‹ Mémoire sur six nouvelles espèces de Céphalopodes, trouvés dans la Méditerranée à NiceChapitre 1 sur 3 · PAR · texte numérisé non relu

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JEAN BAPTISTE VÉRANY

ELEDON GENEI. — VÉrany, fig. 1°

Si ovoïde , arrondi ; région céphalique médiocre, munie de deux yeux globuleux assez grands; la peau qui les entoure est assez transparente pour laisser apercevoir le globe de l'œil; elle est couronnée par huit bras presque égaux, munis d’une seule rangée de cupules, et réunis par une membrane qui en embrasse ‘/; et se prolonge jusques aux */, de leur longueur. Un très-petit tubercule est placé sur l'œil. La partie dorsale de ce mollusque est d’un blanc livide, nuagé de rouge jaunâtre par la réunion de très-pelits points cromophères rougeâtres; la partie inférieure est d’un blanc de perle, entièrement couverte de points cromophères rouges bruns , passant au rouge laque; ils manquent à la région céphalique, là où se termine l’entonnoir. Les bras d’une belle couleur lilas sont également couverts de points cromophères rouges jaunâtres qui deviennent plus grands et clairsemés vers la rosace et disparaissent vers son centre; les cupules sont blanches. La membrane formant la rosace est transparente, blanchätre vers le centve , passant au lilas vers son bord, irrégulièrement tachetée de blanc opaque sur les 4 palmures dorsales; elle est, sur son bord, clairsemée

de points cromophères rouges. La longueur totale de ce mollusque est de 9 à 1r pouces.

Cette espèce très-rare à Nice, où je n'ai rencontré qu'un individu pris à une grande profondeur, est plus commune sur la côte sablonneuse de Menton , où elle est connue des pêcheurs sous le nom de Nouscarin rous. Elle se distingue très-facilement du Moscatus par sa couleur, par le manque d’odeur de muse, et le manque de la bordure bleu-clair qui longe la membrane du Moscatus et de l'Aldrovandi de Derre-Curais.

Je n’ai pu encore parvenir à en avoir un individu vivant; je crois que dans cet état la partie dorsale du sac doit être couverte de petits tubercules , et l'inférieure doit être sans points cromophères. Je l'ai dédié à un très-digne membre de l'Académie, M. le professeur Gexé.

J'avais communiqué cette nouvelle espèce à M. le Baron de Férussac avec le doute que ce fut l'Aldrovandi de Derre-Cniair, mais lui étant arrivée pendant les derniers instants de sa vie, il ne put me donner

son avis.

OCTOPUS CARENAE — Vérany, fig. 2°

Sac arrondi à ouverture très-grande , région céphalique médiocre , munie de deux grands yeux globuleux à iris argenté, et couronnée de 8 bras libres, dont la 1° paire (dorsale ) est le double du reste du corps , la 2.de et 3.me paires sont */, de la r.re paire, la 4.me est 1}, plus longue que la 1° paire ; elles sont munies d’une double rangée de cupules alternes. Le 3.Me bras de la droite est remplacé dans cet individu par un tubercule ovale arrondi et pédonculé; ce court pédoncule est muni de cupules.

Le corps de ce mollusque est assez transparent pour laisser voir à travers le sac les organes intérieurs ; il est bleuâtre en dessus, et blanchätre en dessous avec quelques reflets argentés, il est entièrement couvert de points cromophères bleus, qui sont plus clairsemés sur la partie inférieure du sac et sur l’entonnoir ; de grands points cromophères rougeâires se voient Le long des bras; de semblables points, mais plus petits, nuagent le sac et le tubercule, couvrent les bras, surtout à la partie inférieure , et se voient sur l'iris qui est argenté.

La longueur totale de ce mollusque est de 3 pouces.

J'ai rencontré cet individu au marché parmi les petits poissons: il a été pêché sur la plage de galets de Nice le 10 avril 1836. Je l'ai dédié au digne Secrétaire de l’Académie M. le Chevalier CARENA.

OCTOPUS SALUTIT — VÉrany, fig. 3.°

Sac arrondi à ouverture très-grande, région céphalique munie de deux yeux médiocres très-peu saillants, à paupières oblongues, iris globuleux argenté , pupille très-dilatée ; 8 bras presqu'égaux, garnis de deux rangées de petites cupules sessiles et alternes, couronnent la tête; la re paire ( dorsale) la plus courte, la 2.% paire N. N. (ces deux bras étaient coupés), la 4m paire un peu plus grande , et la 3.me la plus longue de toutes ; ils sont réunis à leur base par une membrane qui en lie ‘/; et se prolonge longitudinalement à la partie latérale et externe de chaque bras jusqu'à leur extrémité; cette membrane est très-visible sur la 1." paire et va diminuant progressivement sur chaque bras, de manière qu’elle est peu sensible sur la 4€ paire. La région céphalique est garnie sur les yeux de deux petits tubercules aigus.

La partie dorsale de ce mollusque est couverte de taches verruceuses blanches, très-irrégulières ; ces taches sont plus grandes plus clairsemées et moins sensibles sur les bras; elles disparaissent à la partie inférieure. Le dessus de ce poulpe est d’un jaune citron nuancé de violet et de bleu, il est nuagé de rouge jaunätre par la réunion des points cromophères de cetie couleur, le dessous est d’un blanc rose très-finement pointillé de rouge laque, l'extrémité de lentonnoir est cerclée de rougeâtre par la grande réunion de points cromophères. Les bras sont, à l’intérieur, d’une belle couleur violette avec des tâches rouge-jaunâtre plus claires que celles du sac et de la rosace.

La longueur de ce mollusque est de 10 pouces.

Cet individu a été pêché à l'hamecon vers le soir du 22 décembre 1835. Les pêcheurs qui le prirent furent frappés de sa belle couleur jaune d’or, et me l’apportèrent ; il était mort quand je le coloriais , mais les pêcheurs ayant vu mon dessin fini tel que l'animal était alors, m'ont assuré que pendant la vie il était d’un jaune plus brillant, que les taches rouges étaient errantes, et que les verrues étaient plus sensibles.

Je crois que cette espèce est le petit polype tacheté d'Aristote que Férussac dit (pag. 51 de son histoire naturelle générale et particulière des mollusques) n’étre pas encore reconnu; ne pouvant baser la dénomination de cette espèce sur ‘le caractère des taches verruceuses, caractère trop commun à d’autres espèces , je lai dédié à lillnstre Chevalier César de Sauces, membre de l’Académie de Turin.

LOLIGO COINDETII — Vérany, fig. 4.°

Son corps est oblong, cylindrique, pointu à son extrémité qui est garnie de deux nageoires formant un cœur un peu évasé: la région céphalique est garnie de deux yeux assez grands, argentés , et de 10 bras, dont 2 tentaculaires ; la 1€ paire et la 4e sont d’égale longueur , la 2.de un peu plus longue et la 3.me la plus longue; ils sont munis d’une double rangée de très-petites cupules pédonculaires qui deviennent imperceptibles vers leur extrémité. Les bras tentaculaires sont presque du double plus longs que les autres, ils sont munis d'une douzaine de cupules assez grosses, disposées sur deux rangs, et d’une vingtaine de très-petites qui précèdent et bordent les autres : un espace nu d'à-peu-près '/; de la longueur totale termine les bras tentaculaires. Son corps est blanchätre , transparent, finement pomullé de bleuâtre et de laque; est parsemé de grands points irréguliers bruns rougeûtres, dont quelques-uns sont cerclés de la même couleur plus obscure.

La lame cornée est presque linéaire, un peu dilatée à la partie supérieure ; elle approche beaucoup de celle du Loligo Todarus. — La longueur totale de ce mollusque est, y compris les bras tentaculaires, de 5 pouces.

Cette espèce est très-voisine du Subulata par sa couleur et sa taille, elle en diffère par la longueur des bras tentaculaires qui, dans cette espèce, sont plus courts ; par la position des cupules qui ne sont pas à l'extrémité des bras, et par la forme de la nageoire qui est en cœur.

Cette belle espèce s'approche de notre littoral couvert de galets, pendant les mois de mai; on la prend dans les filets avec la Poutina ( Clupée , sardme jeune ). Je lai dediée au célèbre Docteur Corner de Genève qui, pendant les derniers instants de sa vie, m’honora de son amitié.

LOLIGO MARMORAE — Vera, fig. 5°

Oo

Son corps est ovale, oblong, cylindrique pendant la vie, trèsaplati après la mort: son extrémité postérieure est aigue, garnie de deux nageoires occupant la moitié du sac, et quelques fois davantage, formant un cœur très-aigu. La région céphalique est garnie de deux yeux argentés, dont la prunelle est en partie couverte par une peute membrane arrondie et aussi argentée ; l'organe intérieur de Foœil pendant la vie de l'animal est marqué par une grande tache bleu-vert , chatoyante au milieu , et dorée au centre; cette tache devient bleunoirâtre après La mort.

Dix bras, dont deux tentaculaires pouvant rentrer en entier dans le corps, couronnent la région céphalique. La 1° paire est la plus courte , la 2.de un peu plus longue, la 4. encore plus longue , enfin la 3.me la plus longue de toutes, et double de la rx paire ; ces bras sont munis d'une double rangée de cupules pédonculaires ; une membrane carissale, à peine visible sur la 2.de paire de bras, longe la 3.me et 4.me paire, Les bras tentaculaires, cinq fois plus longs que la 1° paire, sont munis à leur extrémité de cupules irrégulières , qui sont, ainsi que les autres , finement dentelées à l'intérieur du cercle corné.

La bouche est couronnée d’une membrane octogone qui se rattache aux 8 bras. 4

Tout le corps de ce mollusque pendant la vie est d’un blanc rose jaunâtre transparent, parsemé dans sa partie dorsale de très-petits points cromophères jaunes, roses, et quelques-uns laque obscure, surtout sur les yeux ; les bras sont pareillement pointillés de couleur rose et de laque obscure , comme aussi lextrémité des bras tentaculaires. La partie inférieure est clairsemée de points roses; de beaux points laque assez grands sont presque régulièrement parsemés sur tout le sac et les bras; ces points disparaissent sur les nageoires, sur la partie inférieure du sac et sur la région céphalique.

La lame cornée est linéaire lancéolée.

La longueur de ce Céphalopode, non compris les bras tentaculaires, est de 4 à 5 pouces.

On pêche cette espèce communément pendant la nuit , sur la plage de galets dans les mois d'août à novembre: sa chair est très-estimée.

Je l'ai dédiée à M. le Chevalier Albert de la Marmora, membre de l'Académie de Turin.

LOLIGO BERTHELOTITI — Vérany , fig. 6°

Son corps est oblong , rond à son extrémité postérieure qui est garnie de deux nageoires formant un quarré à faces parallèles et à angles très-arrondis , la région céphalique est garnie de deux yeux grands argentés ; le globe de l'œil pendant la vie est marqué par une grande tache bleu-vert chatoyante au milieu , et dorée au centre , qui colore les côtés de la région céphalique. Il à dix bras, dont deux tentaculaires et rentrants entièrement dans le corps. La 17° paire ( dorsale ) est la plus courte, la 2.de et la 4.me qui sont égales, sont plus longues que la 17e, la 3.me est la plus longue et le double de la re paire. Tous ces bras sont munis d’une double rangée de cupules pédonculées ; une petite membrane carissale longe la 2.de et la 4.me paire de bras, et est beaucoup plus prononcée sur la 3.me paire. Les bras tentaculaires, qui sont du double plus longs que la 3.%e paire , sont munis à leur extrémité d’une quantité de très-petites cupules, et de quelques-unes plus grandes vers le centre. Cet organe est muni à sa partie dorsale d'une petite membrane carissale. La bouche est garnie d’une membrane octogone qui se rattache aux bras, et qui est couronnée de 8 lobes, dont 6 aigus, et les 2 qui correspondent à la 4. paire sont plus petits et arrondis.

Tout le corps est couvert à la partie dorsale de très-petits points cromophères jaunes, peu visibles à l'œil nu, de points d'une belle couleur de laque et de grands points bruns , particulièrement à la région céphalique et le long de la ligne médiane du sac; et sur les bras, ces points sont cerclés de la même teinte plus obscure ; dans la partie latérale et inférieure du sac les grands points bruns sont d'une belle couleur de laque et sur la partie centrale ils sont jaunes ; les bras sont finement tachetés de laque, et de quelques points jaunes; les bras tentaculaires sont tachetés de laque à leur extrémité ; l'enton-

noir est tacheté vers son ouverture de laque et de jaune.

La lame cornée est ovale, lancéolée, ei ressemble beaucoup à celle du Z. vulgaris.

Sa taille est, tout compris , de 2'/, à 3 pouces.

J'ai rencontré quatre individus de cette nouvelle espèce parmi les petits poissons que l’on prend la nuit sur la plage de galets des environs de Nice dans les mois de septembre à novembre.

Je lai dédiée à mon ami M. Berruecor, auteur de l'Histoire Naturelle des Iles Canaries.

À ces Céphalopodes je pourrais ajouter quelques autres nouvelles espèces que j'ai communiquées à M. le Baron de Férussac: mes figures sont déjà publiées dans son Histoire Naturelle générale et particulière des Mollusques , et je ne doute pas que leurs descriptions ne le soient bientôt par son continuateur.

Les plus remarquables sont le Crangia Bonellii, et le Lolygopsis l’erany , FEr., que j'ai trouvé dans le courant de 1834: ce savant les a présentés à l’Académie des Sciences de Paris, le 27 octobre 1834, et publiés dans le Magasin de Zoologie, CL. V. PL 65 et 66.

L'Octopus Catenulatus, Fér. PI. G bis et ter, Tuberculatus de Deire-Cniae , figuré par ce savant sous le nom de Ferussacii , mollusque qu'il dit connaître depuis 1822 , et en réponse de la communication duquel M. de Férussac lui écrivit (1): Quant au poulpe que vous aviez la bonté de nommer de mon nom ; je le connaissais déjà et en avais deux belles planches; je l'ai recu de Nice et je l'ai nommé Catenulatus etc.

Cette espèce n’est pas le T'uberculatus de Risso comme le dit Drrre- Carate. M. Risso, malgré les immenses découvertes qu'il a faites dans nos mers, n'a rencontré ce poulpe que dans le courant de 1835. C’est en 1824 que J'ai trouvé deux individus de cette belle espèce, dont j'en envoyai un de suite au Prof. Boxezr1 pour le Musée de Turin, et je conservai l'autre dans ma collecuon. Je le montrai à M. le Doct. Wacner à son passage à Nice, lui faisant remarquer les deux orifices qui sont placés sur les côtés de l’entonnoir , orifices qui m'avaient frappé. Ces observations lui donnèrent occasion de publier un article dans le vol. XIX. pag. 387 du Bull. des Sc. Natur. du B. de Férussac, dans lequel, en

(1) Memorie sulla storia e notomia degli animali senza vertebre del regno di Napoli. Vol. 4. pag. 42.

parlant de cette espèce qu'il appelle ©. Férany , il donne quelques lumières sur l’appareil acqueux , contre lequel réclame Dezre-Curair, pag. 94. vol. 4 de Fouvrage cité.

L’Octopus elifer, Fér. PL 19 , que je rencontrai vers la fin de 1829 et que je communiquai, le 2 fév. 1830, à M. de Férussac , lequel m'a annoncé que M. RaxG venait de le retrouver en Afrique.

L'Onychoteuthis Lischestenit, Fé£r., que jai assez communément trouvé à Nice, en réponse de la communication duquel M. FéR. m'écrivit: Je m'attendais chaque jour à celle du Calmar à crochet, parceque déjà Bellon l'avait mentionné , mais depuis lui personne ne l'avait retrouve dans la Méditerranée eic.

Je me tais aussi sur une nouvelle espèce d'EZlédon et d'Octopus très-petits, sur lesquels je n'ai pu, malgré une imfinité d'observations, acquérir encore toute la certitude voulue pour en faire des espèces nouvelles.

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