Mémoire sur les ruptures du coeur
X-<A rupture totale des parois des ventricules du <5œur est un accident terrible, et heureusement tellement rare, que M. Corvisart, qui a consacré une grande partie de ses veilles à la reckerch« des maladies de ce viscère , n'a jamais eu l'occasion de l'observer (1) : il a été forcé d'emprunter à Morgagni deux exemples de cette lésion , et de citer une observation de ce genre que M. Ferrus , mon estimable ami et mon collègue à la Salpétrière , lui » communiquée. Cette seule circonstance suffirait pour donner un grand prix aux faits de cette espèce,
(1) Essai sur les Mal. du Cœur, etc. ; par N. Coi* yisart. 3."" édit. ,1818; page u68.
Cf iiand même les doutes du médecin qui a cultivé avec le plus d'éclat Tanatomie patliolôgique , de Tillustre Morgag'ni, ne viendrait pas en rehausser la valeur. Ce grand liomme pensait que ce qu'on avait pris dans la plupart des cas pour une rupture du cœur, n'était peut-être que le résultat d'un coup de scalpel donné par un anatomiste inattentif. C'est ce qu'on peut inférer du passage suivant :
Alleram vero {obseryationem) ^ quemadmodum ex Mariani Litteris accepi j A. 1765^ iLal, J^Lar^ lias ad me datis j continué descriham tanto libentiàs , quia sic augehitur numerus earum observationum , in quas , si eu quœ precesserunt , et quœ depj'ehensa sunt , perpendamus cùm sanguis intrà. pericardiuni ejfusus conspectus est , cadere dubium non possit , an is antè morlem ^>i inorbi exierit y
AN POSTEA PROSECTORUM DUMTAXAT INCURIA , MI- KIME VIDELICET ANIMADVERTENTIUM , SE DUM PERI- CARDIUM APERIRENT, SCALPELLO SIMUL QU^ PERI-
CARDio iNCLUDUNTUR , VULNERASSE , ncque enim desant qui vel in plerisque , si Superis placet , ba» rum observation um sic accidere potuisse , suspiceatur (1).
Seimc , dans son grand Traité du cœur, dans le cliapitre sur les blessures de ce viscère, cite deux cas de rupture j mais il ne l'a jamais vue. M. Laëanec, qui s'est beaucoup occupé d'anatomie patliolo-
(i) Epist. LXIV, N.' 14.
gique , cite un exemple d*ulcère du cœur , mais if n'a Jamais observé sa rupture sans désorganisation des parois.
M. H. Cloquet a communiqué à cette Société une histoire semblable à la précédente, dans l'année i8ia.
Les Mémoires de l'Académie des Sciences pour l'année 1782, renferment quelques observations du m( m î genre , que Morand y a consignées ; mais pour les ruptures sans altération précédente de tissu , les mieux constatées sont celles que Haller rap porte dans le premier volume de sa physiologie , (Hb. IV, sect. IV, §. i3); celles de Morgagni , (épist. XXII, n.02) (i). Mais cette maladie n'eu '0êt pas moins excessivement rare.
Bien que la plupart d'entre vous , Messieurs , aient pu observer la rupture complète du cœur , je ne crois pas cependant que les faits que je vais avoir l'honneur de mettre sous vos yeux, soient tout-àfait indignes de votre attention.
Depuis quelques années j'ai eu cinq fois l'occasion d'observer la rupture du ventricule gauche àvx cœur, Les médecins qui exercent leur art dans de vastes établissemens , peuvent avoir remarqué , comme moi, que les maladies les plus raies se présentaient quelquefois, dans un laps de temps fort court, en
(1) On peut trouver encore quelques exemples de cet accident dans les divers recueils périodiques , tels qu» le Bulletin de la Faculté , le Journal Universel, etc,
nombre assez considérable , et qu'on restait ensuite un temps fort long sans rencontrer la même affection j c'est ainsi que dans Thiver de 1816, trois ruptures du ventricule gauche se sont offertes à mon observation, et que cette année, je viens de rencontrer deux fois la même lésion dans l'intervalle de quinze jours.
Cettealtération occasionnant lamortla plusprompte qu'on puisse imaginer, on a rarement le temps d'ob' server les malades et de recueillir des observations complètes ; les commémoratifs sont presque con- ^stamment dus aux rapports plus ou moins infidèles et toujours iosuffisans des gens de service, ou des parens des malades ; quoi qu'il en soit , voici ce que j'ai recueilli dans les diverses circonstances dont \q viens de parler.
première Observation.
TJne femme septuagénaire , d'une constitutioa robuste, vint à l'infirmerie de la Salpêtrière, durant l'iiiver de 1816, se plaignant de toux , de gêne dans la respiration , d'amertume de la bouclie et de douleur épigastrique. Le médecin , qui la vit le premier, prescrivit un vomitif, qui fut administré. Le lendemain , à la visite , une suffocation manifeste , une touxsècbe, ou suivie d'une expectoration filante et écumeuse , les palpitations du cœur, la force du pouls , la stase du sang dans les capillaires des joues, du nez, des lèvres, ne me permirent pas de mé- C(OunaUre une a.flecliou du cœur ; j'attribuai la dou«
leur épigastrique à l'injection du tissu muqueux Jd l'estomac , injection toujours concomitante , â uri degré plus ou moins prononcé , des maladies de cet organe. Des moyens appropriés , et sur-tout des moyens révulsifs, furent ordonnés. A la visite du soir , je trouvai cette femme sur la garde-robe ; ayant voulu monter précipitamment dans son lit , elle expira. J'étais à peine arrivé dans une salle contiguè", qu'on vint me prévenir de cet événement , en me disant que cette femme venait de mourir (Vapoplexie. L'instantanéité de la moit me fit rejeter cette opinion ; on sait , en effet , que les altérations cérébrales les plus étendues laissent , pendant plusieurs heures avant la mort, les individus qui en sont frappés , dans un carus profond avec résolution complète des membres. Je pensai, et j'annonçai à quelques élèves qui m'accompagnaient, que ce pouvait être une rupture du cœur. Après une mort aussi prompte, je crus devoir faire garderie corps pendant deux jours -, le surlendemain on procéda à l'ouverture, avec tout le soin convenable. Le sternum fut enlevé avec les cartilages , sans que le scalpel eut intéressé le péricarde. Cette enveloppe se présenta , à l'ouverture, distendue et de couleur violette ; in* cisée en dédolant , on reconnut qu'une très-grande quantité de sang coagulé était cause de la distension et de la couleur de cette membrane. Le cœur ayant été nettoyé avec les doigts , j'aperçus a sa pointe , et un peu à sa surface antérieure , deux Assures irrégulières, dentelées, dont l'une était loa-
gue d'un pouce, et la seconde de trois ou quatre lignes seulement ; elles étaient distantes Tune dri l'autre d'un demi-pouce. Cette solution de continuité ressemblait parfaitement à réraillenieiit qu'on produit en distendant forteinent un lissu delin,delaine ou de soie, etc. ; quelques fibres s'attacliaient encore à l'un et à l'autre côté de la fissure. En ouvrant le cœur transversalement, et fendant ensuite en longueur les parois des ventricules à une certaine distance de l'altération, il me fut facile de m'assurer que l'ouverture communiquait avec le ventricule gauche , dont les parois vers cet endroit n'avaient que deux lignes environ d'épaisseur , tandis que vers la partie supérieure , elles avaient plus d'un pouce de diamètre»
C'est une chose bien digne de remarque, que dans les hypertrophies du ventricule gauche, la pointe soit beaucoup plus mince que dans l'état naturel j c'est ce que j'ai eu occasion de constater trèsfréquemment depuis cette époque. L'orifice ventri- €ulo-aortique était obstrué par de nombreuses ossifications rugueuses au toucher : le tissu du cœur était d'ailleurs parfaitement sain. Les autres viscères ne présentèrent rien de digue d'être relaté, sinon la rougeur de la membrane muqueuse gastro-intestinaU.
Seconde Obseivation*
Une femme de 7$ ans, maigre (1) , paie , d'une
(1) Je dois remarquer ici, à propos de la maigreur de feette femme , que Morgagni ayant rencontré la ruptui-^
faible constitution , entra à rinfirnierie quelque* jours après celle dont nous venons de parler -, elle avait éprouvé une syncope. Interrog;ée avec la plus grande attention, elle répondit avec clarté et précision, qu'elle ne souffrait nulle part -, la respiration était naturelle , ainsi que !a circulation \ le iliorax résonnait dans toute son étendue -, les organes de la digestion ne paraissaient nullement altérés \ enfin ^ toutes les fonctions s'exécutaient avec régularité 5 à peine étais-je hors de la salle, que rinfirmièie éper» due, s'écrie que cette femme vient de rendre le dernier soupir. Averties parle premier fait encore récent, les personnes présentes pensèrent, ainsi que moi, que la mort pouvait être le résultat d'une rupture d.u cœur : en effet, après avoir pris tes précautions indiquées plus haut, l'ouverture du corps nous fit reconnaître le péricarde distendu par du sang coagulé ,. et une seule ouverture irrégulière située à la pointe âu ventricule gauche et communiquant avec cette cavité : d'ailleurs , les altérations étaient semblables
4u cœur chez une femme d'un énorme emlwnpoint
{V aidé obesa , adiposam mornùranam dlibi c^'asr
sam, ad pubem crassissimam eonspeximus , ut digi tos transversos quatuor super aret ) , pense que Tobésité prédispose à la rupture du cœur en gônant la ch-culation extérieure, en refoulant le sang à l'intérieur , ejçt comprimant les viscères contenus dans nos cavilés L'observation que nous citons infirme ce raîsouuemont d'ailleurs très-plausible.
à celles de la première malade, ce qui nous dispeiiss d'entrer dans de plus grands détails.
Nous n'avons pu retrouver dans nos cartons Tliistoire de la malade qui oifrit, celte année, le troisième exemple de rupture du cœur ; nous ne voulons pas nous en rapporter à notre seule mémoire pour en donner la descriptioui Nous dirons seulement qu'elle présentait aVec les précédentes la plus grande analogie.
Voici maintenant celles que nous avons rencontrées cette année.
Troisième Observation.
Marguerite t.eroux, femme âgée de 78 ans, douée «l'une forte constitution, n'étant sujette à aucune affection grave et qui méritât les secours de l'art, fit une chute violente il y a environ cinq mois -, sa Santé, qui avait été florissante jusqu'alors, s'altéra depuis celte époque. Elle languissait dans un état Valétudinaire, lorsqii^elle se décida à entrer à l'iniSrraerie le 1 1 mars iSao. Examinée avec le plus ^rand soin, elle ne parut éire affectée que d'un rhume léger, d*une douleur lombaire àssez vive et d'une constipation qui durait dèpùis huit jours. Je prescrivis une infusion de bourrache miellée j Un Jalep pectoral, un lavement émollient, ta diète et lë repos. Le 12 mars, lendemain de son entrée à Fin-» fîrmerie, la toux était moindre ,1a constipation avait cédé au lavement, et la douleur lombaire , qui m'a* Vait paru en dépendre, avait beaucoup diminiié.»
^Wleurs , tontes les autres fonctions étaient àarià Ipur état naturel. Le 1 3 mars , au matin , je fus surpris de la trouver expirée , et je ne me doutai nullement de la cause d'une mort aussi prompte. Le 14-, je procédai à l'ouverture. Le sternum enlevé, le péricarde s'offrit à nos regards, distendu et violet. Je fis lier tous les vaisseaux et détacher le cœur avec son enveloppe , dans Tinlention de vous le présenter dans cet état ^ pour vous faire juger de l'intégrité du péricarde j et vous faire voir que s'il existait une rupture, elle ne pouvait être que spontanée ; mais, malgré la presque certitude de l'existence de cette lésion , la crainte de m'exposer à une méprise aussi publique m'a déterminé à l'examiner avant de vous le présenter. Après l'avoir gardé plusieurs jours dans cet état, j'ai donc incisé l'enveloppe du cœur, dé-" tèrgé cet organe du sang coagulé dont il était entouré, et j'ai reconnu, vers la pointe du ventricule gauclie et à hi face antérieure, deux fissures irrégulières, dont l'une longue de 7 à 8 lignes , noire, paraissait prefonde , et la seconde, plus longue, paraissait être superficielle j la première communiquant dans le ventricule gauche, doit avoir donné issue au sang coagulé renfermé dans le péricarde.
J'ai dès-lors remis le cœur dans son enveloppe, et j'ai suspendu mon examen. (Le cœur a été ouvert séance tenante, en présence de MiNÎ. les membres de la Société, qui ont constaté l'existence de la rupture , et sa communication avec le ventricule gauche i celui-ci était épaissi à «a partie supérieure
( lo )
et aminci vers sa pointe ; il n'eKistaii aucune altéra* lion de tissu; des ossifications à l'aorte paraissent ûToir dû obstruer le cours du sang. )
i^es poumons étaient sains et parfaitement crépitans ; leurs sommets présentaient une espèce de çicatrice. Le tube alimentaire était rouge dans toute son étendue. Les autres viscères étaient sains.
Je pense que les exemples que je viens de citer, et sur-tout le dernier, prouvent d'une manière irrésistible la possibilité de la rupture du cœur, sans altérati/Dn du tissu.
Nous avons dit plus liant que cette lésion donnait lieu a une mort instantanée (i) ; d'après ce qne j'ai
(i) J'ai vu des maladies du cœur, en apparence peu avancéesjdonner aussi lieu à des morts subites, sans aucune espèce de rupture. Il arrive quelquefois que des individus affectés de maladicfS lalentes, meurent subitement ; c'est-à-dire, que la mert n'étant pas précédée de symptômes graves, paraît survenir tout-à-coup. Ce genre de mort est sur-tout occasionné par des inflammations du tube intestinal. La rougeur , l'ulcération et même la suppuration de la membrane muqueuse indiquent la cause de la mort; elles montrent que ce travail de la nature a dû mettre un certain temps à s'opérer; et je ne pense pas qu'on doive laisser à ces morts l'épilbète de subites : ce nom ne me paraît devoir être alfeclé qu'aux lésions iiutantanécs dont ime mort subite est la suite.
J'ai vu souvent des individus qu'on disait être morts subitement i présenter des altérations d'organes profon-^ des, telles quedespéripneumonies, des gastro-entérites, dont la date ne devait pas être récente, à eu juger par"
oîîservé, cek me parait généralement vrai : cependant , on conçoit que si la fissure est peu considérable, que les cotés n'en soient pas parallèles , il peut arriver que la mort soit lente. Je vais même plus loin , et ceci peut avoir droit de vous surprendre ; Je pense qu'un pareil accident est, jusqu'à un certain point, susceptible de guérison , ou du moins peut permettre au malade de vivre fort long-temps. En effet , un caillot de sang peut se former dans l'intervalle de la rupture, s'y durcir, y adliérer- il , -■>
l'état de suppuration , etc. J'ai dès-lors cherché quelle cause pouvait porter à dire que ces individus étaient morts subitement. Indépendamment des cas de maladies latentes dont je viens de parler, j'ai reconnu que dans l'hospice de la Salpétrière , par exemple, les malades redoutant de venir à l'infirmerie, s'obstmaient à dissimuler leurs maladies, et succombaient inopinément pour les gens de service; que d'autres fois ceux-cî , quoique prévenus, voulant favoriser les malades en les laissant dans leur emploi , les voyaient souvent périr d'une manière inattendue, et pour ne pas encourir le reproch© d'avoir négligé de réclamer les secours de l'art , affirmaient que les individus étaient morts subitement. Il faut bien se garder, dans ces diiférens cas, d'attribuer la mort à une rupture du cœur; on s'exposerait à une erreur grave. Pour diagnostiquer cette lésion avec quelques probabilités , il faut avoir été soi-même témoin de l'accident , et avoir soigneusement interrogé le malade : encore faut-il être très-réservé. C'était la circonstance où je me suis trouvé , dans les deux premiers cas où j'ai pu soupçonner la rupture du cœur.
]ieut sni*vehif én même temps une inflammation adhésive delà partie rompue avec le péricarde correspondant ; et le malade subsister encore longtemps avec une aussi grave altération. Je ne pense pas que ce soit là le résultat d'une simple conjecture ; l'observation suivante m'en paraît oflfrir un exemple frappant.
N Quatrième Observation,
Anne-Charlotte Aubert , veuve Contadeur, âgée de 71 ans, ayant eu quatorze enfans , éprouvait, depuis quinze ans environ, une douleur intolérable dans le côté gauche de la poitrine et dans l'épigastre; cette douleur s'étendait dans la région dorsale, où elle se faisait sentir profondément , et revenait par intervalles ; le décubitus occasionnait de la suflfbcation. Cette femme était sujette à de fréquentes syncopes, qui survenaient à la suite de fortes palpitations ; son sommeil était léger , elle s'éveillait souvent en sursaut , mangeait beaucoup, et était douée d'une grande mobilité. Elle n'avait jamais réclamé les secours de la médecine, lorsque les froids rigoureux de l'hiver dernier, aggravèrent sa position; elle ne cessait de dire, que ces froids la feraient périr -, ayant, TCrs .le même temps, mangé une grande quantité de pommes de terre, elle eut plusieurs vomissemens et des douleurs à l'épigastre, qui la forcèrent d'entrer à l'infirmerie le 7 février 1820.
Je remarquai ce jour-là que ses traits étaient profondément altérés , sa peau chaude j son pouls fré-
quent, assez développé, mais régulier; elle se plaignait d*amerturae de la bouche et de douleur épigaslrique : le ventre était peh sensible à la pression : les selles étaient naturelles : la respiration n'était nullement altérée , le thorax percuté rendait un son clair dans toute son étendue. ( Boissons dé" layantes. ) ^
Le lendemain 8, la malade , sans doute pressée par son appétit, assura qu'elle ne souffrait nulle part; je pensai qu'elle dissimulait ses douleurs; l'altération des traits de la face, la chaleur de la peau contredisant fortement sa déclaration. Je tins la malade à une diète sévère et aux boissons délayantes.
Quelques jours après cette femme vomit un vec lombric. Etant assuré que l'abdomen était peu douloureux , je prescrivis une infusion de coraline , qui fut bientôt suivie d'une pilule de calornel.
Le 20 février, des douleurs considérables se manifestèrent à l'épigastre, et nécessitèrent la suspension de ces moyens pour recourir de nouveau aujt remèdes délayans.
Le 24t au matin , elle disait être parfaitement bien : tous les symptômes étaient eu elîel beaucoup moins fâcheux: néanmoins elle expira la nuit sui- Tante,
Ouverture du corps.
Après avoir enlevé le sternum, le péricarde parut irrégulier à sa surface et adhérent au cçeur ; eu
le soulevant, il fut facile d*apercev6ir du sang epan* clié dans sa partie postérieure ; ouvert avec précaution, il fut trouvé adhérent au cœur, non pas iramé-' diatement , mais au moyen de plusieurs couches albumineuses plus ou moins denses j ces couches occupaient la face antérieure du cœur: pourvoir d'où était venu le sang contenu dans la partie postérieure , il fallut détacher cette concrétion -, parvenu au tissu du cœur, on aperçut une rupture irrégulière et longue d'un pouce et demi. Il était aisé de voir que cette ouverture était récente; mais au côté gauche de cette fissure , dans Tétendue de cinq ou jix lignes dans tous les sens , la substance du cœur était détruite et remplacée par une concrétion fibri^nense , absolument semblable à celle qu'on ren-^ contre dans les poches anévrjsmales des gros vaisr» Seaux, laquelle paraissait se confondre avec le tissu du cœur.
D'ailleurs le ventricule était aminci dans cet endroit, et épaissi par-tout ailleurs (i). Une chose qui me paraît bien l emarquable , c'est que la rupture ait eu lieu, non pas sur la partie anciennement altérée, mais bien dans un endroit voisin. lia densité de la partie fibrineuse devait être bien grande et son adhérence bieiî solide. — Les poumons étaient jsains. — Le tube intestinal était enflammé dans
(j) La pièce anatomique où se trouve cette lésion re-^ inarquable a été mise, ainsi que la précédente, sous les yeux de Messieurs les membres de la Société,
toute son étendue , et contenait encore quelques vers lombrics. Tous les autres viscères étaient dans l'état naturel.
Il n'est pas douteux , d'après l'aspect de l'altération locale , et d'après les symptômes que cette femmo éprouvait depuis quinze ans , que la perte de substance du cœur n'ait une date fort ancienne ; que là veuve Contadeur n'ait dû la prolongation de son existence au tampon fibrineux développé dans cette ouverture, et à l'adhérence de cette partie avec le péricarde extérieur correspondant. Cet exemple ne semble-t-il pas démontrer la possibilité , je ne dirai pas de la guérison de la rupture ou de l'ulcération du cœur, mais prouver du moins que les individus qui en sont frappés , peuvent vivre plus ou moins long-temps ? •
' — Des médecins fondés sur des considérations purement théoriques , ont prétendu que le ventricule droit du cœur était plus exposé à se rompre que le ventricule gauche ; cette assertion purement spéculative, se trouve complètement démentie par l'expérience. Sur les cinq ruptures qui se sont présentées a moi, toutes avaient leur siège au ventricule gauche. Si l'on examine les exemples cités par les auteurs, on voit que c'est encore le même ventricule qui a été le siège de la rupture. Comment se fait-il donc que la portion dû cœur la plus dense , la plii« épaisse, la plus solide, soit précisément celle qui se rompe le plus fréquemment? Çuel est le mécanisme
qui donne lieu à cet accident ? Nous pensons qu'il serait difficile d'en donner une raison satisfaisante, Bur-tout si l'on remarque que les individus qui en ont été frappés , étaient affectés à^anéi^rysme actif , d'hjpej'trophie du ventricule gauche , l'épaisseur et la consistance de ces parois étaient singulièrement augmentées. Mais nous avons observé que plus les côtés du ventricule gauche étaient épais , et plus la pointe était mince : ces sortes d'altérations sont si fréquentes , qu'il est facile de constater cette observation. Dans ces cas , la disproportion des diamètres est telle , que souvent lorsque la partie supérieure du ventricule a i 5 ou 18 lignes de diamètre ( ce qui est le dernier degré de développement qu'il puisse atteindre) , sa pointe n'a que deux lignes d'épaisseur. Cet effet étant constamment le même , ces deux diamètres étant toujours en raison inverse , il est plus facile de se rendre raison de la rupture de ce ventricule ^ laquelle s'effectue toujours vers la pointe et h la partie antérieure -, mais cette explication ne fait que reculer la difficulté , car il reste à déterminer pourquoi la pointe s'amincit quand la Jjase augmente d'épaisseur. Serait-ce parce que dans les mouveraens du cœur la pointe ne se contracte point , n'offre qu'une résistance passive , tandis que les parois font des efforts considérables de contraction? Je ne suis pas éloigné de le croire,