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LIVRE NEUFIESME

[i558] Lie marescbal estant reduict au desespoir d'estre secouru^ ny de gensny d*argent, en ceste extrême nécessité et pauvreté où les affaires estoient reduicts de tous costez par la juste ou injuste jalousie du cardinal de Lorraine y et voyant que toutes ses instances , soit par lettres ou par personnes expresses, ne porloient coup, et que cependant les gouverneurs des places protestoient contre luy de ne les pouvoir plus garder sans augmentation de gens, et sans le payement de ce peu qu'ils avoient prés d'eux, il print resolution d'envoyer vers le Roy M. de Gonnort, son frère naturel (0, assez libre et aimé de Sa Majesté , qui fit tant , que Sa Majesté commanda qu'il y fust pourveu, comme il fut, et pour le regard des assignations, et aussi pour l'envoy des deniers , tant pour payer partie de ce qui estoit deu comme pour faire des levées pour le remplissage/des vieilles bandes , sans plus s'amuser aux frivoles inventions du presiden^t Bailly.

(c Remonstrera aussi que le train que Sa Majesté prenoit à croire à ces inventions sans en recevoir son advis, portoit deux grands inconvénients : l'un, qu'en les estimant bonnes on en faict estât asseuré , et que cependant on disposoit ailleurs des deniers précédemment destinez pour le Piedmont ; l'autre, que le Piedmont, qui descouvre peu à peu ces propositions, levoit les aureilles à la nouveauté, à quoy faire ils estaient continuellement sollicitez par les ennemis ; et à la vérité ,

0) Depuis maréciial de Gossë.

3o. Il

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quoy que l'intention du président fust bonne , si ne devoit-îl avancer ces propositions, de dure digestion pour le temps qui couroil lors, et pour le lieu mesmes, sans en avoir premiereraent conféré avec le mare'schal qui Taymoit ; car ce fut une planche qui servit depuis de couleur à ce preldt(Oppur le recuUement des assignations desja destinées au Piedmont, lequel eut depuis beaucoup à souffrir.

(c Pareillement , que ceux qui empeschoieni que le Roy, par la recommandation du. marescbal ,. ne gratifiast plusieurs seigneui^, gentiIs*bommes et capitaines des charges et honneurs qu'ils avoient pieça méritez , bastissoient, non pas la ruine de lu y, mais bien celle des affaires du Roy j quoy subsistant il estojt impossible qae le soin et la prudence d'un capitaine gênerai y peusseot convenablement pourvoir, estant destitué, comme il ç$toit aujourd'huy , de l'amour et de l'obe'jîssance de ceux mesmes ausquels il commandoit, et $ansquoy il faut que tout s'en aille peu à peu en perdition et ruine; qu'il trouvoit tous ces traittemens d'autant plus estranges, que par cy devant 3a Majesté luy faisoit cest honneur de pourvoir aux charges et honneun, non ceux qui couroient les premiers à les demander^ de quelque mérite qu'ils fussent, mais bien ceux là seulement desquels il rendoit tesmoignage et supplication ^ que si ceux qui ont anjourçl'huy le manie* ment des affaires, luy donnôient ces traverse^ et ces défaveurs pour couvertement l'induire à quitter sa charge, qu'il n'y falloit point tant de discours ny tant de façons, d'autant qu'il estoit et sera tousjours prest à la remettre, et de bon cœur, quand et à qui Sa Ma-

(0 Le cardinal de Lorraine.

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jesté ordonnera; ci^r aussi bien ne peut il plus endurer d'estie ainsi traicté à contre-poil en bien faisant, et peut estre mieux que tous ceux qui lagacent ainsi, jusqu'à vouloir que ceux qui sont souz son authorité entreprennent sur les mesmes choses qui doivent dépendre immédiatement de lujr ; et de fi^ict, qu'au lieu de supporter, comme ils faisoîent, le vidame en ce qu'il avoit assez inconsidérément entreprins à son d«s-» ccu, que luyeteux en devaient estre rigoureusement corrigez et non pas loiiez, en tant que le marescbal, lequel ne cède ny aux unç xxy aux autres m affection au service de Sa Majesté, la révérence de leur grandeur séparée, eust plustost aidé qu'çmpesché le vidame, s'il y eost eu tant soit peu de jour et de raison ett sOn eiitreprinse; et de faict, qu'aujourd'buy que le Roy luy ren* voy dit les treize enseignes de Suisses dernières, les deux mil Daulphinois, et qu'il luy permettoit de faire des creuès, avec promesse de les payer, il avoit si avant aidé au vidame, à la seule considération du sei^ice de Sa Majesté, et non de luy, qu'il ne tiendroit qu'à luy qu'il nepartist bien tostavec quelques François et'Italiens.

« Qu'il remercioit tres-humblement Sa Majesté de l'honneur qu'elle avoit fait au sieur d'Ossun de le recevoir pour dievalier de son ordre, et de donner à la Motte Gondrin le gouvernement de Casai (0, lors vac^ quant par la mort du gentil Salveson , luy «enibUqt que leur vertu et leurs services l'avôieut de longne<^ main mérité.

« Aussi de l'ordre qu'elle a donné aux payemens des

(') Suivant La Popeliniére, la Cour feignit d'avoir mal compris les mteniions du maréck^l, et ce goiiyenieinent fat doiin^ à Francisque Bernardin Vimercat. Cependant Lamothe Gondrin Fobtint plus tard.

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chevaux légers, pour celiiy de rarliUerie, et pour le remboursement de ce que luy mesine fit prester, à sa caution, aux premiers Suisses qu'il envoya h Sa- Majesté. Que si la foy eust esté gardée par ceux qui avoient le maniement des finances, à plusieurs bons marchands piedmontois qui avoient, sur la sienne, advancé jusqu'à quatre cens mil' livres à diverses fois, ils eussent tousjours esté prompts à servir et secourir Sa Majesté, au lieu de se trouver réduits, comm'ils sont, à une misérable condition , par une fausse et maligne opinion que aucuns ont conceuë qu'il avoit part au butin, et dont la vérité les fera tousjours tenir pour gens indignes d'honneur et de croyance, soit,dict avec la correction de Sa Majesté, laquelle a de longue-main faict trop de preuves de sa fidélité et intégrité, pour croire ces âmes scélérates et bassement nées, lesquelles, digerans plustost les afiàires par Tenvie que par la raison, se precipitoient eux-mesmes dans les ruines qu'ils preparoient aux autres; et il seroit ainsi, si leur vie estoit bien recognuë ôomm'il desiroit quefust la sienne.» En ce mesm« instant, le mareschal eut nouvelles, par le costé d'Italie, que M. de Guise, ayant desbandé son armée, «n estoit parly pour aller trouver le Roy par le chemin des Grisons. Sur cela je fus depesché pour l'aller rencontrer à Lyon, tant pour se resjouir, de la part du mareschal , de son heureux retour , et du souverain commandement que le Roy avoit defferé à sa valeur et fidélité , comme aussi pour luy remonstrer les misères et les afilictions qui couroient par le Piedmont, et le supplier, lors qu'il seroit arrivé vers Sa Majesté, d*y faire pourvoir conformément à ce qu'il recognoistroitestre nécessaire au service du Roy, à fin de

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redr«s$^er la discipline et Tobeissance que la pauvreté avoit altérée de toutes parts, etdont M. lecardiQaly.son freœ, ne s'estoit jamais donné guieres de peine; ores qu'il fust des plus anciens serviteurs et amis de sa maison. ».

Ce prince me receut et m*escouta fort courtoisementy avec promesse de faire en sorte que le mares* cbal reeognoistroit com})ien il estoit aimé et honoré de luy, et que peu après son arrivée en cour il me renvoyast vers luy pour recueillir les fruits de son amitifi; que je. disse au mareschal la peine en laquelle il estoit de tomber luy-mesme en ces inconvénients, ayant à commander à des gens>qui avoient le courage abatu par les disgrâces que ils avoient n'aguîeres cooraes, et qu'il auroitbeaucoup d^afTaires à leur remettre le cœur au ventre, et qu'à ces fins il s'essayeroit de leur donner deux ou trois bonnes curées pour les acharner à la poursuitte des ennemis ^finalement, qu'il prioit le mareschal avoir bonne et parfaicte intelligence avec luy, à fin que les affaires du mareschal en prinsent meill^i^r train , et leur réputation particulière aussi; que le contraire succédant, tout yroit mal et pour les uns et pour les autres. Voylà le sômmsaire de mon voyage , qui porta quelque coup pour la future faveur et amitié de Guise envers le mareschal ; mais toutesfois, profondant (0 quelque peu dans son ame, je m'apperceus assez que ceste ambition , aspirante au souverain commandement, avoit tracé au dedans quelques étincelles de ces soupçons et de ces jalousies dont elle est tousjours accompagnée, et qui prive les amoureux du plaisir et du repos qu'il y a tousjours en la doucement mesnageanL

(0 Pénétrant.

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Le mureschal cependaDt eost nouvelles que les ca« pilaines qui estoient allez: eu Suisse pour faire levées au remplissage 'des régiment, ne pouvoient trouver soldats pour venir de deçà, chacun d'eux courant vers Sa Majesté , en espérance d'estre mieux payez et traictez qu'ils n'ont cy-devant este en ce pays de Piedmont. Le sieur de Grignan luy escrivit aussi que les cinq compagnies qu'avoit faict M. de Termes av oient rencontré M. le vidame et ses trouppes aussi , parmy lesquelles la pluspart de celles-cy s^estoient jectées ; adjoustant M. le vidame au premier mal ce second, pour le support qu'il recevoit du cardinal : tant ceste premiere jalousie avoit de puissance en luy.

Il envoya pareillement au Roy H coppie d une lettre de M. le duc de Ferrare , par laquelle il disoit que le Pape avoit faict ses accords avec le duc d'Alve, et que toute la tempeste tournera sur luy s'il ne faict diversion de leurs armées, leur donnant des affaires du costé de Milan ; qu^il supplie Sa Majesté luy commander ce qu'il aura à faire pour ce regard , mesurant et accarrant (0 ce commandement à Testât où les affaires sont aujourd'huy reduicts au- Piedmont ; ^et que ce seroit chose de mauvais exemple si Sa Majesté abandonnoit ce prince en ceste sienne nécessité, pour avoir embrassé son party 5 et que si deslors il eust eu moyen de. faire ceste diversion, qu'il l'eust entreprinse de fort bon cœur, au soustenement de la réputation de Sa Majesté, et pour rabaisser la hauteur du vol queTennemy 9 prins dépuis la perte de Sainct-Qaentin.

Donna aussi advis au Boy qu'il estoit allé &ire une course en Al^^ç, Sainct-Damia^ , Cairas, Cai^magnolUs, CO Comparant.

DE DUVItLAUft. [lSS8] 167

et ynieneufire d^Ast, à la setfreté desquelles il a poarveu par nouvelles et redoublées charges qu'il a esté contraint mettre sur le païs, qui exclame (0 de tous costez f à son ti-es-grand regret ; mais que pour tout cela y le desespoir et le mauvais vouloir des soldats ne luy peuvent promettre que tout malheur, D'ayans jamais sceu depuis deux ans toucher à une seule fois la paye entière d'un mois;, que ce sont choses ausqaelles il ne peut pourvoir que par les moyens de Sa Majesté, lesquels on envoyé tout à sainfct Pierre, et rien au pauvre sainct Paai^qui n*a que Tes-* pée nue.

Qu'il a donné advis au capitaine Tlsle, commandant à Montcalve, qu'il luy envoyoit quinze mille livres pour secourir la garnison , à fin qu'il envoyast au devant du capitaine l'Etang, qui les comluisoit avec cent harquebuziers ; que tout avoit esté heureusement exécuté, et que le dîct capitaine l'Etang, en s'en retournant, avoit rencontré, près de Verrue, cinquante Espagnols allants à la busqué W , qu'il avoit desfaict. ^

Qu'il a entendu que M. le vidame et les cinq nouvelles compagnies ont tourné teste au secours de Bourg en Bresse, l'importance duquel meritoit bien le voyage; mais, iceluy achevé, il supplie 5a Majesté leur commander de s'en retourner de deçà avec leurs bandes complettes, et en ordonner le payement , pour ne retomber de fièvre en chaut mal, aussi bien avec ceuxcy que avec les autres. Donna aussi advis à Sa Majesté que le duc de Parme et domp Alvaro de Saude, maistre de camp des Espagnols, armoient contre le

(0 Qtti réclame, qui se plaint. — («) Ija partisans pour piller..

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duc de Ferrare, et que si Sa Majesté ne le secouroit bien tost, qu il pourroit recevoir quelque dangereuse secousse pour avoir embrassé son party.

Les premières impressions données aux princes, ou il se ti^aitte de Futilité particulière, prennent telle ra* cine, que, quoy qu elles soient dangereuses ou difficiles, ils n'en peuvent estre détournez par aucunes rai* sons au contraire. Je le dis à propos du Roy, la Ma* jesté duquel *s'estoit, par la vivacité de mes.remons* trances, retirée de celles que le président Bailly avoil assez inconsidérément mis en avant ; et neantmoins, peu après retournant sur ces mesmes. brisées, elle manda au mareschal deux cboses fort contraiies : la première, que resoluëment jl falloit que, sansplus de réplique, il ce prevalust des quatre cens quarante mille livres qu'elle avoit faict assigner pour fournir à tout ce qui estoit deu du passé et du présent jusques au premier jour de janvier procbain , quoy que j'eusse vivement remonstré au contraire et au Roy et à tout le conseil ; l'autre , qu'elle remeltoit neantmoins à sa dis^ cretion d'en faire tout ainsi qu'il adviseroit, taisant l'impossibilité de la chose, ainsi advoiiée par Sa Majesté et par tout le conseil sur mes premières remonstrances. Ce sont les chemins que tiennent aucuns qui sont plustost corrupteurs que administrateurs del'Estat.

Le mareschal, respondant à ce commandement et à ceste résolution , remonstra à Sa Majesté que c'estoit bien son devoir de luy obeïr , mais non pas de prendre le hazard sur luy de ce qui pourroit succéder de Texecutiou de tels commandemens , comme il sembloit que ce fust sa volonté -y qu'il ne seroit jamais de ces timides pilotes, lesquels, par la crainte d'une future tempeste,

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eofooçQieDt leurs nayirçs devant qu'elle survint ; qu'il la $upplioit se ressouvenir que ses armes, sa diligence, et la bonne fortune de Sa Majesté, estoient celles qui Inyavoient donné matière fort hojmorable à Taugmentalion et à la conservation de TEstat; surquoy il recognpissoit que Dieu avoit apporté ses sainctes bénédictions, tant pour le graciepx traiclement querecevoient les subjects comme parce que. les mesmes armes, quj sont tousjours violantes et sanguinaii^es, avoient pardonné aux vaincus dans les mesmes villes prinses de de force, et de jour et de nuict y dont estoit succédé cest amour et ceste affection du clergé > de la noblesse et de tous les peuples de delà , que nous tenons pour les plus utiles et asseurées colonnes de TEstat , lequel ils avoient tous si chèrement et si reveremment cultivé, qu'ils n'en dévoient rien de reste aux mesmes François ; que par ainsi , les ayans tousjours nourris et apprivoisez à ce gracieux traicteQient,il sera aujourd'huy mal aisé qu ils se puissent accommoder à supporter toutes ces charges, à la vérité trop onéreuses, en y adjoustant, comme il falloil faire, toutes celles qu'ils ont cy-devant supportées, tant pour les logis des gens de guen^e que pour les contributions ordinaires, taillon, vivres et foitifications ; et qu'à son advis il eust esté, sous correction, bien séant, auparavant que d'en délibérer ainsi resoluëment, d'en prendre l'advis de luy, qui suivoit tousjours les grands chemins, et non les sentiers esgarez ny la flaterie, comme font ceux qui ont mis en avant ces nouvelles impositions, ne considerans pas, comme ils dévoient faire s'ils eussent esté bons François, que l'amour et la révérence des peuples, mesmes nouvellement réduits comme ceux-cy, venant à s'alte-

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rer, il se faict tousjours un indiffèrent meslange de désordre et de confusion y autant des grandes que de$ petites choses, et qu'alors il faut que par la forcé, tonsjours pleine de violence , on râf^alle la force , non jamais gueres sans le hazard de TEstat, qui est aujourd*huy balancé ^e tant de hasards, de mescônCentemeDs et d'autres inconveniens, que la moindre surcharge y pourroit. apporter un dangereux esclat ; que ce soDt ces considérations qui Font mis en alarme, et qui le forcent à remonstrer encore à Sa Majesté que si on les luy eust communiquées de bonne heure, qu'on leseost digérées avec telle prudence et afiecliôn , qu'on eust peut-estre tiré à peu près ce qu'elle desiroit , et avec toute autre grâce et tout autre goust qu'on ne feroit maintenant que les choses se sont divulguées, et que le desptt et la crainte a desjà prins racine dans le coeur des peuples, la trop pressante nécessité desquels fera que l'audace tiendra peut-estre désormais lieu de prudence : toutesfois, qu'il ne lairra d'y apporter ceslc mesme disposition que Sa Majesté a tousjours trouvée en toutes ses actions , et autant pj^r la mauvaise que la bonne fortune. Et à la venté , au faict de l'Estàt, toutes choses ne se manient pas tousjours par mesmes ressorts, ains par la distinction qu'il faut faire du temps, des affaires et des personnes : or, afin que Sa Majesté, et luy par ensemble, comme son tres-humble ministre et serviteur, puissent pour jamais fermer la porte à tous ces desordres et à toutes ces confusions, (lesquelles ne font que travailler les princes, les serviteurs et l'Estat), il supplie tres-humblement Sa Majesté luy donner asseurance, assavoir si, en faisant an mauvais repas de .tout ce qu'elle ordonneroit et aban-

DE DUVILLÀRS. [ I 558} I7 1

donnerdt pour cesfte annëe au payement de ce qui peat estre deu, on sera asseurë, en la prochaine année, d'une reigk si solidement arresCëe pour les futurs payemensy que la sévérité des monstres puisse estre inexorablement gardée y. et de main en main le service accomply avec {dus tie plaisir, de. consolation et d'hon^ neor qu il ne peujt estve parmy ces turbulences et les incertàinetez qui ont, à la maUheare, esté cy«devant pratiquées ; d'autant que par ceste gracieuse espérance on apprendi:a des-maintënant à chacun à patiemment îeusher les quatre temps, sur l'attente d*Qn serain plus clair (0 que celuy parmy lequel ils ont vescu : mais parce que les gens de guerre se sont tousjours trouvez dece«s des promesses qu'on leur a cy^devant £aiictes , il ne sera pas aujourd'huy possible de les pouvoir contenir parmy des bornes' si arrestées, qu'il n'y ait plus de licence et peut-esti e plus de perte que le niareschal ne voudroit; pour prévenir lesquelles ir Supplie Sa Majesté luy envoyer ceste asseurance par escrit, afin qu'en la monstrant à chacun il puisse adoucir les courages et les intentions esgarées, ayant de longue main remarqué que tous les violens moavemens,- ou les menaces qui sont indifféremment apportées à la conduicte de l'Estat, ne servent jamais que de ruine , au moins s'ils ne sont assaisonnez avec la mesme prudence et toUerance qu'il désire apporter aujourd'huy au soulagement des affaires de Sa Majesté; laquelle , au parsus , il supplie très- humblement ne trouver mauvais que, pour sa discoulpe, il ayt un peu plus librement entreprins que peut-estre on n'eust voulu ceste tant nécessaire et véritable remonstrance, CO TJn temps ^Itis lieoreus.

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cônnivant sur laquelle tout le mal qui en pouvoit succéder eust esté attribué ou à infidélité ou à imprudence indigne du lieu dont le Roy Ta honoré; que si Sa Majesté est elle mesme celle qui a allumé le feu qui nous brusle et qui consomme aujourd*huy tout, elle ne devra^ s*il luy plaist, trouver mauvais que le maiescbal recoure à Teau de ses grâces qui seules le peuvent esteindre.

Sa Majesté fut advertie que nul des capitaines de gendarmerie ne tenoit compte de venir en Piedmont, et qu'il n'y avoit aujourd'huy compagnie où il y eust, Tune portant Tautre, plus de vingt-cinq à trente hommes de combat , au lieu de cent ou six-vingts qu il y devoit avoir; et qu'il la supplie y pourvoir, et tout d'un train au faict de Tai^illerie ; sur les provisions de toutes lesquelles choses les pronuesses ont esté grandes et spécieuses, mais les efTectsnuls, aussi bien encest endroict qu'en beaucoup d'autres, et dont il a esté repeu; neantmoins on veut aujourd'huy que le mareschal rende les fruicts tout tels qu'il eust faict si on luy eust gardé parole; ce qui l'af&igeoit autant que tout autre chose qui luy eust peu arriver, pour le désir extrême qu'il avoit dadvancer les affaires du Roy, et porter sa domination plus avant que ces forces racoursies ne pouvoient permettre.

Que M. d'Ânnebaut , ayant esté lourdement blessé en l'espaule à une charge qu'il fit n'agueres contre l'ennemy, et dont il eut Tadvantage , il luy a donné congé d'aller trouver le bailleur (0 pour se faire pen-

(>) On appeloit Bailleux ceux qui remettoient les os disloqués. Ce nom leur yenoit, diw>n, de ce quWe famille Bailleul avoit , de temps immémorial y entreteou dans ses terres, en Normandie, un hôpital où

DE DUVILLAKS. [l 558] 1^5

ser, asseurant Sa Majesté qu'il n'y a en luy faute de valeuy ny d'affection , et de faict qu'il a presque tous^ jours entretenu sa compagnie à ses despens et fort complette, dont il mérite que Sa Majesté luy sçache gre' pour l'animer tousjours à mieux faire.

Que Le Figuerol est revenu èri Ast avec tous les seigneurs de l'armée ennemie; ils ont commandé force charrois et pionniers pour l'artillerie ; et qu'à la fin ils sont venus à Montechar, qu'il avoit n'agueres faict ra* coustrer, dans lequel, ainsi qu'ils entroient par une porte, nos gens sortirent par l'autre , et se retirèrent à Verrue et à Kobelle sans rien perdre; et qu'il leur avoit mandé de s'aller jecter dans Montcalve, qui est celle, à son advis , de nos places , oîi ils s'addresseront le plustost, avec resolution, cela faict, de venir fortifier Poirin, qui est au centre du Piedmont : que le duc JAlve devoit arriver par mer à Gennes, avec six ou sept mille hommes qu'il rameine de Naples , mais qu'ayant son armée maritime couru fortune, il avoit esté contrainct de se desembarquer à l'Aspecia (0, et les autres qui cà, qui là, selon]que le vent et les vagues les ont portez.

En attendant la venue dudict duc d'Alve, les ennemis, ay ans prîns Montechar^ sont aussi allez prendre un chasteau que nous avions au delà du Tanare, nommé Costiglioles, et tout d'une tire forcé Pouzoïi, avec intention, si l'hyver ne permet qu'ils se puissent addresser à l'une de nos places, de s'en aller passer

Ton traitoit touA les malheureux qui |iyoient des membres fractures. Sainte-Martlie ajoute qu^il a vu un des membres de cette famille préftder lui-même aux opérations.

(0 La Spezzia.

1^4 [l558] WÉMOl&BS

riiyver à Buliglieres et lé fortifier, ou Pomn, et, en ce faisant , courir et mang^ toute la plaine du Piedmont, et par ce moyeu nous osier peu à peu toute commodité d'attaquer ce qu ils pourroient avoir prins ou fortifié. C'est pourquoy il est tres-necessaire que Sa Majesté pourvoye diligemment aux affaires, ou qu'elle se prépare à endurer toutes les secousses et deffaveurs de la fortune, et que petit à petit on luy tonde ainsi la laine sur le dos. Que s*il eust pieu à Sa Majesté, aussi-tost qu'elle a eu heureusement redressé les affaires de delà, secourir celles de deçà et de forces et d'argent, on eust peut-estre reduict les ennemis à tel poinct, qu'ils se fussent resserrez en leur coquille au lieu de braver comme ils font.

Que, pour aucunement soulager les finances de Sa Majesté et les nécessitez du Piedmont, il a mis une imposition de six vingts mille livres sur le païs^ avec toute la plus douce et gracieuse façon dont il s'est peu adviser ; mais pour cela on ne remplacera pas les quatre cens mille livres qui sont deuè's, et que, quoy quil ait sceu remonstrer au païs , on n'en petit toutes-fois rien tirer que par exécutions et contraintes, dont sortent tant d'exclamations, de mèscontentemens et de menaces, que ce sera un vray coup de Dieu si , maintenant que l'ennemy est en campagne , il n'en sort quelque révolte , et à laquelle les soldats, pauvres, nuds et affamez, s'accommoderont peut estre les pemiers, tant la continuation du mal renverse et altère tousjours les amitiez et les dévotions, pour sainctes qu elles soient : que se trouvant destitué des moyens pour y remédier, et mesmes du secours de quatre cens mille livres que Sa Majesté avoit tant asseurées, et qui

Dç puviixAus. [i558] t^S

dwoient suivre Boyvin au retour qu'il fit n'aguieres vers luy, il ne sçait aujourd'huy à quay ^e reuger, qu a remette tout enb*e les iBaius de Dieu^ qui seul peut de rien faire toutes choses.

Que se trouvant malade el destitué de toute assis* tance, fors de celle du sieur de Gonnort son frère ^ qui trainoit luy-mesme les aisles , il supplie Sa Ma-^ jesté que si M. le vidame doit revenir en Pîedinont avec les cinq enseignes de M. de Termes et les siennes , que ce soit au plustost et avec argent, car sans cela il seroit plus utile qu'elles demetiraseent de delà que de venir augmenter le mal, qui n'est des-)à que tix)p grand de deçà.

Que ledlct sieur de Gonnort travaille tant que il peut pour trouver marchands qu^ puissent fournir habilleoiens faits, ou matière pour les faire, à ces pau-^ vres soldats, pleins dételle misère, qu'ils font pitié aux pierres mesmes.

Que les Milanois, pour se redimer de la sub|ection et de l'oppression de Valence, Casai et Santia,^avoient, avec la conjonction des Genevois (0, accordé soixante mille escus par mois , et qu'il ne avoit encores nulles nouvelles de cent mille livres qui dévoient estre envoyées après may, et que le retardement pourroit apporter quelque irréparable malheur que les financiers ne veulent appréhender, presentans tousjours la pluspart d'eux un masque d'affection pour couvrir et colorer leurs particuliers desseins.

Les ennemis ont faict courir un bruict que tout receatement le Roy avoit receu une lourde deffaicte en Picardie; à ces mauvaises nouvelles, lesquelles le ma-

(') Génois.

1^6 [l558] MÉMOIRES

reschal ne peut croire, chacun levé des-ja l'aureille et faict d'estranges desseins : si Sa Majestë ne commande qu'on luy escrîve souvent, et la venté des occurrences, ces bruîcts empireront les maladies de TEstat.

Ce fut la defiaicte de M. de Termes au passage de réau des Gravelingues (0, par le deiTaut, à ce qu'on tient, du sieur de Villebon, qui se retira du jeu^

€este fréquence de pertes si notables ne donnoient que trop de matière pour plourer des yeux les prosperitez passées, et du cœur les calamitez présentes, et pour autant que fay puis n'aguierés recouvert le discours de ceste perte de bataille , j'ay jugé qu'il ne seroit hors de propos de la rapporter icy, à fin que le bien ou le mal qu'il y eut serve d'exemple à iceux qui commandent les armées.

Discours du voyage de Dunquerere y envoyé par M, le niareschal de Termes à monseigneur le duc de Guise,

« Mt)nseigneur, pour l'envie que j'ay que vous sçachiez à la vérité comme toutes choses passèrent en nostre voyage de Dunquerère, je vous en ay bien voulu faire ce petit discours, qui vous fera entendre, monseigneur, que si lors que les légionnaires dévoient estre ensemble pour faire monstre et marcher quant et quant eussent esté prests, nous eussions faict une ouverture de playe si grande et sensible à l'ennemy,

(*) Ce &it n'est point pkcé à sa véritable* date ; la bataille de 6nyelines fut Uyrée le i3 jailiet i558, et le voyage du maréchal à la Conr, dont du Yiliars parle plus loin, à la page i85, eut lieu vers la fin d'avra.

DB DUVILLIRS. [l556} ' I77

que ses affaires en eussent reculé de beaucoup, et le service du Roy advancé ; mais ayant iceux légionnaires tardé de venir plus de quinze jours d*avantage qu'ils ne dévoient, je ne doute pas que nostre entreprinse ne fast descouverte par lesdicts ennemis , qui fust cause d une fort grande conséquence pour le service de Sa Majesté; car, si deslors qu'elle nous commanda de sortir en campaigne nous en eussions eu le moyen, il est bien certain que nous eussions eu nostre commodité de faire la plus grande partie de ce t[ue nous eussions voulu* Or, estans lesdicts légionnaires arrivez à Calais le dernier jour de juin i558, le mesme jour nous les fismes marché avec le reste des forces jusques sur le bord de la rivière, en délibération delà passer le lendemain pour exécuter ce que nous avions résolu avant nostre partement dudict Calais y qui estoit d'aller assaillir. Gravelines , de laquelle nous espérions avoir fort bonne issue , attendu qu'il n'y avoit dedans que neuf enseignes d'AUemans, du régiment du colonel Municossen , et une enseigne de Walons qui avoient tousjours açcoustumé d'y estrp : toutes-fois, ainsi que la plus grande partie de l'armée avoit passé ladicte rivière, et que le reste suivoit à la file , un valet de chambre de Sa Majesté, nommé La Vau, survint avec une depesche dudict seigneur , par laquelle il nous faisoit entendre quelques advis qu'il avoit receus du remuement que l'ennemy vouloit faire du costé d'Ârras, et que pour éviter à tous inconveniens, voyant que ses forteresses estoyent toutes desgamies de gens en ce quartier-là, il avoit advisé de les en secourir de ceux (Je nostre trouppe , advenant qu'il en receut encores quelqu'autre plus seur advertisse* - 3o. 12

l'y 8 [i55&] MÉMOIRES

ment, etquepourcestecauseiWouIoitque nous n'engageassions poitit nos forces en lieu donft incontinent nous ne peussions retourner en arrière quand il nous cornniânderoit. Qui fust occasion de nous faire interrompre le dessein qu'avions faict d'attaquer ledict Gravelines, et en faire prendre un autre pour ne laisser les forces inutiles, et conclusmes de donner jusques. à Dnnquerere : et ce faict, M. de Villebon passa, avec la plus grande partie de la cavallerie , la rivière , pour gaigner le devant, et moy je demeuray à faire suivre le demeurant dés forces , de peur que'^ceux de la ville leur vinssent donner sdr la queue; et ayant rendu le tout delà Teaù , nous advisasmes d'envoyer un nombre de cavallerie battre les chemins de Bourbourg tet Dunquererè, laquelle, poursuivant son entreprinse , trouva un nombre de gens sdubs trois enseignes, en un Village nommé Mardicque, oil il s'arresia pour les assiéger làttendaht que nous fussions là avec l'infanterie et artillerie ; et nous en ayant le sieut de Senarpont advertis, incontinent nous nous acheminasmes avec îes^icles gens de pied et artillerie; mais avant que nolis y peussions arriver, il fist si bien, qu'il trouva moyen de les tailler tous èta pièces avec la cavallerie seule , de façon que, nous trouvant à une petite lieuëtlndict Dunquerere , nous advisames estre bon dès le jour mesmes l'aller recognoîstre , ce qtie fes seigneurs de VîUe-bon , de Senarpont et moy exécutâmes, quelques saillies que ceux de dedans fissent pour nous en vouloir empcs" cher ; et ayant bien à plein recbgneu que ce n'estoit pas forteresse pour nous faire enîgager plus haut de deux jours ,' nous resblusmes de l'assaillir, et aussi-tost nbus fismes marcher nDstre infalnterie, et le reste de la

DE DUVILLÀAS. [l558] I79.

cavallerie^ qui e^oicDt demeurez audict Mardicque , avec laquelle de prime-face nous fîsmes abandonner à ceux qui «stoient sortis de la ville le faux«bourg , où Tinfanterie françoise se logea dès le soir mesme : et pour n'user d'aucune longueur, la nxiictles approches furent faictes, çt rartillerie mise en baterie, qui com^ mença à Taube du jour, et dura jusques entre neuf et dix heures , qu'elk fit quelque peu de bi^sche de la longueur de cinq, ou six pas. Quqy voyant ceux de dedans, et que nos soldats estoicnt desjà au pied (}e Ja bresche, se trouvant tous estonnez dé se v^oir de si près attaq»ez, ils demandèrent à parlementer, auquel parlement ils. proposèrent «des choses si esloignées de la raison , que nous n'y voulusmes .aucunement entendre. Et estans sur ces enjtrefaiqtes, ayant nosdicts soldats recognu la commodité qu'ils avoient d'entrer dedans, se mirent en devoir et vindrent à chef de leur entreprinse , lesquels saccagèrent la ville ; et après les avoir laissez ce jour à faire le sac n^us les fismes tous retirer au camp ^pubsieurs enseignes, laissant dedans deux compagnies pour la garde de la ville, en attendant que nous eussions resppnce du Roy sur la depesche qui luy fust portée par le sieur de Bazordan^ qui retourna vers nous le douziésnae juillet : et par icelle depesclie nous m^dions à sadicte Majesté qu'il luy pleust nous faire entendre sa volonté sur la fortification d'icel)e ville de Dunquerere, que cous trouvions bien fort aisée. Et durant cette attente, à fin que chacun eust moyen de s'accommoder des butins qu'ils avoient faicts , nous les fismes séjourner un jour , et le lendemain nous fusmes à une autre ville, à trois lieues dudict Dunquerere, nommé Bergues, avec une partie

la.

l8o [ïSS8] HÉMOIRES

des foiyes pour la recognoistre ; et ayant veu que c'estoit encores moins que ledict Dunquerere y et aussi que quand nous les envoyasmes sommer ils respondi* rent qu*ils y vouloiént tous mourir , nous y laissâmes le sieur de Crésecques et le maislre de camp Le Breul^ avec lesdicts légionnaires et quelques enseignes vieilles^ qui se logèrent bien près de la ville , en intention que nous partirions le lendemain' de bon matin avec le reste du camp et artillerie, pour, toutes les forces joinctes ensemble, assaillir la'vilie : mais avant que fy fusse, ny.ladicte artillerie, ledict sieur de Villebon, qui s'estoit acheminé dès le matin devant, trouva que ceux de ladicte ville TaVoient la nuict abandonnée, y ayant seulement laissé quelque petit nombre d'hommes qui se rendirent soudain : dequoy m'ayant ledict sieur de Villebon adverty , je fis retourner le reste des forces que jemenois avec ladicte artillerie, au mesme lieu dont nous estions descampez.

« Toutesfois cène fust que moy tout seul je ne donnasse jusques audict lieu de Bergues pour le voir et recognoistre; et ayant veu qu'elle ne nous pouvoit servir, sinon de tenir nos forces séparées, il fust advisé de la faire brusler; ce qui fut exécuté le lendemain. Cela faict et estans tous ensemble au camp devant Dunquerere, voyant que nos soldats estoyent si empeschez des butins qu'ils avoient faicts , et que pour garder cela ils abandonnoyent leurs enseignes, il fust tenu là dessus un conseil , oii il fut résolu que l'on feroit passer tout le butin à Calais , pour donner occasion aux soldats se tenir prés de leurs enseignes et faire le service du Roy, qu'ils laissoient auparavant pour prendre garde à ce qu'ils avoient gaigné; ce qui fut faict, et

DBDUVILLAR5. [l558] c8l

pour Tescorte ledict sieur de'yillebaii.s'en alla avec uDc partie du camp ^usques sur le bord de la riviei^/ et estant là donna charge à M. de Senarpont de le conduire, avec quelque nombre de cavallerie, jusques auprès de Calais; en quoy U fist si bonne diligence , qu'après avoir rendu le tout à sauveté il revint trouver ledict sieur dé Villebon sur le bort de la rivière où il Tattendoity et s'en viudrent ensemble jusques au camp, où nous ne les attendions jusques au lendemain.

« Le jour mesmes je fus surprins de la goutte , qui me tenoit aux deux pieds^ aux deux genoux, aux deux bras et au col, tellement que je ne me pouvois aucunement soustenir sans estre couché en un lict, comme eux mesmes le sçavent^; et, estant en ceste extrémité, nous regardasmes à ce que nous devions faire pour le service du Roy^ à fin de ne laisser les forces inutiles, dont il y en avoit aucuns quiestoy ent d'advis d'aller jusques à Mendport ; toutes-fois il se trouva u,ne difficulté, qui estoit que d aller là ce n'estoitqu'enriGhirnossoldats pour n'en tirer après aucun service, et nous laisser en un inconvénient^ ce qui fut trouvé à propos : et là dessus ledict sieur de Villebon proposa aller devant Gravelines, en attendant la responce de Sadicte Majesté, que nous espérions de jour à autre, sur la dépesché qui fut portée par ledict sieur de Bazordan ; à quoy un chacun s'accorda , et s'en partit le dixiesme juillet, m'ayant laissé audict Dunquerere en Testât mesmes que j'ay dict cy dessus : et le lendemain qu'il fut arrivé audict Gravelines , il me manda, par le sieur de Morvillier et un commissaire de Tartillerie, comme il avoit recogneu la nuict la ville, et qu'il trouvoit que aisément se pouvoit faire bresche j

iSa [i558] MÉMOIRES

mais que M. de Bugnicourt estoit dedans avec quatre joxille hommes. Alors je luy fis responce qu'il ne me sémbloit pas raisonnable que six mille que nous pouvions estre dehors en assaillissent quatre mille dans une place, et au contraire, que j'estois d'opinion qu'il se retirast sur le passage de la rivière jusques à Taroiée dudict sieur de Bazordan, lequel nous apporta la depesche envoyée de Sa Majesté, par laquelle il nous estoit mandé de fortifier ledict Dunquerere, ayant pour cest effect envoyé deux mille escus pour commencer. « Toutes-fois, voyant que Tennemy s*estoit renforce', il nous sembla, pour ceste cause, quil n'y avoit nul propos de nous y amuser pour lors ; et m'ayant ledict sieur de Villebon adverty, le douziesme jour de juillet, par îceluy sieur de M orvillier, que les ennemis estoient sortis de la ville tous eh bataille, et qu'il seroit bon et nécessaire que j'allasse jusques au camp pour regarder de ce que nous aurions à faire, je luy fis responce que pour ce jour là je ne m'y pouvois trouver, mais que le lendemain de bon matin j'y serois, comme je ne faillis, et à mon arrivée je trouvay ledict sieur de Villebon qui se vouloit aller pourmener par le camp, le- | quel ensemble ledict sieur de Senarpont , le maistre j de. camp et les autres capitaines, fusmes incontinant assemblez, et fust conclud qu'à là maréç l'on feroit passiefr tout le bagage pour Iç faire acheminer droict à Calais, accompagné d'une trouppe de cavallerie, et que le lendemain, à la marée du matin, nous passerions avec tout le camp pour aller loger entre Calais et Gravelines, au mesmp lieu oti nous campasmesà nostre pi^emiere sortie de Calais, en intention de nen bouger sans cognoistre ce que l'ennemy auroit deli-

DE UUVJLLAK$. [l558] ;83

beré de faire; cs^r ^'il s'en fust retourna du CQsté de Luxembourg nostre dessein estoit de repasser Feau et rentrer en païs, pour tant plus faliciter les entreprinses du costé où vous estiez, n^on^eigneur; et ainsi que nous attendions que ladicte marée fut basse, et queledict bagage se mit en ordrq pour passer, nous allasmeç des-jeuner, et après avoir beu un coup je montay à cheval y ayant prins avec rnoy leclict maistre de camp et quelques autres capitaines, et allay recognoistre Tendroict jusqqes où lesdits enqemis vindient.

« Je trouvay qu ils avoient este jusques dans nostre camp, et à quatre cens psis près du logis d'iceluy sieur de Yillebon , mettre le feu ds^ns une maison qui estoit là à deux mille pas de la v^le, où Ton les pou voit combattre avec grand advantage qui eust voulu ; et demandant ausdicts maistre de camp et capitaines à quoy il avoit tenu , ils me respondirent que c'estoit à cause du mauvais ordre qu'il y'avoil, el que personne ne leur en avoit rien commandé; et sur cela je me retiray au logis dudict sieur de Yillebon pour faire diligenter le partementdiidict bagaige, où estant l'onnousvint advertir que l'on voyoit passer la rivière ausdicts ennemis auprès de la ville, oi^ la marée est plustost basse d'une bonne heure qu'au lieu où il la nou$ falloit passer; et voyant cela nous advisasmes de la passer aussi incontinant, craignant qu'ils ne se voulussent camper entre ledict Calais et nous, pour seulement; coupper le passage des vivres qui nous venoient : et là dessus ayant contremandé ledict bagaige affin qu'ils ne passasseint point, de peur de desordre , ledict sieur de ViUebpn passa le premier avec toute la cavallerie, excepté les compagnies de messieurs de Vassé et d'Annebaut, pour

l84 [l^^]9] MÉMOIRES

mettre le tout en bataille à mesure qu'ils passeroient. « Les vieux Françoilï passèrent les premiers, les légionnaires après, etles AUemans les derniers, et moy je demeuray avec quatre ou cinq cens harquebuziers et tes compagnies desdicts sieurs de Vassé et d'Annebaut de delà , tant pour faire diligenter le reste desdictes forcitô et bagaiges, qu'aussi de crainte que ceux de la viUe, où nous voyons encores remuer force enseignes aa lieu mesme où ils s'estoient campez hors ladicte ville, nous vinssent donner sur la queue, ayant envoyé dire au sieur deVillebon qu*en faisant mettre la cavallerie en bataille, il la fit armer sur Taisle droite de quelques harquebuziers. Et estant sur le bord de la liviere en un lieu d'où je ne pouvois voir les ennemis et bien peu les nostres, où je faisois 'diligenter le passage de ce qui estoit reste encores, l'on me vint dire que les ennemis marchoient , et qu'il seroit bon que je fosse auprès de nos gens; pourquoy, laissant la charge pour laquelle j'estois là audict sieur d'Annebaut et au fils dudict sieur de Vassé, qui estoient avec moy, je passay du costéde nos , forces , et allay droict à là teste de la moitié de nostre cavallerie, laquelle j'exhortay de bien combattre; et voyant que l'escadron de la cavallerie ennemie estoit de beaucoup plus gros que le nostre, je donnay jusques à nos gens de pied qui estoient à la main gauche , assez près de là , pour prendre un nombre d'harquebuziers et les mener à costé de la nostre pour la soustenir; ce que je fis : et après que le premier choq de la cavallerie se fit, je commençay à voir que les ennemis s'en retoumoient du costé mesme qu'ils estoient venus, et nos gensparmy eux, de façon que je pensois une fois qu'ils fussent en routte.

DE DUVILLÀRS. [l558] lS5

«Qaoy voyant^, je m'en allay &ire marcher nos gens de pied pour les mener au combat : et pour sçavoir à la venté comme les choses passèrent a^udict combat, je m'en remets à fous les gens de bien qui y estoient , qui me gardera d'en faire aucun discours pour ne vous envoyer aussi de plus grand .langage. Faict à Paris le vingtiesme jour d'aoust iSSg. n

Qu'ayant sceu bien au vray que le duc d'Alve doit passer vers le toy d'Espagne pour prendre resolutioQ sur tout ce qui sera à faire et à demesler en Italie àcesle prime-vere(0 au desadvantage de la France, il supplie très -humblement Sa Majesté luy donner congé d'aller faire un tour vei^ elle pour plusieurs grandes et dignes considérations, laissant ledict sieur de Gonnort son frère en sa place, protestant de se rendre vers elle en iquinze jours, et de s'en retourner tout aussi tost en pareille diligence, afin d'estre préparé à mieux servir ce prochain esté.

Le congé fut enfin accordé au mareschal, comme il avoit demandé ; mais la froide réception que luy firent messieurs les cardinal et duc de Guise luy fit assez recognoistre que leur ambition ne pouvoit en* durer prés du maistre celuy lequel, par sa vertu et par tant de glorieux exploicts de guerre, estoit glorieusement recommendable, craignans que le Roy le retint prés de luy ; et toutesfois n'avoit jadis desdaigné, non plus que tous les princes et seigneui^ de la France, le connestable excepté, d'aller souvent à la gueiTe sous le commandement du mareschal, tant il reveroit sa valeur et sa vertu , n'estant lors que coronnel gênerai de

CO Printemps.

i86 [i558] ^Éi^oiHBs '

la cavallerie. Quant à 3a Ifajesté, et en pjahhç et en particulier y il fut très bien* veu et cajnessé ; maijs il y avoit long temps que le mare^cbal avpit descQu?ert que ceste maison .guisie^nne se servoit du vidame de Chartres camme d^un instjrument fort propre à le travailler, esperans peut estre^ par ces attaques cootinuellesy tellement liarceler le marescfaal, qu il seroit contrainct de quitter sa place à M. d* Aumale leur frère; et de faîct y par Tentremise de cestuj-cy, ils laissèrent cou vertement couler, comme ils avoient desja précédemment faiet, quelques accusations au. préjudice du mareschaly lequel, ayant en fin tout descouvert, supplia le Roy, en leur propre présence, d'wvoyer pendant qu'il estoit prés de luy faire information et de sa vie et de ses actions, pour , les trouvant indignes du lieu qu'il «voit tenu , l'en faire çhastier., s'estimant indigne , là oik Ton le troqyeroit avoir autrement lisé de sa charge qu'en, homme d^pnneur , d'estre àjamais honnoré d'aucun grade ny eopimsindement de Sa Majesté; et que là où par le contraire ellesse tr©ttvei'oient autant honnorables et fidelles qu'elles estaient , que | ces scélérats accusateurs, qui se mesloient de mesdif^ et causer de plus gens de bien qu'ils ne furent ny seroient peut estre jamais , fussent fort exemplairement chastiez ; et que s'ils estoient de sa portée , qu'il auroit le courage aussi bon que l'espée pour les en faire desdire.

Le Roy, qui en son particulier, aimoît uniquement

le maresphal, etqui recognut bien qu'en n'y pronapte-

ment remédiant il en sortiroit quelques desmentis en

•campagne qui brouïileroient le monde, ilprintle

• tout sur luy , et déclara, presens tous les seigneurs

DE toUVILLAKS. [l558] 187

de ia Cour, qu^l sçavoîf que le iriafreschalavoit rendu et à luy et à sa coronnfe tant de grands et de mémorables services , qu'il avoit très-juste occasion de l'en grandement aimer, lionnorcr et estimer, comme il faisoit; et que s*il venoit à sa cogtioissance que qui que céftist en'parlast autrement, qu'il feroit cognoistre à tout le monde combien les mesdisans et les envieux luy estoient à contre-cœur, et que son intention estoit plustost d'augmenter que de diminuer ta charge et l'authorité qu'il avoit si sainctement maniée parmii toutes sortes de nécessitez et de fortunes, et dont il esperoit luy rendre la condigne récompense qu'il meritoit si lest que Dieu' luy donneroit la paix. L'amour de Sa Majesté enverâ le mareschal la porta jusqu'à dire au vidame qu'il estoit fort ingrat envers luy, à la seule faveur duquel elle luy avoit donné Testât de colonnel^ ce qu'autrement elle n'eust jamais feict, et que si doresnavant il n'iionoroit et reveroit le mareSchal, qu'il lepriveroit de sa charge. Et à dire ouvertement ce qui en est , il semble que ces princes de la maison de Guise se monstrereni uii peu trop aspres à l'embrassement des affaires , vèu la grande puissance qu'ils avaient desja en main, et' avec laquelle ils pouvoient doucement caresser et gratifier ceste'bëlle ame du mareschal, et modérer leurs intentions, se souvenant que le trop est tousjoùrs dangereux par tout , tnais mortellement parmi leS ambitions mal mesurées ; car pour se maintenir seuls au maniement de l'Estat ils sont contraints de faire assez souvent des fascheries ou irriter h tort leurs propres amis et serviteurs , tels qu'estoit le mareschal: s'ils eussent bien considéré ce qui en advint entre César et Pompée, peut estre s'en fussent ils re-

l88 [lSS8] MÉMOIKES

tournez^ ou au moins ils eussent un peu lasché la corde de Tare , qui n'estoit que trop roidement bande contre ce seigneur plein de bonté ^ d'honneur et.de modestie.

Or le mareschal estant demeuré ^atisfaict, il fit entendre au Roy qi;e Sa Majesté estoit desja si puis* santé en Piedmont, au Montferrat et aux Langues, qu'il ne s*y falloit plus amuser, ains porter les armes vers GenneSy Savonne et Milan mesmes, et que pour ce faire il falloit adviser à deux choses : la première^ à faire que Tàrmée turquesque se vint joindre à celle du Roy pour essayer d'emporter tout ce .qu'il y a depuis Nice jusques à Gennes, la réduisant par ce moyen à telle extrémité y que, se trouvant privée et de la mer et de la terre, elle fust contrainte se jjetter entre les bras du Roy ; l'autre , que poui* rapporter honneur de toutes ces entreprinses, il falloit adviser aux moyens nécessaires pour payer l'armée ^yec tel ordre , qu'on ne rétombast plus aux precedens. inconveniens que la nécessité avoit engendrez^^ aimant trop mieux, quant à luy, demeurer prés Sa Majesté que de retourner delà sans avoir moyen de la bien seii^ir, comme il desiroit faire ; et qu'au change on recognoistroit la différence qu'il y a d'un naturel fidelle et débonnaire à ceux qui ne sçavent que servir du plat de la langue, et qui ont la vaillance aux talons.

Ces seigneurs , qift ne demandoieni peut-estre que les siens, tindrent souvent conseil pour trouver dequoy luy fournir ce qu'il demandoit; en fin, ayans calculé les forces et la despense, avec celle de rartillerie et des vivres , ils luy firent despescher un estât des assignations qui luy seroient particulièrement affectées, et

DE DUYILLÀRS. [l558] 189

<{ti*ils asseurerent estre bonnes et recevables ; et toatésfoisy s'en estant diligemment enquis, il trouva que cestoit marchandise meslée^ et dont se plaignant, on luy fit response que c*estoit tout ce que la nécessité des affaires avoit peu permettre, et qu'estant à Lyon il essayast de faire party de celles qui estoient les plus verreuses, et que lé Roy en porteroit la perte et Tinterest. Estant encores en Cour,)e suplifty le mareschal d'obtenir du Roy pour moy un estât de secrétaire des finances, comme Tavoit eu Millet, secrétaire de M. de Gùise, à son retour d'Italie. Le Roy le trouva bon , remettant toutesfois tout au cardinal, auquel le mareschal en parla en ma présence; la responce qu'il fit, ce fut que la misère des afiaires requeroit qu'on cassast, non pas qu'on augmentast les officiers. La jeunesse, la colère et l'interest particulier, me portèrent loi's à luy respondre tout sur le champ : « Si vous avez trouvé raisonnable , monsieur, que Millet, secrétaire de M. de Guise vostre frère, en ait eu un pour ce glorieux voyage de huict mois qu'il a faict en Italie, pourquoy le trouvez vous mauvais pour moy, qui sers il y a dix ans, estants nuict et jour quasi tousjours à cheval? » Il metournala teste sans autre response, sinon qu'il y penseroit. Je m'en plaignis au Roy, qui me dict ces mesmes mots: ce Boyvin, mon amy, ne te fasche point, car je te promets qu'il ne passera gueres de temps que tu n'ayes mieux que tout cela , et par la main de moymesme qui te veux approcher de moy. » Et de faict je sceus par M. de Fresne Robertet, secrétaire d'Estat, que Sa Majesté me reservoit plus que je ne pou vois jamais espérer, et que le commandement en estoit desja faict à luy et à messieurs ses compagnons. Aucuns di-

I^O [l^SB] MÉMOIRES

ront que j'ay t<^i t de rapporter ep ce thçatre ce qui me touche, et m,oy )e respons. qu*il est permis à celny qui est mal traicté pour les bons services qu'il a reur dus d'en repousser Faudace par le propre r^cit de ses mérites.

Quay qu'il y ait, qu'il s*en fallut retourner en Piedmontavec ces belles depesches, qui ne portèrent depuis gueres de fruict, les passions particulières estans trop avant env«loppéQSx parmy le service du maistre, qui porta la peine des fautes d'autruy, ainsi quela fin de ces Mémoires fera recognoistre au doigt et à l'œil aux moins passionnez. Tant y a (]pie les gens de bien qui ont le maniement del'Estat doivent faire la guerre , noD aux luiianges ou aux mérites des hommes , ains à leurs actions si elles ont esté mauvaises.

Le mareschal , estant arrivé à Lyon, estima que c'estoit chose impertinente de retourner en Piedmont sans premièrement recognoistre quel fondement il pourroit faire sur les assignations f^^i luy avoient este données pour payer l'armée de partie dû passe', et consequemment de l'advenir, et mesmes essayer de porter une ou deux, payes avec luy, l'armée estant en ceste attente.

Le sieur du Plessis, déclaré intendant des finances au lieu du président Bailly, arriva bien tost après luy; toutes sortes de«partis furent tentez, tant avec le gênerai Delbene (0, M. Obrçts', qu'autres ; mais il se trouva que la pluspart /lesdictes assignations estoient si frivoles, qu'à peine en pouvoit on espérer la moitié * ce qui fust remonstré au Roy, et que les soldats du Piedmont , qui avoient arresté leur espérance sur le retour

.(0 Général des finances.

DE DXrVILLAKS. [i558] igi

dddict^ipareschali se mutineroient s'ils le voyoie&t ar^* river les maint viiidea ;^t que là où Sa Majesté ne pour* roit faire fournir d'autres assignations que celles qui avoientesté haiUëe8> qu'il vâlloit mieux retenir la pluspart desforces qui avoient esté ordonnées pour le Pied-» moot, que de les y conduii^ pour en recevoir de la honte et du dommage.

Le mois de may et tout celuy de juin furent em* ployez en ces pratiques, en ces remonstrances et re* pliques ; mais en fin tout ce que le mareschal sceut faire, avec Taide dudict sieur du Plessis, ce fut de faire retenir le régiment du baron de Helven , et de porter avec luy une paye aux soldats. Cependant Gonnort donna advis au maresclial que le duc d'Urbin avoit prias le service d'Espagne; que les galleres de Gennes se preparoient pour enlever dix-sept enseignes d'Espagnols et huict de lansquenets, pour les trajetter à Naples ; que tout aussi-tost qu'ils seroicnt descharges^ enterre, qu'elles retourneroient prendre le duc d'Alve et sa femme; que le marquis de Tariffe estoit destiné vice roy de Naples, au lieu de domp Garcia de Tolledo, et le duc de Sesse de Lombardie au lieu du Fi-< guerol; que l'armée turquesque devoit venir en ces mers pour aider l'entreprinse de Savonne ; que les ennemis du costé de Milan font nouvelles levées au 'lieu de celles qui sont parties , et que luy, au rebours d'eux ,, pert tous les jours les siennes par faute de payement, n'estants secourus que de pain seulement ; que Lioux (<), gouverneur d'Albe, avoit délibéré de quitter sa charge , à cause du reiFus qu'on luy avoit faict de convertir sa compagnie de gens de pied en cavallerie; que les en-

(0 Frère de Montluc.

iga [i558] uÈxoïKBS .. nemis se sont jettez en campagne pour aller prendi^ Robelle et plusieurs autres chasteanz du Moatierrat, et qu il fera tous ses efforts pour les secourir.

Qu'ayant crainte que les ennemis, priosent aussi Primel, qu'il l'avoit faict brusler; quela terreur de la venu« de l'armée turquesqueavoit tellement esbranlë les Genevois y qu'ils avoient envoyé de grands présents au bâcha qui la commande , et qu'il. leur avoit couvertement promis de ne les endommager aucunement : voylà le fiât qu'il y a en la patenostre des Infidèles.

,Que les Impériaux faisoient grand amas de vivres pour avictuailler Cairas, Foussan et Cony reduicts à nécessité extrême.

Qu'il estojt nécessaire de casser six ou sept capitaines qui mutinoient toute l'armée^ pour le renforcement de laquelle commençoient à arriver quelques crues assez mal equippées. le voudrois, à ce propos^ que les François fissent en pareille occasion ce que font les Espagnols; c'est que tout aussi tost qu'il arrive en Italie quelque trouppe de pied-deschaux (0, qu'ils appellent bisogneSy les vieilles bandes s'assemblent pour délibérer sur la parade de ceux-cy, ausquels l'un contribue les souliers, le cbappeau , et les autres de main en main tout ce qui est nécessaire pour le remplumer.de pièces rapportées, et sur tout pour luy apprendre son entregent; à quoy faire ils sont tous si soigneux, que en moins de rien vous les prendriez pour anciens gouzmanes, que nous appelions lances*spezades (^) à l'imi-

(>) Recrues non encore habillées et équipées. — (*) Zances^pezades : officiers réformés , ou gendarmes démontés, qui servoient dans Finfanterie arec quelque avantage.

DE BOTILLAaS. [l55l)] * I()3

(ation des Italiens ^ mâisy à mon advis, selon nous appointez en la fanterie: quant à la morgue , cela ne leur raamjue jamais*

Gonnort, qui trottoit toasjours de c«sté et d'autre/ tant pour surprendre que pour n'estre surprins^ fut adveily qae cent chevaux et quatre cens fantacins estoien^ partis de Verceii, Trin et Sainct Germain, pour aller Êiire mr les eommunes du Biellois Texaction des vingt -deux mil' escus dont il a esté cy-devant parlé; toutes lesquelles , en ayants eu avis, envoyèrent soudain à Santia prier Ludovic Biragne de les venir secourir, estants ^resol us de prendi*e les ai*mes pour se conserver sous Tobeïssance du Roy: luy,qui cooimandoit à une grosse garnison , qui ne demandoit pas meilleur pain, fit soudain monter k cheval sixvingts chevaux et quatre cens fantacrns choisis sous vaillanscapitaines, ausquels il commanda que rencon* tirants Teimemy, qu'ils menassent les mains basses sans en prendre nul à mercy. Ainsi commandé, tout ainsi fut-il rudement exécuté ; à qnoy faire les communes s espargnerenfc si peu , que dix-huict pauvres diables cpï s'estGÂent sauvez furent suiviz et massacrez £omme tous les autres.

Birague avoit fort sagement mesnagé une entreprtnse sur Sainct Germain, laquelle il ne peut exécuter à cause des grandes eaux qui survindrent tout à coup du coslé de ladicte Serre.

En mesme instant , Le Birague donna advis au ina> reschal qu'il avoit surprins des lettres du Fâguerol , dans lesquelles il faisoit mention d'un certain Hierome Empereur napolitain, et jadis soldat de Charles son fr«re , lequel s'estoit aHé rendre à V^ilpian loi-s qu'on 3o. i3

194 [l558] MÉMOIRES

marçhoit à Tentreprinse de Verceil, et qiù estoitlors soldat dans Trin;.que ce devoit estre luy et non autre qui avoit Fentreprinse sur Chivas dont le marescbal l'avoit adverty-y qu'il veilloît de si près sur luy , quil rattrapera et ferla pendre ; qu il avoit sceu que le commissaire des Impériaux et Lomelline avoient n'aguieres dit ^u gouverneur de Novarre qu'il seroit bien*tost plus hautement appointé qu'il n'estoit pas, et dans Casai mesme ;, surquoy il falloit veiller de près pour n'estre surprins.

Que les forces des Ferrarois estoient arrivées à Scaldapoly Orno^ Serpengo etSainct Angelo, vers la route de Santia ; que Tennemy ayant sceu la nouvelle de la venue du Turc ^ faisoit-nouvelles levées pour envoyer en Sardaigne ; que le conte de Valence est tout recentement arrivé à Mortare avec douze cens hommes, et que ce doit estre, veu le propos dudict commissaire ^ pour entreprendre sur Casai, dojit il a donné advis au gouverneur.

En ces eqtrefaictes le duc de Ferrare remercia le mareschal du secours qu'il luy avoit offert^ et duquel il n'avoit plus de besoing , ayant faict suspension d'armes avec les ducs de Florence et de Parme, ^ur laquelle il attendoit la ratification de l'Espagnol , duquel il estoit en doute, puis que, nonobstant.iceUe^ il faisoit advictuailler Scandian ; que le duc de Parme s'estant à son préjudice esgaré en bravades, qu'il avoit commandé au prince son fils d'assembler ses forces et de courir sus à ceux qui voudroient empescher ses desseins; que les adversaires ayants recogneu ceste resolution, tant s'en falloit qu'ils eussent levé les armes , qu'au contraire ils estoient allez saliier son fils, et prônais de mettre

DB Dl^VILLÀRS. [l558] I95

(bn9<leux purs en ses mains la place de Montechio, dans lequel il avpit résolu de mettre puis une forte gar* Bison ; et que les choses succedans ainsi , que toutes les forces quif estoient de ce costé là tourneroient teste vers lePiedmonty comme elles firent depuis.

C'estoit verîlablement mal mesnager les affaires de Sa Majesté par ceux qui en avoient lors le maniement , que de ne penser seulement à autre chose qu à se défaire du mareschal et le i*envoyer sous des espérances vaines comme ils faisoient, ne considerans pas que ce ne seroit luy qui enf recevroit le dommage , ains le Roy mesme ^ à qui le tout appartenoit; mais la pas» sioD et leur advancement particulier les aveugloit tellement , qu'ils ne se soudoient paravanture pas beaucoup des peites du maistre ^ pourveu que la gloire du mareschal, qu'ils avoient tant à contrecœur, vint à recevoir quelque obscurcissement.

Il eut cependant advis que Le Figuerol avoit apporté de quoy payer Tarmée ennemie pour tirer à la campagne y sur quoy il supplia le Roy de faire haster les levées de I^anguedoc , Provence et Dauphiné.

]£sta|it party de Lyon et arrivé à Sainct^Michel, il récent letb*es du sieur de Gonnort, son frère , qu'il avoit lai^é en Piedmont, par lesquelles il luy mandoit que le duc.de Sesse estoit arrivé à Milan lieutenant gênerai du roy d'Espagne , et .que de tous costez forces se preparoient pour assaillir le Piedmont ; quoy estant, il esjtoit hors de propos d'en retirer trois cou^par gnies de gendarmerie , comme Sa Majesté vouloit faire, et pour l'en desmouvoir il luy envoya les propres lettres dudict sieur de Goni^orty qui ne profitèrent de rien, la passion des ministres surmontant la raison.

1 96 X 1 558] MÉMOIUBS

Le vingtiesme^juillet 1 5 5^^ le marescbal, arrivant en Piedmont^ trouva les ennemis prests à marcher en campagne avec les forces suivantes t à sçavoir, unze Compagnies dé gendarmerie^ vingt de cavalleriey neuf mir Allemans sous trente-sept enseignes , trois mil' Ëspagôôls sous vingt- six ensjsignes ^ six mil* Italiens, sans autres deux mil* hommes rappeliez de Nice, de Grenues et Savonhe^ sur la retraicte qu a faict Tarmëe turquesque, ti'estant employée comme elle devoit estre par les résolutions prinses avec le maresphal auparavant son partement. d'auprès du Ro>j. Beaucoup de gens eurent lors opinion qu'on avoit tout expressément renvoyé cesteai^ée pour crainte qu à la faveur d'icelle le mareschal ne fist les conquestes qu'il espe^oit da costtf de la marine (i)^ entant que la prospérité d'icelles eust peu4-estre reculé ou obscurcy la gloii^e et le crédit de ceux qui envioient la sienne ^ ou y pour mieux dibe, celle du maistre. Je lairray maintenant juger à ceux qui ont quelque cognoi&sanc^ de }a guerre et de TEslat > si ce n'est pas un fort advaotageux mesnage de se tit^mper soy-mesme, et non pas le mareschal, luy donnant de fausses assignations $ ^et de travailler aussibeaucoup pour avoir ceste puissante armée turquesque , qui ne coustoit du tout rien , et puis la renvoyer satis en tirer le grand fruict qu'elle pouvoit rendre, et faire aussi par la recognoistre au Grand Seigneur nos inconsiderations et nos foiblesses. •

Qu'au lieu de porter profit, comme elle devoit, au Roy, elle luy avoit, par le contraire , apporté un fort prepidiciable intei-est, entant que la teiTeur quelle avoit donné aux Gennevois les avoit contraints de

CO Sur la côte de délies.

DE OUVILLARS. [l558] IQJ

solliciter ceste armée que les ennemis avoient mise sas pool* les redîmer du danger qu'ils eussent couru ; et de&ict ils avoient fourny deuic cens cinquante mil escuz, par le moyen desquels on fit revenir de Naples sept ou huict mil* hommes qui peut-estrè n'en eussent bouge.

Le Roy fut soudain adverty de tout cecy, et suppUé d y vouloir pourvoir d'heure» considérant ce que pouvoit feire une armée de vingt mil' hommes bien payée contre des trouppes mal payées^ à demy deffaictes et mal contentes par là trop longue toUerance de la pauvreté; que cependant , toutesfoiSi le sieur déOonnort et luy n'oublieront chose quelconque ^ jusqu'à la dernière gOutte de leur sang y pour* faire tout ce qui leur sera possible pour résister à un tel effort , mesmes sur ce dernier desastve de M. de Termes venu assez mal à propos.

Que c'est fort mal entendre les affaires d'estimer^ comme il a entendu que font aucuns » quHl y ait neufvingts-dix mil' livres de deniers comptans sur le bon des finances du premier de juillet, payable en aoust» d'autant' qu'en avril on emprunta huict-vingts mil' livres des marchands de Lyon^ dont les cinquante mil' ont esté rembourses, et du surplus montant cent dix mil' livres y assignation leur fut baillée sur lesdictes neuf-vingts dix mil livres , et pour leur seureté les mandemens mis en leurs mains, dont doivent revenir de bon quatre-vingts mil' livres! seulement , sur lesquelles en partant de Lyon M. Obret luy avoit advAncé soixante six mil' livres; et que, quant aux trente six mil' escus que Les commissaires d'A^gepois avoient mandé estre prests, il n*en estencores nulles nouvelles, et par

iqS [i558} mémoires

ainsi tout le fonds qui denveure pour Tarmée, ce sont quatorze mil' livres , avec lesquelles il ne pourra pas faire grand banquet aux uns ny aux autres ; et en fin que de deux millions huict cens mil* livres d^assignations destinées pour le Piedmont, il n*en à este recen que six cens miF sans espérance de mieux; que s*il eust à temps receu ce grand secours ^ qu'il seroit pteça à deux doigts de Milan et de Gennes.

Le deuxiesme aoust, Tarmëe ennemie se campa à deux mil' d'Ast, attendant rartillerïe de Pondesture et d'Alexandrie avec deux mil' pionniers et une grande quantité de farines qu'ils avoient faict faire, soit ponr nourrir l'armëe au siège qu'ils entreprendroient, on pouradvictuaillerFoussanetCony^ qui estoient eâcores eu nécessité.

Que le Montdevis et autres places sont toutes sans gouverneurs y et la gendarmerie sans capitaines , comme il a cy -devant escrit ; de manière qu'il n'y a compagnie qui ayt aujourd'huy plus de vingt •cinq à trente hommes, et à quoy Sa Majesté n'a pourveu,quoy quil l'en ayt souvent et souvent suppliée.

Le mareschal donna advis au Boy que Ludovic de Krague avoit faîUy l'entreprinse de Saine t-Germaio, et qu'il s'estoit retiré sans autre perte que de douze soldats et du capitaine Malvoysin, qui seroit délivré i*il plaisoit à Sa Majesté donner par contre-eschange Gonsalle Montero, qui estoit sur les galleres ; ce qu'elle accorda fort volontiers.

Du septiesme aoust le mareschal donna advis à Gonnort son frère que les ennemis avoient passé la rivière du Tanare, en intention de surprendre quelqu'une de nos places ^ que craignant que Verrue en

DB^UVILLA&S. [l558] 199

fust l'ttney qu'il jeUast diligemmeot deux cens hommes dedans»

Que le dixhuictîesrae les ennemis vindrent en gros escarmoucher ceux de Sainct Damîan^ lesquels sortirent) mais non plus loing que la faveur des murailles, avec commandement, là oh ils se trouveroient pressez y de se jetter dans les fossez les portes estants fermées ; finallement que les ennemis s'estoient retirez , laissans cinq ou six des leurs morts sur la place , laquelle ils firent recognoistre par un ingénieur qui s*estoit retiré du service du Roy par faute de paye* ment : que là où il adviendroit que les ennemis tournassent teste vers Gourtemille, comme il craignait, qu il le renforçast soudain de quelques bonnes trouppes.

Que pour mieux pourvoir à tontes choses sur la diversité des remuements , qu^il s'alloit jetter dans CarmagnoUes avec une demie armée, et pour favoriser aussi la conduicté de deux mille bouUets à canon qu'il faisoit venir de Ville-franche.

Qu il vient présentement d'estre adverty que la pluspart de Tarmée ennemie est arrivée au pont de Revignan avec dix^neuf canons ; que c'est le chemin qui fourche pour tourner en Piedmont ou vers Sainct- Damian; et que là où il adviendroit qu'ils tirassent vers cesiuy-cy , qu'il jettast soudain dedans six compagnies de renfort , leur faisant prendre le chemin de Fort-pas, Villestellon et Montcallier, pour y pouvoir passer le Pau, et cheminer par lesault de La Cisterne, pour fuïr les surprinses.

Qu'il venoit de recevoir lettres du conte de Tende , portants que l'armée turquesque s'estoit retirée en Levant, corrompue par les présents des Genevois, ayant

f20C [l558] icésfOfAÉ«

plustost apporté recaUement q^ae avaocf méat aox

affaires du Roy. ^

Donna advis au Roy que le vîngliesme aovst quatre cçns hommes de ped et cinquante cellades parties de Pontdesture estoient venues recognoistre Yerniëy qui eaayoit des-ja Talarnie ^ et qu'esians sortis à la faveur ducangn, il enestoît demeuré quinze de morts et une douzaine de blessez , et que sans la cavàllerie la pluspart de la fanterie y fust demeurée pour les gages ; que les ennemis s'efibrcent de dresser un pont de barques audict Pontdesture^ pour aller assaillir Mont^ calve.

Qu'il vepoit de recevoir lettres de Gondrio^ gouverneur de Casai, par lesquelles il luy dbnnoit advis qu'on avoit trouvé contre leâ murailles du couvent de Sainct- François deux grandes eschelles et plusieurs instruments de feu artificiel ; que ayant faict tous ses efforts pour en descouvrir la mesche, qu'il avoit perdu son temps : bien soupçonnoit-il que l'enseigne du capitaine MontluCy qui avoit esté caché huict jours dans la ville à cause de quelque quet^le qu*il a avec uo autre qui Ta lourdement gourmande^ soit celuy qui par desespoir ait prids intelligence avec les ennemis, avec lesquels il devoit avoir dressé quelque practique pour mettre le feu <lans la ville et dans les munitions, pour favoriser quelque escalladc, et qu ayant peutestre veu passer la nuict quelques uns, qu il ait perdu et le jugement et le courage ; et de faict qu aussi tost que la porte de Casai auroit esté ouverte^ qu il seroit sorty, luy sixiesme, à cheval , et prins augalop le chemin vers Pondesture.

Le i6 aoust, la signore Catherine Hercalaoa ,

DS DuVlLLÀRS« [l558] 301

femme de Hieromede Thuroy, lieotenânt davidame de Ciiartres , et aùqttel le Roy avoit donné le chasteau de Ville^franche, assis sur le Pan y iuy ' avoit mande qu'il ne fiist en doute de la placé , car si les ennemis Juy doottoient encores terme dé quinze jours Qu'elle la deffendroit elle mesme^ non avec la quenouille, mais à la poinctede Tespée et jusqu au dernier soupir. Voilà une autre Zenobia ou Amazone /qui ne veut pas cstre seulement Herculeane de nom , mais de faict aussi : le maresclial-Fen-loua aVec parolles dignes de sa vertu et valeur. Si toutes les femmes ressembloient à ceste-cy y les hommes nen aur oient pas l'avantage, mesmesdans Paris où elles sont maislresses.

En ce mesme temps le capitaine Loup, gouverneur de Geve, et le sieur de La Cure'e , braves et diligents capitaines , voyansFennemy en campagne, supplièrent lemareschal les lionorer'de son commandement pour s'aller jetter dans telle 'place du Piedmont qu*il adviseroit, pour rendre courageux tesmoignage à Sa Majesté de leur dévotion à «on service : au mesme instant le baron de Chepy et Fontrailles se jetterent dans Saviglan, et Maugercm dans GarmagnoHes; de manière qu'a veùë d'œil la crainte du mal qui nous menaçoit eschaufibit de twis costez ces âmes généreuses à le repousser par un courage dévot et intrépide. ^

Du vingt-huictiesme aoust , le duc de Somme , napolitain y auquel recentement le maresclial avoit donné le coQMaciattdement dans Carmagnolies , voyant le duc deSesse prendre cette route avec l'arme'e ennemie, escrivit au mareschai qu« cesle charge dont il Favoit honoré robligeoit à hiy représenter Testât des affaires, à fin de prévenir les inconveniens qui raeoaçoient

2102 "^ [l558] HÉMOIRE»

la place; qu'il le supplioit de croire, en prexàier li«tt, qu il ne se trouvera aucunement trompéde la confiance qu'il a eu€ de luy , que ses actions etson propre sang enf rendront indubitable tesmoigns^e ; qu'en practiquant i*honneste liberté qui doit tousiours esCre rev€remment gardée de Tinferieur au supérieur , qu'il le supplioit avoir pour agréable <{u'il se plaignist d'avoir esté renforcé y non de soldats y mais d'enseignes fort piètres seulement; que le mareschal estant le grand capitaine y pour lequel toute l'Europe le recognoissoit, sçavoit mieux que nul autre que le nombre valeureux des bons soldats estoit celuy qui deffendoit et qui suppleoit aux defTectuositez des places mal pourveues et mal fortifiées, comme estoit CarmagnoUes, qui avoit les courtines basses et non terre-planées , les bastions à demy achevez et sans parapects ny fossez profondez; qu'il n'avoit trouvé dans la ville et diasteau que trente cinq caques de poudre à canon, cent balles seulement , et du tout point de poudre pour l'harque- j bouzerie, avec toutes lesquelles nécessitez il seroit mal-aisé de rendre tous les courageux efforts que luy et tous les autres desiroient; que pour soustenir et deffendre le fossé, qu'il faut que l'harquebouzerie face le jeu; que les coulevrines et fauconneaux qu'il avoit dans la ville en feroient la première poincte,'s'il avoit des balles pour y servir.

Que toutes ces choses considérées (non par la conséquence de sa personne, qui ne doit estrc pour rien contée, mais pour celle du commun prince), il sup- .plie le mareschal luy vouloir donner les moyens pour pouvoir déflSsudre, comme il désire faire, la place jusqu'au dernier soupir, désire aussi (là où l'ennemy

DE DuvfLLAas. [i558] ao3

sadifeesseroit à Carmagnoles ) sçavoir s'il avoit à brasier ces beaux faulx-bourgs, plus grands presque que'la-mesme ville : que le^ commissaire de l'artillerie s'estanjk inconsidérément mis en chemin avec sept caque^ de poudre et quatre rouages sans demander scorte(Oy qu'il avoit esté rencontré par les ennemis à un qimrt de lieuë de la ville, qui leur avoient seulement osté .leurs chevaux y ayans veu quelques harquebouziers des nostres qui s'avançoient sur ce chemin 9 et. que le reste avoit esté amené dans la ville. Par auti^e lettre dudict sieur duc de Somme , il dict avoir receu toutes les provisions que le mareschal luy a envoyées, et qu'il le supplie demeurai* en repos sur la deffense de la place , devant laquelle il vondroit des-ja veoir l'ennemy pour chastier ses bravades.

Le dernier d'aoust, le sieur de Gtignan, qui commandoit à Lyon, donna advis au mareschal que l'armée»du Roy estoit logée à Chauvy, et celle d'Espagne à Miraumont ; que les banquiers , par lettres redoublées, avoient advis que l'armée d'Angleterre avoit faict voile vers la Bretagne ; qu'elle avoit rasé les ports de Saiact Maheu et de Gouquet (^)-, qu'elle avoit depuis prins terre et s'estoit venu camper devant Brest ; que tandis que ceux de dedans canonoient leur armée , que toute la noblesse, avec les communes de Léon et de Cornuaille, estoient accourus au secours, et combatu les Anglois avec tant de courage, qu'ils en avoient desfaict plus de quatre mille, et trois cents chevaux , sans environ six vingts prisonniers, tant capitaines que officiers, et enfoncé quatre hourques dans la baye de

(0 Escorte. — (») Conqoest.

'AQ^ [l558] MÉMOIRES*

Brçst^ de manière que toute rarmëe avoit este conti^aincte de se sauver à la fuite. -

Environ le premier septembre^ le Roy manda aa mareschal qu on avoit failly de prendre Sainct Omer pajT rimprudence des conducteurs , qui l'eussent emportée s'ils eussent apprins en Tescole'de luy avec quelje patieoce et circonspection telles entreprinses doivent estre courageusement exécutées.

Le septiesme aoust y donna advis que l'armée s'estoit, advancée ju^ques à Varille , à quatre milles aa deçà d*Âst; que dans deux jours le duc de Sesse y devoit arriver: le marquis de Pescaire^ le fils de domp Feriand, gênerai de la gendarmerie ^ et le frère du marquis y y sont des-}^ tous arrivez ; que domp Alvaro de Sande, maistre de camp gênerai^ estoit aussi arrivé à Milan y venant de devers le roy d'Espagne» et qu'on Tattendoit en l'armée , afin que, l'ayant ouy , ils délibèrent de ce qui seroit à faire; que cela avojl esté cause que le mareschal a retiré tout ce qui avoit esté departy es environs de Foussan, et qu'il a jecté tout dans les places; qu'il fera aussi tout ce qui luy sera à jamais possible pour résister aux ennemis , mais que la bonne volonté, sans la force et les moyens, ne pourront produire ce qu'il desireroit; qve le pays et les places appartenans, comme elles font, à Sa Majesté, c'est à elle, les voulant conserver, à en donner les moyens, et non pas les racourcîr to^s les jours, comme elle faisott, jusques à le priver des chefs qui luy pou- . voient aider à porter le faix, mesmes luy demandant encore aujourd'hui, comme elle faisoit , le sieur Francisque Betnardin; et que, quelque nécessité que luy fist son assistance, il le fenoit neantmoins partir dans

DE DUyiLLÀRS. [l558] 2o5

$ix jours ^ et qu'il avolt commandé au sieur de Bellegarde de s'aller jecter dans Valence au lieu dudit BernardiOy auquel il supplioib Sa Majesté vouloir adjousterfoy sur tout ce qu'il luy dira de sa part, au parsus ce qui est dans l'instruction qui luy a esté baillée. "

«Le sieur Francisque Bernardin, chevalier de l'ordre du Roy, s'en allant en France, et venant, comme il faict, de la frontière, est chargé de faire recognoistre â Sa Majesté les grandes forces que l'ennemy a desjà tire en campagne, sans ce qu'il attend de Naples, de Sardaigne, de Sicile et du Sieonois./

«Querartillerieestoitdesjà arrivée à Felissan, àhuict mild'Àst, oh le duc de Sesse estoitlogé. Dira quelles sont les places lesquelles, par conjecture, on estime * qu'il attaquera.

«Les deniers qu'ils ont tirez des Genevois (0 et du Milannois pour le payement de l'armée, sans les proyisions de poudres.

«Parle contraire, la foiblesse de nos places, n'ayans deqaoy fournir à la fortification ; la diminution des forcer et le peu d'espérance qu'il y a que ceux qui sont dans les places soyent pour les courageusement deffendre, et le danger aussi qu'il y a, en voulant dresser quelque petit corps d'armée , qu'ils ne soyent pour s'abëlndonner à une mutinerie, ou à se saisir euxmesmes de quelque place, comme font ordinairement les Espagnols pour estre payez , lors que les arrérages ont surmonté la patience.

«Que l'ennemy desseignant, comme il faict, de gaster toute la moisson du Piedmont et des autres lieux, il faudra, pour le conserver parcy après, aller quérir des

'vO Génois.

!206 [l558] MÉMOIKES

vivres en Ly onnois et Dauphioé ^ que quand cela seroib une fois succédé ^ il en resuite deux autres fort dange* reuses conséquences : Vune, que Sa Maje&té, voulant remédier à cecy par une nouvelle aruiée, ne le pourra faire par la faute des vivres, si elle ne veut, pour un escu que elle despendroit maintenant, en despendre (0 cent; et par le contraire, Tennemy, qui' a toute la Lombardie derrière luy, n'aura jamais faute de rien .* d*avaptage, il pourra lors, avecdix mille hommes seulement , faire et entreprendre ce .qu il ne pourroit aujourd'huy avec quarante mille , si les gens de guerre de Piedmont estoient bieq payez, et renforcez seulement de mille chevaux et de cinq à six mille hommes de pied. L'expérience du voyage du duc d'Alve en Piedmont , devroit avoir aprins combien vaut Faune de ceste marchandise, à ceux qui le veulent ignorer par la propre ruine des leurs.

«Remonstrera aussi à Sa Majesté les longs et fidelles services du sieur.de Terrides, qui est capitaine de gendarmerie il y a trente ans, et la suppliera Thonnorer de son Ordre, et le sieur d'Ormée de gentil-homme de la chambre, en faveur de ce qu'il a volontau^ement mis sur le tablier, pour le service de Sa Majesté, sa personne et ses biens, qui ne sont pas petits, et qui ont servy de seure retraicte et de passage à tout ce qui alloit et venoit* d'Italie.

« Qu'en la finale extrémité de tous ces desordres, le mareschal et le sieur de Gonnort son frère se jecteront chacun dans une place, en intention de mourir sur une bresche, la picque au poing, pour n'estre tesmoins de tant et tant de misères qu'ilsprevoyoient , et qui es-

(0 Dépenser-

DE DUVILLAAS. [l558] 207

toient toutesfois remediables à- qui les eut voulu croire de bonne heure. Il ne faut jamais varier ny fleschir parmy les affaires qui requièrent force , courage et prompte résistance. '

« Qae de la paii; de Sa Majesté , pour donner la dernière main à la totale ruine de FEstat, il a este mandé aux receveurs généraux sur lesquels le Piedmont estoit assigné, qu'ils eussent à porter tous les deniers receus et à recevoir^ en Tespargne, nonobstant les mandémens donnez sur eux y et qui estoient sur le poinct d*estre envoyez au mareschal.

« Qu'il protestoit devant Dieu, devant le Roy, devant toute la France y que si en toute diligence Sa Majesté ne commandoit que rien ne fust touché de ce qui luy avoit esté accordé , qu'il voyoit tout l'Estat perdu , à laquelle perte il ne vouloit survivre , ores qu'il n'y eust de sa coulpe.

« Que Sa Majesté ayant privé M. de Vassé du gouvernement qu'il avoit du marquisat de Saluces, qu'il en ^ commis la charge au senesclial, qui est de robbe longue, et que combien qu'il s'y gouverne fort prudemment, quencores est il nécessaire, et pour les armes et pour l'Estat , que Sa Majesté en donne la conduitte à quelque cavallier d'honneur et d'expérience.

« Que plusieurs hommes d'armes, chevaux légers et fantacins, s'estoient retirez du Piedmont sans congé, et qu'au lieu de les faire chastier, comme il avoit supplié Sa Majesté, qu'ils avoient au contraire esté les bien receus, invitans par là un nouveau desordre sur ce qui restoit en Piedmont.

« Qu'en attendant la venue du sieur Francisque Ber-

ao8 [i5S8] mé^oiAes

nardin il a envoyé le sieui* de Monifort et le fils de luy

à Valence pour y commander.

(( Que ces,nouveaux remuëmensde rèntiemy oui invité le sieur Ludovic de Bira^e de s'en retourner à Sautiapour ledefiendre, au Iteu d'aller en France, comme M. de Guise luy avoit mandé qu'il fist.

« Qu'il a de longue main oliservé que les ennemis recevoient beaucoup et beaucoup" de donunoditez et de secours, tant de Nice que de la conté de Tende, à cause que le seigneur demeurant neutre comme il faict, il tire du passage du sel et des huilles environ trois mille escus de péage; que pour corriger ces inconvénients il jugeroit et juste et raisonnable que Sa Majesté retirast a elle césle place par une honneste et advantageuse recompense, et qu'elle mist dans le chasteau,quiest fort bon, un fort advisé capitaine, avec trois cens Ijods soldats, qui suQiroient pour faire la guerre jusqu'aux portes de Nice, et rompre le cours de ces ti^ai&cs, qui i^ndent au duc de Savoye plus de soixante mille escus par an, comme plus au long luy pourra desduire et remonstrer le sieur de La Curée, lequel en particulier il recommande à Sa Majesté, pour la valleur et affection qu'il a recogneuës en luy en divers notables endroicts. »

Il eut aussi nouvelles par M. de fioisy, grand esçuier de France, que l'armée d'Espagne estoit lege'eà Canaples ; qu'elle avoit envoyé dans Arras tous les bagages et l'artillerie de batterie; qu'on estimoit que les grandes maladies dont elle estoit affligée les inviloient à la retraitte, mesmes estants tenus de sî près par l'armée du Roy , qu'ils avoient faute de vivres ; et de faict que messieurs de Nemours, de Nevers, de Guise, d'An-

DE DUVlLLAItS. [l558] ' HOQ

malle, et autres grands seigneurs, estoienttous les jours à la guerre à tour de roUe, et que les seigneurs de Roban, de Bourdillon, de Rendan el se.cretaire Bourdin, s'estoient retirez mallades.

Manda aussi qu'il ny a place, pour bonne qu'elle soit au)ourd'huy, de la deffence de laquelle on puisse biea espérer par la main de gens désespérez, et lesquels au)ourd*huy on ne sçauroit secourir d'un seul prest pour un jour tant seulement.

Le vingt-quatriesme aoust, le mareschal, voyant l'ab sence de M. de Pequigny , gouverneur de Montcalve, jecta dedans le capitaine Tlsle, sergent majeur , qui délibéra de la deffendre, au prix de sa vie , avec plusieurs autres capitaines qui y estoient.

Il mit pareillement dans Sainct-Damian , oêi commandoit le sieur de La Rivière, son cousin, les compagnies des capitaines Vieux^Pont , La Gastine , Bertheuille, Laval de Vivarets, de Richelieu, eldu comte de Visque, italien, lesquels, l'armée ennemie estant venue recoguoistre la place , la tindrent à l'escarmouche par l'espace de quatre heures, demeurans morts ou blessez plus de six-vingts des ennemis, et cinq des nostres seulement.

De là les ennemis tnonterent vers le chasteau de La Cisterne , où commande le capitaine Torquato Torto , qui leur tua encores quelques gens ; et puis ils se retirèrent.

I-«ur armée vint loger à Valfenieres le vingt-sixiesme, où elle séjourna deux jours attendant quatre mille hommes et trois cens chevaux venans de Novarre; pendant quoy le duc de Sesse vingt recognoistre l'assiette de Butigliere, et de là , tournoyant la campagne, 3o. i4

a 10 [l558] MÉMOIRES

s'advança jus^ues à Bive^ à un qaart de lieue de Quiers ; et puis , se retirant , passa près Vilfeneufve d'Asty oà le sieur de Briquemaut commande, et où le sieur de La Motte Gondrin, ancien gouverneur, estoit Yenu faire un tour, et lequel les salua aussi rudement que les autres, avec une partie de la cavalerie de M. de Pampville, qui estoit là. par passade seulement.

Leur force estoit de vingt-deux à vingt-trois mille hommes de toutes nations, de trois mille chevaux , vingt pièces d*aitillerie^ et trois mille pionniers (0.

Lemareschal cependant, pour pourvoir a la seureté de ses places , meit dans lyiontcallier le sieur de Caillac, le sieur de Gonnort à Quiers^ le duc de Somme à Carmagnoles , assisté du colonnel Cheramont , tous avec forces convenables ; et ayant sceu que La Trinité faisoit feste au duc de Sesse de la prinse de Saviglan, il envoya dedans Montbazin (le gouverneur, La Molle, estant malade) avec force suffisante, lequel dés son arrivée fit si diligemment travailler à la fortification, que la place fut mise en peu de jours, en bon estât.

A Cental fut envoyé le capitaine Pierre Longue gouverneur, avec sa compagnie, celle de M. le prince de Condé, colonnel gênerai au lieu du vidame, commandée par le capitaine Quinson; celle de La Casette, et une d'Italiens.

A Busqué le sieur de Montemar, avec trois compagnies, et à Ravel le capitaine La Garrigue, avec une compagnie de renfort ; mandant pour le surplus au Boy qu ayant faict tout ce que son jugement et sa puissance pouvoient porter ^ il laissoit le reste en la

(0 Suivant de Thou cette armée n'auroit été forte *qile de douze mille hommes de pied et de deux mille chevaux.

DE DUVILLÀRS. [l558] 91 X

main de Dieu ; qu*il n*estoit plus temps de consulter et de s'amuser, ny sur sa prudence , ny sur l'affection de luy , car Tun et l'autre estoient reduicts au dernier acte de la tragédie, mais bien h diligemment pourvoir et de forces et d'argent ; autrement qu'il ne failloit plus attendre nouvelles que celles de la perte de partie de l'Estat , dans la ruine duquel son frère et luy estoient préparez de s'ensevelir.

Le vingtiesme juillet, le Roy , commençant, mais un peu trop tard, à croire que l'ennemy fust puissant en campagne, manda au mareschal qu'il eust à se résoudre sur la deffensive seulement, et , à ces fins, qu'il eust à pourvoir les places au mieux qu'il pourroit, sans toutesfois luy envoyer un seul denier. A quoy tout soudain il respondit qu'il avoit desja satisfaict à tout cela auparavant qu'il le luy eust miandé , mais que d'en bien espérer il ne pouvoit faire, si tout soudain Sa Majesté ne luy faisoit tenir trente ou quarante mille escus pour pourvoir à toutes choses , et qu'avec ce ce secours il fileroit et joueroit si bien aux barres avec Tennemy , que peut-estre se repentiroit-il de s'estre si fort advancé dans le Piedmont.

Cependant l'armée ennemie partit de Valfenieres , et vint passer aux portes de Carmagnoles , où estoient encores, avec le duc de Somme, le sieur de Maugeron et la pluspart de la gendarmerie du mareschal , lesquels se jecterent dans les anciennes tranchées de la ?ille, de peur que l'ennemy ne gastastles fauxbourgs. Ils attaquèrent par plusieurs escarmouches les ennemis^ mais ils n'en voulurent jamais mordre, ains tous serrez allèrent ce soir mesme loger à Sommerive, et le lendemain à Marines , à deux mille de Saviglan ,

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auquel ils n'osèrent dire mot. De là ils s'en allèrent donner à Cental : quoy voyans ceux de dedans, ils mirent le feu de tous costez dans les faux-bourgs. Geste vilette estant le plus abondant grenier à bled de tout le Piedmont, voire de toute la Lombardie, cela doit avoir invité l'ennemy à l'attaquer , espérant y trouver de quoy fournir Foussan , Cony et toute l'armée ; comme à la vérité ils firent. Le mareschal en donna advis au Roy, luy mandaiit que s'il av oit tant seulement de quoy pouvoir tirer à la campagne quatre mille hommes et cinq cens chevaux , qu'il empescheroit bien que les ennemis n auroient pas les coudées si franches qu'ils avoient aujourd'huy, à son très-grand regret , et qu'il s'en alloit à Carmagnolles pour considérer de plus prés leurs actions. Il ne fut pas plustost arrivé là avec le sieur de Gonnort son frère, qu'il avoit mené avec luy , qu'il eust nouvelles qu'il estoit arrivé en Ast de quatre à cinq cens chevaux, trois mille hommes de pied , qui venoient trouver Tennémy à Gental , traversans par les bois de CerizoUes avec une grande suite de vivres , d'argent et de marchandises, plusieurs gentils-hommes et officiers de l'arme'e. Tout soudain il lira de Quiers, de VilleneufVe et de Thurin , environ, trois cens chevaux et neuf cens hommes de pied , et manda diligemment à ceux de Saint Damian, de La Gisterneet d'Albe, qu'ils eussent aussi à sortir aux champs et suivre les ennemis à la piste, les agaçans et travaillans toujours jusques audict CerizoUes, où le siecfr de Gonnort se trouveroit avec bonnes forces pour leur donner eh teste, et eux au mesme instant par la queue. Soudain il fit desloger les sieurs de Gonnort et de Maugeron, avec quatre cens

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bons chevaux et deux mille hommes de pied choisis , leur commandant qu*aussi tost qu'ils verroient l'ennemy dans la plaine où la bataille de CerizoUes avoit esté donnée y que teste baissée ils donnassent dans cesletrouppe, laquelle, comme j'ay dict, me»oit force vivres , et quarante ou cinquante mille escus, ainsi qu*on disoit. Tant y a que nos gens, qui avoient les dents si longues qu'ils ne demandoient qu'à mordre , donnèrent et par l'un et par l'autre costé si furieusement dedans , qu'ils emportèrent ceste petite arm^e volante, après avoir toutesfois rendu quelque peu d^ combat. Il y eut, que de morts, que de blessez, huict cens hommes , et le reste mené prisonnier ; force beaux chevaux , vivres et argent gaigné, non en cestè grosse somme qu'on pressupposoit , mais en la rançon et despouille dé plusieurs officiers de l'armée, mar^ chands , commissaires de vivres et auttes , et mesmes. tout l'équipage de plusieurs seigneurs de l'armée. Mais sur tout fut prins le bagage et les provisions du ^ duc de Sesse. Tout ce qui estoit mangeable fut dévoré : mais, qus^nt à la chambre et aux habillements et chevaux de bagage , tout cela fut racheté à quatre cens escus par le mareschal , les paniers et bouteilles remplies de provisions renvoyées par un trompette.

L'acte fut trouvé si courtois par le duc de Sesse, qu'avec mil et mil remerciements qu'il en fist il envoya donner au mareschal un beau cheval d'Espagne. Nos guerriers d'aujourd'huy, qui n'ont que Tavarice dans la teste, au moins pour la pluspart , n'auroient garde d'embrasser ces courtoisies. En somme ceste curée fit tendeur aux ennemis , et remit le cœur et le courage aux nostres, avec quelque réputation, qui rétint

Sl4 [^^^^.1 MÉMOIRES

les volontez de plusieurs : tant les varietez de la fortune ont de puissance parmy les choses militaires. Le Roy, sur la nouvelle qu'il en eut , s'eschauffa un peu plus qu'il ne faisoit auparavant à promettre quelque prompt secours de deniers et de forces.

Revenons maintenant au siège de Cental : les ennemis l'ayant battu par quatre jours , et faict bresche raisonnable , et tellement concassé les flancs des deux bastions qu'on ne s'en pouvoit plus servir; ayans aussi osté l'eau du fossé, ils vindrent à la sappe, laquelle le capitaine Quinson vouloit deflendre , comme personnage auquel chacun avoit grande créance ; mais il fut tué, à la mal-heure pour la place, car les habitans entrèrent lors en telle crainte et défiance, qu'ils vindrent trouver le gouverneur, le prians, les choses estans réduites à tel desespoir qu'elles estoient, ne s'obstiner hors de raison pour perdre la ville et la vie, tous leurs biens, femmes et enfans. >A. la première abordade, le gouverneur et les capitaines les rebroiierent fort ; mais à la seconde recharge , suivie des femmes et enfans, ne cessans de braire , il se laissèrent non seulement emporter à rendre la place à bagues saufves, mais aussi le gouverneur mesme en sortit dehors avant que celuy qui estoijt allé capituler fust retourné. S'estans depuis venus présenter au mareschal, il les fit mettre prisonniers, et commanda que leur procez fust faict, pour estre punis selon que le Roy en ordonneroit.

Donnant advis à Sa Majesté de ceste perte, il luy manda aussi que toute la gendarmerie et cavallerie, n'estant pas moins pauvre que la fanterie, s'estoit allé rafraischir es vallées prochaines de Pignerol ; que s'il venoit quelque argent, il le distribuei'oit aux uns et

DE DUVILLAR8. [l558] UlS

aux atitres pour essayer de les tirer en campagne avec Taide de la munition qu'il faisoit préparer; que par six lettres interceptes qu'il envoyoit à Sa Majesté elle apprendroit que Tennemy faisoit party d'argent à Anvers, à Besançon, en Auguste , à Naples , Gennes et Milan, pour pouvoir entretenir deux grosses armées en Flandre et en Piedmont , dans lequel on remuoit desja plusieurs pratiques de la part de M. de Savoye, en intention de tellement nécessiter Sa Majesté, qu'elle soit contrainte de demander la paix, ou d'endurer leurs bravades ; que pour prévenir tous ces inconveniens , Sa Majesté ne sçauroit mieux faire que de regarder de tirer aussi de son costé argent de Nantes de Tours , de Lyon , de Paris et de Rouen , à quelque onéreux parti que ce soit, afin de repousser ces orages, et les induire euxmesmes à chercher la paix, laquelle il ne faut jamais demander qu'à cheval et l'espée au poing. Advertissement du 2 septembre : que le Roy est depuis le dernier jour du mois passé en son camp , qui est planté tout auprès des porte s d'Amiens, estant derrière luy la rivière de Somme qui separoit le sien e^ celuy du roy d'Angleterre; « et maintenant entre ces deux armées il n'y a rien qui puisse empescher qu'elles ne s'approchent de bien près : la grandeur des tranchées est telle, que nous n'en n'avons veu de nostre aage de semblables , et ce qui les nous a faict faire telles ^st le grand nombre de gens de cheval que nous avons, qui n'est moindre que de quatorze à quinze mil chevaux, et plustost d'avantage; et quant à nos gens de pied nous les pouvons présentement compter jusques à trente cinq mille hommes sei^lement; mais, ayant fait rentrer dans ce camp les conjpagnies qui sont en gar-

2l6 [l558] MÉMOIRES

nisons des villes. prochaines, qui sont, "ainsi que nous cognoissonsy hors de la doute du sioge, nous n^aurons pas moins de quarante mille hommes de pied. Et eux semblablement ont leurs forces, qui se peuvent dire pareilles aux nostres, logées à cinq lieues de nous seulen^ent, et tiennent toute telle contenance que nous^ se retranchans ainsi que nous, faisans comme s*ils avoient crainte d'estre assaillis et de venir combattre. Or si par devers eux ils font courir un bruit d'une bataille, je vous puis bien asseurer que tout ce qui est de nostre costé est en aussi bonne dévotion de combattre et bien faire qu'il est possible quand la fortune se présentera. Toutesfois il semble, selon Topinion et jugement de beaucoup de nous, que ces deux armées s'en abstiendront , et qu'au lieu de ce faire quelque bonne-paix nous sera moyennée, de laquelle je vous diray comme les fondements se jettent. Je vous .ay mandé cy devant que M. le mareschal de Sainct-Ândré estoit retourné en Flandres, où il a eu congé de communiquer avec M. le connestable, lequel leroy Philippes a fait venir de Gand à An as , où il a fait loger ledict sieur avec mondit seigneur le mareschal de Sainct-André et M. FÂdmirali qui desja sont assemblez audit lieu avec le conseil dudict Roy et madame de Lorraine , pour mettre en avant les propos de pacifier nos affaires ; dequoy nous attendons bonne issue, tantppur ce que nostre Roy en a plus ouvertement que par le passé déclaré sa volonté à ce coup cy, comme aussi il n'est pas fort vray semblable que sans une grande asseurance d*icelle il eut esté permis à mondict sieur le connestable de s'aprocher si près de noys , ayant moyens de se rendre 9my de ses gardes pour les amener pardeçà quant et

DE ouvillahs. [i558] 217

luy ) aussi qu'à bien prendre les afiaires ladicte paix n est moins nécessaire à nos ennemis qu à nous mesmes. «J'ay bien voulu vous prévenir de ces propos pour vous faire entendre le prépara lif où nous en sommes ^ car, advenant la conclusion d'icelle^ je remettray cela aux advertissements qui vous en sont faicts de la part du Roy; mais bien vous diray-je que ce qui mettra les choses en plus de longueur, c'est l'interest particulier de M. de Savoye, auquel Ton fit bonne recompense pour son pays de Piedmont, de laquelle s'il ne se vouloit contenter, possible que les Estats de pardelà ne se voudront aussi tapt empescher de son fait qu'il voudroit bien : de tout cest affaire nous espérons que dans huict jours la résolution nous en viendra par la venue de l'un des nostres que je vous ay nommez. Mais, cependant que nous nous tenons sur nos gardes, nostre frontière est fort foulée de la compagnie qui y est, laquelle, si nous avons encores à y estre longuement, sentira une grande ruine. Il y a parmi nous beaucoup de malades , tant ,de seigneurs qu'autres , de flux de ventre et de fièvres; mais il n'en meurt pas beaucoup. Dieu merci. Le Roy, de sa part, a senti le brouillard qui court la nuict en ce païs , et en a pris un rume qui luy est descendu sur les doits, dont il a esté mal dés hier, et encores aujourd'huy s'en est senti; qui l'a contraint de garder la chambre. Je ne veux oublier à vous dire qu'en ce jour personne n*y a peu entrer,, sinon ceux de Lorraine , qui ont osté à tous la commodité de le voir ni approcher. Il a aussi ce jourdliuy esté joué un mistere que je ne veus celer; c'est que ce matin, ledict seigneur estant en sa chambre, l'on a faict pourmener le Dauphin parmi le camp avec la

ai8 [l558] MÉMOIRES

cof nette du Roy : je ne-sçay à quoy peut servir cela, sinon que ceste maison luy veut' faire cognoistre son crédit pour.l'alliance qu'elle a avec luy. »

Que le 6 septembre il avoit envoyé le capitaine Montzeriez^ brave gentil-bomme, enseigne de la gendarmerie du vidasme ^ vers Ravel , pour rompre les vivres qui venoient de ce costé-là aux ennemis ; les- <iuels voulant aller resveiller sans bien les recognoistre ^ il donna dans une ambuscade où , après avoir bien combattu, il fut porté peu: terre et dix des siens que prins que blessez ; qu en ceste considération il a accordé au capitaine Jérôme , de Thurin , lieutenant de ceste compagnie, le bourg de Javin pour Taller redresser et rafraiscbir : ce sont fortunes de guerre ansquelles chacun estsuject, la revanche n'en estpasinemediable; que si Sa Majesté n'a nécessairement affaire de messieui*s les prince de Condé, Dampville, et de tous les autres seigneurs qui sont de delà, il la supplie trèshumblement les renvoyer incontinant tous en Piedmont, où ils ti^ouveront lem.arquis de Pescaire qui leur donnera assez souvent dequoy esbatre leur valeur.

Qu'elle vueille aussi ordonner que tous capitaines qui auront abandonné trois mois de suitte leurs compagnies soient cassez , afin que chacun aprenne à faire son devoir, ou à quitter sa charge à un autre.

Que Testât de sergent majeur estant à pourvoir, il avoit chargé le sieur Francisque Bernardin de supplier Sa Majesté de tant faire que M, le prince de Condé y nommast le capitaine Bonnal, qui l'estoit à Casai du vivant de Salveson, et que c'estoit le soldat de France qu'il en cognoissoit le plus digne, pour sa valeur, jugement et diligence.

DE DuviixAns. [i558] 219

Le marescbal, ayant sondé de plus prés d'où estoit procedéè la perte de Gental , aTôit trouvé que c' estoit la pure lascheté du gouverneur, peu accoustumé aux armes, et mis en ceste charge par autre tesmoignage que le sien , lequel il envoya à Sa Majesté pour le faire chastier comme elle adviseroit ; mais la faveur le sauva du supplice qu'il meritoit.

L'ennemy peu après fit raser la forteresse et la ville mesme , qui pouvoit endurer deux , voire trois assauts, n'ayant faute de rien que de bon courage. Ils en tire* renttous les bleds, qu'ils envoyèrent à Foussan et à Cony, près duquel nous avions les chasteaux de Demonts , Roquesparviere et Rocavion ,. lesquels l'ennemi envoya forcer : dans cestuy-cy estoit le capitaine Cadillan avec cent hommes , qui endura la batterie et deux assauts ; au troisiesme il fust emporté , vendans tous ceux qui estoient dedans bien chèrement leur peau : le capitaine et aucuns des soldats se sont depuis sauvez.

Si tost que l'etmemy eust achevé Tavictuaillement et la reddition de ces chasteaux , il tourna teste du costé d*Ast , pour aller assaillir Montcalve ou Valence , dont les Milannois, quiavoient fourni argent, le sommoient avec gi*ande instance : mais, en s'en retournant vers Ast par le mesme chemin qu'il estoit venu, de rage et de despit fit brusler et ruiner le village de Cerizolles, en haine des combats qu'ils y avoient perdus, le premier sous M. d'Anguien (0 , et le dernier par les mains du sieur de Gonnort. Ils allèrent faire leur nouvelle assemblée en Ast , pour recevoir les trouppes italiennes qu'ils avoient faict lever.

(OKn 1554.

Îi20 [l558] MÉMOIRES

De tout cecy le mareschal bailla advis à Sa Majesté^ et de quelques autres particularitez ^ la suppliant que là où elle desarmeroit , qu'elle le vueille soudainement secourir de six ou sept compagnies de gendarmerie, de quatre mille liommes de pied^ et du mesme argent qu elle luy a n'agueres promis par Plancy.

Le sieur de Montfort, gouverneur de Valence, donna advis au mareschal que domp Alvaro de Sande estoit parti de la Pievé du Caire avec cinq enseignes italiennes et deux de lansquenets, avec lesquels il s estoit venu percher (0 à Bassignave; que, sur ceste nouvelle, il avoil depesché Scipion Vimercat, avec deux cens chevaux et quatre cens fantacins des meilleurs , pour les aller resveillerj mais qu'ils l'avoient trouvé parti, fors quarante pauvres lansquenets qui avoient porté tout le malheur : qu'assurément l'armée ennemie prenoit le chemin de Moncalier, pour entrer dans lequel, avec six compagnies, il avoit depesché La Curée, brave et vigilant capitaine ; que s'il n'y pouvoit entrer, qu'il se jettast dans Casai , pour avec ses carabins faire la guerre à l'œil; que cependant on fera travailler pour jetter mil sacs de bled dans Valence, outre ce qui y entra hier.

Que le sieur de La Curée estant parti de Valence pour s'aller joindre à Scipioq de Vimercat, qui estoit parti peu devant luy pour aller du costé de Montferrat donner quelque venue à des trquppes qui y estoient logées, que la nuict l'avoit surprins si avant, qu'une troupe des siens, ne prenant garde à suivre à la file, s'estoit escartée ; quoy par luy recognu,il avoit envoyé douze des siens pour en avoir des nouvelles et

(») Camper.

DE DUVILLARS. [l558] 221

les redresser; qu*ils avoient trouvé leurs compagnons eogaigezau combat avec de la fanterie italienne, qu'ils avoient si fort chargée, que le jeu se demesla avec la perte de cinq des leurs seulement , ores que lés ennemis I fussent grandement supérieurs de nombre : si le mesme La Curée y fust arrivé à temps , l'avantage du jeu luy fust demeuré.

Le 26 septembre Sa Majesté fust pareillement ad- vertie que Vennemi s*estoit allé camper devant Montcalve, dans lequel il y avoit force gens de bien, et qui feront fort bien leur devoir; mais toutes fois que Sa Majesté ne lairra, s'il luy plaist, de se souvenir qu'il n'y a place , à la longue , pour bonne qu'elle soit , qui ne soit en fin emportée si elle n'est secourue; et que le sieurdePequîgny, gouverneur dudictMontcalve, qui estoit arrivé deux jours après le siège, estoit entré dedans avec les guides qu'il luy avoit baillées; et a par luy escrit à tous les capitaines. •

Que les maladies commençoient en Piedmont à s'attacher aussi bien aux grands que aux petits, et entre autres les sieurs de Terride , Montbazin , de La Molle, de Lyoux, et capitaine Loup, capitaines de bonnes places, Festoient tous, qui plus qui moins ; et que , pour achever la farce , les gouttes l'avoient aussi saisi.

Du vingt-huictiesme, respondant à messieurs les cardinal de Lorraine et duc de G Aise, qui luy avoient mandé qu'ils estoient après à regarder comment ils le pourroient secourir et d'hommes et d'argent , il les supplia devouloir, à ces fins, voir le"memoire qu'il avoit envoyé au commissaire Plancy , par lequel ils pourroient peut estre mieux recognoistre qu'ils ne faisoient pas, le dan-

222 , [l568} MÉMOIRB8

ger eminent, et aussi les ehoses pltl& pressées dont il falloit pourvoir aux uns et aux auti*ès, comme il les supplioit vouloir faire ^' le sommaire duquel mémoire estoit tel :

« Que puisque le Roy et eux avoient visiblement recognu que tous les pourparlez de paix qu! avoient esté mis en avant de la part des Espagnols ^ n'avoient esté à autre fin , comme il avoit souvent mandé, que pour empescher que Sa Majesté ne pourveust, comme elle n avoit faict, aux affaires d'Italie , pendant qu'ils y envoyoient tout le gros de leurs forcer, il supplidit Sa Majesté et eux aussi envoyer tant de forces , qu'il puisse non seulement secourir Montcalve , Inefis le reprendre aussi, si Dieu permettoit .qu'il se perdist, et de main en main aller aussi attaquer Tortone, et puis fortifier Felissan, qui assiegeroient Ast et Âlexaddriè^ettottt ce qui est de la ducbé de Milan au delà du Pau et du Tanare, pour puis aller tousjours sur le' sien jusqu'à Plaisance ; qu'en ce cas il faudroit entoycr argent pour les gens de guerre qui sont en Piedmont, ausquelsil est deu de cinq à six mois, et le payement pour deux mois à ce renfort, qui autrement deviendroit à charge, et non pas à renfort; qu'il valloit mieux despendre pour un bon coup deux cens nïille escus , pour advancer à bien accommoder ses affaires, que d'en despeudre après huict ou neuf cens mil pour* reparer les fautes et les dommages receus ; que il n'estoit jamais rien tel que de tenir de bonne heure sa maison cloze*et couvertes aux injures.

« Quant à la force, qu'il luy suffira de trois mi' nouveaux Suisses diligemment levez^ payez, et envoyez. /

. DE DUVlLtARS. .[l558] a'JlS

K Les quMreintl légionnaires de Danphiné, dont le baron des Adrets est colonnel.

« Douze cens chevaux y tant hommies d*armes que reistreSi le tout avec leur solde.

«Deux cens chevaux d'artrllerie, et cinq <^ens pionniers de Ben-y..

« Que M. le prince de Gondé, venant exercer sa charge^ amenast douze bonnes compagnies françoises nouvellement levées, et qu'À son arrivée il en casseroit autant des moins complette^, qui rempliroient les autres ; et si la despense n'en augmenteroit point.

« Supplia tres-humblement Sa Majesté de croire que si son plaisir estoit de le diligemment renforcer de cela seulement qpi est contenu en ce mémoire , qu'il s approchera si prés de Tennemy , qu'il le contraindra à r'entrer dans le Milannois^ 6t à y despartir la pluspart, de ses forces y s'il ne veut perdre des meilleures pla<;eSy sur lesquelles la force et l'intelligence joueront leur jeu , sous la conduicte de Dieu.

Du premier octobre il donna advisau Roy qu'ayant descouvert que les ennemis avoient une entrepi^inse surGhivas, il en avoit adverty Cârle Birague, qui y commandoit , par Montbazin , les chargeants tous deux défaire sans bruict si bon guet de;costé et d'autre, et mesmeà l'entrée du canal qui conduit l'eau dans la ville vers la p4)rte de Thurin. Us usèrent de telle diligence, que quatre jours après ils y attrapèrent quatre Espagnols, l'un desquels estoit deÈ goutsmans, c'est à dire gentils-hommes, appoinctéz du duc de Sesse, lequel , craignant qu'on le- R^t soudain mourir, confessa tOQt, et accusa deux soldats italiens des nostres, qui furent soudain prins et pendus en sa présence; dit

2?4 [l5^] mÉMOIKES

aussi que les ennemis ne quitteroient jamais les armes qu ils n eussent prins Casai et Valence ^ et que le reste n'empescheroit jamais ïa paix. Les autres' trois, qui estoienl soldats privez , furent mis au croton(0 durant quinze jours, et puis renvoyez , un baston blanc aa poing. Et encores que cest advertissement deust faire recognoistre au Roy que toutes ces trahisons estoient suscitées et fomentées par Tuniverselle pauvreté des gens de guerre, si est-ce que Sa Majesté ne s'eschauflfa guieres à luy envoyer le secours tant de fois promis.

Du premier octobre, le Roy, au lieu de persévérer aux promesses cy devant faictes pour le renfort, manda au mareschal que l'industrie ny l'authorité du cardinal de Lorraine n'avoient sceu tant faii^ qu'il trouvast dans Paris dequoy faire party de cent escuz seulement pour le payement. de^ ce renfort, et qu'il valoit mieux se déporter de l'envoyer, qu'en l'envoyant luy donner matière de desordre par faute d'entretenement; et par ainsi, force luy estoit de le prier de faire du mieux qu*il pourroit avec les, assignations qui luy avoient esté cy-devant données , faisant au reste de nécessité vertu. Et par ce le mareschal descouvrit que ceste resolution sortoit de la main de ceux qui craignoientla prospérité de ses actions militaires.

Il manda au Roy que s'il plaisoit k Sa Majesté se représenter combien il y avoit qu'il nageoit dans la pauvreté , qu'elle trouveroit qu'il avoit pieça plus souvent pratiqué qu il n'eust esté nécessaire au bien de ses affaires, tous ces beaux préceptes contenus en sa depesche , et la trop fréquente pratique desquels avoit de long temps surmonté toutes les plus masles vertus

(■) Au cachot.

DE DvvtLLARâ. [i558] aa5

(fui peuvent sortir àtxin généreux et aifectionâé serviteur.

Que ces leçons onces instructions pourroient estre nécessaires aux jeunes cavalliers qui commencent à porter les armes, mais non jamais à celuy qai par quarante ans les a tous)Ours maniées , autant parmy la bonne que la mauvaise fortune, et qu'il sçait assez que dans Paris et Roiien cent cinquante mil escus seroient trouvez à qui vondroit en deax jours seulement, etdefaict qae pour moindre nécessité que ceste-cy le connestablc avoit en neuf heureâ trouvé dans les bourses du conseil du Roy soixante mille escus , qu'il luy avoit envoyez par moy au siège de Cony.

Que, puis qu*ainsi est qu'il faut qu'il fasse joug à toutes sortes de calamitez, il supplié aussi tres-humblement Sa Majesté de vouloir doresnavant mesurer ses espérances à ce pied, et d'estre intrépidement préparée à tous les mal -heurs qui en pourront succéder^ comme il l'a suppliée par le secrétaire Ruzé, qu'il avoit n aguieres envoyé vers elle , et que Henry troisiesme fit meritoîrement depuis secrétaire d'Estat.

Qu'il ne se pouvoit garder de dire que si les minis« très de Sa Majesté eussent esté aussi soigneux qu'ils dévoient estre de tenir parole anx marchands et conserver le crédit (0, qu'il n'eust pas esté moins en la puissance de Sa Majesté de trouver quatre et cinq cens mil escus, comme faisoit l'Espagnol, qui estoit fort soigneux de maintenir le crédit qu'il avoit et à Gennes et à Milan, qui n'avoient pas meilleures mi*

(0 Les assignations qu^on avoit données à du Yillars avoient des écli(^ces si éloignées et si peu certaines, qu'elles furent refusées par tous les banquiers auxquels il les présenta.

iJo. i5

3!l6 [l558] MÉMOIRES

nieres que Lyon^ Paris et Rouen; mais que à celuy qui ne veut tout est difficile^^comme il sera à jamais à ceux qui n'ont aprins autre latin queTinutilité, la volupté et les délices; que ils moissonnent le dos au feu et le ventre à la table, pendant que les autres sont as* siégez de la faim et au hazard de leurs vies^et desquels, parmy tout cela, on veut toutesfois attendre des miracles que Dieu s'est reservez.

Quant à ce que Sa Majesté luj mandoit que les garnisons de Picardie et Champagne estoient aussi mal payées que celles de Piedmont, et qu'elles nelaissoient pour cela.de rouler et servir , avec quelque commodité de munition qui leur estoit distribuée , et qu'il le pourroit ainsi pratiquer, et tirer par ce moyen assez de forces à la campagne pour recbasser en leur tasmeve les ennemis, qui n'estoient que gens ramassez, et que ce qu'ils avoient prins en Italie n'estoient que petits chasteaux qui dévoient pieça avoir esté rasez,

Qu'il supplie Sa Majesté de croire qu'il voudroit avoir dequoy jouer pareil jeu que l'ennemy , qui avoit des gens si bien ramassez, qu'il avoit mis dans ses pla-> ces de neuf à dix mil' hommes , et vingt cinq autres mil' à la campagne, avec vingt- cinq pièces d'artillerie et trois mil' chevaux , et le tout bien payé et bien en ordre , ayans cœur et contenance de soldat et non de pied-descbaux , comme estoient aujourd'huy les nostrès , n'y ayant rien qui ravalle plus le courage que la nudité et les lambeaux, que là pauvreté ameine tousjours.

Que ce qu'ils avoient desja prins sur nous n'estoit pas de si peu d'importance qu'il n'empeschast de réduire Cony et Foussan à la mesme nécessité qu'eust

DB DUVILLA.RS. ^ [ 1 558] 2 *% 7

peu faire une armée entière , et que toutesfais pour les avoir il leur avoit cousté plus de quatre mil coups de canon y sans la perte de six semaines de temps : que le sage capitaine se sert tousjours des petites places pour en attraper de plus grandes, comme il a esté prattiqué en Kedmont, et qu'il n'y a outil si petit qui ne soit nécessaire en un attellier tel qu'est celuy de la guerre ; que de sa part il se garderoit bien de mettre au devant des ennemis des gens vrayement ramassez dans les soiiilleures de la pauvreté, qui leur avoit faict perdre le courage et la dévotion (0 aussi : enfin pour ne courir fortune , il supercedera (^) encor un peu à mettre les armes es mains de gens désespérez, comme estoient les siens; qu'il n'avoit pas attendu le commandement de Sa Majesté sur la distribution de quelques vivres levez sur le pays, et non des munitions des places , ausquelles c'est peine capitale de toucher hors l'extrémité d'un siège : c'est la dernière ancre sacrée à laquelle il faut avoir recours.

Que de lever des emprunts sur des manans (^) des villes de frontière , comm'est tout le Piedmont , qui ne font aucun trafic à cause de la guerre, c'est traicter de l'impossible, veu les charges innumerables qu'ils portent au parsus celles desdits vivres, dont ils se mutinent, de sorte qu'il faut aujourd'huy autant se garder d'eux que des ennemis mesmes ; que Sa Majesté faict semblant en cest endroict de ne se pas souvenir que les exactions violentes sont tousjours instrumens de rébellion, et que les peuple^ suiyent tousjours la fortune, mesmes ceux qui sont nouvellement conquis, comme sont ceux-cy, et qui ont les yeux

(•) Le dévouement. — (*) Différera. — (') Habitans.

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aasez clairs-Toyan^ ptour recognoistre radvantuge de Feoneiliy et la foiblesse de nous ; qu'il a asset longuement faict la guerre en Picardie , en Champagne et ailleurs^ mais qu'il ne vit jamais lever deniers ny vivres sur les villes de frontière ayans garnison y comme on veut qu'il face aujourd'huy^ et lors mestne qu'il seroit plus nécessaire dé les gratifier que charger , la clémence et la douceur du traicteâient estans les plus seures armes qu'on puisse pratiquer pour affermir l'affection , et la forcer à mettre tout sur le tablier pour le service de Sa Majesté; mais qu'il n'est pas à ^ recognoistre que toutes ces mauvaises herbes ont esté tirées du jardin de ceux qui procurent sa ruine , mais plus celle du sei^ice du maistrd , de la conservation de ï'Estat duquel il est question ^ et non de lùy^ qui de doit estre coulpté pour rien.

Que parmy les haines uilîverselles il n'y eût jamais de seureléy et que celuy qui est en doute d'un cha^ cun ne se peut jamais a^seurer de personne j veu qu'en tels desordres tel les pense renverser qui les augmente à une dernière ruine ; toutesfoîs qu'il ne lairrâ, pour la crainte du mal et pour l'honneur de luy, de faire tout le bien qu'il pourra li la Seureté du service de Sa Majesté.

Quant à l'opinion qu'elle avoit que Fennemy ne s'attaqueroit aux plus importantes places , et qu'il faut soigneusement penset- à les bien pourvoir, c'est chose qu'il à faict il y a plus de deux mots , et que le pen d'asseurance de l'endroict où ils iroient à esté cause qu'il a fort bien pourveu Yvré«, Masin, Santia, Casai ^ Valence, Montcalve, Verrue et Albe, et que mesmes dans Montcalve, dont il estoit tousjours en

DE OUVILLARS. [l558] U29

doute y et qui estoit la plus foible^ il a mis le sergent majeur Tlsle et des Adretç .ppur renfort, sans celny des deux compagnies de Pequiguy et in çapijtîûne , LichauXy et Tune de Çjelles d§ M. le prij^çfB de Cpndç, commandée par feu Quinson, le frère duquel fut tqé à labordée des ennemis devant Montc^lvç , de manière que ççste coropç^gnie e5t sai^s chçft II y a encores deux autres compagnies des capitaines Pierre; AngeSy et Alfonse Lazarp, italieji;)^ tous gens d'eslile^ et deux autres de lansquenets : ce sont douze compagnies qui pourroient en plaine campagne combat,tre une tranchée. Il y est aussi entré de vingt-cinq à trente gentils-hommes volontaires, dont le siçur de Cigongnesa voulu estre du nombre. Que pour jouer au plus seur et se tirer hors d'accusation si mal advenoit de Montcalve, qu'il avoit voulu avoir un rolle , paiticuliei^ement signé par les capitaines, du nombre de leurs hommes mesmes, à fin que Sa Majesté recognoisse, par la lecture d'-iceluy, et qu'il luy envoyé, qu'il a seurement fourny la plaee de ,ee qu'il 46vok. Le quatorziesme jour du mois d'aoust i5S8, Osie Dlesmars, sergent gênerai de bataille de l'infatiferie &ançoise, commandant à présent à Montcalve, certifie à monseigneur de Brissac, mareschal de France, gouverneur et lieutenant gençral pp^r le Roy deçà les Monts, que en ch^cvine d^s compagnies qui sont en garnison à présent à Montcalve. il a vâu le aoniu bre des hommes qui sont cy après escript^, comioe s'ensuit : . , ..

a3o [i558] MÉMOiftEs

PIlEMlEIl£MBirT«

Faugine.

A la première compagnie de M. de Piquenyo,

que

commande le capitaine Vaugine.

Corselets ,

Harquebuziers ,

Sur lequel nombre il en y a vingt

et deux nia-

lades.

Officiers 9 comprins le portier,

Somme y

Saincte^ Cécile.

Le capitaine Saincte Cécile*

Corselets y

Harquebuziers y

Officiers,

Malades,

la

Somme,

Sigongnes.

Le capitaine Sigongnes.

Corselets,

Harquebuziers,

Officiers,

Malades,

Somme ,

lao

Du Fort.

Le capitaine Fort.

Corselets,

Harquebuziers ,

Officiers ,

Malades,

Somme ,

Plus, dit le lieutenant que son capitaine a cinq soldats.

Blanchet.

Le capitaine Blanchet.

Corselets, 6i

HarquebuzierSy . 9^

Officiers, * 9

Somme, i6o

De Bras, Le capitaine Bras.

Corselets, 4o

Harquebuziers, 9^

Officiers , 9

Malades, ^^

Somme, i5i Pietro Angelo Dapicharcha.

Le capitaine Petrange.

Corselets, ^8

Harquebuziers, 8o

Malades , 4

Somme, iia

Vlsle Alphonso Castro* Le capitaine Alfonse.

Corselets, 3o

Harquebuziers , 6o

Malades , lo

Somme, loo

Ledict capitaine Blanchet certifie avoir à Cazal vingthuict soldats, qui sont demeurez malades audièt Ca-

9fc3jl [l558] IfÉMOIRES

%alf et m'en a fissuré i^stre vray„ lequel a. signé ce buletin. c. blanghet.

Que le fils du sieur de Lioux^ au deseeu du pere^ avoit prins soixante bons soldats pour y entrer ; mais, n'ayant pas encores aprins les ruses de telles entrées ^ il a esté rencontré?, tué et deffaict.

La conséquence et le salut douteux de ceste place qu'avoit le mareschal , luy avoit faict commander au sieur de Bellegarde, brave et advisë cavallier, de s'aller jecter dedans avec les capitaines Onoux, Le Bois et une douzaine d'autres volontaires ; mais quelque effort. qu'ik ayentvsceu faire, ils n'ont sceu entrer dedans, tant les gardes sont grandes et espoisses^ et l'accès difficile.

Que les ennemis n'ont cessé de tirer avec vingtquatre pièces par quatre jours du costéde la tenaille, qui est l'endroict le plus estroit^ ceux de dedans leur donnent tant d'affaires, qu'ils ne sçavent où ils en sont; mais au long aller, le lieu estant estroit, et n'estant s^ couru, il faudra que la dévotion cède à la force.

Si ceste place se perdoit, et que là dessus on entrast en traicté de paix , et qu'à la mode d'Italie il fust dict ijfui tient tienne j tout le Montferrat , jusques aux portes de Casai, Valence, Verrue, Quiers et Albe, leur demeureroit , et consequemment ces places à demy assiégées; que de sa part il est affligé jusques dans l'ame, ne pouvant endurer la honte qu'il a de se laisser oster psw force cela n^esmeque nous possédons, et qui a cousté tant de temps, d'or et d'argent, et de valeur à acquérir; que si de bonne heure il eust este' creu, on eust esté plus diligent à considérer les dan-

d^dvvIllaes. [ 1 558] ^Zi

gers à advenir que les presens^ ilans iesqilels on s*egt volontairement embarque.

Le sieur de Lioux pere^ ayant sceu la moit de son fils unique, désire que le capitaine V^ei*dusant^ brave gentil-homme y ait sa compagnie^ et qu'il plaise à Ça Majesté commander que la femme de son fils^ qui lujr a tant cousté à avoir, ne se puisse remarier qu'à un de ses parens , digne d'elle toutesfois ; c'eat le moin^ que la valeur de l'un et de l'autre puisse avoir mérité. Le capitaine Bois, enseigne de M. de Bonnivet, et ceux deMontifaut, Ônoux, Saincte Marie et Fleurimond, sont aussi' à pourvoir, tous braves gentils-hommes qui seroient propres à tenir commandement en celle de M. le priaq;e de Condé et ailleurs.

A ce que Sa Majesté dict sur les trois compagnies de gendarmerie qu'elle avoit mandées, que le mareschal ne met en avant leur pauvreté que pour luy servir de couleur à tes retenir, que, pour s'en esclaircir à la descharge de luy. Sa Majesté commande à leurs capitaines et à leurs lieutenans de les venir desengager et emmener, et à quoy faire il leur donnera toute l'aide qu'il pourra, «fin qu'au faict et au prendre elle puisse sensiblement recognoistre qu'il y a encores pis de tous costez qu'il n'a représenté à Sa Majesté.

Que le congé que le sièur de Gonnort, son frère, avoit n'agueres demandé, n'estoit pas pour s'en servir maintenant que les affaires se sont eschaufiea, mais bien après le refroidissement que nos mal-heurs y porteront, puis qu'on ne les veut croire ny prévenir, jusqu'à désespérer les gens d'honneur, tels que les sieurs de Terride, Jérôme et Carie Krague, et asseê d'autres qu'il avoit recommandez, et <Jont il se rcpent;

234 [l558] MÉMOIRES

car il recognoist que cela les a plustoçt reculiez qu'aidez y tant la violence des passions se complaist en la ruine d'eux et de luy, qui est peu de chose, mais de FEstat mesme; que quoy que prenne pied ceste sauvage et détestable plante de l'envie , elle ne Festonnera jamais y et que Dieu, protecteur de l'innocence, luy servira de fort inexpugnable à Fencontre d'elle, ayant de longue-main aprins que les maux et les ruines qu'on pourchasse contre quelqu'un sont au commencement un peu mauvais , mais à la suite ils deviennent inutiles.

Que les ennemis avoient faict une grande batterie à Montcalve, avec vingt-cinq pièces qu'on oyoit fort clairement de Quiers^le tout ducosté de la tenaille et aux deiTences, et que sur le midy tout cela estoit cessé; de sorte qu'il est à conjecturer qu'ils ayent esté forcez par la lascheté des soldats pauvres et mal-contens:s'il estoit ainsi y et dont il n'y a encores nouvelles , Casai et | Valence demeureroient du tout assiégez et sans moyen de secours; que Sa Majesté recognoistroit lors, et trop tard y que les médiocres places font perdre les grandes, mesnageant le temps et les affaices , comme Fennemy sçaura faire avec une si belle armée et si bien payée, et contre gens qui n'ont ny l'un ny Fautre, comme ils sçavent bien dire; Dieu à ce faire leur donne au jour- | d'buy le plus beau temps du monde y et à nous un endormissement letargique. C'est cela mesme qui me fut predict à la prinse de Quiers par un capitaine espagnol j comme vous avez cy-devant veu«

Tous ces inconveniens ont esté de longue-main preveus et remonstrez pai* tant et tant de fois, qu'il faut ^ conclurre, ou que Sa Majesté ne faict pas grand cas j

DE DUVILLAKS. [l558] 235

da gain ny de la perte de ce qu'elle tient delà les Monts, ou qu'elle croit que tout ce qu'on luy en mande ne sont que desguisemens ; et toutesfois les prinses de Cental et de Montcalve doivent désormais servir de resveille-matin aux plus endormis , ou les inviter par une paix à essayer de sauver ce qu'indignement on abandonne à la force des armes ; et, à la vérité', la vertu ny la fortune ne deflaillent point en nous, ains nous à eux, et dont le repentir viendra tardif et inutile. Il y a desja quelque temps que nous n'avons que trop faict l'expérience des traverses de la fortune; mais pour cela il ne faut laisser de se tenir tousjours en garde, et sur une vertueuse démarche qui rende ce que la nonchalance luy a laissé desrober ; et si Sa Majesté, qui est le gond et le pivot sur lequel et par le* quel il faut que les grands fardeaux de l'Ëstat se mouvent, ne donne ordre qu'ils soient constanset immobiles, et tousjours appareillez à plustost faire que recevoir FoiTence, tout ira en perdition. Que Sa Majesté sçait assez qu'aux choses grandes et glorieuses les hommes courageux mesprisent les dangers, d'autant que ce qui s'entreprentavec péril s'achève avec honneur et recompense ; ce qui la doit inviter, en ces dangers eminens, à faire toutes sortes d'efforts pour les repousser. Et pour dire en un seul mot à quoy nous en sommes aujourd'huy , l'espérance nous defiaut, nos corps sont eslangourez de la faim , les forces et les courages abatus, et en fin l'aide et le conseil pour medeciner si cruelles playes : de les commettre par desespoir à un combat téméraire, il ne le fera jamais, quoy que ses ennemis l'y vueillent précipiter pour triompha de sa ruine -, encoress'il n'estoit question que de la sienne particulière.

Ui6 [l558] MÉMOIRES

peut-68tre pourroit^il dire passe sans/lux* h ce propos oa peut faire U tnesme plainte que & depuis Tannée de Fadmiral de Cliastillon (0*

Cheminer tous les jours au vent et à la pluje , La nuict estre à la haje avec un froid manteau^ lia teste descouverle et les pieds dedans Teau^ Se repaistre d^ennuy et de melencolie y Ayotr les rois du monde et la terre ennemie^ N^avoir pour les blessoz seurté que le tombeau j Sentir dix mille pouK qui démangeât la peau. Avoir du corps entier U ibrce deffaiUie ] Avoir faute d'argent et d'habits et de pain, Avoir la bouche fraische et se soulier de fain ; Avoir de tous moyens la personne afikmée , Porter la mort en erouppe étales armes an dos« Et vWoir un seul jour d'aise ny de repos , . C'est la commodité de nostre pauvre armée.

Pendant que Sa Majesté se prépare à ce qui est nécessaire , il a escrit à M. de Grignan de faire lever et marcher eti Piedment les quatre mil légionnaires de Daupliîne, et de leur faire fournir à chacun un escuy tandis que ïe Roy ordonnera de leur payeinenl.

Que les viconte de Gourdon et conte de Beine se sont offerts de lever quatre enseignfi3 de douze cens hommes à leurs despens, et de prester en outre dii nûUp livres, k la charge qu'il plaise à Sa Majesle les en faire asseurer ; que le sieur de Sanfcë, duquel les enoemis bmsl^rent le chasteau retournans de Centaly ^-est aussi offert de lever à ses despens autres douze cens hommes, comme aussi fera le sieur de Vineufs ; mais de mettre les places entre les mains de g^os levez parmy des peuples qiri espèrent ot désirent tous-

(*) Pendant les guerres civiles , sous le règne de Charles IX.

DE DtjViLI/ARS.. f^l558] ifî^

jours plus qa'ik ne doivent ^ et ^ui endarent aussi moins qu'il n est nécessaire , il ne le fera jaBoais. Encoies, pour augmenter tous lés inal-beurs, le sieor de Gonnott et lay sont tout à coup tombez malades de la goutte, pour n'avoir en main la moindre goutte da monde pour secourir eux ny aulruy. D'ailleurs , tant s'en faut que Sii Majesté leur donne quelque assistance^ qu'il y a tàntost plus de^^trois. mois qu elle retient près d'elle la phispai^t des gouverneurs des placés de Pied»^ mont y et les capitaines tant de gendairmerie que fanterie.Que le duc de Sesse> parlant l'autre jour au pro* tonotaire de Cental^ luy seeut bien remarquer ceste chasse > comme il fit aussi, que le Roy ne vouloit ny ne pouvoit secourir le Piedmont, tant il avoit d'affaires en France f et que luy au contraire auroit dans un mois trente mille payes et argent pour quatre mois, avec force artillerie, et qu'il estimoit pour le moins em* porter Valence et Casai.

Que ce «ont tontes cbosei qui devroient escbauffer les plus froides natures à la conservation de ce qu'ils ont, pour ne demeurer du tout accablefc sous le faix* Qu'il y a dans Casai vingt-quatre enseignes de gens de pied et deux cens, chevaux, avec de bons chefs; que ce nombre d'ehseignes est nn vray tesmoignage de la petitesse des compagnies, car, si elles éstoient complettes, la moitié de cela suffiroit, et l'autre tiendroit cependant la campagne : autant en peut-on aussi dire pour le regftrd de Courtémile, Ceve, Montdevîs, Beines, Cairas, Savîglan, Sainct--Damian et Albe, meslangées parmy l'ennemy, et en toutes lesquelles ceste petitesse ou foiblesse lient une demie-armée engagée. Qa.é le roy d'Espagne entretient tousjours Je Roy de

nouveaux propos de paix , pour l'amuser sur la provision du Piedmont ; et que d'alléguer, comme on fait, que la prochain été de l'hiver les retiendra , ce sont abus ; ils sçauront aussi bien que nous vaincre ces dilficnltezy comme il a cy-devant esté remonstré, estans pleins de forces et de moyens , la récente prospérité leur ayant aussi s\ fort enflé le courage, que rien ne leur semble impossible , par la cognoissance qu'ils ont semblablement de nostre impuissance , à laquelle on desdaigne de reme4icr.

La perte de Montcalve est advenuëy à ce qu'aucuns ont rapportéyde ce que ceux qui estoientdestiuez àla bresche et à la deffence ont esté battus si à descouvert par l'un des costez de la tenaille , que pour s'en garcntir ils se jetterent à l'abry de l'autre costé, oh ils n'estoieut pas veus des ennemis , comme aussi eux ne les pouvoient pas voir ; de manière que ne voyans ceux de l'armée aucun en garde sur la bresché, ny autre qui tirastà ceux qui en approchoient, peu à peu ils commencèrent à s'entre-appeller l'un l'autre , et ainsi ils donnèrent dedans, et entrèrent sans que les deux enseignes de lansquenets qui estoient au dedans de ce costé là fissent jamais aucune defience. Les nostres, qui estoient allez repaislre sur l'asseurance des autres , oyans l'alarme, coururent vers la bresche ; mais, leur nombre estant inférieur à ce qui estoitdesja entré, ils furent repoussez, tousjours combattans, jusques au près du chasteau , dans les fossez duquel ils se sauvèrent. Le capitaine risle fut attaqué par SaîncttVincent, espagnol, qu'on tient pour le plus brave de l'armée , auquel il rendit un grand combat, et les capitaines Muras, Cigognne et autres de mesme , qui neantmoins demeu-

DE DvviLLÀiis. [i5S8] nSg

rerent prîns* Le sieur de Pequigny, gouverneur , fut accusé d*estre peu soigneux , car^ au lieu de disner et dormir près la bresche , il ne bougeoit de son logis ; qu'aussi-tost que ce qui s est sauvé sera de retour , les informations s'en feront et seront envoyées à Sa Majesté pour chastier les coulpables, et le mesme gouver^ near s'il a failly , comme aucuns tiennent^ et d^t il se remet au jugement de Sa Majesté;

Un des trompettes du mareschal , envoyé par luy en Tarmée ennemie , en retourna , et rapporta que le mesme matin qu'il fut depesché, il arriva un courrier auxennemiSy qui fut conduict en la tente du duc de Sesse, et qu'aussi tost qu'il eust leu les lettres que le courrier poi^toit, l'armée troussa bagage et tira contre Casai , oh elle est maintenant campée , les Espagnols et les Allemans es environs de la ville, et les Italiens delà le Pau , sur lequel ils ont fait un pont à bateaux. Par la récente crue d'Italiens ils font estât de vingt'six mille hommes. Il est sorty de Casai un soldat de la part du sieur de La Motte Gondrin , qui asseure qu'il n'y a en dix compagnies que treize cens bons hommes de guerre, et cinq cens autres que le corps de la ville à faict lever, et qui vont slJLsl guerre aussi gayement que les François, conduicts par aucuns gentils'hommes volontaires qui sont dedai^

Du neufiesme octobre, le sieur de la Motte Gon- ^in escrivit au Roy mesme une lettre contenant , en peu de mots, que le huictiesme octobre l'armée s'estoit logée à l'entour de luy , pensant en avoir aussi bon niarché que deMontcalve, et qu'ayant voulu l'ennemy i^ecognoistre la place, ils a voient esté fort rudement l'epoussez avec perte de plus de soixante demeurez sur

;fc4o |«ii5.58] nÉMOiREs

la placé y tjui /estoit trop adv^ocez ; qu ih avoient depuis co.mmen<^ë à fajre* une tongue tranchée' du costé du parc y à la garde de laquelle ils avoient mis trois cens Espagnols et cinq ou six capitaine^, et qa ayant reCQgnu que Varméa ne pouvoit venir que tard à.^enr secours y il avoitfaict soudain sortir quelque cav aliène et trois cens bons hommes de pied, qui- mirent tout en pièces. L'enseigne dé Léon de Bellegaréff, et le neveci du> maistre de camp gênerai domp Mvaro. de Sande , sont du nombre des prisonniers. Fromtltant ledict sieur de 6ondrin*sur sa vie, et en foj de chevalier faict de la royale main de Sa Ma|esté> qu'il deffendra la place jtt^qu^au dernier soupir , quelque ne- i cassité qu'il advienne, ou advanlageuse capitulation i qu on luy puisse offrir ; et que les sieuiis de Bdlegârde, ! de La Curéa > et Tilladet, braves^du cœur et de la main, sont de mesiRe resolution que luy^ ayans tou9 esté à j ceste exécution y et bravement com]:)attu. I

Que le lundy dixiesme d'octobre l'ennemy aveit defiaict son pont y et s'estoît Tarmée toute- rethée dans le bourg Sainct^Martin et Cymian (0,'à deux lieoês de Casai, entre Valence et luy* A ce que le mareschal i fut soudain adverty, ils ont quelque opinion de paix ou de trefve : quoy estant, ce seroit à eux folie d^hazar- ! der hors de p|[^pos beaucoup de gens,<mesmes tenaos i entr'eux pour asseuré que ces deux places et assez dW | très leur seront reiiduè's ; ce qu'altendans iis^veulent tas- i cher de s'emparer de tout le'païs, a£if' que, s'il estoit dict ' que qui tient tienne, toutes nos places demeurassent sans point d'autres eonfins que leurs propres murailles, et par ainsi à leur discrétion assez indiscrette.

CO Occimiâho.

DE DOyiLLARS. [l558] ' %^i^

Du plumier novembre , le marescbal donna advis que les ennemis continuoieni à la fortification de Saioct-Martin, et à faire appeller, et de près et de loing^ tous les villages et bourgades à leur jurer la fidélité; mais que Ton et rauU^enerestonqerade gueres si Sa Majesté persévère en la volonté quelle luy a mandé avoir/ de le renforcer d'bommes et d'argent devant qu'ils s'avancent. En ces entrefaictes il donna advis au Boy que Cordignac » despité de ce qne Sa Majesté Tavoit voulu priver de la charge de son agent en la Porte du Turc, s'estoit rang^ au roy d'Espagne, auquel il avoit non seulement descouvert les secrets de Sa Majesté, mais promis aussi de luy faire avoir en main deux des meillenres places qu'elle eusten Italie/ et qu'en faveur de ce il avoit esté appoincté de mille escus d'estat par an au royaume de Naples.

Que puis que M« de Gordes a la lieutenance de M. le connestable, et qu*elle a pourveu le sieur du Peloox du gouvernement que il avoit du Montdevis , où par provision il avoit rais le sieur de La Yal, il supplie tres-huïnblement Sa Majesté pourvoir ledict sieur de La Val de celuy de Saviglan, d'autant que c'est un gentirhomme des plus braves et des plus sages et modestes que il ail jamais gueres cognu, et qui en a depuis le commencement de ces guerres donné autant de '^mémorables preuves qu'autre qui soit, et qui mesme^par sa diligence, descouvrit n'agueres une trahison que La Trinité avoii dressée dans le Mont* devis, les habitans duquel font grande instance k ce qu'il demeure avec eux^ tant grande est l'amour qu'ils luy portent.

Ilramentevra aussi à Sa Majesté , comme il a des-jà 3o. i6

^^^1A [l558] MÉMOIRES

faict infinies fois, les sieurs de La Motte Gondrin, de TerrideSy de Birague et Montbazin^ tous lesquels, fidèlement servans .comme, ils font, méritent Thonnear et la recompense tant et tant de fois 'Suppliée, la surceance de laquelle relascbe le cœur des âmes généreuses, et ne tesmoigne que trop à chacun le peu de crédit du mareschal à la beneficenceetadvancementdc ceux qui servent soubs luy ; dequoy il se dpnneroit plus de patience qu'il ne faict pas, s'il eslimoit que cela procedast du vouloir de Sa Majesté , et non de la puissance de ses emulateurs.

Que Dieu a tant voulu favoriser les affaires du Roy, que le vingt-neufiesme du passé fut descpuvert une in- ^ètjtigence que les ennemis avoieot dans Valence pour l4;lurprendre , ou, à ce deffaut, pour .faire encloner rartillerie et mettre le feu aux munitions, et le tout par la menée de cinq ou six de nos propres soldats qui ont esté exécutez : c'est beaucoup d'avoir .estoulTé ce desordre; mais il est à craindre que la pauvreté, dangereuse et inexorable maistresse,. n'en, dresse d'autres en beaucoup de lieux, quelque diligence que le mareschal puisse apporter au contraire.

En ce temps le mareschal fut adverty de bon lieu que La Goutine, de Lamirande, demie ame de messieurs de Lorraine , avoit <leu dire à l!un de ses cooildents amis que le Roy estoit re$Qulu de révoquer le mareschal du Piedmont et en donner le gouvernement à M. d'Aumalle , le tout sur le fondement de plusieurs mauvais rapports faicts. par cette ame.esgaréè du vidame de Chartres; mais ce bon mareschal ne s'eslonna ny de l'un ny de l'autre, tant grande esloit là confiance qu'il aVoit en sa propre vertu et probité,

DE OUTILLAHS. [l558] ^^'i

et en laquelle probité se reposant par trop, il récent plus de fascheuses secousses qu'autrement il n^eust pas faicty ne considérant pas qu'il n'y eust jamais de petits ennemis, et qu'en la cour des princes on joue tousjonrs à boute-horSy n'y ayant amitié que simulée parmy la plus grand' part des courtisans.

Que les ennemis, qui t«noièht la campagne, fai^ soient baster la fortification de Gaillany, en intention débrider Yvrée et extorquer vingt et deux mille escus du Biellois. '

Qu'ils avoient mis garnison dans le chasteau Moucrovel, avec intention d'aller fortifier Boudissat) ("), pour avoir le passage libre vers le Biellois et Maseran; Fist entendre au Boy que Montbasin , gouverneur dTvrée , luy avoit mandé que les ennemis avoient quelque entreprinse sur la ville^ laquelle il ne pou voit descouvrir, et qu'il venoit d'estre advèrty qu'ils estoient embusquez en deux divers endroicts du costé de la montagne; qu'il avoit renforcé les gardes et mis dehors six cavalliers pour tascher de les recognoistre , sans toutesfois se descouvrir ny attaquer combat ; qu'ils les avoient trouvez faisans des-jà leur retraicte à Ponderaii et vers le Biellois; que Le Figuerbl est oit. couramment venu recognoistre le fort de Saglany , et laissé Gevarre pour y commander/

Sur la fin de février le mareschal eut nouvelles que toutes les forces qui estoient vers le Ferrarois tournoient teste vers le Piedmont ; que des-jà les AUemans s'esloient avancez à l'EstradelIe, en intention de tourner teste vers Courtemille , et puis venir fortifier Bassignave ; que les Genevois W , pour ce faire, dévoient

(0 Rondisson. •—.(') Génois.

244 [l^^B] HÉMOIRES

prester trpis cens rail escus j et que de Naples il estoit arrivé h Qennes deux mille cinq cens caques de poudre.

Lorsque Tinconvenient dé Cental advint, qu'il avoit escrit à IVL de Grignan de faire lever et marcher les quatre mille légionnaires de Daupbiné, à quoy il avoit donné quelque acheminement; à ce qu'il a mandé; mais que pour le parfaire il estoit besoin qu'il eust le commanden^ent de Sa Majesté et Tordre de leur payement : sur quoy elle est suppliée ordonner ce qu'elle jugera convenable à son service.

Que pour rendre Sa Majesté esclaircie de Testât de ses affaires deçà les Monts , il renvoyé le sieur de Croz, son gentilhomme servant, vers elle, bieii instrùictde tout ce qui s'en peut dire , au pârsus ce qu'il en a veu et luy mesme apprins pendant le séjour qu'il a faict en Piedmont. Entre autres choses il luy représentera qu'^u cas qu'il ne réussisse riert dés traictez de paix , qu'il est expédient que Sa Majesté haste le renfort dont elle Ta de sa grâce asseuré , et de si bien pourvoir au payement d'iceluy et à ce qui est aussi dëuaux anciennes troupes qui sont en Piedmont , qu'on puisse fructueusement Servir Sa Majesté ,. et non pas retourner aux anciens desordres qui ont n'agueres cuidé renverser TEstal; qu'il recognoist assez que quoy qu'il sçache faire ou dire, que sa vertu n'est pas; assez suffisante pour régler ny pour conduire lés affaires à Theureuse fin qu'il désire, tout Cela dépendant, comme il fait, de la bonne fortune du Roy , dé la qualité du - temps, du bon naturel et affection des personnes, et sur tout de, la bonne disposition que t)ieu y apportera , estant celuy entre les mains duquel tontes cLoses

D£ ouvillahs. [i558] 245

s(»it| et notammeat ce qui se*demesle par le manie^ ment des araie$> et <)ui ne peut qii'en ceste si juste et * si raisQBoable querelle , il ne prospère les desseins et intentions de Sa Majesté, s'il en est requis de tel oœur et affection qu il demande.

Le diiL-huictiesine novembre , Richelieu , gouverneur de Courtemile, manda au maresc^al que Olivier Cappel , gouverneur de Pouzon pour les Genevois (0 avec le comte de Cameran, avoient donné une escallade au petit fort de Delio, duquel ils avoient esté si rudement repoussez , que vingt-cinq hommes et six eschelles y estoient demeurées pour gages.

Le mareschaly estant acharné à la ruine de ce niauvais garnement de La Trinité, dépescha le sieur de Terrides avec grosses troupes pour aller tout ravager es environs de Foussan, rompre les moulins et des^ tourner les ruisseaux , ee qui fut diligemment exécuté; dont La Trinité se pensant garantir, il auroit faict sortir quelques trouppes de cavallerie et de fantacins , qui furent à la veue de luy fort rudement repoussez, sans qu'il osast jamais sortir.

Qu'il y dun gentil homme milanois qui luy a pro^ posé depuis quinze jours de mettre , s'il vouloit, entre ses mains la ville et chasteau de Novârre ; qu'il en trouvoit l'exécution fort facile si l'ennemy n'estoit aajourd'lwy le plus fort à la caoïpagne ; qu'encores en pourroit*il prendre le hazard si les gens de guerre estoient payez et habillez ; qu'en cette considération il s'efforceroît de remettre la partie à une autre-fois.

Que se voyant reduict au dernier desespoir , et ayant cependant entendu que certaines âmes esgarées

(0 (yénois.

2à46 [l558] MÉUOIRES

avoient deu dire au conseil du Roy qu*il avoit esté porté en Piedmont beaucoup plus grandes sommes que n'estoient celles qu'on advoiioit, que pour en faire recognoistre la fausseté il estoit contrainct me renvoyer h la Cour avec tous les estais de recepte et despence en la présente année ^ et qu'il m'avoit expressément chargé de ne partir de la Cour sans luy apporter quelques solides moyens sur les nécessitez présentes et sur la correction des impostures.

Je fus aussi chargé de remonstrer que le sieur de Saufre avoit , au retour du sieg^ de Gental y eu son chasteau, qui estoit grand et beau^etses meteries brasléeSy avec toute la moisson; qu'il avoit tousjours si bien et si iidellement servy , qu'il meritoit que Sa Majesté luy fist recognoistre que ceux qui perdoient pour elle y gaignoient tousjours le double.

;Qu'il avoit faict casser les deux compagnies françoises de Pequigoy , comme elle avoit commande'; qu'il supplioit Sa Majesté l'exempter du jugement, bon ou mauvais , qui devoit estre donné contre luy sur la perte de Moncalve, à cause qu'il estoit apparenté parmy les plus grandes maisons de -France, et tout de mesme du capitaine Pierre Longue sur celle duconnestable.

Que le capitaine Sluder^ l'un des plus vaiUans de tous les Suisses y supplioit Sa. Majesté vouloir recognoistre ses services d'une pension de deux* cens livres en Testât des ligues.

Que pendant qu'on; faict courir sur le théâtre les intentions à paix ou trefve, que les ennemis^ qui ont tousjours l'œil au guet, armoient en gros de>toas costés, pour en l'un ou l'autre événement emporter

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TavaDtâgei eominefaiot presque toujours celuy qui se rend le premier fuaistre de la cairipagne^ et que Sa Majesté faisant le conlVaire, c'est volontairement et indignement tendre le dos au3( coups et aux misères. Que le treiziesme mars il escrivit au sieur Gonnort son frère (qu'il avoit précédemment envoyé en. Cour) qu'il estoit désormais nécessaire que le Roy print resolution d'estre le plus fort , d'autant que ceux qui se rendoient tels de bonne heure avoient le courage et la main tousjours levées pour s'en faire croire par les foibles , comme Sa Majesté le vouloit estre à leur ruine, puisque toutes les promesses sur l'accélération du secours n'engendreroient que du vent et du mespris , tousjours dangereux sur les traictez de paix.

Qu'il ne sçait qui a poussé le conte de Beines à le prier de luy faire tomber en main le gouvernement de Quiers, auquel il est msfl propre pour deux raisons : la première, parce que la conservation de sa propre place luy donne assez d'occupation, et l'autre, que son naturel, ores que bon et fîdelle, mais poisant à la main, n'est guieres propre à manier un tel peuple; priant le sieur de Gonnort trouver moyen que le Roy le descharge doucement de ceste demande, 6t qu'il me renvoyast diligemment vers luy avec les provisions convenables, et, ne le voulant faire, demander son congé, prévoyant assez que sa prudence et son affection perdoient, non le courage, mais bien la puissance de remédier à toutes ces calamitez , desquelles il se fust pieça desvelopé s'il cust peu croire que la France eust esté si for^t descouragée qu'il la Irouvoit aujourd'huy par faute de prévention (0, et à laquelle de sa part il

('^ Prévoyance.

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n*avoit famtis manqué ; que tout ce qu'il' disoit et esciÎToit estoit beaucoup moins que ce que ^on esprit concevoit et desiroit, et qu^on ne hayoit ou niesprisoit jamais celuy qui magnanimement démeuroit tousjours sur Tavantage des armes, comme Sa Majesté eust faict si elle Teust creu.

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