‹ Mémoire sur les causes générales des syphilidesChapitre 20 sur 20 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

SUR LE MÉMOIRE PRÉCÉDENT Fait à l'Académie de médecine, le 28 novembre 18.'i7, Par MM. Biett, Jadioux et Louis, rapporteur.

Malgré quelques dissentiments élevés entre les auteurs qui se sont occupés d'une manière spéciale des maladies vénériennes, on était généralement d'accord , jusque dans ces derniers temps, sur la manière d'envisager les principaux symptômes de cette maladie , sur leur corrélation ou sur leur dépendance, sur les moyens de les combattre, sur l'effet préservatif des préparations mercurielles appliquées aux symptômes primitifs, par rapport aux symptômes secondaires. Mais l'observation a fait un pas, et tout a été mis en question. Malheureusement l'observation a été encore assez souvent imparfaite, les nouvelles manières de voirn'ontpasété toujours bien rigoureusement déduites des faits et le doute est encore aujourd'hui le partage de beaucoup d'esprils éclairés sur tout ce qui concerne la maladie vénérienne. C'est donc un beau

sujet d'étude que ces alVcclions , sous quelque point de vue qu'on les considère, et le mémoire de M. le docteur Marlins. dont je vais avoir l'honneur de rendre compte h l'Académie , au nom de M. Bielt, de M. Jadioux et au mien , est digne de tout son intérêt.

Le travail d« ce jeune médecin est , comme il a été dit plus haut , relatif aux affections consécutives de la peau . appelées syphilides. Persuadé que si ces maladies sont souvent très-graves , ce n'est pas seulement parce que leurs signes caracléristiques sont souvent ignorés , mais peut-être aussi parce que l'attention des médecins les plus habiles n'a pas été suffisamment portée sur l'intervalle, souvent considérable , qui les sépare des symp lûmes primitifs ; parce qu'on s'est fait des opinions peu exactes du caractère de certains d'entre ces derniers , la blennorrhagie et les chancres, de l'effet des préparations mercurielles; parce que les causes occasionnelles des syphilides sont trop incomplètement étudiées; persuadé qu'il était nécessaire d'étudier de nouveau ces différents points, l'auteur s'est proposé de résoudre par l'observalion les questions suivantes : Quel intervalle de temps sépare les symptômes primitifs des consécutifs? Quels symptômes primitifs donnent le plus souvent lieu aux symptômes secondaires ? Existe-t-il entre la nature des symptômes primitifs cl celle des syphilides consécutives un rapport tel que certaines éruptions ne succèdent jamais qu'à tel ou tel signe d'infection? Quelle est l'influence du traitement des symptômes primitifs, et en particulier du traitement par le mercure , sur l'apparition des syphilides? Quelles sont les causes déterminantes de ces maladies .'

Dans les sciences d'observation , on ne doit rien demander qu'aux faits ; mais, pour que ces faits conduisent h la vérité, ils doivent être exacts, nombreux et rigoureusement analysés. L'exactitude est difficile quand il s'agit de constater avec quelque précision le début de symptômes déjà anciens; l'analyse de ces faits est laborieuse , car, dès qu'on en possède plus de trois ou quatre, on ne peut plus les comparer , en connaître la valeur qu'au moyen de tableaux synoptiques , qui présentent, dans autant de colonnes successives , toutes les particularités d'un même fait; h plus forte raison quand on a soixante faits à analyser comme l'auteur du mémoire.

Quarante-quatre de ces faits ont été recueillis à l'hôpital Saint-Louis, dans la division de l'un de vos commissaires, à l'époque où M. Martins y était attaché comme interne. Les seize autres ont été tirés des auteurs , et choisis entre beaucoup d'autres , h raison de leur apparente exactitude , et aussi parce qu'ils contenaient les détails nécessaires à l'auteur pour son travail. Il les a analysés de la manière indiquée, sans insister beaucoup sur la nécessité de l'analyse numérique h laquelle il a recours, se bornant h faire remarquer qu'il n'était guère possible , sans le secours des chiffres, de résoudre une question de temps , de fréquence et déterminer les rapports qui existent entre les phénomènes successifs, etc.

Les symptômes primitifs dont il examine les rapports ;ivec les symptômes secondaires, sont la blennorrhagic pt les chancres. Sans nier qu'il soit utile de distinguer plusieurs espèces de ces derniers, il ne saurait faire usage de cette distinction pour son travail, n'ayant eu que trèsrarement l'occasion de constater les symptômes primitifs

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(les individus soumis h l'observation el l'inlerrogaloire le plus détaillé ne pouvant suppléer ici à l'observation directe.

M. Martius admet l'existence du virus syphilitique, non comme un être réel, mais comme une hypothèse aidant à lier les phénomènes de la syphilis entre eux, h expliquer sa contagion , à faire comprendre qu'un homme infecté aujourd'hui peut être pris de symptômes consécutifs six mois, deux ans plus tard, etc., etc.

Parmi les formes sous lesquelles peuvent se présenter les syphilides, les formes exanthématiques , vésiculeuses , squammeuses, se sont rarement présentées à l'auteur, et comme leur véritable nature pourrait donner lieu à des doutes, M. Martins les a négligées pour ne s'occuper que des syphihdes papuleuses, tuberculeuses, pustuleuses et ulcérantes, formes dont les trois dernières reconnaissent, suivant lui, une origine commune, le tubercule.

Après ces préliminaires , que l'auteur a crus indispensables , il aborde les questions qu'il s'est pi'oposé de résoudre.

Première question. — Quel intervalle de temps sépare les symptômes primitifs des symptômes consécutifs ?

Les opinions des auteurs à cet égard sont partagées; les uns croient que les syphilides n'ont aucun rapport avec les symptômes primitifs ; d'autres , avec MM. Richond et Devergie, n'admettent pas que le virus syphilitique puisse manifester sa présence un grand nombre d'années après avoir été introduit dans l'économie.

L'opinion contraire a été celle des médecins de toutes les époques, de iNicolaus Massa, d'Astruc, de Fabre , de Hunier, de C»illcrier. C'est celle de l'un do vos commis-

saires. Mais l'incubalion du virus syphililiquc pendant un nombre d'années souvent considéroble, n'est pas un fait assez généralement connu.

Avant d'exposer le résultat de son observation à cet égard, M. Martins remarque que, jusqu'à Benjamin Bell, la blennorrhagie avait été considérée comme un symptôme d'infection lout-à-fait analogue aux chancres; qu'à la vérité, de ce que plusieurs personnes ayant vu la même femme dans l'espace d'une heure, les uns ont une blennorrhagie, les autres un chancre, il ne s'ensuit pas rigoureusement que ces deux symptômes sont les mêmes, ou causés par une simple blennorrhagie, si cette femme n'a pas été examinée au spéculum , puisque alors on ignore si elle n'avait pas à la fois une blennorrhagie et des ulcérations placées dans les plis du vagin. Mais l'auteur du mémoire a vu et traité des personnes qui, n'ayant jamais éprouvé que des blennorrhagies , ont eu des symptômes consécutifs, et vos commissaires , l'un d'entre eux surtout , ont constaté des fails semblables. En sorte qu'il n'est pas possible d'exclure la blennorrhagie des symptômes primitifs de la maladie vénérienne. «

Cela posé, dans dix cas de blennorrhagie simple observés par M. Martins, où il n'y a pas eu d'autres symptômes primitifs, les syphilides se sont manifestées après un espace de temps qui a varié de quatre mois à quarante-deux ans , tandis que, dans neuf cas de chancres simples, les syphilides se sont montrées entre deux mois et treize ans , terme moyen après cinq ans et quelques mois, de manière que sept cas se trouvaient nu-dessous de la moyenne. Une différence analogue a eu lieu dans la

cooîpllcalion de la blennorrhagie cl des chancres avec les bubons et l'orchite.

Tous ces cas ont été exposés par l'auteur dans un tableau particulier , et il conclut de la comparaison des faits qui y sont exposés, d'une part, que la complicalion de la blennorrhagie et des chancres avec d'autres symptômes primitifs, accélère l'apparition des syphilides; de l'autre, que cette apparition est plus prompte de beaucoup après les chancres qu'après la blennorrhagie.

Mais quelles sont les circonstances qui amènent les immenses variations dans l'espace de temps qui s'écoule entre les symptômes primitifs et l'apparition des syphilides? C'est ce que nous pourrons conclure plus tard de l'étude des causes occasionnelles.

D'ailleurs l'intervalle en question n'a pas été le même pour toutes espèces de syphilides étudiées par l'auteur , en sorte qu'il a été, terme moyen:

Pour les syphilides pustuleuses , de. . 7 mois.

Pour les syphilides papuleuses, de. . . 20 mois.

Pour les syphilides ulcérantes, de. . . Sans.

Pour les syphilides tuberculeuses , de. . 8 ans.

Résultats dont quelques-uns sont d'accord avec ce qu'on savait déjà , puisque les auteurs s'accordent à regarder les syphilides pustuleuses comme une de celles qui surviennent en même temps ou immédiatement après le* symptômes d'infection.

Et en supposant que les chiffres précédents expriment une loi , il faudra en conclure avec M. Martins, qu'eu égard à la rapidité de leur apparition, les syphilides sont r;ingées dans l'ordre suivant : pustules, paj)ules , tubercules, ulcérations.

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Deuxième question. — Quels sym|)lômcs primitifs donnent le plus souvent lieu aux sypliilides ?

La solution de celle question en supposerait une autre, savoir la connaissance de la proportion existante entre la blennorrhagie et les chancres. Néanmoins , en analysant avec soin, sous ce rapport, les quaranle-qualre fails recueillis par lui, M. Martins en conclut que les chancres sont plus souvent suivis de syphilides que la blennorrha- }ïic , et que la réunion de ces deux symptômes primitifs sur le même individu est de tous. les cas celui dont le pronostic est le plus grave.

Troisième question. — Exisle-t-il entre la nature des symptômes primitifs et celle des syphilides consécutives un rapport tel que certaines éruptions ne succèdent jamais qu'à tel ou tel signe d'infection ?

L'affirmative a été soutenue par Fabre, Benjamin Bell et Richard Carmichael; mais la négative résulte de faits analysés par l'auteur du mémoire, et de beaucoup d'autres observés par l'un de vos commissaires.

Quatrième question. — Quelle est l'influence du traitement, en particulier du mercure, sur l'apparition des syphilides ?

Après avoir indiqué les difficultés du problème et la diversité des opinions des auteurs, M. Martins conclut, des statistiques les plus exactes que la science possède sur ce sujet , conclusion à laquelle sont déjà arrivés quelques habiles médecins, que le mercure , employé pour combattre les symptômes primitifs, a une heureuse influence sur la disparition de ces symptômes , mais qu'il ne prévient pas les symptômes secondaires. Il ajoute que si les symptômes primitifs ont quelquefois paru êlre aggravés

par le mcrcnrc , c'esl que l'on n'a recours à ce médicauienl que dans les cas graves ; que les symplôuies secondaires viennent après le traitement sans mercure comme après le traitement par le mercure , et dans une proportion qui n'est pas la même, suivant les auteurs, mais qui varie, tantôt eu laveur du traitement mercuriel, tantôt en faveur du traitement simple. Ce qui prouve, dit l'auteur, que ce traitement n'est pas l'agent déterminant qui empêche ou provoque la récidive.

Cinquième question. — Quelle est l'influence du tempérament sur le développement des syphilides ?

Quelques faits relatifs à des sujets dont l'histoire contient les détails nécessaires pour caractériser le tempérament, persuadent à l'auteur qu'en effet, comme l'ont dit plusieurs médecins, le tempérament lymphatique favorise le développement des syphilides. Mais, pour savoir au juste h quoi s'en tenir sur la valeur de cette conclusion, il faudrait, ainsi que M. Marlins l'observe lui-même, connaître la proportion du tempérament lymphatique aux autres, et on l'ignore.

Sixième question. — Causes déterminantes de l'apparition des syphilides.

L'auteur recherche d'abord quelle est l'influence de la saison ou de In température sur le développement des syphilides. Il remarque que les médecins qui se sont occupés de cesujet nesoni pas d'accord entre eux, etn'ont pasfait de recherches statistiques pour arriver à la solution du problème, recherches sans lesquelles, on en conviendra, il esl néanmoins impossible d'arriver à un résultat démontré. M. Marlins l'a fait pour tjuarante-cinq cas, et il a trouvé que vingt-huit d'entre eux se sont développés en été, ou dans

les six mois les plus chauds, mai, juin, juillet, août, septembre el octobre, dont la chaleur moyenne, en général, est, d'après les tableaux dressés h l'Observatoire pendant vingt ans, de seize degrés; tandis que dix-sept cas seulement se sont développés pendant les six mois de froid, dont la température moyenne est de cinq degrés et demi. 11 entre d'ailleurs dans des détails pleins d'intérêt pour chaque mois de l'année, eu égord au développement des syphilides, et il arrive à celte conclusion, que non-seulement la chaleur favorise davantage le développement des syphilides que le froid, mais qu'une température de seize degrés en moyenne , et de trois degrés do (roid aussi en moyenne, suffit pour produire le même effet sur l'économie.

Les eaux minérales favorisent encore le développement des syphilides ; mais est-ce seulement à raison du calorique q«'elles contiennent ? On peut se le demander puisque, d'après les faits observés par l'un de vos commissaires h Saint-Louis, les bains de vapeurs sollicitent l'apparition des syphilides. D'un autre côté, quelques eaux minérnles , celles de Louèche par exemple, amènent assez fréquemment des éruptions chez des individus non atteints de maladies syphilitiques. En sorte que tout porte h croire que les eaux minérales peuvent agir dans le développement des syphilides, à raison de leur température et de leur composition tout à la fois.

D'autres causes ont encore été indiquées par les principaux syphilographes , comme déterminantes de l'apparition des syphilides; entre autres les fatigues, les diverses maladies, les affections morales; et l'un de vos commissaires a reconnu l'action de ces causes en disant qu'il

n'esl pas rare de voir la syphiliclo resiée latente pendant nn temps plus on moins long, Taire explosion lout-à-coup à l'occasion de pertnrbations physiques et morales qui viennent ébranler l'économie ; que des fièvres intermittentes et même éphémères ont plus d'une fois amené des résultats analogues.

MiM. Gazenave et Schedel parlent encore avec raison de l'action d'une autre cause, les exercices forcés.

L'affaiblissement, quelle qu'en soit la source, paraît h M. Albers la cause occasionnelle principale des syphilides ; et quand les forces sont encore dans leur intégrité , leur développement est déterminé, suivant le même médecin, par un mouvement fébrile qui produit un trouble dans l'économie. N'ayant pas recherché les causes occasionnelles dans tous les cas observés par lui, M. Marlins a seulement constaté que, sur vingt et un d'entre eux, on en compte quatre dans lesquels la syphilide a été précédée de fièvre simple, tandis que , dans les autres , le même symptôme avait été devancé par des maladies variées.

Tels sont, Messieurs, les principaux résultats auxquels M. Marlins est arrivé. La méthode suivie par ce jeune médecin est rigoureuse ; on ne saurait lui reprocher d'avoir réuni des objets qui se repoussent ; mais aussi la nécessité de ne grouper que des faits semblables a rendu quelques-uns de ses groupes très-peu considérables , et les conclusions tirées de l'analyse d'un trop petit nombre défaits ne peuvent pas être considérées comme des lois.

Cette remarque , qui n'a pas échappé à M. Marlins, ne peut rien diminuer de l'importance de son mémoire, et il serait à désirer que tous les points encore litigieux de l'histoire des maladies vénériennes fussent étu-

dié8 de la même manière , avec une anssi coni|(lèle \udépendancc d'opinion , une indifi'ércnce aussi ruelle pour les résultats. De celle manière, on ne larderait pas h voir des notions exactes remplacer des assertions pour le nmins hasardées aujourd'hui, les différents modes de Iraitement des symplômes vénériens appréciés à leur juste valeur, et la certitude substituée au doute qui afflige l'esprit de ce- Uii qui veut approfondir aujourd'hui l'étendue des maladies vénériennes. Vos commissaires ajoalent que si M. Martins a donné beaucoup de temps à l'observation , il n'en a guère moins consacré h la lecture des auteurs qui ont abordé les questions auxquelles il s'est efforcé de trouver une solulion rigoureuse. Leurs opinions sont exposées par lui avec détail, et, sur ce point comme sur beaucoup d'antres, son mémoire ne laisse rien à désirer.

{Extrait de la Revue Médicale, tome i, i838.)

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