CLINIQUE OCULAIRE DU DOCTEUR DESMARRES
Rétinique chronique avec photophobic intense, datant de cinq mois, guérie par l'emploi du nitrate d'a/gent d haute dose.
Antécédents. « Uault (Marie), couturière, Agée de 28 ans, non mariée, des nienrant rue du Four-S. -Germain , 67, d'une constitution lymphatico-ner- » veuse, a 'toujours joui d'une bonne santé jusque il y a deux ans, époque où » elle fut atteinte d'une fièvre intermittente qui a duré trois mois. Après la dis- >' parilion*de la fièvre, elle eut une hémoptysie qui dura quinze jours.
» A Pûge de 18 ans elle eut ses règles, qui reparurent régulièrement toutes 33 les six semaines.
» Il y a huit mois, elle éprouva un affaiblissement delà vue, de la photo:>hobie, 33 des picottements dans les yeux, avec sensation de corps étrangers entre les pauy> pières, et collement de ces dernières, surtout le matin à son réveil; forcée d'av bandonner sa profession, elle entra comme ouvrière dans une fabrique de cho- » colats.
« Le 27 décembre i84t, après une émotion morale survenue pendant l'écou- 35 lement, les règles s'arrêtèrent subitement, un épistaxis survint lendemain et » dura trois jours; il y «ut dès lors larmoiement et occlusion des paupières. La 3) pliotopliobie était si grande, que même dans l'obscurité, où elle était forcée de 33 se tenir sans cesse, il lui était impossible d'ouvrir les yeux.
>5 Deux saignées du pied, une du bras, furent faites; des purgatifs et des bains » de pieds furent administrés; l'épistaxis s'arrêta, mais la photophobie persista 5j dans toute sa force première; obligée d'entrer à l'Hôtel-Dieu , elle subit le 35 traitement suivant:
» Un collyre de laudanum et de nitrate d'argent à 5 centigrammes, pour 3o 55 grammes d'eau distillée, en instillation dans chaque oeil, deux gouttes soir et 55 matin, frictions périorbitaires avec l'onguent napolitain, des purgatifs, un vé- 33 sicatoire à la nuque, le tout sans amendement pour sa vision.
33 Un ptyalisme et un tremblement des membres supérieurs se déclarèrent (la >3 malade nous affirme que son tremblementestconsécutif à son traitement ). Après 35 36 jours, sentant son état s'aggraver, elle quitta l'hôpital, laissa sécher son vé- 5J sicatoire, et bientôt un gonflement érysipélateux du cou et du côté gauche de 35 la tête se développa; la photophobie s'accrut.
33 C'est dans cette position qu'elle consulta M. Stcnr-L, qui lui ordonna i5 33 sangsues à l'anus, qu'elle négligea d'appliquer, des frictions sur le front et les 35 tempes avec l'onguent napolitain belladone, des pilules emménagogues, et un 55 séton à la nuque.
33 Comme elle ne pouvait pas encore se conduire seule, elle rentra dans le 55 même service à l'Hôtel-Dieu; on lui prescrivit des instillations souvent répétées 33 d'une solution d'extrait de belladone et de laudanum alternativement; despur- 55 gâtions furent données; l'activité du séton fut entretenue.
33 La vision ne s'améliorant pas du tout, on toucha la conjonctive palpébrale 33 avec le sulfate de cuivre à deux ou trois reprises, ce qui la soulagea le plus ; â 33 cette époque les règles revinrent.
■«3 Découragée par la longueur de sa maladie, elle se fit conduire chez elle; mais 30 au bout de dix jours, les douleurs et la cécité dont elle était tourmentée, la dé-
terminèrent bientôt à chercher du secours ailleurs; elle se fit conduire chez. M. Imbebt, interne, qui la recommanda à M. Desmahhes.
« Etat actuel, 3i mai. La malade ne peut se conduire sans guide; le blépharospasme est si prononcé, qu'elle ne peut ouvrir les yeux, même lorsque le dos est tourné vers la croisée; les paupières, légèrement gonflées, rouges à leurs bords, sont parcourues à leur surface externe de vaisseaux veineux, bleuâtres, assez gros; la face interne de la paupière inférieure surtout offre de légères granulations peu nombreuses. Les conjonctives bulbaires ont une coloration d'un rouge violet , uniformément distribuée sur le globe oculaire; les sclérotiques ne présentent aucune injection, même sous l ' influence de la lu— ( mière ; les cornées sont dans leur état normal; l'humeur aqueuse est transparente, l'iris ne présente rien d'anormal ; les pupilles sont très-peu mobiles, leurs bords sont réguliers; les milieux réfringents de l'œil sont parfaitement intacts. La lumière, quand elle pénètre dans l'œil, occasionne des douleurs très-aiguës et insupportables. La malade fait usage de lunettes vertes très-
îjfoncées, entourées de taffetas de couleur sombre, sur lesquelles elle laisse tomber un voile verdâtre. Plusieurs objets lui ont été présentés, tels que montre, pièces de monnaie, plume, etc- : elle ne peut les reconnaître. Pour faire ces essais, on maintenait les paupières écartées. Le tremblement des membres
' persiste.
x> M. Desmahh.es, après avoir fait toutes les questions convenables , et après •> l'examen attentif de la maladie , porte le diagnostic Rétinite chronique avec grande photo phobie. Granulations légères*
r> Après avoir récapitulé en peu de mots tous les moyens employés en vain p jusqu'ici pour combattre cette maladie si tenace, il affirme que le seul moyen qui reste pour faire disparaître la photopbobie, est l'emploi du nitrate d'argent selon sa méthode , et ajoute que, dès le lendemain, la malade pourra ouvrir » les yeux. 11 prescrit en conséquence le traitement suivant, en invitant vingt » médecins présents à vouloir bien constater ce résultat :
« 3o Mai. i° Cautérisation des granulations avec le sulfate de cuivre ; » 2° Eau distillée, i o grammes; nitrate d'argent cristallisé, 4o centigrammes en i instillations de demi-heure en demi-heure dans chaque œil, pendant 24 heures » consécutives.
»3i. La malade ouvre les paupières à un faible jour; néanmoins, le BUpharos- » pasme existe encore; elle distingue les objets qu'elle n'avait pu reconnaître la « veille.
» On porte le nitrate d'argent à 60 centigrammes en instillation d'heure en y heure pendant le jour seulement .
r> i>'r juin. Le spasme palpéiral a disparu , elle vient seule à la clinique, sei » lunettes ne sout plus entourées de taffetas; cautérisation avec le crayon de sul. "» fate de cuivre; on porté le collyre à 80 centigrammes, pour la même quantité, « d'eau distillée, en instillations 7 à 8 fois par jour.
n 2. Aucune rougeur dans les yeux, la malade est dans une joie inexprimable! » le même traitement est continué.
» 3. Elle n'a plus besoin de lunettes, ni de voile pour supporter le grancj» «jour; les granulations sont presque entièrement guéries, cautérisation ordinaire j » continuation du collyre. «
» 4- On peut la considérer comme guérie radicalement ; elle se livre à la cou- » ture et à d'autres occupations qui exigent une bonne vue.
» 5. La malade se plaint d'un léger embarras gastrique; sulfate de soude, 5o » grammes. Un collyre de borax pour bassiner les yeux de temps à autre.
« 10. On cautérise légèrement avec le crayon de sulfate de cuivre. La malade* » se promène dans Paris sans ses lunettes et sans craindre les rayons solaires.
» i5. Un peu de rougeur dans les conjonctives, et de la céphalalgie; cauléri- « sa lion avec le sulfate de cuivre; application de 10 sangsues à l'anus; le collyre de< » nitrate d'argent i\ 3o centigrammes. t>
La guérison de Marie Rault s'est soutenue jusqu'ici (7 août 1842); elle travaille à l'aiguille et n'éprouve aucune gêne depuis quJelle a été traitée par le nitrate d'argent. Sa guérisou est complète.
Versailles, <lu l'Imprimerie tic Klbfeii, pince tl'Annes, 17. Maison tics ûbuuoAcs.