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même et garder le tout. Mais si nous voulions, nous, demander ces derniers terrains; si, alléchés par l'appât d'un profit, non douteux comme dit M. Marcoux, nous consentions à nous en contenter et à partager en frères avec le Séminaire de Québec: oh! alors, la chose serait bien différente, le Séminaire y donnerait des deux mains, se trouvant exempt par notre propre choix de faire entrer en ligne de compte les 24,026 piastres de profit réalisées sur la vente des premiers terrains.
Franchement, ne serait-ce pas là que le Séminaire de Québec voulait nous amener, dans sa première reddition de comptes, lorsqu'il nous faisait payer les taxes sur les terrains, et qu'il en gardait la propriété? Voulait-il en quelque sorte nous forcer à dire: Nous payons pour ces terrains, nous les gardons. “ Ce n'est là qu'une supposition, , repondra-t-on. C'est vrai. Mais quand on nous présente tant de choses obscures, et qu'on nous refuse toute explication, doit-on s'étonner que nous ayons recours aux conjectures? Qui pourrait s'en plaindre?
Je répondis à M. Marcoux * que je n'avais pas de choix à faire, surtout sur une proposition verbale: qu'il appartenait d'abord au Séminaire de Québec d'émettre ses vues d'une manière positive et régulière: qu'ensuite j'aurais à voir si elles nous étaient acceptables: que, dans tous les cas, je demandais que Le méme principe fût appliqué, et au Séminaire de Québec et à la succursale, dans l'évaluation des
pertes et des profits. ,
AVIL
Voyons, raisomons un peu; il s'agit tout simplement d'une conmparaison à puri.
Pourquoi ces terrains successifs, dont là propriété et lt possession sorit nées en quelque sorte les unes des autres, ont-ils été achetés? Jamais le Séminaire de Québec a-t-il songé à spéculer sur les terrains à Montréal? Sans la raison des intérèts universitaires, cette maison religieuse y serait-elle venue, comme un vulgaire spéculateur, acheter, diviser et vendre des lots à batir? M, Côme Séraphin Cherrier, quand il a consenti à se défaire à tres bon marché du premier terrain en question, pensuit-il seulement à être agréable et utile au Séminaire de Québec, ou voulait-il en même temps favoriser l'établissement de
la succursale de l'Université Laval à Montréal?
en
Soyons de bon compte, du reste c'est un fait public que tout le monde connaît: ces terrains, dès le commencement, les uns après les autres, ont été achetés pour la succursale, pour y bâtir les constructions projetées de la succursale: ils ont été achetés par le Sémiuaire de Québec, p'rce que la succursale ne pouvait légalement posséder, et parce que le Séminaire de Québec avait accepté de Monseigneur l'Archevêque de Montréal, seule personne canoniquement responsable pour l'existence matérielle de la succursale, d'en être l'administrateur financier.
Une petite remarque, en passant: supposons que ces terrains eussent été pour le Séminaire de Québec une cause de pertes, et non de profits, crovez-vous qu'il ne les aurait pas portées au chapitre de nos dépenses? pour avoir une réponse à cette question, il suffit de jeter un conp d'oeil sur l'ensemble et la nature de ses réclamations.
Ces terrains, avons-nous dit, ont été achetés pour les constructions de la succursale, Or le séminaire nous présente des comptes comme je vais l’expliquer à l'instant, extraordinaires et surprenants sous la rubrique de constructions, Pourquoi cette logique à deux prismes? Les constructions lui occasionnent des profits, à lui administrateur; il les garde. Elles lui occasionnent des dépenses, il nous les donne.
Disons d'abord que le mot “ constructions , ne peut signifier ici que plans; car il n’a rien été construit, à Montréal, pour la succursale,
autre chose que des plans. Voici le détail:
Constructions 1886-87 . + . . , , . . ,. P. 996.50 ; ; LOTO TR ne eee TO 0 0
5 ISSS-S9 . » 2061.79
= ISSS-59, dù à Perrault et Mesnard , 3000,00
Je fais entrer dans cet item, jusqu'à preuve du contraire, les 3000 piastres dues à Perrault et Mesnard, architectes, bien qu'elles ne portent aucune indication quelconque, parce que M. Perrault m'en a réclamé le paiement, sous l'affirmation qu'elles lui étaient dues pour confection et révision de plans. Ainsi done, ces plans somptueux, plutôt dignes d'un riche gouvernement que d'une pauvre succursale, lesquels ne seront probablement jamais exécutés, coûtent plus de 7200 piastres, c'est-h-dire plus de 36,000 francs.
Chose étonnante, quand on se lançait ainsi à coeur-joie dans de semblables dépenses seulement pour des plans, on n'avait pas un seul
sou pour bâtir, puisque, pour tout avoir, la succursale n’a jamais eu, au compte du Séminaire de Québec, que le capital de ses dettes. Certes on n'a pas suivi, en cette circonstance, le conseil de l'Ecriture : Quis enim ex vobis volens turrim aedificare, non prius sedens computat sumplus, qui necessari sunt, si habeat ad perficiendum.
Quelques personnes, de bonne foi j'aime à le croire, se nourrissaient d'espérances frivoles, et trompaient le public par des assurances téméraires, faisant par là beaucoup de tort à l'avenir de l'Univerité à Montréal, Et maintenant, pauvre pupille, paie les pots cassés, Est-ce qu'un administrateur, dans la gestion des biens de son administré, n'est pas tenu au moins aux règles élémentaires de la prudence? Dans tous les cas, si l'administré doit payer les dépenses imprudentes qui ont été faites sur une matière à son occasion, ne doit-il pas hénéficier des profits qui auraient pu étre faits, sur la même matière, également à son occasion? Or il s'agit ici de dépenses à l'occasion des constructions, et de profite à l'occasion des mêmes constructions.
Je recuse la régle: deur poids ct deux mesures.
Nous avions demandé à M. Marcoux une reddition de comptes plus détaillée, plus complète et plus claire. Eh bien! je ne crains pas de l'attirmer: celle qu’il nous apporta en réponse, n'est guvre plus détaillée; elle n'est pas plus complète; et, en certains endroits, elle est certaiment moins claire.
Ces nouveaux comptes, tout comme les premiers, ne font aucune mention d'arrérages. Neulement, au moment mème où j'allais rencontrer les membres du Conseil d'affaires déjà réunis, M. Marcoux me remit une petite lettre, par laquelle il me disait que les arrérages s'élevaient à plus de 2000 piastres, et qu'il ne doutait pas que le Séminaire de Québec ne nous les abandonnât, si nous nous arrangions à l'amiable. (Voir Document N° XVIT,. Pourquoi cette condition? pourquoi, mème avec cette condition, n'était-l pas certain? Par qui étaient dûs ces arrérages? À quelle date tombait l'échéance des paiements? Pourquoi ne pas les faire rentrer dans les comptes, régulièrement? Autant de mystères. Franchement, est-ce de cette manière qu'on à coutume de procéder en affaires sérieuses ?
Les contradictions, du moins apparentes, pullulent. Je détie le
teneur de livres le plus perspicace de fxive accorder entre eux nombre d'items de la première et la seconde reddition de comptes. En voici deux exemples: 1° Item des voyages, cochers et dépéches, réunis pour l'année 1888-89, première reddition de comptes: P, 4013.56 ; deuxième reddition de comptes: P. 2946.46, ce qui fuit la jolie différence de P. 1067.10, -— 20 item des dépenses de maison pour l'année 1858-89, première reddition: P. 1645.79; deuxième reddition: P. 1857.29. Ces dépenses, en trois semaines, par la simple manipulation des chiffres, se sont accrues de P. 211.50. Pour ne pas surcharger ces remarques, je m'abstiens de faire des citations plus nombreuses. Je me contente de renvoyer aux pièces justificatives qui sont annexées à ce mémoire. (Voir documents N.0 VI, VIE XIII et XIV), certain qu'au premier coup d'oeil on pourra se convaincre de la vérité de ce que j'avance.
Du reste, comment pourrait-il en être autrement, lorsque les deux redditions de comptes arrivent à une différence de résultat qui se chiffre par P. 6619.03, La première nous demandait P, 26,292,13; la deuxième a baissé au niveau de P. 19674.10,
“ Mais dira-t-on, cette différence est produite par la remise d'argent que le Séminaire de Québec à faite à la Succursale, en se décidant à payer lui-mème les taxes et les intérêts sur les terrains. , — Peut-être; mais cela n'appert nulle part, d'une manière satisfaisante. Voyez le Document N° XII. Si, d'un côté le Séminaire rembourse P. 3547.09, d'un autre côté, il se fait rembourser par la succursale pour loyers, diplômes et divers, la somme de P. 2S29.86, réduisant par là même son propre remboursement à P. 717,23. Ainsi cette minime remise de quelques centaines de piastres par le Séminaire n'explique pas la grande différence de plusieurs milliers de piastres qui existe entre les totaux des deux redditions de comptes: P, 6619.03.
On s'obstine, dans cette deuxième reddition, comme dans la premiere, à renvoyer en dehors du tableau des dépenses, une somme de 3000 piastres, sans dire à quelle année elle appartient, sans expliquer la fin à laquelle elle à été employée. De plus, on nous apporte un petit tableau de remboursements réciproques entre le Séminaire et la succursale, et cela encore en dehors du balancement annuel des recettes et des dépenses (Voir Document N.° XIII). Pourquoi, pour ces remboursements et ces 3000 piastres, faire une exception à la règle générale?
Nous demandions des éclaircissements; on nous apporte de nouvelles énigmes. En face de ces irrégularités, anciennes et nouvelles,
est-il étonnant que nous ne nous soyons pas déclarés en tout point satisfaits ?
Je ne dois pus oublier, ici, de dire que le 25 du mois d'Août J'étais descendu à Québec, pour parler à Mgr Paquet, à la fois recteur de l'Université et supérieur du Séminaire de Québec, entre autres choses, des comptes du Séminaire contre la succursale. Sur ce sujet, tout en exprimant certaines surprises à l'occasion de certaines manières de faire de la part de son délégué, il me renvoya tout de même à M. Marcoux qui était chargé, disait-il, de régler cette question.
Je Tut demandai si l'Indult, qui accordait, à l'usage des fins universitaires, cinq centins sur l'honoraire de chaque messe envoyée hors du pays, avait été renouvelé, Il me répondit qu'il lui était impossible de me rien apprendre sur ce sujet, mais que, si je l'osuis, je pouvais m'adresser au Cardinal Tachereau. Je m'adressai à Son Eminence; elle me répondit, franchement et laconiquement, owi,
En quels termes était conçu cet Indult? je l'ignorais: car il ne fut communiqué, aux éveques des provinces ecclésiastiques de Québec et de Montréal, que le 13 de Septembre.
C'était le 26 Août. Le 29 du meme mois, Mgr. Paquet, de peur que je n'eusse pas bien compris sans doute, m'écrivait, cette fois sans que je lui eusse fait de nouvelles demandes, que * lindult accordé par le Saint-Siège cette année est tout en faveur de Québec et que Montréal ne percevra rien en vertu de cet Indult. , (Voir document N° IT).
ît, qu'on veuille bien le remarquer, cet avis venait immédiatement après cette autre phrase, non moins signiticative: * Il est bien entendu toutefois que la succursale se trouve chargée des dettes contractées pour elle l'année dernitre et de ce que le Séminaire a dépensé pour la faire fonctionner pendant les années qu'il en a été l'administrateur financier. ,
On avouera que cette phrastologie n'était pas calculée pour me faire comprendre que, dans cet Indult, il était question du paiement de la dette de la succursale. Aussi, au premier abord, je compris, avec toutes les personnes à qui je dus montrer la lettre de Mgr, Paquet, que tous les revenus provenant des messes de la province ecclésiastique de Montréal, comme ceux de la province de Québec, étaient donnés au
Séminaire de Québec, purement et simplement, sans qu'il ne fût question aucunement de Montréal.
J'étais loin de soupçonner que l'Indult du 5 mai 1889, en ce qui regarde Montréal, était conçu en des termes aussi favorables : “…, ita ut quae ex hac postrema (provincià Marianopolitanà) mittuntur extra provinciam pro celebratione, tribuantur Archiepiscopo Quebecensi in diminutionem debiti partis Marianopolitanae Universitatis. ,| (Voir Document N.° XVII).
Il me ,emble que j'aurais raison de n'être pas très flatté de ce procédé, surtout lorsque je considère que j'étais allé, dans l'exercice de mes fonctions, consulter un supérieur, sur une matière qui regarde l'Université en général comme la succursale en particulier. On me remet l'adminisération de la succursale, que je le veuille ou que je ne le veuille pas; on m'avertit qu'une dette pèse sur la succursale ; on presse la reconnaissance immédiate de cette dette; on en exige de suite une partie du paiement; et, tout le temps, on me cache la teneur véritable du document le plus important sur la question, d'un document qui délimite la sphère des intérèts que j'ai la mission de sauvegarder. Non seulement on me cache la teneur de l'indult, mais on me refuse, lorsque je les demande, des explications auxquelles j'ai un droit de convenance incontestable; non seulement on me les refuse, mais par des paroles mesurées, on me met sur le chemin de conclusions plus où moins rigoureuses. C’est un peu fort, On serait porté à croire, que, dans cette circonstance, chez Mgr Paquet, le Supérieur du Séminaire de Québec avait absorbé complètement le Rec: teur de l'Université Laval.
* Mais, dira-t-on, il ne nous appartenait pas, à nous, de publier l'Indult, , Eh bien! alors, avant de presser de cette manière le réglement de ces comptes, il fallait où obtenir la publication de l'Indult, ou se procurer la permission de le faire connaitre aux intéressés, tel qu'il est, ou attendre encore quelques semaines que cet Indult eût été publié. Dans tous les cas, quand il ne nous appartient pas de publier un document, il me semble qu'il ne nous appartient pas davantage, au risque de produire chez une tierce partie une impression qui porte préjudice, d'en donner d'avance une interprétation discutable.
C'était trop fort. À la fin, ne pouvant, à la lumivre des procédés généralement usités en affaires, m'expliquer cette persistance avec laquelle on s'appliquait à amener le réglement de ces comptes,
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avant que n'eût été porté à la connaissance des évêques le texte d'un Indult déjà obtenu depuis plusieurs mois; considérant que, sous le premier Indult du mème genre donné au mois d'août 1884, le Séminaire de Québec avait cru devoir laisser à Montréal le revenu provenant des messes de la province de Montréal, tandis que, disait-il maintenant, en vertu du second Indult, Montréal ne devait plus en rien percevoir, ce qui me paraissait, dans la circonstance, une véritable anomalie; connaissant, par l'étude de toute la question uuiversitaire, combien grande et scrupuleuse est la délicatesse du Saint- Siège en ces matières de justice, ne s'agirait-il que de droits de cougruo: pour tous ces motifs, hésitant, surpris, étonné, je doutai.
Et ce doute, avec les autres points obscurs, incompréhensibles et certainement inadmissibles que renfermaient ces comptes, je le soumis au Conseil d'affaires que m'avait adjoint l'Archevèque de Montréal,
Le Conseil se réunit le 9 de septembre.
Pour aller plus vite en besogne, je demandai à ces Messieurs s'ils voudraient bien permettre à M. l'abbé Marcoux d'assister à nos délibérations, ce à quoi ils accédèrent volontiers. L'examen fut long, sérieux : les nouveaux comptes ne parurent pas plus clairs que les premiers, ni plus complets. Nous demandâmes à M. Marcoux plusieurs explications, les réponses furent loin d'être satisfaisantes. Enfin, l'honorable M. Chauveau ayant soulevé cette question: * Toujours est-il que pour rencontrer les obligations et les charges de la succursale, l'Archevèque de Montréal aura le revenu provenant des honoraires de messes de sa province ecclésiastique? | je me vis dans la nécessité de faire connaître au Conseil l'avis de Mgr Paquet: “ que l'Indult accordé par le Saint-Siège cette année est tout en faveur de Québec, et que Montréal ne percevra rien en vertu de cet Indult. , Ces paroles parurent sévères et raides. En les entendant, les conseillers se levèrent comme un seul homme, témoignant de leur étonnement. Et sur le champ, sans vouloir aller plus loin, ils décidèrent unanimement que, dans les circonstances (ils regrettuient de le constater), il était inutile de délibérer davantage. La séance fut levée
sine die.
De suite, j'offris à M. Marcoux de lui donner par écrit la réponse du Conseil. Il me dit que, ayant assisté à notre assemblée du premier au dernier mot, il n'en avait pas besoin, Cependant, quelques jours après, le 16 de septembre, afin qu'il ne s'élevat pas plus tard de malentendu sur ce point, je crus devoir lui envoyer une réponse écrite, lui disant formellement “ que, tant que le Séminaire de Québec maintiendrait les mêmes prétentions vis-à-vis de la succursale et de l'Archidiocèse de Montréal, il nous paraissait impossible d'en arriver à un arrangement satisfaisant , (Voir document N° XIX).