‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 282 sur 317 · LIBOURNE · texte numérisé non relu

LIBOURNE

une grave maladie dont il cuida morir, il donna la sainte épine à l’église & paroische Saint- Thomas (aujourd’hui théâtre).

« Vers 1130, Eléonore de Guyenne, avant son voyage en terre sainte avec son premier mari Louis VII, fit bâtir une chapelle appelée l’Épinette, ou Notre-Dame de l’Épinette, & la sainte épine y fut conservée. A cause des guerres, la précieuse relique fut reportée à Saint-Thomas.

« L’épouse du Prince Noir (prince de Galles) reconstruisit (en 1350) la chapelle tombée en ruine & la lit consacrer par Elie de Brémont, archevêque de Bordeaux (en 1364). La relique y fut reportée en pompe. La princesse suivait sous un dais en velours noir.

« Deux siècles après (en 1564) elle est reportée définitivement à Saint- Thomas, à cause des troubles continuels, qui rendaient peu sûre une chapelle isolée.

« Une fois l’an on portait la relique en procession à son ancienne chapelle.

« En 1462, Louis XI, en costume de chanoine de Saint-Emilion, suivit une de ces processions, assisté du duc de Guyenne, son frère, &c., &c.

« En 1609, le cardinal de Sourdis, à la suite de violentes altercations entre l’église de Saint-Thomas & la paroisse de Saint-Jean, transporta la relique dans cette dernière église. Cependant, pour apaiser les mécontents , le cardinal établit une procession le dimanche de la Passion, & on portait la relique à Saint-Thomas, où elle était exposée pendant trois jours.

« Cette procession se fait encore, mais seulement autour de l’église.

« La relique, exposée quelquefois dans l’année & revêtue des sceaux de MMgr‘ Daviau , de Cheverus, Donnet, &c., est conservée dans une forte armoire en fer, scellée dans l’épaisseur du mur de l’église.

« Nous avons aussi un morceau très-considérable de la vraie croix, qui provient de la Sainte-Chapelle de Paris. En 1792, Louis XVI, craignant les profanations, le fit transporter à Saint-Denis. En 1794, Saint-Denis fut pillé, la relique tomba entre les mains d’un conventionnel nommé Villard, puis fut donnée à M. l’abbé Sicard, puis par ce dernier à M. Beyloc, archidiacre d’Aix, lequel étant venu mourir au château de Figeac en 1827, près de Libourne, a légué cette admirable relique à notre église, par acte notarié, & avec tous les documents désirables, &c... »

m. l’abbé chabannes, curé de LIBOURNE, à M. l'abbé de Salomon.

« Libourne, 3 janvier 1869.

« L'Epinette a la forme d’une épine de plus de 20“™ de longueur, elle est de cou-

leur très-foncée, ressemble, & à s’y méprendre, à celle que j’ai vénérée à Saint-Cernin de Toulouse.

« La figure que je vous ai tracée du bois de la vraie croix est plutôt plus petite que plus grande. Je ne puis vous indiquer l’épaisseur. Elle est placée entre deux croix de cristal. On met sous les yeux l’authentique dressée par le cardinal de Belloy. Hauteur, 2 pouces 5 lignes (65""”); largeur 1 pouce 8 lignes (45"""). L’épaisseur n’est pas non plus indiquée, mais elle ne peut pas être moindre de 1 ligne (3mm)... »

m. l’abbé ch a ban nes à M. Rohauît de Fleury.

« Libourne, 12 janvier 1869,

y La croix.., le sieur Villard s'en empare, puis la donne à l'abbé Sicard, succes-

seur de M. de l'Épée* M. Sicard la fait reconnaître par le cardinal de Belloy 8c son conseil, assistés de M. Wasenflod, ancien trésorier de F abbaye de Saint-Denis. La moitié de la relique est donnée à M, Bcyloc, grand vicaire d'Aix, & cette moitié est accompagnée d'une authentique du cardinal, avec la description la plus détaillée de la relique & du reliquaire.

« ..... Elle es! en si grande vénération que, s'il lui arrivait malheur, le pays serait en révolution. »

LILLE. — MONSEIGNEUR RÉGNIER, ARCHEVÊQUE DE CAMBRAI, cd M. Rohault de Fleury .

« Baillent, 2 octobre iSbÿ.

« ..... Je vous félicite beaucoup de votre pieuse entreprise & j'espère que, Dieu aidant, vous la conduirez à bonne fin. Je trouverai en arrivant à Cambrai, dans un mois, le spécimen que vous avez eu la bonté de m'adresser. Merci de ce précieux envoi. Je ne connais pas de reliques considérables de la vraie croix à Lille ; mais je puis vous en indiquer une magnifique, si vous ne la connaissez déjà. Elle se trouve à l'hospice des incurables à Baugé (Maine-St-Loire),.,

« J'ai des notes précieuses sur la parcelle insigne de la vraie croix que vous supposiez devoir être à Lille, & qui s'y trouve effectivement. Ces notes sont accompagnées d'un dessin qui dorme exactement la forme 8c les dimensions de la relique. Je pourrai vous envoyer cela à Rome, si vous le souhaitez.

« Il y a dans la chapelle du palais épiscopal de Gand une parcelle également très-însigne de la vraie croix. Elle appartenait aux rois d'Angleterre, 8c les évêques de Gand Font en dépôt depuis la révolution religieuse d'Henri VIII. Son authenticité est parfaitement constatée.

Le 13 septembre i855, envoi des pièces relatives à la relique insigne de la vraie croix que possède l'église paroissiale de Saint-Étienne, à Lille.

Quelques documents relatifs à V insigne relique de la vraie croix conservée dans V église

de j Saint-Étienne ; à Lille.

Ludovicus Belmas, miseratione divina & sanctæ sedis Apostolicæ gratia episcopus Gainer ace nsi s.

Universis præsentes litteras inspecturis notum facimus quod an no mtllesimo octingentesimo trigesimo septimo, mense septembri, Sancti Stephani, Insuîis, ecclesiam visitantes, venerabilis Magister Lefebvre, major Decanus ac Pastor dictæ ecclesiæ, nobis obtuîerit capsam ligneam triparti tara panno serico rubri coloris circumvolutam, continenfem partent insignem de lîgno sanctissimæ crucis, sub forma crucis duplicis in uno trunco, olim in ecclesîa collegiata Sancti Pétri, in præfaîa civitate Insulensi existentem, quæ tempore perturbationis gallîcanæ, postquam a gemmis quæ in ea splendescebant spoliata fuisset, apud pios 8c fîde di-

LILLE

gnissimos viros asservata fuit. Præfatas sanctissimæ crucis reliquias visitavimus coram testibus fide dignissimis, qui olim in ecclesia collegiata eas venerati fuerunt, & easdem esse quas venerationi fidelium expositas cognoverunt testati sunt. Die autem datæ præsentium, eas, ut iterum fidelium venerationi exponantur, veneranter reposuimus in eadem capsa restaura ta, interius argento inaurato secta, cujus tabella una Christum in cruce pendentem ostentat cum hac inscriptione : H CTAVPiiCIC; altéra, in qua legitur : H ANACTACIC, prælaudatum Christum e sepulchro surgentem porrigit. Præfatam autem capsam in parte posteriori sigillo nostro munivimus & obseravimus.

Datum Cameraci, sub signo sigilloque nostris, ac secretarii nostri subscriptione, anno millesimo octingentesimo trigesimo octavo, die vero décima tertia augusti.

f LudovicüS; episc. Camerac. De mandato : Duprez, can. secret, gen.

Leçons du second Nocturne des Matines, en la fête de V Oblation de la sainte Croix . (Avant la révolution française, cette solennité se célébrait chaque année, le 1 6 juillet, dans Y ancienne collégiale de Saint-Pierre, à Lille.)

Lectio IV. — Cum basilicam Sancti Pétri à Balduino Insulensi Flandriæ comité eximie fundatam sæculo undecimo, omnes post ilium, tum reges Francorum piissimi, tum Flandriæ comités, singulari aftectu & benevolentia prosecuti fuerint, nihil ipsis fuit antiquius quam variis muneribus ipsam certatim augere. Hinc alii prædiis regalis munificentiæ basilicam ditarunt : multi sacra martyrum & aliorum sanctorum pignora in capsis & feretris mirum in modum constructis & ornatis, ad ornamentum templi, & pietatem augendam, concesserunt. Quæ quidem omnia diversis temporibus capitulo oblata splendorem maximum & decus collegio Sancti Pétri addiderunt. Unam tamen celebri basilicæ durât, pretiosum scilicet sanctæ crucis lignum in quo salus nostra pependit, & cui affixum fuit chirographum illud decreti quod erat contrarium nobis.

Lectio V . — Votis non defuit Deus omnipotens : nam urbe Constantinopolitana capta, labefactato Græcorum imperio, Balduinus Flandriæ cornes a victoribus latinis imperator renuntiatus, summa rerum & solio potitus est. Immensus erat in urbe direpta sacrarum reliquiarum thésaurus. Haud exiguam partem ligni sanctæ crucis obtinuit Walterus de Curtraco, Balduini imperatoris cancellarius. Egregius itaque vir, pio imperatore a Bulgaris non impie minus quam fœde & crudeliter trucida to, in patriam redux, pretiosum illud redemptionis nostræ pignus obtulit capitulo. Ab eo qua par erat reverentia receptum fuit & asservatum , & ad perennem rei memoriam in dypticis Ecclesiæ benefactoris nomen consecratum fuit.

Lectio VI. — Venerandum itaque sanctæ crucis lignum , in pretiosa theca fabrili arte, auro, gemmis, pretiosisque lapidibus & margaritis contecta & instructa, appositum fuit; quod in solemnioribus festis pluries in anno, piæ omnium venerationi, nec sine creberrimo concursu, fidelium osculis offertur. Nec fuit satis, in majoribus anni festis, usque diebus Inventioni & Exaltationi sanctæ crucis peculiariter dicatis, publicum obsequium & cultum signo Filii hominis præstare : singulare festum Oblationis sanctæ crucis in basilica nostra, ipso susceptionis die a capitulo, institutum est, & quotannis ritu duplici celebratum. Pro coronide tam pii operis, & ad extollendum sanctæ crucis cultum, Dominus Joannes Le Batteur, thesaurarius & canonicus hujus ecclesiæ, capellaniam sub invocatione sanctæ crucis, proprio ore fundavit.

PIÈCES JUSTIFICATIVES

Extrait de Buselin, Histoire de la Flandre française, liv. II, chap. vin, p. 284.

« Parmi les principaux ornements du chapitre de Saint-Pierre, on doit considérer

surtout les morceaux qu’il possédait de la très-sainte croix du Christ. Ils excitent l’admiration de ceux qui les voient, tant par leur grandeur que par leurs ornements. On en a fait une double croix avec un seul tronc, & deux branches transversales. La hauteur du tronc a près d'un pied ; son épaisseur est un peu moindre que celle d’un pouce ; les branches transversales sont également épaisses ; la plus haute est plus courte que celle qui est en dessous : conforme à toutes les descriptions de la croix du patriarche. Une tablette revêtue intérieurement d’or & extérieurement d’argent nous désigne ce beau monument. Beaucoup de pierres précieuses y sont enchâssées pour son ornement & son éclat. On pense que l’ouvrage est de Byzance, &que c’est de là qu’est venu le présent. La pièce de monnaie & la tablette d’or qui pendent de l’autre côté & qui portent des caractères grecs confirment cette idée. Un côté de la tablette représente le Christ sur la croix, avec cette inscription : H CTAVPflCIC; l’autre côté représente le Christ sortant du tombeau avec cette épigraphe : H ANACTACIC<'>. »

Dessin, en vraie grandeur, de l’insigne relique de la vraie croix, conservée dans l’église

Saint-Étienne, à Lille (voir pl. XII).

Forme. — Ainsi que le montre la figure ci-jointe, l’insigne relique est une double croix. L’arbre ou le tronc, du haut en bas, est d’une seule pièce ; les bras sont rapportés, les arêtes sont peu régulières, elles paraissent usées par un frottement prolongé.

Couleur. — A première vue, & à distance, le bois de l’insigne relique ressemble assez à du chêne vieux qui n’aurait pas été verni. En l’examinant de plus près, on le prendrait facilement, sauf une teinte plus sombre & une certaine dureté de ton, pour du sapin vieux. Ce qui lui donne cette dernière apparence, ce sont surtout sept ou huit veines parallèles d’un brun-rouge très-foncé, qui vont presque régulièrement dans le sens de la longueur des morceaux. Ces veines, qui sont indiquées sur le dessin par des lignes au crayon, pénètrent dans toute la profondeur du bois.

Remarque. — Il n’est pas du tout improbable que le tronc ait été un peu raccourci par une section faite en bas; ce qui tend à le faire supposer, c’est qu’en cet endroit toutes les arêtes sont très-irrégulières, & paraissent taillées au couteau.

LIMBOURG. — M. l’abbé ibach à M. Rohault de Fleury.

« Limbourg-sur-Lahn, 20 février 1867.

« Je me réjouis beaucoup de pouvoir prêter la main à votre ouvrage aussi pieux qu’intéressant,... & vous avertis que dans les derniers temps on a publié une monographie de notre reliquaire byzantin intitulée Das Siegeskreu\ der Byqantinischen Kaiser, beaucoup plus exacte et plus parfaite que la mienne.

(1) On peut consulter également Gretzer, t. III, p. 538.

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