soif, etc ^
Fièvre intermittente pendant quatre mois. . . . i
iFatigues, fièvres intermittentes quotidiennes. . . i
i Fatigues, fièvres intermittentes, bains de mer. . . ;
Fatigues, sciatique rhumatismale ^
Affections morales très-vives ^
Toux, douleur de côté, fièvre, céphalalgie. . . . i
Pleurésie ^
•Pleurésie, sanlé languissante, eaux de Plombières. . i
Lumbago pendant trois semaines i
Ophlhalmie double i
Ophlhaloiie et olile i
Eruption d'un Acne simplex i
Anoréxie, céphalalgie i
Scorbut 1
Contusion violente à la cuisse, gonflement, fièvre. . i Fracture de jambe, appareil pendant cinquante-huit
jours, excoriation •. . . . \
Coup de herse dans la jambe i
Total. ... . . .21
L'apparition des syphilides, après ces diverses maladies ou à la suite de ces accidents, ne snurait être considérée comme une simple coïncidence, car presque toujours l'éruption a eu lieu pendant ou immédiatement après la maladie,' dans un petit nombre de cas, elle s'est faite quelque temps après, avant que la convalescence ne fût achevée.
Du reste, c'est un travail à faire que d'interroger des individus qui ont été affectés à diverses reprises de chancres, de blennorrhagies et de bubons , et de s'assurer s'ils ont eu des maladies on éprouvé des accidents ; on verrait par cette contre-épreuve quelle est l'influence de ces causes occasionelles. Celles-ci sont si diverses, qu'il serait difficile de les ranger sous des chefs généraux; mais il est évident qu'elles ont toutes pour effet d'affaiblir les forces de l'individu, et d'en prêter ainsi à l'ennemi qui n'attend qu'une occasion pour paraître et envahir i"économie.
HUITlîiME QUESTION.
Quelles sont les parties du corps oii les syphîlides se montrent en premier lieu au moment de l'éruption?
La réponse à cette question ne saurait donner lieu au moindre doute. Tous les auteurs ont répété ce qu'Antouius Gallus , vulgairement Lecoq , professeur à Montpellier, disait déjà en 1 540. « Pustulae fere semper prius «emergnut circa froutem ac tempera aut aliam quamvis » corporis partem, praeter quam ubi cœpit malum. »
On peut voir par le tableau ci-joint que celte assertion est parfaitement exacte, puisque, sur 33 cas, la syphilide a commencé 19 fois sur la face ou le derme chevelu.
Face 16
Derme chevelu 3
Aisselle 1
Bras 4
Avant-bras 1
Dos 2
Ventre 1
Fesses et périnée i
Scrotum 1
Corps entier 5
Total. ... 33
CONCLUSIONS GÉNIÎRALKS.
Ceux qui auronl lu ce mémoire avec altenlion reconnaîtront, je crois, qu'il lend vers la solution d'une question dont l'importance pratique ne saurait être mise en doute, savoir : la détermination des causes des syphilides. Sublatâ causa loLlitur effectus-^ par conséquent, si le médecin avait une connaissance approfondie de ces causes prédisposantes ou occasionellcs , il pourrait, sinon prévenir toujours,, du moins prévoir la maladie, indiquer au patient quelles sont les influences qui peuvent déterminer son apparition , le placer dans les conditions les plus favorables ; en un mot , ne pas le laisser dans une dangereuse sécurité lorsque Tensemblc des symptômes rend plus que probable l'apparition d'une syphilide consécutive. Les causes des syphilides connues , leur diagnostic en deviendra plus facile; car, lorsqu'on saiira joindre à tous les signes, pour ainsi dire physiques, de l'affection cutanée, un ensemble de circonstances commémoratives , toutes reconnues comme causes prédisposantes ou occasionellcs de ces affections, il résultera de cet accord un faisceau de preuves qui dissipera tous les doutes. Je vais donc présenter ici au lecteur une série d'aphorismes ou de propositions qui résument les résultats principaux auxquels m'ont conduit l'analyse et l'observation.