CINQUIEME QUESTION
a Quelle est Cinfluence du trailemcnl des symptômes n primitifs, ctenpariiculier celle du mercure, sur Cappa- » rilion des syphilides ? »
Dès les temps les plus reculés , tous les auteurs qui ont écrit sur les syphilides se sont partagés en deux camps, les partisans du mercure et ses adversaires. J'ai déjà rassemblé un grand nombre de matériaux à cet égard, et j'ai l'espoir de publier, dans la suite, un mémoire où je réunirai tout ce qu'on a déjà tenté pour résoudre celte question qui est encore aussi loin d'une solution satisfaisante que le premier jour qu'elle a été soulevée. J'invite ceux qui croiraient que j'exagère à lire les procès-verbaux des séances tenues par les médecins de Nantes, en juillet i835, pour discuter la valeur des doctrines nouvelles relativement à la nature et an traitement de la syphilis. Il s'oppose, en ellet, à la solution de ce problème des difficultés presque insurmontables que je vais exposer en peu de mots.
Et d'abord, le problème est-il réellement susceptible de solution ?
On admet à priori que le mercure doit avoir une in-
flucnce pour prévenir ou déterminer les aiVcclions consécutives. Mais en y réfléchissant Lien, on ne conçoit nullement pourquoi il en serait ainsi. Nous voyons des ulcérations guérir sous l'influence d'un traitement merciiriel; mais ce n'est pas une raison pour lui attribuer une vertu prophylactique, qui lutterait indéfiniment contre le virus qui dort dans l'économie. Je ne sache point qu'on se soit encore avisé de chercher si les pneumonies Irai ■ tées par l'émétique à haute dose étaient plus ou moin^ sujettes à récidiver que celles qui avaient été combattues par la saignée. Mais en supposant le problème susceptible de solution , il ne le sera qu'à certaines conditions. On a vu, dans la première partie de ce mémoire , que les moyennes de l'intervalle de temps écoulé entre les symptômes primitifs et les affections cutanées secondaires étaient souvent de plusieurs années ; nous avons reconnu que ces intervalles pouvaient être de trente ans et plus; par conséquent, c'est seulement lorsqu'un individu est mort qu'on peut affirmer qu'il n'a pas eu de symptômes consécutifs. Ainsi tous les tableaux statistiques dressés par les chirurgiens militaires , tels que MM. Devergie , Desruelles, Hennen , ne sont-ils concluants que pour l'espace de temps pendant lequel les malades sont restés sous leurs yeux , après la guérison des symptômes d'infection.
Un second élément dont il faudrait tenir compte, c'est la nature du traitement mercuriel employé, sa durée, ses effets sur l'économie ; car nous ne pouvons pas affirmer si les effets du sublimé, du calomel , du proto-iodure de mercure , des frictions, des fumigations sont analogues. Nous sommes même certains que leur mode d'ac
lion est fort différent ; car nous voyons tous les jours un de ces médicamenls réussir là où l'autre avait échoué. Or, les auteurs n'ont pas toujours tenu compte des formes si variées sous lesquelles le mercure avait été administré. Aussi tous les chiffres donnés par la statistique sont-ils contradictoires ; je vais en citer quelques-uns.
RésuLlats en faveur du traitement non mercuriel.
Il est entré dans les hôpitaux de Suède, en 1826, 3o5 malades avec des rechutes de syphilis. g4 avaient été traités par les anliphlogistiques, 19 par des fumigations, 174 par le mercure, 18 par des moyens locaujt. Ainsi donc le traitement mercuriel présente 43 rechutes de plus que la méthode simple.
Dans lemême pays on a vu que, sur 16,985 vénériens traités de 1822 à 1827, les rechutes étaient dans les proportions suivantes ;
Après le traitement par la diète , 7 i|2 sur 100 Après le traitement mercuriel, i4 sur 100 Voyez Konig. Sundhets , CoUegii circulaire bref, till. Lœkare (BuUet. de Férussac, v. i3, p. i64).
M. Desruelles (second mémoire) , sans prétendre que le traitement simple ne soit jamais suivi de récidives , dit (p. 37Ô) que, sur 900 militaires sortis guéris par ce traitement,de juin 1825 à juillet 18*27, 38 seulement sont rentrés pour récidivesen 1827 et 1828. On voit que ce calcul ne s'applique qu'aux rechutes qui ont lieu dans l'espace de trois ans après les symptômes primitifs. Nous avons même lieu de penser que cet intervalle est beaucoup plus court, et ne s'étend qu'à un an tout au plus ; car M. Des- : ruelles, analysant ces 38 cas , donne les intervalles sui-
vants pour chacun d'eux : 5 dans les premiers quinze jours, 7 dans le mois, i au bout de quarante-trois jours, 3 nu bout de soixante jours , 5 du soixante-dixième au qualrc-vingtième jour, 7 du quatrième au sixième mois, 3 du septième au neuvième mois.
M. Handschuh a traité, en 1829, dans les hôpitaux de Munich, 169 syphilitiques sans mercure, et n'a vu, ditil, aucune récidive jusqu'à la publication de son ouvrage, qui eut lieu en i83i (1),
Résultats en faveur du traitement mercuriel,
M. Hennen , chirurgien militaire anglais, avoue, après avoir déclaré qu'il est partisan du traitement simple, que
(I) Beaucoup de personnes regardent le traitement simple comme une méthode nouvelle, et en font honneur à la doctrine physioJogique ; mais l'idée d'attribuer au mercure les symptômes consécutifs de la syphilis est aussi ancienne que la maladie elle-même. Antonius Gallus disait déjà, en 1540, dans son mémoire de ligno sancio (gayac) non permiscendo (Aphrod., p. 464) : « Ulcéra enascuntur » maxime in iis quos argento vivo illito percuratos redus ex contac- « tu morbiis repetit; » et Gabriel Fallope, en 1560 (Aphrod., p. 827) :« Corrumpunlur ossa palati, el scialis quôd non in omni inve- » terato morbo gallico hoc fit , sed in illis in quibus inunctio facla «est cum hydrargyro ; si non sanantur { inuncto hydrargjro), » valentlor fit lues, labefactantur viscera et partes solidœ corporis, » et aliquandô hujusce modi medicamentum remanet in humano » corpore, raulti marasmo corripiunlur ob inuncliouem ; multis succe- » dit dcntium casus, palati corruptio; hisossa capilisexesa manent, j) illis os et faciès intorta ; ego reperii homines inunctos per trien- » num ante et venienlibus gummatibus in tibiis deteclo osse; vidi >> coliectum ibi argentum vivum. Hàc ralione , non probo medica- » mentum. »
les éruptions sont beaucoup plus communes chez ceux qui n'ont pas fait de traitement mercuriel que chez les malades qui ont fait usage de ce médicnmenl. Ainsi il a trouvé que, pour les récidives dans l'intervalle de deux ans , celles du traitement simple étaient d'un sur 20, celles du traitement mercuriel d'un sur 45 environ.
iM. Rose (transacl. médico-chir. , vol. vin) a vu le tiers des individus traités sans mercure présenter des symptômes secondaires; mais tous ces auteurs sont d'accord pour proclamer la bénignité des symptômes secondaires observés chez les malades qui n'ont pas pris de mercure. C'est ce qui les a souvent déterminés à y renoncer dans la pratique des hôpitaux militaires. Les récidives proportionnelles obtenues par les autres chirurgiens anglais sont 1 sur 10 (Hill), i sur i5 (Thomson), 1 sur 20 i]2 (Macgregor). Sur 5o cas de récidives , M. Pailloux a vu qu'il y en avait 22 après le traitement mercuriel, 28 après le traitement antiphlogistique. Mes résultats ne s'accordent pas avec les siens. Sur 4.5 cas, je trouve 28 syphihdes sufr renues après le traitement mercuriel, 17 après le traitement simple. Il est vrai que je ne parle que des syphilides chez les hommes j tandis que les autres auteurs comptent les récidives en général, et chez les deux sexes; ainsi donc les chiffres ne sont pas parfaitement comparables.
Les résultats contradictoires obtenus parles auteurs porteraient à penser que l'influence du mercure pour prévenir la syphilis consécutive n'est pas aussi grande qu'on le croit, et qu'il est aussi absurde d'attribuer tous les symptômes secondaires au mercure , que d'affirmer qu'il les [prévient tous, puisque les statisticiens de bonne foi on.t yudes rechutes après que l'une ou l'autre méthode avai.t
élé mise en us.-.ge; cl la différence qui existe entre les proportions obtenues n'est pas, comme on l'a soutenu, une preuve sans réplique contre l'application delà statistique h la médecine (i).
En effet, vous cherchez quelle est l'influence du traitement mercuriel sur les récidives d'une maladie; vous arrivez à des résultats variables. Qu'en conclure? c'est que cette influence est nulle on a été mal appréciée, et qu'il ne faut pas chercher la cause de l'apparition des syphilides, dans le mode de traitement des symptômes primitifs, mois ailleurs. Je reviens à ma comparaison de la pneumonie. Deux médecins discutent pour savoir si les rechutes ont élé plus fréqiicnles après la saignée ou après le tartre stibié; ils établissent des chiffres comparatifs; mais la variabilité des résultats leur apprend que l'élément auquel ils s'attachent ne renferme pas la solution de la question , de même que le malliémalicien , quand il obtient pour la valeur de l'inconnue une expression de la forme ^ , est averti que les données du problème ne peuvent conduire à une solution déterminée. Je suppose maintenant qu'un troisième observateur recherche si les rechutes des pneumonies sont plus fréquentes chez les individus affectés de tubercules, que chez les autres , celui-là ayant reconnu la vraie cause arriver certainement à une solution. M. Becker (de Berlin), qui a publié un résumé très-consciencieux des ob-
(1) M. Ricord partage la même conviction ; car il dit ( Gazelle nicdic, août 1835): « Les mercuriaux employas dans la curalioa des symptômes primitifs ne sont pas prophylactiques des symptômes secondaires. »
servalions faites en Angleterre snr ce sujet dnns Horn's Arhiv fur medicinische Erfa lir un ^ {\anvier 1826), parta"-e aussi mon opinion sur In non-influence du traiiemeiit mercurid pour prévenir OU déterminer les syphilides. VA en i85G, il faut" en revenir à ce que le savant Astruc disait déjhun siècle auparavant (p. 427) : « Ut nonnuUi adsunt »qui ab hydrargyro abhorrent sine causa, sic contrà non «désuntqui eidem himiùm credant. Quantumvis enim nmercurius remedium sit opiferum et efficax , non ideh Blamen sequilur hujus usu omnia symploinala a lue t venereâ inducla sempor deletum iri. »