‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 4 sur 317 · ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX

PRÉFACE

e mémoire que je publie aujourd'hui s’adresse à la fois aux catholiques & aux archéologues. L’objet de cette étude est sacré pour les premiers; il est singulièrement intéressant pour les seconds. Il s’agit des instruments de la Passion.

Je tiens à l’affirmer : la plus grande liberté a présidé à mes recherches. Les catholiques ne s’en effrayeront pas ; leur foi , ils le savent , repose sur des bases plus solides que la conservation de quelques parcelles de bois. Les savants m’en sauront gré, & accepteront plus aisément les résultats de mes investigations.

Qu’il me soit permis de rappeler d’abord l'origine de ce travail , & ensuite d’indiquer la marche que j’ai cru devoir suivre.

Notre-Dame de Paris fut mon point de départ. Son trésor s’ouvrit devant moi. Grâce à une haute bienveillance dont j’ai été profondément reconnaissant, je pus y considérer en détail les grandes reliques & les dessiner exactement. La pensée me vint alors qu’en les

rattachant à d’autres débris également sacrés, il me serait possible de reconstituer les divers instruments de supplice auxquels elles avaient appartenu.

Sur ces entrefaites, je fus amené à Pise; j’y trouvai la même bienveillance qu’à Paris. S. Ém. le cardinal Corsi me laissa examiner cette célèbre épine dont le premier reliquaire est la délicieuse chapelle qui porte son nom.

Mais qu’on juge de ma surprise ! Tandis qu'à Paris on me faisait vénérer un cercle de joncs inolfensifs, à Pise on me montrait avec respect une branche épineuse de zizyphus. Et à Pise, comme à Paris, on entoure, & depuis des siècles, de la plus profonde vénération, en leur appliquant le même nom, des restes essentiellement différents.

Y avait -il donc contradiction? Je me mis à l’œuvre, & le résultat de mes recherches, que je me décide à donner au public, convaincra, j’espère, qu’elle n’est qu’apparente.

Avant de commencer cette étude sur les instruments de la Passion, j’ai cru utile de remettre sous les yeux le texte évangélique sur lequel elle s’appuie tout entière. Le lecteur trouvera dans ces pages divines l’authentique le plus précieux de nos reliques, & partagera devant elles les sentiments de tendre admiration qui ne m’ont pas quitté pendant tout mon travail.

Nous y avons vu le cénacle, la cène, le lavement des pieds, la communion de Judas, les scènes du jardin des Oliviers, la trahison, le commencement des souffrances du Sauveur chez Caïphe, sa condamnation à mort par les prêtres qui n’avaient pas le droit de le juger, les interrogatoires d’un juge inique, semblable à tant d’hommes que la lâcheté rend cruels, & nous avons suivi, avec la divine victime, la voie douloureuse jusqu’au Calvaire, où s’est accompli le sacrifice sanglant auquel nous devons notre salut.

PREFACE

Trois siècles se sont passés dans les persécutions; alors un grand prince, converti à la foi, donne la paix à l’Église & fait chercher par sa sainte mère, sur le lieu du supplice de Jésus -Christ, les instruments qui y avaient servi, & devaient, d’après l’usage juif, se trouver dans le tombeau du divin supplicié. Sainte Hélène découvre la vraie

croix au pied du Calvaire, & dans le même temps les autres instru-

ments, cachés, comme de précieuses reliques, chez des familles chrétiennes qui se les étaient transmises depuis les temps apostoliques.

Le monde entier voulut en avoir des fragments; sainte Hélène réserva pour les trois villes principales, Jérusalem, Constantinople & Rome, les morceaux les plus importants & les reliques que leur division eût anéanties. Quant à la croix, sa division a été presque infinie, & c’est ce qui a rendu mon travail plus difficile. Pour moi la question n’était pas de savoir si toutes les reliques que l’on vénère comme ayant appartenu à la croix sont également authentiques , mais de reconnaître si toutes celles qui paraissent réellement authentiques ont pu en provenir ; si leur nombre prodigieux a pu se trouver dans un simple gibet, si Calvin, en un mot, a bien calculé lorsqu’il affirme que ses restes produisent un volume cent fois supérieur à cet instrument de supplice.

Par son importance, la croix se présentait donc la première à mon étude; elle remplit mon premier livre. J’y ai successivement examiné son invention & la diffusion de ses reliques, sa forme & sa grandeur, d’après les auteurs & la nature de son bois, d’après des observations scientifiques, & j’y ai appliqué les mesures en usage en Judée. J’ai ensuite recherché dans le monde entier ce qui avait survécu à tant de causes de ruine.

Dans le second livre, j’ai passé en revue tous les autres instruments secondaires du supplice. J'ai décrit les principaux clous, celui de Trêves, qui semble avoir conservé sa forme primitive, ceux de Car-

pentras, Milan, Monza, Rome, Paris, &c., &c., modifiés par la forge ou augmentés de parcelles d'autre fer pour satisfaire à de pieuses pensées.

Le titre de la croix a donné lieu à une discussion approfondie sur l’authenticité de la relique de Rome, en se rattachant à l’histoire & à l’examen attentif de ce qui en reste. Caché sous terre durant les trois siècles de persécution, apparaissant au jour pendant un siècle ou deux, puis soustrait pendant dix autres siècles aux actes de vandalisme dont Rome a été si longtemps la victime, nous le retrouverons enfin au xve siècle, pour ne plus le quitter, dans l’intégrité où sainte Hélène l’avait donné.

C’est là que se placent l’étude de la couronne d’épines dont j’ai parlé en commençant , celle de la colonne de la flagellation conservée à Sainte-Praxède à Rome, & de la scala santa, également à Rome & qui était à Jérusalem l’escalier du prétoire que gravit Notre-Seigneur.

A l’occasion des saints suaires, j’ai indiqué le mode d’ensevelissement des Juifs, qui employaient beaucoup de linge à cet usage, &, par l’examen des momies égyptiennes, j’ai expliqué comment on a pu en conserver une aussi grande quantité, sans que ce fait fût une preuve de la fausseté de leur origine.

Les vêtements de Notre-Seigneur terminent la série des étoffes qui font partie de ses reliques. Deux robes célèbres sont conservées à Trêves & à Argenteuil. La malveillance les combattait l’une par l’autre. Des études modernes m’ont servi à prouver la possibilité de leur coexistence.

J’ai parlé de la sainte lance, que l’on conserve à Rome, puis après, du roseau, de l'éponge, des trente deniers, du sagro catino , de la crèche & enfin du saint sépulcre, auquel nous sommes arrivés par la voie douloureuse & le Calvaire.

PRÉFACE

Après avoir ainsi revu la Passion de Notre -Seigneur, étudié la forme des instruments de son supplice, & recueilli les reliques sacrées qui ont échappé aux injures du temps & des hommes, j’ai réuni, sous le titre de pièces justificatives les renseignements principaux dus à une correspondance étendue & qui ont complété mes propres observations.

Tel est le résumé succinct de mon travail, commencé sans autre parti pris que celui de la vérité, continué avec un soin scrupuleux & terminé avec la joie d’avoir trouvé, dans l’objet de ces études, une réponse vraie aux objections des ennemis de l’Église.

(i) Afin de recourir plus facilement aux pièces justificatives, elles ont été classées en suivant l’ordre alphabétique des villes qu’elles concernent.

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