‹ Mémoire sur les faits relatifs à la révocation de M. Bouillaud des fonctions de doyen de la Faculté de médecine de Paris et à la gestion de M. OrfilaChapitre 2 sur 30 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Je fus nommé doyen de la Faculté de médecine dans les derniers jours de février et installé le 2 du mois de mars. Je n’avais point recherché cette place, que j’acceptai seulement comme un fardeau, très honorable sans doute, mais enfin un fardeau,surtout pour un homme qui, dans un ouvrage encore récent alors, avait déclaré, avec la sincérité dont il a toujours fait preuve, qaHl aspirait au repos.

J’étais si loin de m’attendre à ce que l’examen de la gestion de mon prédécesseur offrirait de grave, à'irrégulier, qu’aussitôt assis dans le fauteuil de la présidence de l’assemblée des professeurs, qu’il venait de me céder, je lui fis voter des remerciemens et des éloges (1). J’ajoutais que, dans l’occasion, je ne manquerais pas de recourir à l’expérience des affai-

(1) Ces éloges furent inscrits au procès-verbal. Je dois déclarer ici qu’après la lecture du rapport de la commission chargée d’examiner la gestion de M. Orfila, je fis insérer au procès-verbal que je relirais, pour ma part, les éloges votés antérieurement par l’assemblée.

res qu’il devait avoir acquise pendant sa longue administration. Je porte d’ailleurs le défi de trouver le moindre acte d’opposition de ma part à cette administration, depuis plus de dix-sept ans que, par droit de concours, j’ai l’honneur d’être professeur à la Faculté de médecine de Paris.

Voilà ma réponse à ceux qui n’ont pas craint de répandre partout le bruit que j’étais, depuis long-temps, l’ennemi personnel de mon prédécesseur, et de me faire considérer comme son persécuteur. Le persécuteur de M. Orfila, moi qui, jusqu’à ces derniers temps, avais tenté tout ce que permet la conscience d’un honnête homme, pour que la gestion de cet ex-doyen ne fût pas soumise à un examen trop éclatant î

Mais, je l’avoue, le redoublement récent des indignés manœuvres dont on s’est toujours servi pour empêcher qu’on ne portât la lumière sur les actes de cette longue gestion ; les discours que le ministre actuel de l’instruction publique et de son prédécesseur, dont la religion avait sans doute été surprise, prononcèrent en faveur de M. Orfila, dans la séance de l’Assemblée nationale du 10 janvier, où mon excellent ami, l’honorable M. Laussedat, crut devoir adresser des interpellations à M. de Falloux, au sujet de ma révocation ; le scandale de cette révocation, qui doit retomber de tout son poids sur la tête de ceux qui en ont été la cause première ; toutes ces circonstances, et quelcjues autres (ju’il est

inutile de signaler ici, changèrent mes dispositions trop généreuses (1)»

Cependant, je ne sais trop si ma profonde répugnance pour tout ce qui peut porter atteinte à la paix du prochain, quelque juste que soit d’ailleurs cette atteinte, ma répulsion native pour toute espèce de scandale, ne m’auraient pas encore contenu dans mon système stoïque de silence, de résignation et d’indulgence, lorsque la destitution de mon chef de clinique, M. le docteur Lefebvre, vint enfin me déterminer, sans retour, à répondre à des provocations, non moins odieuses que téméraires et véritablement insensées.

C’est alors que j’ai écrit, d’une main impartiale, autant que ferme, le Mémoire consciencieux que l’on va lire.

Non, Une fallait rien moins que le coup douloureux

(d) Oji avait si bien organisé contre moi un système d’injures, de jnen. songes et de calomnies auxquels je n’avàis voulu répondre jusque-là que parle silence du plus profond mépris ; cè misérablie systèm e, dis-je. avait été sibien organisé par le génie même de laruse et de rhypocrisifrlà plus raffinés, que, aux yeux de certaines personnes, i’incw/pé ,n’était plus M. Orfilà, mais moi. En effet,voici ce qu’un honorable confr,èré,M..le docteur Am. Latour, écrivait dans le no du 4 janvier du journal l’Union naédicale : « Je ne veux pas imiter ce que je vois faire à tant de gens; je ne veux pas jeter la pierre à M. Bouillaud avant de lui redire, une fois eneoré, que son silence absolu cause un étonnement profond à tous ceux qui ont assez de justice dans le cœur pour n’arrêter leur jugement qu’apfès débat contradictoire. S’il s’est trompé, ainsi que le veut l’opinion générale, qu’il ait le courage de ,1e reconnaître : l’esprit français accueille, avec générosité, la confession loyale et franche d’une erreur. S’il a eu des motifs sérieux et réels de refuser son approbation à la gestion de son prédécesseur, qu’il les fasse connaître; on lui en donne assez l’occasion et le prétexte. Que M. Bouillaud ne se méprenne pas; en effet, tes ‘positions sont interverties a cette heure : ce n’est plus M. Or fila qui pose devant l’opinion .publique. »

Cet article tout entier et particulièrement les derniers mots qu’on yiept de lire, ne pue perpiettaient plus de m’en tenir à ce silence du plus

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dont je me suis senti blessé au cœur dans la personne de l’un de mes élèves les plus chers, de l’un de mes plus fidèles amis, pour me décider enfin à rompre encore une lance en l’honneur de la justice et de la vérité, pour lesquelles j’ai déjà combattu depuis de si longues années. Que Dieu, dont cette justice et cette vérité constituent deux des plus sublimes attributs, daigne seconder mes derniers efforts ! Puisse-t-il me prêter le suprême appui de sa providence, et me faire triompher des obstacles de tout genre que j’ai rencontrés jusqu’ici et que je puis rencontrer encore dans l’accomplissement de mon entreprise ! Puissent aussi tous les hommes de cœur, tous les vrais amis du bon droit, cette seconde Providence, m’accorder

profond mépris, que j’avais cru devoir garder. En conséquence, j’adressai la lettre suivante à M. le rédacteur de l'Union médicale :

« Paris, 4 jaavier 1849.

» Mon cher confrère,

» Si veusconnaissiez l’affaire, aujourd’hui très compliquée, ausujetde laquelle vous m’invitez confraternellement à rompre le silence que j’ai gardé jusqu’ici, vous seriez surpris de tout ce qu’il m’a fallu de patience, de fermeté, de résignation, et j’oserai dire aussi de générosité, pour supporter les attaques de tout genre qui on été dirigées contre moi. Rien n’a pu me détourner, et rien ne me détournera de mon devoir !

» D’ailleurs, vous vous trompez en pensant que je suis en cause. La seule personne en cause est mon prédécesseur. Un rapport sur sa gestion a été fait, au mois de mai dernier, par une commission de la Faculté et présenté au minslre. Ce rapport a été lui-même l’objet d’un autre rapport, fait par le conseil de l’Université, au mois de juillet. Que ces deux rapports soient publiés, et vous verrez, mon cher confrère, si les reproches que vous m’adressez sont fondés. Jamais l’Ecole n’a été plus calme que pendant les dix mois que j’ai eu l’honneur d’en être le doyen. Je connais assez votre esprit de justice et tous vos généreux sentimens, pour être persuadé que vous voudrez bien insérer cette lettré dans le prochain numéro de votre journal, et je vous en remercie d’avance.

» Salut çoiifraternel et dévouement,

» BOL’JLLAüU. ï!

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un appui fraternel ! Ce n’est pas trop pour moi que ce double concours, pour moi, si faible et qui n’ignore pas contre quelle forte partie un rigoureux devoir m’ordonne de combattre (1).

( 1 ) Au moment où je termine cet avant-propos, je lis dans l’auteur ûes Economies royales, l'immorlel Sully, un passage qui s’applique trop bien à mon sujet, pour que je le ne transcrive pas ici : « Que ne vis-je point alors, et comment pouvoir détailler les ruses et les raffinemens d’un art si pernicieux, les déguisemens, les doubles-emplois, sans parler de cette fausse confusion, sous laquelle certaines gens voient très clair la où d’autres ne voient qu’obscurités et ténèbres. »

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