LA CROIX EN EUROPE
Raguse, ville forte des États autrichiens en Dalmatie, sur la rive orientale de l’Adriatique est très-riche en restes de la vraie croix. La principale, dont l’authenticité ne paraît pas certaine, est un énorme fragment placé dans une croix d’argent. On a dit que deux morceaux de la vraie croix ont été apportés de Rome par Paulimir Belo, vers la fin du xe siècle, & donnés par lui à l’église de Saint- Étienne. Un inventaire de 1493 indique en effet deux morceaux considérables possédés par l’église depuis un temps immémorial; cependant cette opinion a été abandonnée ; on croit plutôt que la relique vient d’une reine du nom de Marguerite, veuve en 1030 d’un roi de Croatie, qui donna à l’église de Saint-Étienne, entre autres reliques, deux morceaux du bois de la vraie croix. On explique cette possession par les relations des rois croates avec la cour de Constantinople, qui en possédait encore à cette époque une masse considérable.
Après l’inventaire de 1493, & notamment en 1588, époque où écrivait Razzi, il n’est plus question que d’un seul morceau. A l’époque d’un tremblement de terre qui renversa l’église de Saint-Étienne en 1667, Nicolas Bona raconte que la relique, portée dans le chapitre des dominicains, fut conservée jusqu’à son transfèrement dans une chapelle de la cathédrale en 1785. Elle est actuellement dans un magnifique reliquaire en argent doré, ayant la forme d’une croix.
Le morceau a 241“"' de hauteur, 8o',mi de largeur, 2'5",m d’épaisseur moyenne. Son volume est de 282,ooomm. Il est criblé de fentes dont les unes sont à peine visibles, & d’autres de 2 à 3"”“ de largeur sont indiquées sur la figure. Sa couleur est d’un brun châtain tirant sur le noir. 11 a l’apparence d’un lignite & est très friable. Sa consistance est telle qu’un outil tranchant le briserait plutôt irrégulièrement que de le couper. Ce fragment était autrefois plus considérable; le défunt évêque de Raguse, Thomas Jederlinich, en détacha une portion pour l’archiduc Maximilien, qui, avant de devenir empereur du Mexique, le porta à Jérusalem, & en fit hommage à la chapelle Sainte-Hélène.
On voit encore diverses reliques dans le reliquaire de la cathédrale.
i° Une parcelle très petite (‘) dans la croix patriarcale (n° xm) ;
20 Un petit fragment (a) dans un tableau avec une lame d’argent (n° xx) ;
30 Un troisième dans un reliquaire en forme d’ostensoir, de 27mn’*sur une hauteur qui était autrefois de 47"”" réduite à 32ram, sur i6,nm d’épaisseur (n° xci) ;
40 Un morceau imperceptible dans une châsse en forme de boîte avec plusieurs reliques de saints martyrs (n° cxxxi) ,
(1) Molto piccola.
(2) Qualche minuto frammento.
5" Un cinquième de sur 3™" dans la croix patriarcale de bois avec des lames d’argent de couleur claire. On voit d’après les vides du reliquaire qu’il existait autrefois trois autres morceaux disposés en forme de croix. Il y avait dans la base de cette croix un vide où se trouvaient d’autres reliques de la vraie croix. Les pertes doivent être attribuées à la négligence qui a laissé enlever les verres destinés à les couvrir (n° cxxxm) ;
6" & 7® Deux reliquaires vides du bois sacré (nos cxxxv & cxxxvi) ;
8“ Un infiniment petit morceau, dans un tableau de bois doré, venu du couvent des religieuses de Sainte-Marie, ainsi que le constate une note attachée au cadre (n° clxv) ;
90 Un fragment de 67,n,n de longueur sur 7™“ de largeur plus clair, sans cristal qui le couvre (n° clxvii) ;
Outre le gros morceau de la vraie croix & les parcelles dont nous venons de parler, on voit encore dans le reliquaire de la cathédrale un fragment apporté à Raguse par le frère Boniface de Stephanisda, était gardien du saint sépulcre. Ancien condisciple de Sixte V, sous le pontificat de Paul IV, en 1555, il obtint la permission d’en ouvrir le trésor, pour la première fois depuis le temps de sainte Hélène. Il y trouva trois morceaux du bois de la vraie croix enveloppés dans un voile très fin qui se défit comme une toile d’araignée au contact de l'air, en laissant intacts seulement quelques fils d’or qui avaient été tissés avec des fils de lin, remit dans le trésor un des morceaux, & distribua les autres dans toute la chrétienté W.
Au morceau destiné à Paul IV, il joignit en l ‘j 58 des fragments de la colonne, & donna à Raguse, sa patrie, un morceau de cette colonne, & un du saint sépulcre. Enfin, devenu évêque de Stagno, il donna à la cathédrale de san Biagio, une parcelle qu'il s’était réservée.
Croix d’Uros. — Il y a encore à Raguse, chez les dominicains, un morceau d’une couleur gris-brun. La largeur du montant de la croix est de son épais-
seur de 17“™, sa hauteur de plus de 500"™. La traverse d’en haut a 220mm de long, & celle d’en bas 3 1 5Kni". En l’examinant au microscope, le savant M. Decaisne a reconnu qu’elle provenait d’un conifère, comme toutes les croix dont l’authenticité est incontestable.
Cette précieuse relique est enfermée dans un riche reliquaire couvert de
(r) Lettre de M > S coula, Pièces justificatives-