LIVRE II, CH. VI. — RELIQUES DIVERSES DE LA PASSION
dans un dédale de constructions modernes qui empêchent de l’aborder. Au point de vue de la foi une approximation est tout à fait suffisante ; & ce qui cause l’erreur des archéologues est le « désir de préciser le lieu de chaque événement : une tradition vraie dans son ensemble cesse de l’être dans le petit détail. Les traditions relatives à la condamnation, les flagellations & l’exposition de Notre-Seigneur sont vraies, en ce sens, qu’à 100 mètres près, les événements se sont accomplis là où on les place ; préciser davantage est impossible W. »
Cette opinion d’un homme habile qui a vu, & bien vu, au lieu de détourner de nouvelles recherches, doit encourager à les continuer, d’autant plus que la critique, aujourd’hui justement sévère, ne se contente plus des à peu près qui satisfaisaient nos pères dans les restaurations des monuments antiques. Ne pouvant donc faire une restitution exacte de la Voie douloureuse, je rapporterai, à titre de renseignements, ce que nous apprennent des hommes distingués qui ont vu les lieux, & qui malheureusement ne sont pas toujours d’accord.
Le renseignement le plus vénérable est le chemin de la croix , nom donné par la liturgie catholique aux diverses parties de la voie douloureuse divisée en quatorze stations fondées surtout sur les traditions locales ; mais là encore se présentent de grandes difficultés. Les uns (2) disent qu’il ne faut pas s’y rapporter complètement, que les chrétiens ne restèrent pas toujours à Jérusalem depuis le temps de la Passion jusqu’à nous, que tous les habitants sont actuellement des étrangers; qu’ils changent souvent de lieu, & qu’en conséquence ils ne peuvent conserver les traditions des anciens.
« Il y a là une lacune, dit le P. Gagarin, & quand on vient à songer à
tous les bouleversements matériels qu’ont dû amener la destruction de Jérusalem par Titus & sa reconstruction par Adrien ; quand on pense que pendant près de soixante ans il n’y eut là qu’un amas de ruines , on ne peut disconvenir que cela paraisse un peu interrompre la chaîne de la tradition entre les apôtres & l’impératrice Hélène 0). »
D’autres semblent, au contraire, y attacher une grande autorité. Voici comment s’exprime à ce sujet M. de Saulcy dans son voyage à Jérusalem :
« Avant tout, disons qu’il n’est pas possible, quand on foule la terre judaïque, de méconnaître la valeur de la tradition orale. Pour peu que l’on veuille bien la consulter, les saintes Écritures à la main, on ne tarde pas à la respecter, comme
(1) Clc Melchior de Vogué.
(2) Cornélius à Lapide.
(3) Etudes religieuses, historiques & littéraires, par des PP. de la C'r de Jésus, t. I, p. 719. — Le P. Gagarin.
on respecterait un livre authentique ; car, dans toute l’étendue de cette terre, on reconnaît, à chaque pas, que les souvenirs bibliques y sont impérissables. Là rien de ce qui s’y rattache ne change, rien ne s’oublie, pas même un nom ; & ce sont les événements humains dont la mémoire y a souvent été perdue. Ainsi les catastrophes terribles dont Jérusalem a été successivement le théâtre ont à peu près disparu du souvenir des hommes ; mais s’agit-il d’un fait, même secondaire, relatif à l’histoire primitive du peuple hébreu, ce fait semble récent, tant est précise & vivace la tradition qui l’a recueillie d’âge en âge W. »
Pour fixer la pensée dans cette étude, je présente ici en regard le chemin de la croix avec ses quatorze stations & un tracé approximatif de la Voie douloureuse d’après le plan de Pierotti, les corrections indiquées par le R. P. Hornung & le plan de M. le Cte Melchior de Vogué.