RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS
N^cMiUéd'oD r«su- J'iii dû, dans le cours de ce Mémoire, entrer dans un certain nombre de détails méjénérai. locaux, pour permettre déjuger sur quelle série d'observations et d'arguments
était maintenant fondée l'interprétation nouvelle de la structure de la Provence. Ces détails, quoique je me sois efforcé de les réduire au strict nécessaire, présentent, par leur nature même, un caractère d'aridité qui doit rendre la lecture du Mémoire un peu fastidieuse, et leur développement ne permet pas de retrouver sans quelque recherche les résultats principaux. Je crois donc utile, avant de formuler les conclusions qui me semblent ressortir des faits aujourd'hui connus, de résumer brièvement chacun des Chapitres .précédents, en insistant seulement sur les points qui présentent quelque nouveauté ou quelque importance pour les conclusions.
La constatatioa de» L'Introductïon et le résumé historique (Chap. I et II) ont surtout pour but horizoniau^êcdHeur d'établir sur quel ordre d'arguments a été fondée pendant longtemps la croyance généralité peut Mille gu refoulement latéral. Ces arguments sont suffisants pour rendre celle théorie
fournir une preuve , *
■naLérieiie en taieur bcaucoup pIus vraisemblable et plus satisfaisante quc toute autre; elle a pourtant leVent utériL " "" toujoucs rencontré des adversaires, et, malgré l'appui de Texpérimentation, on doit convenir qu'elle n'était pas fondée sur des preuves matérielles qui pussent l'imposer en cas de contestation. Cette preuve matérielle, c'est dans la constatation des déplacements horizontaux, et surtout dans leur généralité, qu'il faut la chercher.
Discussion de» La théorie du refoulement latéral n'csl pas liée d'une manière nécessaire àcelle
objection» Ihéoriques. , - - ,. , i . i. ■ i- i .
du refroidissement de notre planète; ce refroidissement, cependant, apparaît comme l'origine la plus vraisemblable des tensions et compressions développées dans l'écorce; j'ai donc cru utile de discuter, au moins sommairement, les
MÉMOmE SLB LES IlEKOULEMENTS QUI ONT PLISSÉ L'ÉCOBCE TERRESTRE. ■ï'S'J
prétendus désaccords allégués entre les faits admis en Géologie et les résultats des calculs de Physique mathématique. Les calculs qui prétendent démontrer que l'intérieur de la Terre est solide, montrent seulement que les molécules n'ont pas la liberté de s'y mouvoir les unes par rapport aux autres, ce qui est la censé- ■ ■
quence nécessaire de la pression supportée et ne préjuge rien sur l'état physique. Quant à la prétendue insufâsance du raccourcissement théorique du rayon pour expliquer le raccourcissement mesuré d'un {jrand cercle de la surface, il n'y a pas à s'y arrêter, non seulement à cause de l'incertitude des données numériques qu'il faut introduire dans les formules pour les appliquera là Terre, mais surtout parce que les mesures de ce raccourcissement, déduites des coupes géologiques des chaînes montagneuses, se basent sur un postulatum, qui est loin d'être évident et qui même est contredit par les faits décrits dans le cours de ce travail.
Le troisième Chapitre est consacré à l'analyse générale des plissements et des An»iyse fénénle
déplacements relatifs (ou failles) qui en sont la conséquence. J'insiste surtout d*piacrmrnw"reiiiift
sur la différence capitale des déplacements dus à la pesanteur: qui ont tendance quienrfsuitent. cias-
, . . , ... , ..,■-, 1 siacaiioo de» SaiWtt.
a se produire verticalement, mdcpendammont de la direction des couches, et ,;
des déplacements dus aux compressions horizontales, qui ont tendance, surtout
dans les plis renversés el couchés, à se produire suivant des surfaces voisines
des surfaces de stratification. Il en résulte, toutes les surfaces de stratification
étant des surfaces de glissement facile, que le déplacement relatif ne se fait
plus en une fois, mais se répartit en une série de déplacements élémentaires,'
dont le résultat visible est l'amincissement ou la suppression d'une partie des
bancs. Cet effet est particulièrement sensible dans les plis couchés, qui ne sont ËUrement».
pas seulement des plis rabattus horizontalement, mais des plis allongés par
une sorte de déroulement progressif, par un étalage de leurs matériaux sur
une plus grande surface.
Les plis couchés ont ainsi étendu, au-dessus des terrains les plus récents de certaines régions, des nappes épaisses de terrains plus anciens, qui ont masqué les premiers sur des largeurs de plusieurs kilomètres. Quand ces nappes ont été attaquées et enlevées en partie par la dénudation, il n'en reste plus que des ilols isolés, dont l'origine semblerait souvent inexplicable, s! la présence à leur base d'une petite bande intermittente de terrains renversés ne permettait de rattacher cette origine à l'existence de grands plis couchés. On a ainsi la preuve de déplacements horizontaux de 6, 8 et même i5 kilomètres.
Je signale en outre l'importance et la généralité des décrochements horizon- Kgiiiesdedécrochetaux : dans les masses mises ainsi en mouvement, par suite d'inégalités soit """'' dans les forces de refoulement, soit dans les résistances qui leur sont opposées, certaines parties peuvent s'avancer plus loin que d'autres; de là résulte une déviation, un décrochement du pli, avec ou sans fracture. Ces sortes de failles à déplacement horizontal (Blâtler), qui sont souvent l'origine des cluses, ne
a38 MÉMOIRE SUR LES REFOULEMENTS
seraient qu'un cas simple de torsions plus complexes, dont la cause est la même, mais sur lesquelles ce Mémoire attire pour la première fois l'atteolion.
La ProTEoce prise Poup passer à l'étude plus détaillée des phénomènes dont ces premiers pûor type- ^"'';"j^" Chapitres indiquent la nature et Timporlance, je prends pour type la Provence, des personnelles. qui est la région française oi'i ils sont le plus développés. Les faits que je décris dans ce Chapitre (IV) résultent tous d'études personnelles, poursuivies pendant dix ans; la structure de ce pays, telle qu'elle ressort de cet exposé, n'avait même pas été soupçonnée auparavant, malgré les nombreux travaux dont il avait été l'objet.
Ce Chapitre est lui-même subdivisé en dix sous-chapitres, traitant successivement de l'allure générale des grands plis et de la coupe détaillée de chacun d'eux.
Histoire sédîmcn- Je donne d'abord un résumé de l'histoire sédimentaire de la région, où je nÂr d' '* ''f des montre que toute la série des étages s'y développe sans discordance, depuis le Maures, pliscouehés; Permien jusqu'à l'Éocène. Toute cette série est discordante au contraire avec Kineais"o"ùi. ^^s terrains cristallins des Maures, qui, depuis la fln de la période primaire, for-
maient un massif émergé dont l'influence n'a pas cessé de se faire sentir, directement ou indirectement, sur les phénomènes de sédimentation. Quant à la structure géologique, le point capital, qui seul peut donner la clef de toutes les anomalies apparentes, c'est que la Provence est un pays plissé. Si la chose a pu passer si longtemps inaperçue, c'est que les plis, étant des plis couchés, ne donnent qu'exceptionnellement aux couches une grande inclinaison, et que de plus ces plis, au lieu d'être rectilignes, sont profondément sinueux, et par conséquent ne font pas ressortir une direction dominante dans une série de chaînons parallèles.
J'indique enfin, comme venant encore coippHquer l'étude de la région, l'existence d'une traînée de bassins d'affaissement, jalonnant une ligne presque droite, entre Signes et Marseille.
Dessin général des Si Complexe que soit une région de plissements, les problèmes qu'elle plis successifs. présente peuvent se ramener à un problème relativement simple, celui de la
coupe tranversale d'un pli, dès qu'on a pu reconnaître et tracer les lignes directrices de chacun des plis synclinaux et anticlinaux. C'est là, il est vrai, un résultat qui ne se dégage qu'après tous les autres, et même pour certaines régions dont la carte géologique détaillée est terminée, comme la Suisse, un pareil travail serait encore impossible. Je ne crois pas que le schéma que je donne pour la Provence puisse être regardé comme définitif : une grande bande transversale de terrains triasiques coupe en écharpe toute la région étudiée, et interrompt la continuité des plis; de part el d'autre de cette bande, les raccordements sont impossibles ou au moins arbitraires. On peut cependant mettre en évidence la succession de quatre grands plis : le pH du Beausset, le pli de la Sainte-Baume,
QUI 0^T PLKSÉ t.'ÉCORCE ÏEHRF.STBK. 23q
auquel correspond celui dé la Nerthe; le pli de Brîgnoles, et enfin le pli de Salernes, auquel on peut rattacher, au nord-est, le pli d'Aups et peut-être même celui d'Ampus; le raccordement du pli de Salernes à l'ouest avec ceux de Sainte- Victoire et de l'Olympe est beaucoup plus hypothétique. Chacun de ces plis a produit des déplacements horizontaux considérables, qui sont étudiés dans les sous-chapitres suivants.
Le pli du Beausset est renversé vers le nord, sur le bassin crétacé du Beausset, Toute la retombée jurassique, sur le flanc renversé du pli, est supprimée par étirement ou glissement, si bien que la place n'en est marquée que par une faille, dont les contours sinueux laissent présumer l'obliquité, A 5''" au nord de cette faille, au milieu du bassin crétacé, le Trias reparaît et forme tout le haut des collines qui dominent le Beausset. On avait toujours vu dans ce Trias une saillie du fond de la mer crétacée, contre laquelle venaient buter les couches sénoniennes; on avait même proposé de choisir ce point comme emplacement d'un sondage qui serait allé rechercher le terrain houiller. Je démontre que ce Trias est superposé au Crétacé, et que c'est un reste de la nappe de recouvrement que le pli couché, sur plus de 5*"" de largeur, avait étalé au-dessus du bassin crétacé. Au sud, des couches renversées s'intercalent; au nord, au contraire, elles disparaissent, et ce sont des bancs de moins en moins anciens (Muscheikalk, Marnes irisées, Infralias) qui reposent sur le Crétacé.
La démonstration est complétée par l'étude des collines de Fontanîeu, où le Muscheikalk occupe la même position au-dessus du Crétacé, mais se rattache sans discontinuité au flanc normal du pli, c'est-à-dire à la série des couches qui plongent réguhèrement vers ta mer, surmontées par toute la succession des étages jurassiques. A Fontanieu, la superposition du Trias au Crétacé a été vérifiée par des travaux de mines.
Les renversements se continuent à l'ouest jusqu'à la mer, mais ils cessent rapidement à l'est, où le pli se contourne et se bifurque, pour aller s'arrêter et se perdre dans la bordure permienne qui entoure les Maures. S'il y a eu des recouvrements de ce côté, ils ont entièrement disparu par dénudation, mais on retrouve sous deux autres formes la preuve de déplacements horizontaux importants : d'abord, la torsion brusque du pli a fait pénétrer un coin de Jurassique et de Trias, comme à l'emporte-pièce, au milieu des assises crétacées (vallon de Broussan); de plus, on rencontre la trace d'une ou de plusieurs surfaces de discontinuité, très ondulées, mais ondulant autour d'un plan moyen presque horizontal, et le long desquelles une partie de la série normale est supprimée; c'est ainsi que les somiucts urgoniens du Cap Gros, du Faron et du Coudon sont, ou complètement ou sur trois côtés, entourés par des failles, qui ne sont probablement que les affleurements de la même surface de discontinuité. En suivant plus au nord la Ugne des coteaux qui surmontent la bordure permienne.
t au pli de la
2/iO MÉMOIRE SUn LES REFOULEMENTS
on observe dans la série normale des couèlies dos suppressions analoj^ues,. qui arrivent, près de Solliès et de Cuers, à faire disparaître tout le Trias, et là, on voit plus nettement encore que les sur/aces de discontinuité sont à peu près parallèles aux plans des couches : Tlnfralias peu incliné repose sur le Permien ou le Grès bigarré. On a donc la preuve, très intéressante et très importante au point de vue théorique, que dans les régions de plis couchés, les glissements horizontaux ne se produisent pas seulement dans les parties amenées en superposition anormale, mais aussi dans la série inférieure des couches recouvertes, dans celles qu'on croirait d'abord être restées sans déplacement dans leur position première.
Pli de II Sainte- I^-e pH de la Sainte-Baume limite au nord le bassin synclinal'du Beausset; Il est également renversé vers le nord, sur le petit bassin crétacé du Plan d'Aups. L'étude des collines qui séparent ce bassin de la vallée de Saint-Zacharic montre que ce second pli couché étendait ses nappes de recouvrement sur une largeur de près de lo*"". Les apparences sont extraordinairement compliquées, parce que des tassements postérieurs ont dénivelé à la fois ces nappes de recouvrement et le Crétacé sur lequel elles reposent. De plus, un bombement anticlinal secondaire sépare en deux parties le bassin dénivelé. Les renversements observés en plusieurs points, la sinuosité des lignes de discontinuité, qu'on peut suivre entourant des massifs entiers, permettent cependant de démontrer que ces massifs sont superposés au Crétacé, et en deux points l'observation directe permet de confirmer cette conclusion. Les masses de recouvrement sont là uniquement formées de Jurassique, qui conserve en général son entier développement; pourtant, la suppression intermittente des calcaires à silex (Lias et fiajocien) prouve que des gHssements secondaires ont eu lieu dans ces masses et ont accompagné le grand glissement d'ensemble.
M. Zurcher a retrouvé la continuation des mêmes phénomènes vers l'est sur une longueur de plus de lof"", jusqu'au sud de Brignoles. Dans la vallée de Roquebrussane, il a constalé que te Crétacé pénètre de 3'"" sous le Jurassique et le Trias, et que la montagne jurassique de la Loube, avec ses cimes déchiquetées, hautes de SSo"", repose au moins en partie sur les couches daniennes.
Le pli de la Sainte-Baume, comme celui du Beausset, se ramifîe de ce cdté en plusieurs autres, qui tous s'abaissent et disparaissent avant d'atteindre la bordure permienne.
Du côté de l'ouest, la continuation du pli de la Sainte-Baume donne lieu à des complications d'une autre nature : il est interrompu par la bande trlasique de la vallée de l'Huveaune, le long de laquelle les étirements des couches prennent une importance croissante, au point de mettre le Trias en contact direct avec le Crétacé; mais les dénudalions n'ont nulle part laissé subsister d'amorce de renversement, si bien qu'on ne peut décider avec certitude si les
QUI ONT PLISSÉ L'ÉCOBCE TEBKESTBE. ^\l '
itias'ses qui se sont étendues sur le bassin du Plan d'Aups sont Venues seulement du sud, ou si elle^ sont venues à la fois du sud et du nord-ouest.
De l'autre côté de la bande triasique, on trouve à quelques kilomètres plus au ««sif d'Ailancb. nord le pli de l'Étoile, qui s'amorce dans les collines d'Auriol et de Peipin; il ne semble pas, à un premier examen, avoir produit des chevauchements aussi considérables; mais l'élude du massif d'Allauch, situé en arrière vers le sud, permet de conclure que la zone dès-déplacements horizontaux s'est étendue, là, jusqu'en face de ceux de la Sainte-Baume, ce qui entraine le raccordement des deux plis.
A l'est comme à l'ouest de la bande triasique, les masses mises en mouvement se seraient avancées à peu près aussi loin vers le nord ; mais il y aurait eu des déplacements inégaux de la charnière synclinale qui enveloppe les couches crétacées. Dans une hypothèse, cette charnière synclinale, dénudée au-dessus de la bande triasique, décrirait une boucle presque fermée autour du massif d'Allauch; les couches de cette charnière auraient donc été forcées d'envelopperet de mouler ce massif en se distendant comme l'eût fait une membrane élastique, c'est-à-dire en s'étirant et en se déchirant même sur certains points. La charnière synclinale serait restée, Ià,de8''" en retard sur le mouvement général; ce nombre deS''" représenterait donc un minimum pour le déplacement horizontal produit dans cette partie de la région. Il correspond bien, d'ailleurs, au nombre trouvé pour la Sainle-Baume.
Une seconde interprétation est possible, en invoquant des plissements transversaux et postérieurs; mais elle laisse subsister d'assez graves difficultés. Elle mène d'ailleurs aux mêmes conclusions générales, relativement au rôle des glissements horizontaux dans (a région et aux déplacements inégaux de ta charnière synclinale.
On se trouve de plus amené, pour le massif d'Allauch, à admettre des glissements importants des assises les unes' sur les autres, pour expliquer les lacunes apparentes de la série crétacée. La disposition locale de l'Urgonien, de l'Aptien et du Cénomanien ne peut guère, en effet, être attribuée aux circonstances même de la sédimentation, car ces étages sont très uniformément développés sur tout le pourtour du massif.
Le pli de la Nerthe va se terminer peu au delà du tunnel de ce nom, après avoir décrit près de Simiane une nouvelle sinuosité, véritable rebroussement local, qui isole un promontoire triasique au milieu de l'Aptien.
En continuant à remonter vers le nord, on rencontre le pli de Brignoles, qui Pli de Brignoles, ne s'étend pas aussi loin vers l'ouest que les précédents et qui se compose de su^l'ui^'ime. "'' ' deux branches parallèles, toutes deux arrêtées à la bande transversale du Trias deBarjols. En arrivant à la bande triasique, les deux branches s'infléchissent l'une vers l'autre et sont reliées par une faille de superposition oblique, qui continue aussi bien le flanc sud de la branche méridionale que le flanc sud de. T. L. — n" 2. 3i
24a MÉMOIRE SUR LES REFOULEMENTS
la branche septentrionale. Ces deux branches ne forment donc qu*un seul et même pli, complètement replié sur lui-même, et enveloppant de toutes parts le petit bassin crétacé du Val. La branche du sud ne montre pas de renversements, ou du moins le pli anticlinal reste droit et régulier, jusqu'au moment où il se contourne vers le nord; alors, toute la retombée jurassique s'étire et disparaît, et le Trias vient en contact avec te Crélacé, sur lequel il se renverse et qu'il recouvre sur quelques centaines de mètres. Puis le pli, décrivant une demi-circonférence complète, s'infléchit de nouveau vers l'est; sa retombée jurassique reparaît, compliquée même de deux plis secondaires, qui tournent avec le pli principal, et qui sont comme lui renversés vers le sud. Le renversement du pli principal va en s'accenluant de plus en plus; un des piis secondaires couche, près du Val, l'infralias sur les sables du Crétacé; près de Vins, il couche sur les mêmes sables toute la série jurassique renversée; mais à Peygros, le pli principal passe par dessus ces plis secondaires et va sur une largeur de i""" superposer au Crétacé une nouvelle nappe d'Infralias, avec lambeaux de Bathonien renversé. Un fait bien remarquable, qui me semble fournir la preuve de nouveaux glissements, c'est que la, sur une longueur de 12'''" environ, le Crétacé et la Bauxite qui l'accompagne reposent directementsur leBathonien supérieur.
Au Thoronet, centre de l'exploitation des Bauxites, le pli ou, pour mieux dire, les deux branches parallèles du pli s'infléchissent vers le sud-est. Le pli nord s'efface et nVst plus marqué que par une retombée d'Infralias; le pli sud, au contraire, se dresse en un chaînon bien accusé qui, dirigé presque normalement à la bordure, va s'arrêter brusquement, sans s'abaisser, sans que ses couches cessent d'être verticales, au bord de la plaine permienne, où l'on n'en trouve plus de trace. Il y aurait donc là une faille d'un genre spécial, qui semblerait couper le pli transversalement; mais si l'on suit le contour de cette prétendue faille, on la voit entourer le sommet d'un pic isolé (le Cannet-du- Luc) et rejoindre vers le nord celle qui représente la place du synclinal écrasé du Thoronet, De plus, le sommet ainsi isolé par cette faille est composé de Bathonien horizontal renversé, gui repose sur le Permien. Ces apparences s'expliquent par une nouvelle inflexion do pli vers l'est, c'est-à-dire parallèlement à la bordure; en tournant, le pli se renverse et s'élire, mais avec cette particularité que c'est le flanc normal, et non plus le flanc renversé, que les glissements ont supprimé. Quant à la continuation du pli vers l'est, elle a été dénudée^ et comme ce pli était un pli couché, la dénudation a pu le faire disparaître entièrement, sans qu'on puisse même, dans les affleurements restants, en reconnaître l'emplacement primitif.
Le pli de Brignoles n'amène pas de déplacements horizontaux aussi considérables que les précédents : ceux que j'ai constatés ne dépassent pas S"""; mais il est peut-être plus cxlraordinaire encore, par l'apparence qu'il offre d'uii pli replié sur lui-même. Une autre particularité remarquable est que ces
QUI ONT PLISSÉ t.'ÉCOHCE TERBESTHE.
déplacements ont eu lieu vers le sud. La coupe observée à l'endroit où le pli semble se terminer brusquement contre la bordure permienne, au Cannet-du- Luc, avec la superposition horizontale du Bathonien renversé sur le Permien, est certainement une des plus extraordinaires de la région. Elle s'explique pourtant sans invoquer d'autres phénomènes que ceux qui ont été déjà constatés plusieurs fois, le renversement et l'étirement des plis aux places de torsion.
Je décris ensuite le pH d'Esparron, pli secondaire remarquable parce que, malgré son faible développement en direction, qui ne dépasse par 15*"°, il a produit des déplacements horizontaux importants, atteignants""". Ce pli ne se rattache pas à celui de Brignoles, mais il doit figurer à cette place, comme compris entre le pli de la Sainte-Baume et la prolongation probable de celui de Salemes. Ce pli montre sur une partie de son parcours le ^Crétacé, adossé à une falaise infraliasique et, plus à l'ouest, ce même Crétacé adossé à une falaise de Jurassique supérieur. Je montre qu'il pénètre sous l'une et sous l'autre ; une jigne de petits affleurements crétacés, qui reparaissent en trois points au milieu du Jurassique, permet de déterminer la profondeur de cette pénétration. La conclusion n'est pas aussi simple qu'on est porté d'abord à l'admettre, parce qu'il y a peut-être là une torsion du pli. Je discute les deux solutions possibles; mais à l'est, l'évaluation devient plus facile et plus certaine : on y trouve, en avant de la falaise, des Ilots jurassiques superposés au Crétacé, et de plus un trou dans l'Infralias laisse apercevoir, au lieu de Marnes irisées, des marnes bathonienncs, qui représentent, sans aucune autre explication possible, le flanc renversé du pli.
Le quatrième grand pli est celui de Salernes; il est doublement intéressant par les plis secondaires qu'il permet de constater, tantôt au-dessous de la ' nappe de recouvrement, tantôt dans cette masse elle-même, et aussi par les larges sinuosités de sa continuation orientale aussi bien qu'occidentale. A la Bouissière, l'Infralias horizontal repose sur le Bajocien et le Bathonien plusieurs fois plissés et verticaux, et les deux séries sont séparées par une mince traînée de sables rouges crétacés. Près de Salernes, la nappe de recouvrement montre au-dessus de l'Infralias le Bajocien replié horizontalement sur lui-môme et enclavant dans un ■< les marnes balhoniennes. La largeur du recouvrement est d'au moins 3"""; à Saint-Barnabe, un trou dans cette nappe d'Infralias n'a pas pénétré jusqu'au Crétacé, mais montre, comme dans le pli d'Esparron, les marnes bathoniennes au-dessous de l'Infralias, c'est-à-dire le retour du pli qui se complète en profondeur; à la Ferme, au contraire, un trou analogue fait apparaître directement, c'est-à-dire sans interposition de termes renversés, une enclave crétacée au milieu de l'Infralias.
La continuation à l'est du pli de Salernes est particulièrement difficile à suivre; une série de petits affleurements discontinuspermet pourtant de montrer .qu'elle s'infléchit vers le nord, puis vers l'ouest, pour revenir former le bassin du7ôré'drî'eB^''et"»
■ux de s»iDt«-vic- d'Aups, orienté parallèlement à celui de Salernes. Dans le bassin d'Aups, c'est
lire et de l'Olympe , ^, " . ^ i 11 i
I cùtt de l'ouen. le bord septentrional qui a été poussé au-dessus du Ciétacé, en produisant 1 Ilot .bajocien de Saint-Jean et la presqu'île de Moissac; le sens des mouvements horizontaux est donc là, comme au Val, comme peut-être à Saint-Zacharie, opposé à celui du déplacement général, qui a eu lieu vers le nord; et l'on voit ainsi que dans ces trois cas, le changement dans la direction du déversement ,,.. .-■. correspond à une torsion du pli déversé. La règle semblait être, pour les chaînes
' de montagnes étudiées, que les plis d'un même versaiit se renversent tous dans le même sens; pour la Provence, au moins, il convient de la modifier de la manière suivante : les plis d'un même versant se renversent toujours sur le synclinal qui leur fait suite du côté opposé à l'axe de la chaîne.
Le synclinal d'Aups va, comme celui de Montmeyan (bassin intermédiaire de Fox-Amphoux), comme celui d'Ampus au nord-est, se perdre en s'abaissant progressivement dans la grande plaine tertiaire de la Durance; c'est-à-dire que cette plaine est bordée au sud-est par un grand plateau incliné, où les plis de la région de Draguignan ne se continuent plus que par de molles ondulations. Le pli secondaire des Gypières, au-dessus d'Aups, indique pourtant une tendance à s'infléchir de nouveau pour revenir par Notre-Dame-de-Liesse former le bord sud du bassin d'Ampus; il est certain, en tout cas, que dans ce dernier bassin crétacé, c'est de nouveau le bord méridional qui a été poussé vers le nord, au-dessus des sables crétacés et tertiaires, que couronnent encore quelques sommets d'Infralias.
Du côté de l'ouest, le pli anticlinal de Salernes va former à partir de Barjols le nord de la grande bande triasique, qui semble diviser en deux parties distinctes toute la région. Ce Trias ne communique pas à l'ouest avec celui de Rians : il y a entre les deux une sorte d'isthme jurassique, qui dessine un léger bombement, et dans lequel le Bathonien repose directement suf la lumachelle à Avicula conlorla. Si, comme je le présume, c'est bien là qu'il faut chercher la continuation du pli, la place en est plus marquée par les étirements que par les inclinaisons des bancs.
Je n'insiste pas sur l'hypothèse qui me fait relier le pU de Sain te- Victoire à celui de RJans, n'ayant pu encore étudier cette partie de la région personnellement ; ce qui est certain, en tout cas, c'est que le pli de Sainte-Victoire se relie à Saint- Maximin, par une inflexion brusque, à celui de l'Olympe, c'est-à-dire que le bassin de Foveau est entouré de ce côté par un seul et même pli anticlinal, qui, conformément à la règle énoncée plus haut, se renverse partout sur le bassin qu'il entoure.
Je donne pour terminer les preuves de la pénétration du Crétacé sous le massif de l'Olympe : une enclave de couches à Melanopsis, reconnue pour la première fois par M. Collot; une autre enclave de marnes rouges, attribuées à tort au\ Marnes irisées, et qu'un ossement de Reptile démontre être crétacées,
QUI ONT PLISSÉ L'ËœRCE TERRESTRE. 245
en6n la présence à la base de l'Infralias d'un banc de calcaire blanc, transformé en marbre et représentant le flanc jurassique renversé — telles sont les preuves qui permettent d'affirmer que cette pénétration est de plusieurs kilomètres.
Le pli de Salernes, après toutes ses sinuosités, est revenu s'aligner parallèlement à la chaîne de la Sainte-Baume; on peut donc, par ce point, faire passer une coupe qui montre la succession des trois grands plis couchés de la région, dégagée de toutes les complications dues aux torsions, et qui résume d'une manière frappante le rôle des déplacements horizontaux en Provence.
Les deux derniers Chapitres ont pour but de montrer, après l'étude Piii couchés du détaillée des plis couchés dans la région choisie comme type, la généralité des mêmes phénomènes dans tes autres chaînes de montagnes, tes plus récentes comme les plus anciennes. Je m'occupe d'abord des chaînes tertiaires de l'Eu- Venantupientriorope, c'est-à-dire des Pyrénées et des Alpes, entre lesquelles la Provence forme j*] 'l^les^'^"^'^ ^' un véritable trait d'union, et dans cette première partie, je distingue deux séries de faits : ceux qui sont relatifs au versant septentrional et ceux qui se rapportent au versant méridional.
Dans les Pyrénées, un seul exemple de pli couché est connu, c'est celui du Pic de Bugarach, signalé par M. Carez; le déplacement horizontal est de 3*"" au moins, et il aurait amené le Jurassique en superposition sur le Sénonien. -
A l'est de la Provence, la région des Alpes Maritimes offre probablement ••" Alpes Françaides faits du même genre (Mont-Agel), mais encore mal connus; dans celle de eidesAone». Caslellane, les déplacements horizontaux semblent s'être traduits moins par des recouvrements, dont il y a pourtant des exemples, que par la torsion des plis, qui s'exagère et se manifeste avec plus de brusquerie encore qu'en Provence ; mais les grands plis couchés semblent ne reparaître, dans l'état actuel des observations, qu'en se rapprochant des massifs cristallins du Pelvoux et du Mont- Blanc. C'est du moins l'interprétation qui parait s'imposer, jusqu'à nouvel ordre, pour les deux sommets jurassiques de la Cavale et du Soleil-Biou, au sud duPelvoux,etpour les massifs de Sullens etdes Annes, à l'est d'Annecy.
En suivant la même bande de plissements, on rencontre en Suisse des i-" Alpes Suisse»: exemples plus nets et mieux étudiés : celui de la Dent du Midi, qui repose sur Dem'de irorciei. un soubassement nu m m uli tique, et, de l'autre côté du Rhône, celui de la Dent de Mordes et du Grand Mœveran. Pour ce dernier, le déplacement horizontal serait de G*™ au moins. Un fait très remarquable est l'étirement du flanc normal inférieur, qui supprime plus ou moins complètement la série jurassique et crétacée entre le Trias et l'Éocène.
ïl est plus que probable que le même pli se poursuit jusqu'aux Alpes Bernoises; mais comme là, les masses de recouvrement seraient (ainsi que dans le ' , ' massif d'Allauch) en continuité avec la retombée normale, l'étude en est diflicUe et a d'ailleurs été faite incomplètement.
LesAipes Bernoises; Avec le masslf des Alpes Bernoises réapparaissent avec évidence et avec une piTdTciâris" "" * nouvelle ampleur les phénomènes de recouvrement, mais avec des compHcalions qu'on n'a cru pouvoir expliquer jusqu'ici que par un double pli. Je montre que si cette interprétation est exacte, c'est-à-dire que si dans les masses superposées au Nummulitique, une partie est venue du sud et une autre du nord, il est au moins vraisemblable que les deux plis se rejoignent sous les alluvions de la vallée du Rhin, et ne forment qu'un seul et même pli. Mais je montre aussi que l'hypothèse du double déversement en deux sens difiérents se heurte à de graves difScultés, dont la plus frappante est l'interruption complète du noyau anticlinal septentrional par la vallée de la Reuss, qui coule constamment dans rÉocène. En suivant cet ordre d'idées, on serait amené à ce résultat effrayant, qu'entre Interlaken et Glaris toutes les grandes montagnes calcaires sont superposées au Nummulitique, et les déplacements horizontaux qu'il faudrait supposer ne seraient plus de quinze, mais dé quarante kilomètres. Je n'indique une pareille hypothèse qu'avec toutes les réserves nécessaires ; mais j'ai tenu à poser nettement une question dont l'importance n'a pas jusqu'ici été mise en lumière, et dont la solution est indispensable pour faire le raccordement des diverses coupes de la Suisse, et, par suite, pour arriver à comprendre sa structure géologique.
Les Aipea Bava- Dans les Alpes Bavaroises, les renversements continuent, mais moins ""''" marqués, sur la bordure du Flysch; en tout cas, les déplacements horizontaux
apparents ne sont plus comparables. Je montre, d'après l'étude du PrJittigau el la comparaison avec le massif d'AUauch, qu'il y aurait une explication assez plausible de cette différence si frappante entre les deux rives du Rhin : c'est qu'à l'ouest la charnière synclinale serait restée immobile, tandis qu'à l'est elle aurait été entraînée dans le mouvement d'ensemble.
Enfin je signale, d'après M. Uhlig, la continuation des phénomènes de recouvrement jusque dans les Carpathes, en avant du massif du Tatra. Généraliié des C'est donc sur i5oo kilomètres qu'on suit dans les Alpes la zone des plis nord'^^Me' ve'rTal^i ^ouchés, avcc des cheminements horizontaux qui atteignent certainement et scpteoirionai des dépassent peut-êtrc i5 kilomètres. Tous ces mouvements, des Pyrénées aux ** " Carpathes, semblent contemporains, quoique les derniers mouvements des
Alpes soient beaucoup plus récents. Ce ne sont pas seulement des phénomènes analogues, c'est te même phénomène de mise en mouvement vers le nord des parties superficielles de l'écorce, qu'on suit ainsi à travers toute une moitié de notre continent européen.
Venant méridioDai Le versaut méridional des Alpes peut être étudié sur une bien moindre chés^irrieTild *^'"' longueur que le versant septentrional, parce qu'il est, sur une grande partie du pourtour, abîmé en profondeur ou masqué par les terrains tertiaires discordants. Ce n'est guère que dans le Tyrol qu'on peut l'examiner. Je montre que la
Structure connue du Tyrol, celle de grands plateaux peu dérangés et seulement dénivelés par de grandes failles, peut s'expliquer par l'existence de plis couchés profondément dénudés. Je cite à l'appui de cette opinion les coupes du massif delà Gardenazza, celles delà Cimad'Asta, du Monte Picosta, elcellesdc Lccco; j'ajoute, dans le même sens, une série d'observations personnelles faites dans les environs de Lugano et du lac de Côme, Il résulterait de cet exposé que les pliSj sur le versant sud, sont en général couchés vers le sud, comme ceux de l'autre versant vers Iç nord; et les coupes du versant illyrien de l'Adriatique, ainsi que celles du Monl-Perdu dans les Pyrénées, sont au moins des indices en faveur de la généralité de cette conclusion.
Enfin, je rappelle que dans les chaînes tertiaires de l'Amérique, dont la pii» couchas des structure avait pu d'abord sembler régie par d'autres lois, on a trouvé des ^"Ul|Ûe'„ce^oMrwê exemples de déplacements horizontaux aussi considérables qu'en Europe. Dans de u grande mcienles Montagnes Rocheuses, au sud du Canada, vers le 5i* parallèle, les terrains , paléozolques, y compris le Cambrien, recouvrent le Crétacé sur une largeur d'au moins 5''" (estimée même en un point à 7 milles ou plus de 1 1*""). J'insiste sur la différence que présentent pourtant ces coupes avec celles de la Provence et des Alpes, par suite de l'absence presque complète d'étiremeots dans les masses mises en mouvement. Il semble que la grande ancienneté de ces couches, déjà consolidées depuis longtemps, ait créé des conditions spéciales, en ne permettant que des glissements en masse, et en faisant perdre aux surfaces de stratification, au moins en partie, la propriété d'être des surfaces de glissement facile.
Dans le Nord de l'Europe, on a pu reconstituer la place de deux chaînes, ou zones de plissement, plus anciennes, l'une datant de la fin de l'ère primaire, ' l'autre, plus septentrionale encore, datant de la fin de la période silurienne. Dans ces chaînes anciennes, malgré l'énormité des dénudations, on retrouve la trace de déplacements horizontaux comme dans les Alpes, et l'on peut même démontrer que ces phénomènes y ont eu la même généralité.
Le pli couché de la chaîne houillère (chaîne hercynienne) est celui qui a amené le Dévonien et le Carbonifère en superposition sur les bassins houillers *^''*" de la Belgique et du Nord de la France. Je prends pour point de départ la coupe Comp schématique de ces bassins, telle qu'elle a été donnée par M. Gosselet, et je montre que, bien qu'on y parle de failles, ce qu'on ne fait pas dans les Alpes, la disposition des couches et les mouvements qu'elle supppose correspondent exactement à la coupe générale d'un pli couché. J'examine ensuite avec plus de détails les deux principaux Ilots de terrains paléozoiques dont les exploitations, malgré le manteau tertiaire qui en masque les affleurements, ont démontré la présence au milieu du terrain bouiller. Là, ce sont des galeries de mines qui
ont constaté que le terrain houiller et les couches de houille se continuaient sous CCS îlots; ces lambeaux, conservés grâce à des affaissements postérieurs, nous donnent une limite minima de l'avancée des terrains paléozoïques audessus du Houiller, et par conséquent des déplacements horizontaux qui se sont produits dans la région. Ce minimum est déjà de G""".
Un point intéressant, qui ressort de la coupe de ces Ilots, est que la série des couches tend à s'y compléter, à mesure qu'on s'éloigne du noyau anticlinal, c'est-à-dire, en termes plus précis, à mesure qu'on se rapproche de la place probable de l'ancienne charnière antiçlinale. La faille de glissement qui sépare le terrain houiller des masses de recouvrement, tend à diminuer d'amplitude et à être remplacée par une superposition, sans suppression de couches, du terrain houiller inférieiir sur le terrain houiller productif; de plus, les bancs, très froissés, commencent, au moins dans le lambeau de Landlies, à se relever verticalement; il semble qu'on ait là l'amorce même de la charnière antiçlinale.
Je montre ensuite que les phénomènes de recouvrement ne s'arrêtaient pas, comme on le suppose ordinairement, auprès de Liège, mais qu'ils se continuaient au moins 5o''"' plus à l'est, tout le long du massif cambricn de Stavelot. J'en conclus que ce massif, également formé de terrains plus anciens discordants, joue dans la structure de la chaîne un rôle comparable à celui des tnassifs du Mont-Blanc et des Alpes Bernoises dans la chaîne alpine.
Enfin, du côté de l'ouest, je discute successivement les coupes de Fléchinellc, où le bassin semble se terminer sous forme de cuvette régulière et non renversée, celles du Boulonnais, où recommencent les superpositions anormales, et celles du Somerset, où l'exploitation a pu se continuer sous des lambeaux de Calcaire carbonifère, qu'on croyait isolés par des failles verticales. La cessation des renversements à Fléchinelle n'est probablement qu'une apparence due à la ' ' dènudation, ainsi que la comparaison avec la coupe de Stolberg en montre au
moins la possibilité, ctles deux autres exemples rendent très vraisemblable la conclusion que les masses poussées sur le bassin houiller se sont réparties, depuis le Khin jusqu'au Pays de Galles et peut-être jusqu'à l'Irlande, sur une zone longue de 800 kilomètres.
Les mêmes déplacements horizontaux se retrouvent dans les Appalaches,
c'est^àrdire dans la chaîne américaine de même âge, qu'on peut, de l'autre côte
de l'Atlantique, faire correspondre à noire chaîne houillère d'Europe.
Pli coacU de la La zoue des pUssemcnts siluriens occupe l'Écosse et la Norvège; les dernières
chaîne silurienne; ex- études du Survev Ont démontré qu'en Ecosse des schistes micacés, d'âge
plication des anuma- n ' o .
lies apparentes de la encore indéterminé, mais d apparence souvent gneissique, ont été charriés au-
'^°"'**' dessus du Silurien, sur des largeurs de 16*". Les déplacements horizontaux
sont donc là au moins égaux à ceux des chaînes plus récentes, mais le détail
des coupes y est d'une complication telle, qu'il semble impossible à première
vue d'y voir le simple résultat des mécanismes constatés dans l'étude des autres
plis couchés. J'ai essayé de montrer comment les différences qui font l'étraQgeté de ces coupes avaient une importance plutôt apparente que réelle, ou du moins comment elles pouvaient assez facilement s'expliquer sans invoquer d'autres principes ni d'autres actions mécaniques que pour les autres plis couchés, et comment les coupes des Highlands pouvaient en quelque sorte se déduire des coupes alpines.
Le trait saillant de ces coupes est l'existence d'une série de surfaces de glissement presques horizontales, superposées les unes aux autres. Le terrain est ainsi comme divisé en un certain nombre de tranches, plus ou moins épaisses, qui sont chacune hachées par une succession de failles indépendantes, c'est-àdire arrêtées brusquement aux surfaces de glissement. Au-dessus de l'ensemble, vient la grande surface de glissement, qui ramène par-dessus tout le reste les schistes micacés.
Cette dernière seule, selon moi, correspondrait à un grand pli couché; la zone assez mince de gneiss laminés, qui presque partout en forme la base, représenterait la bande de terrains renversés, le flanc inférieur du pli, où les terrains devraient leur cristallinité au métamorphisme mécanique. L'ensemble des autres tranches représenterait le bassin synclinal sur lequel le pli s'est déroulé. Mais, de même que, quand ces bassins sont formés de couches a peu près horizontales, il peut s'y produire, comme nous l'avons vu, une série de glissements qui amincissent ou suppriment une partie des couches; de même, si les couches en sont piissées, on peut supposer que le déplacement d'ensemble y fait naître une série de joints horizontaux, qui jouent, en tant que plans de glissement faciles, un rôle analogue à celui des surfaces de stratification. Si les poussées horizontales continuent à se faire sentir, des déplacements relatifs pourront se produire suivant chacun de ces joints, et l'on arrivera nécessairement aux apparences observées dans les Highlands. Ces apparences sont celtes qu'offrirait la coupe de Glaris, si le ISunimulilique y était traversé par des joints horizontaux, suivant lesquels auraient eu lieu des déplacements inégaux.
La Scandinavie montre, comme l'Ecosse, une bande silurienne comprise Hypothèse de dé-
une partie de ces gneiss plus récents que le Silurien, il faut admettre des dépla- scaodin»»ie. céments de cent kilomètres. En l'absence de preuves paléontologlques, on ne " peut accueillir qu'avec réserve de pareils résultats; ils porteraient à 2000 kilomètres la longueur de cette nouvelle zone de déplacements horizontaux.
11 reste maintenant à préciser les conclusions qui peuvent ressortir des faits
Trois séries de exposés dans ce Mémoire, Je diviserai ces conclusions en trois parties : celles
conclusions. qyj g^jijj relatives à la structure de la Provence, celles qui sont relatives au
mécanisme général des plis couchés, et enfin celles qui se rapportent à l'origine
des chaînes de montagnes et à la théorie des refoulements latéraux.
Conclusions reia- La PFOvence est un pajs pHssé, elle forme le traitd'union entre lesplissements tives à la Provence, jgg Alpcs et ceux dcs Pyrénées. Les forces mises en jeu n'y ont pas fait surgir des cimes aussi élevées que dans tes deux grandes chaînes, mais leur action n'y a pas été moins énergique, et elles ont produit des déplacements importants. La Proveoceestun Les phs principaux de la Provence sont tous des plis couchés, si bien que pays de plis couchés. |'g||ypg horizontale ou peu inclinée domine sur de grands espaces. Ces plis couchés ont amené d'immenses chevauchements, sur plusieurs kilomètres de Les cime» juras- largeur, et presque toutes les cimes les plus hautes et les plus hardies du pays, Biques les piusesi-ar- quoique formées de terrains jurassiques, reposent au moins en partie sur un au moins en partie! soubassement crétacé. Ces cimes, la Sainte-Baume, l'Olympe, la Loube, les critacé '°" ****■"«■" deux Bessillous, recouvrent toutes la charnière synclinale du bassin sur lequel a eu lieu le chevauchement ou le charriage. Les parties, au contraire, qui ont été poussées le plus loin en avant, ne forment que des collines peu élevées, en général isolées par la dénudation, et souvent conservées seulement grâce à Les déplacements des affaissements postérieurs. Les mouvements horizontaux constatés vont jushorizon tau» ont at- q„'^ 6 et 8 kilomètres pour les deux plis les plus voisins des Maures; ils ne dépassent pas jusqu'ici 3 kilomètres pour les pHs plus septentrionaux. Sinuosité des plis. Lcs plîs sc Suivent sur d'assez grandes longueurs, plus de 5o''" pour quelquesuns, mais avec un contour très sinueux et une tendance remarquable à s'atténuer et à disparaître assez brusquement. Le plus méridional, qui est le plus régulier, celui du Beausset, se ramifie à l'est en plusieurs branches qui vont toutes mourir avant d'atteindre la bordure des Maures. Le second, celui de la Sainte- Baume, se termine à l'est d'une manière analogue; du côté de l'ouest, il parait brusquement interrompu par une double boucle, qui en réalité le ramène de 8*"" plus au nord, et réduit en même temps à une importance beaucoup moindre les phénomènes de recouvrement. Le pli le plus septentrional, celui de Salernes, décrit une série de sinuosités beaucoup plus accusées encore; c'est comme un large feston qui borderait la plaine de la Durance, avec atténuation progressive des bombements, chaque fois que le pli se rapproche de la vallée. 11 n'est même pas bien certain que chacune des dents du feston ne doive pas
QUI ONT PLISSÉ L'ËCOKCE TERRESTRE, 25l
être considérée comme une unité distincte; car leur raccordement au nord ne peut que se présumer sous les terrains tertiaires discordants du bassin de la Durance. Entre ce pli de Salernes et celui de la Sainte-Baume, les apparences de torsion sont plus extraordinaires encore : le pli de Brignoles revient complètement sur lui-même sur une longueur de 40"""; si bien que les deux lignes directrices, au nord et au sud, ou si l'on veut les deux branches du même pli qui entoure le bassin crétacé du Val, se suivent parallèlement à une distance de 5 à 7"™ ; et toutes deux disparaissent en même temps en atteignant la bordure permienne, l'une sans doute par dénudation (la dénudation peut complètement faire disparaître toute trace d'un pli couché), l'autre parce qu'elle se perd dans tes ondulations des affleurements triasiques.
Cette sinuosité des plis n'est ni une hypothèse, ni une interprétation, c'est Cbaque pii se couun fait d'observation, facile à vérifier sur le terrain. Elle peut sembler d'autant ^j' sin''Joriié'», sur le dIus remarquable, que jusqu'à ces derniers temps (en i8t8 encore), on ne son- ■"*">* btima aj-ndi-
f ^ '1 J ^ .1,1, .1 11 j nal.surcelui qui, dans
geait a appliquer aux accidents connus de la région d autre règle que celle des l'énumémioD métho-
alignements rectilignes. Mais ce qui est le plus digne d'attention, c'est que ^ù?u!\e" k'^nirl'"*^
chaque pli, en dépit de ses sinuosités, se couche toujours sur le même bassin
synclinal. La plupart des grands déplacements horizontaux ont eu lieu du sud
vers le nord ; mais dans les points où le pli a tourné de 180", les déplacements
ont eu lieu du nord vers le sud; et dans ce sens, qu'on serait tenté d'appeler
anormal, ils atteignent encore 2 et S"*".
Cette sinuosité des plis n'est pas seulement une apparence, comme on pourrait le croire si elle n'était établie que par les contours des bassins crétacés ou des affleurements triasiques. Il est clair que si, d'une manière générale, deux plis synclinaux parallèles tendent à s'effacer en même temps, et que, dans la même direction, l'anticlinal qui les sépare s'efface un peu plus tôt, les deux bassins crétacés pourront se rejoindre et entourer la pointe de l'anticlinal intermédiaire, sans que pourtant il y ait eu aucune torsion dans les plis. Mais si les bords extérieurs de ces deux bassins crétacés sont constamment verticaux, la courbe formée par ces couches verticales autour de la pointe du bombement intermédiaire est évidemment le résultat d'une propagation curviligne ou d'une torsion du pli. Et cela est vrai à plus forte raison, si ces couches de bordure du bassin crétacé sont non seulement verticales, mais renversées sur ce bassin. Or, c'est là un cas fréquent en Provence, tellement fréquent qu'après avoir déterminé les lignes directrices de chaque pli par la simple considération de continuité, j'ai cru pouvoir énoncer la règle suivante : chaque pli, quelles que soient les irrégularités de son parcours, se déverse toujours sur le même bassin synclinal, sur celui qui, dans l'énumération méthodique des plis, lui fait suite vers le nord.
S'il y avait là, comme je Pavais cru d'abord, une règle générale, elle serait bien remarquable, et l'on n'en apercevrait pas immédiatement de raison déter-
aSa MÉMOIRE SUR LES REFOULEMENTS
minante. Dans la première rédaction de ce Mémoire, j'avais cru pouvoir proiDRuence de la pro- poser SOUS toutes réserves l'explication suivante : le massif cristallin des Maures suîhndeïMa'u^s"'' ^^rmc autour de la région étudiée une sorte d'équerre, dont les côtés sont dirigés d'abord de l'ouest !i l'est, puis du sud vers le nord. La direction des terrains cristallins suit cette inflexion, et l'on peutsupposer qu'il y a là une véritable torsion due à l'inégalité des déplacements vers le nord, produits par les plissements post-crétacés; les déplacements auraient été plus superficiels du côté de l'ouest, et les gneiss de Cannes se seraient avancés plus loin vers le Nord que ceux qui les continuaient du coté de Toulon; les terrains compris entre les deux branches de Téquerre auraient été ainsi refoulés vers l'ouest en même temps qu'ils étaient poussés vers le nord, et par conséquent se seraient pressés en plis sinueux, qui, dans le cas le plus simple, devraient se trouver emboîtés parallèlement les uns dans les autres; mais même en supposant, comme cela a lieu en réalité, que l'inégalité des résistances ait créé des sinuosités plus irrégulières, il n'en reste pas moins vrai que, pour chacune de ces sinuosités, le pli aurait été poussé du sud et de l'est, en même temps, à se renverser sur le synclinal qu'il enveloppe; ce qui correspondrait précisément à la règle tirée de l'observation.
Mais il faut avouer que la forme du pli de Brignotes correspond assez mal à cette hypothèse. La boucle décrite par sa ligne directrice devrait se fermer du côté des Maures, et non du côté opposé. Sans doute, puisque les deux brandies du pli se perdent également en approchant de la bordure permienne, on pourrait aussi bien supposer qu'elles se rejoignaient de ce côté; mais ce serait entrer de plus en plus dans la voie des hypothèses, sans pouvoir en espérer aucune conclusion certaine.
D'ailleurs, l'existence de la bande triasique de Saint-Maximin et de Barjols reste en tout cas inexpliquée; jusqu'à nouvel ordre, il semble impossible de la faire rentrer dans le schéma général des autres plis, qui tantôt viennent s'interrompre brusquement à son contact, tantôt au contraire viennent se raccorder avec elle. Il est inexpliqué que ceux des plis qu'elle interrompt d'un côté, reprennent symétriquement de l'autre côté, comme si les deux plis qui se font face n'en formaient qu'un, coupé en son milieu. L'hypothèse la plus probable Hypothèaed'unplis- Semble celle d'un plissement postérieur, qui aurait superposé ses effets à ceux MKo^MC'ses'eUe'J'à ^*^ pUsscment principal; mais, même en l'admettant, tant qu'on ne sera pas ceux du piiatcment arrivé à faire la part et à tracer le rôle de cette seconde série d'actions mécaniques, le schéma des plis restera un simple schéma de coordination, propre surtout à montrer les complexités de la région et à grouper les descriptions, et il serait imprudent de vouloir en tirer des déductions théoriques trop précises. La sinuosité des plis, telle qu'on l'observe en Provence, n'est d'ailleurs pas plus un fait isolé que ne le sont les grands déplacements horizontaux constatés dans la région. Plus les études de détail se multiplient dans les Alpes, plus la
généralité du fait semble se dégager; il faut attendre des données nouvelles et la comparaison de plus vastes régions pour essayer d'en préciser le rôle, les causes et les conséquences. Il suffît de signaler ici, en terminant, la localisation remarquable de tous ces phénomènes, des grands déplacements horizontaux aussi bien que de la torsion, riîelle ou apparente, des plis : les uns comme les autres disparaissent, dès qu'on sort de Téquerre formée par les deux branches du massif des Maures; dans te massif des Martigues, à l'ouest, pas plus que dans celui d'Antibes, à l'est, on ne retrouve plus de complications analogues. Ce serait là, peut-être, un argument en faveur de l'hypothèse que j'ai sommairement indiquée tout à l'heure, celle d'une avancée inégale vers le nord des deux branches du massif cristallin.
L'objection qu'on peut faire à cette explication, c'est que le mécanisme de objections, ces déplacements horizontaux inégaux, plus ou moins profonds suivant les places, n'est pas encore facile à concevoir dans le détail; mais c'est un peu le cas des mouvements les plus certains et les moins contestés : si l'on y réfléchit, par exemple, l'agencement relatif des divers compartiments de l'écorce, dénivelés par des failles plus ou moins verticales, la manière dont chacun d'eux trouve sa nouvelle place sans laisser de vide entre ses voisins et lui, offre des diflicultés à peu près aussi grandes. La Mécanique géologique est bien peu éclairée par notre expérience de la surface. Dans cet ordre d'idées complètement nouveau, il faut se contenter de dire que la possibilité de ces déplacements est prouvée par l'exemple de faits observés avec certitude, et pour aller plus loin il faut que de nouvelles observations, dirigées dans ce sens, aient précédé et puissent guider le raisonnement.
S'il est difûcile d'aborder cette question des différences de déplacements conclusions «tahorizontaux aux diverses profondeurs, on peut au moins maintenant se faire ''*«»" m*cani5roc une idée du mécanisme des mouvements qui se produisent près de la surface, horizontaux. Le premier point sur lequel il faut insister, c'est l'amplitude inattendue de ces déplacements horizontaux; sans doute, ceux de quarante ou cent kilomètres ne sont encore que des hypothèses; mais ceux de quinze kilomètres sont bien prouvés, ceux de cinq et six kilomètres sont même fréquents,
« Quelque résigné qu'on soit, disai-je il y a trois ans, à faire bon marché de la cohésion des corps dans les grands bouleversements de l'écorce terrestre, en admettant même que les masses les plus résistantes ont pu se comporter comme des matières entièrement plastiques, on n'en a pas moins peine à concevoir ces grands plis couchés qui se déroulent, s'allongent, forment de larges traînées au-dessus des couches plus récentes et simulent de véritables coulées de terrains sédimenlaires, rappelant presque les coulées du basalte ('). u Et pourtant, si
( ' ) Bull. Soc. géol. de Fr., V s