‹ Memoire sur les instruments de la passion de N.-S. J.-CChapitre 59 sur 317 · NATURE DU BOIS DE LA CROIX · texte numérisé non relu

NATURE DU BOIS DE LA CROIX

ne des questions le plus faciles à résoudre en apparence devrait être celle de la nature du bois de la vraie croix. La grande quantité de reliques répandues dans le monde entier aurait dû, depuis longtemps, donner cette solution; & cependant c’est un des points sur lesquels les auteurs ont le plus différé d’opinion. Le respect qui environne les reliques & l’ignorance des analyses scientifiques se sont opposés jusqu’à présent à un examen sérieux & seul efficace.

Le vénérable Bède a dit que la croix de Notre- Seigneur était de quatre sortes de bois ; l’inscription en buis , la tige en cyprès jusqu’à l’inscription , la traverse en cèdre & la partie au-dessus en pin. Jean Cantacumène , qu’elle est seulement de trois bois, savoir : la tige en cèdre , la traverse en pin, la tète en cyprès. Guillaume Durand, que le pied était en cèdre, la tige en cyprès , la traverse en palmier, la tète en olivier.

L’opinion de la pluralité des bois paraît avoir été conservée à Jérusalem au xne siècle. Nous verrons en effet qu’en 1109 Anseau avait envoyé à Galon une croix en bois blanc incrustée dans du bois noir, en ajoutant, je ne sais trop dans quelle pensée, que l’une était du bois de la croix, l’autre du bois dans lequel elle a été plantée. 11 attribue très-arbitrairement ces deux origines aux reliques qu’il

envoyait à Paris. Sans doute le morceau de la vraie croix en bois de pin, qui était blanc , fut trouvé trop petit, & pour donner plus d'importance à la relique, on l’a incrustée dans un autre bois, du chêne par exemple, qui devait lui servir de reliquaire ou de support.

Le sage Sainte-Beuve croit que ce sont plutôt des pensées de contemplatifs que des opinions de théologiens, & qu’il ne tombe pas en effet sous le sens que les Juifs aient recherché plusieurs bois pour faire la croix.

Juste Lipse veut qu’elle soit d’un seul bois & en chêne , parce que des hommes dignes de foi l’attestent, que cet arbre est commun en Judée, que son bois est solide & propre à cet usage. Il cite des auteurs latins , & ajoute qu’en admettant plusieurs sortes de bois, on a agi avec plus de curiosité que de vérité.

Gretser a examiné avec soin, lui-même & avec d’autres personnes, les reliques de la vraie croix. Il n’est pas facile d’affirmer ce qu’elles sont, dit-il, mais dans tous les cas, ce n’est pas du chêne.

Niquet pense qu’il n’y avait qu’un seul bois, & je me rallie entièrement à cette opinion. — Quel était ce bois? c’est ce que nous allons chercher.

La conservation trois fois séculaire de la vraie croix sous terre a dû d’abord faire songer au cèdre, qui passe pour être le bois le plus incorruptible & qu’on rencontre en Judée ; mais c’était un bois de luxe employé par Salomon dans la construction du temple, & au vie siècle, par Justinien, dans celle d’une église magnifique dédiée à la sainte Vierge. Le pin ou les autres conifères du même ordre étaient d’un usage plus vulgaire ; mais peuvent-ils se conserver sous terre pendant trois siècles sans altération? Nous trouvons une réponse affirmative dans les fouilles faites récemment à Carthage & dans les mines étrusques dont j’ai parlé dans le chapitre précédent. Si donc les reliques de la vraie croix proviennent d’un conifère, on ne peut par cela même dire que leur nature prétendue corruptible est une preuve de leur fausseté.

Les auteurs sacrés n’ayant dit rien de précis sur cette question, j’ai consulté les savants les plus considérables pour y trouver une autorité incontestable.

M. Decaisne, membre de l’Institut, & M. Pietro Savi, professeur de l’Université de Pise, m’ont montré au microscope que des parcelles provenant de Sainte-Croix-de-Jérusalem à Rome, de la cathédrale de Pise, du Dôme de Florence & de Notre-Dame de Paris, étaient du bois de pin Ch.

(i) Indépendamment des expériences que M. Savi a bien voulu faire devant moïj il réécrivait le résultat d’autres observations qu? ou trouvera aux pièces justificatives.

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