LIVRE DIXIESME
Sua le commencement de ceste année liSg^le ma-^ reschal manda à Sa Majesté que, puis qu'elle desiroit sçavoir où. le renfort pourroit estre mieux employé^ qu a son advis ce seroit d'aller forcer le bourg Sainot- Martin auparavant que Tennemi Fait achevé de fortifier; et, cela fait, l/e temps le permettant, aller attaquer PondesturCy afin que les rivières et le païs au delà et au deçà d'elles demeurassent libres à Santia, Casai et Valence^ selon le prospère succès desquelles entrepriDses on pourroit aller après contre Montcalve : qu au deffaut d'aucunes de ces entreprinses on pourroit aller fortifier Tricerre, situé à mixchemin de Casai à Santia , et sur le chemin mesme de Pondesture à Ve»ceil ; l'on pourroit aussi de mesme 5.uitte aller fortifier Brème y situé entre Yalence et Casai, et par. lequel on assubjectiroit la meilleure et la plus ricbe contrée de tout le Milannois, appellée l'Omeline; etsi on donneroit à toutes ces places une commodité fort grande pour porter la gqerre jusques aux portes de Milan et aux advenues de Gennes > mais que de donner par luy autre asseurance sur les evenemens de choses si incertaines que sont celles de la guérite, il. ne le pouvoit faire, les traverses de la fortune luy ayant de longue-main faict recognoistre que ce n'estoit pas tout que de bien ordonner choses si dangereuses que celles-là, le bon ou mauvais succès desquelles dépendoit,
sSs [1^9] MÉMOIRES ,
non de la fortune. ou diligence de luy^ mai» de la seule providence de Dieu , le dieu des armë^ et des victoires.
Que les iniseres et ealamitez que la nécessite qui dure encores a ci-devant apportées , le contraignent à tres-humblement supplier Sa Majesté de ne Iny vouloir envoyer ce renfort si elle n*a moyen de le payer pour trois mois, et tout d*un train aitssi ce qui est deu en Pi«f4mont y car ce seroit rentrer de fièvre en chant mal, et fort infructueusement consommer les vivres du païSy fort courts en ceste année : que ces choses doi- Yent estre mesurées au pied de Tasseurance que Sa Majesté peut concevoir de ces pourparlers de paix ou trefve, et selon cela envoyer ou reserver ce renfort pour la pt^ocbaîne primevère (0; car loi-s, la guerre continuanty il sera tres-n^cessaire de renforcer les armes y tant pour faire la récolte que pour la faire, bongré mal-gré, porter dans les villes, oh les manans de la campafgne en viendront prendre de niois en mois ^ et en détail, pour leur provision, et puis en- bloc ce qu'il Êiudra pour semer, comme aussi pour conjoinctentent delivrep: Casai et Valence, dans lesquelles les vivres ne sont aujourd*huy gueres abondans.
. Quant à ce que Sa Majesté désire sçavoir quelles sont aujoaird'huy les forces d^ Piedmont> tant en gendarmerie, cavallerie, qtie fanterie^ c'est c4iose qui ne peut estre fidellement recogneuë que par une monstre générale, qu'on n'a pas moyen de faire, comme aussi parce que, selon la crainte des remnëmens de Tennemy, et les 'uns et les autres ont tantost couru d'un costé et tantost de l'autre, comme ils font encores au-
• («) Printemps.
DE BV VILIJUL5. { 1 5 Sg] 2k 5 î
joand^huy; et neaatmotns^ pourà peu près donnei* en cest endroict à Sa. Majesté, le contentemetit qu'elle désire , le mareschal en a faict dresser tin estât par estimation, qui luy sera représenté parle sieur de Croz.
Que puis peu de jours. M. le conte de Tende luy ayoit mandé qu il vouloit passer en Piedmont avec telles forces quil pourroît entreprendre de fortifier le bourg de Sainct^Dalibas qui asmiegeroit Cfony, pourven qae le mareschal se. oonieMtast qil'il demeurâst de la dependence de son gouvernement (>): à quoy il luy aaroit respondu que non âenlement il en estoit content, mais qu'aussi il envoyeroit de ce costé-là M. le duc de Somme y avec quelques troUppes , pour seconder ceste honnorable intention sienne; mais onc puis OD n'a eu nouvelles de luy, qui s'est peut-estre contenté d'avoir reprins lesfideKtez quesessujects avoienf faictes aux ennemis (^) lors du voyage qu'ils firent à Cony^ et pour son particulier quitté ce qui regardoit l'Estat.
Que le duc de Sommé, ne l'ayant trouvé, se promena par les valées qui descendent en Dauphiné et Provence, de toutes lesquelles il atirôit reprins les fidélités y et puis fait r a<:oùtrer le chastéau de Roquespai^iere et mis dedans cent hommes , pour tetiir tous-^ jours en guerre etf alarme ceux de Gony.
Et pour autant que ceux qui liront ces Mémoires , ne sçachans la qualité dès forces qui èstoient lors en Piedmont^ pourroiient divaguer parmi des jugemens confus , je leur ay voulu représenter la substance de ce qui en fut mandé au Roy par ledit sieur de Croz. Aux compagnies «de gendarmerie de messieurs les
(0 De son comté de Tende. — (•) D'avoir fait rétracter le germent prêté aux ennemis.
a 54 [1559] MÉMOIRES I
mareschal de Brissac, de Gonnort^ de Dâmpville, d'Os^ sun, Terrides et conte dé Beines, environ trois cens dix hommes d'armes.
Es compagnies de cavallerie des sieurs Hierome et Ludovic Birague \ Francisque Bernardin , La Motte Gondrin , Sainct-Chaumont, de Chavigni ,tde Peloux y de Morette, Theode Bedaigne, Scipion Vimercat, de Laissiuy capitaine Loup^ et Jean Scritne^ albaaois, environ sept cens chevaux , sans les argolets de La Curée.
En trente-sept compagnies de fanterie françoise, chacune à cent cinquante hommes , de quatre à cinq mil. En vingt et une compagnies italiennes > environ trois mil.. En treize coi;npagnies de Suisses, deux mil quatre cens. En dix compagnies die lansquenets, deux mil cinq cens.
Toutes lesquelles forces ne sont entretenues, depuis douze ou quinze mois, que de prests qui leur sont faits de sepmaine en sepmaine, et qui peuvent à peine suffire pour les escbarcemept (0 nourrir; de maoiere que, vivans en ceste misère , il n'a esté possible .de leur faire faire monstre, ny les ienir complettes. D'yap- j porter des médecines plus fortes que le temps ne re- \ quiert, c'eustesté bouleverser FEstat mal à prc^s. Qu'il est arrivé à Gennes une galère venant d* Espagne, qui a porté nouvelles qu'il y estoit arrivé trois millions d'or venants des Indes, tous lesquels sont inexorable- 1 ment destinez pour la poursuitte de la guerre, tant en Italie qu'en Flandres, où les deniers estoient tousjours portez sur uU petit vaisseau à rames qui alloit surgir (2) en Angleterre , et delà aux Païs-Bas; qu'il s'estonnoit que les Normants ne l'attrappoient. j
(0 Mesquinement, — (») Aborder.
DE DUTILLAaS. [i559] 255
Que les seigneurs des cantons , ayant nouvelles que les Suisses n*eâtoient payez de leur solde y avoient en« voyë prier le marescbal ou de les faire promptement payer ou. ks licentier tout à faict , avec arrest de leurs roolles, conforiuementàleurs capitulations; et que si le coronnel Apro n'eust tenu ceste instance secrette , que tout son régiment se seroit soudain desbandé à la ruine de TEstat, et à quoy il n'a moyen de pourvoir s'il ne plaist à Sa Majesté le luy soudain envoyer avec quelque secours pour les autres.
Que les Milannois^ voyans un hyver si beau, faisoient grande instance au duc dt; Sesse d'aller assaillir Valence, pi^omettans à ces fins luy fournir vivres, pionniers et poudres , au parsus ce^qu'ils avoient desja contribué en deniers, et dont il leur donnoit espérance tout aussi tost que ce qu'il attendoit d'Allemagne seloit arrivé.
Que la longueur des poui^parlers de paix apportoit tout en un coup cinq ou six grands inconveniens : l'un quel'ennemy, comme considéré et prévoyant, allôit plus que jamais préparant la force pour s'en faire croire ; que la France, par le contraire, faisoit de tous costez démonstration de courage abattu , de foiblesse et de nécessité ; qu'elle ne tenoit compte de repousser les injures et les desreputalions (0 qu'elle recevoît tous les jours es mesmes choses de longues-main preveuè's, et qui estoient en sa main ; que tous ses propos et toutes ses actions ne chantoient que mesnagement et casse.ries, au lieu d'un renfort propre à corriger les erreurs du passé, et advancer la fortune; qu'elle negligeoit vingt-cinq ou trente places qu'elle avoit toutes
i») Desreputalions : diffamations. ,
a56 [<^^9] MÉMoniEs
réduites à td desespoir, par fieiute depayemrat) que la pluS'pArt d'elles estoietit str le poinot de se perdre: <}ue le païs, levant , comme il faisoit, les oreiUes au brait de la paix, se monstroit mal endurant et mai fraictable à tant et tant de Marges ^'il falloit qu'il j&nportast, par le deifaùt des. payemeps qui dévoient venir de France, et dont il estoit deu pins de neuf mois ; et de faict , qu'on avoit desja estfeint trois oo quatre conspirations dreslaiées dans aucunes des places, | que Dieu avoit miraculeusement deecouvertes ; que i toutes ces façons de faire estoient instrumens propres, 1 non pas pour donner la loy à une paix et à une trefVe, ' comme on avoit généreusement faict à celle d^ 55, tant et tant bonnorable, ains pour recevoir l'esperon au flanc et le mords tm la boucbe; que les armes bien ordonnées, et non les pajroles et lespvomesses, estoient celles qui donnoient les victoires, te tepos et la gloire , qui toutealbis ne peuvent estre conservez que par l'assistance des mesmes armes, et de la |iistice ; que jusques à ceste heure ici il avoit Dieu et le monde pour tesmoins que, pour grands qu'eussent souvent esté les orages de l'Estal, il n'avbit toutesfois ', jamais perdu courage ny obmis chose quelconque
, qui peust servir à la conservation et advancement d'i- <^hiy , jusqu'à engager et le sien et çeluy de ses atnis; mais qu'aujourd'huy que les capitaines et gouverneurs
; des places luy estoient venus ouvertement protester qu'ils ne les pouvoient plus garder, ny retenir leurs soldats qu'ils ne s'en allassent, qui en France, et qui avec les ennemis, force luy estoit de protester, avec ^ toute la révérence et honneur qui est deu par le ser- ^ viteur au maistre, que bi son plaisir n'est d'y promp-
DB DvviiiULns. [iSSq] :i57
temeot pourvoir qa*il s'en lave les mains, et qu'i^s'enfermera dans la ineillcure place qu'il pourra pour là combattre jusques à la dernière goutte de son sang^ et que parmy tant d'indignitez et de misères c'estoit la plus glorieuse sépulture qu'il pouvoit choisir et pour luy-et pour son innocence. Supplie très humblement Sa Majesté de croire que ce n'est frayeur , lasclieté ny présomption, qui l'ont conduict à la liberté de caste remonstrance et protestation, ains le fervant zelle qu'il avoit à la gloire et à l'advancement de son prJQce et de sa patrie ; et qu'en connivant parmy la vérité (0, ce seroit 'plustost vouloir trahir que servir son maistre, auquel il avoit tant de mémorables obligations : toutesfois que là où Sa Majesté seroit lasse de recevoir tousjours de luy les mesmes bons services quil avoit continuellement rendus, et en esprouver d'autres, que la liberté demeuroit es mains d'elle de s'en délivrer à toutes heures , et dont Iç regret sei^oit bien tost escoulé, ayant de longue main apprivoisé son ame à ne se hausser ny ravaller pour la bonne ny pour la mauvaise fortune : aussi bien y a- il aucuns qui tien* nent qu'il ne faut jamais commettre le fort des affaires à un homme seul, estant fwt difficille, disent*ils, qu'une mesme personne soit tousjours prudente et heureuse.
La liberté de ceste remonstrance n'estonna pas moins le Roy que messieurs les cardinal de Lorraine et duc de Guise, qui là dessus depescherent gens de tous costez pour faire porter quelque secours de deniers audict Piedmont, ce qui leur donna commodité à la continuation des prests seulement; prians le mareschal
(0 En déguisant la vérité.
a56 [iS^d] VÉMOI11E6
de croire qa*on faîsoit tout ce qu'on pouvoit pour Iny, et qu'on iestoit après à faire des partis (<) pour plus -avant le secourir , tandis qu'on adviseroit ce qu'il adviendroit de k paix ou de la trefve; et que monseignébr le connestable, qui estoit de rétour de prison W, Tadvanceroit bien-tost ou nous i*e)etteroit plus avant que jamais dans les armes.
Du dernier janvier, monseigneur le connestflble manda au mareschal son retour, avec la mesme amitié et dévotion envers luy qu'il avoit tousjours eue; qu'il avoit sceu comme toutes choses passoient en Piedmont , par la bouche du sieur de Gonnort son cousin, et qu'il tiendroit la main à ce que les affaires prinsent meilleur train qu'ils n'avoient faict pendant sa prison, et que selon ce qu'il remarqueront au faict de •là paix, qu'il le feroît convenablement renfoi'cer; et qu'il fust de son Costé dHigent à luy escrire de jour à autl'e tout ce qui passeroit de delà; et que, comme pa:rent et aany qu'il luy estoit, il avoit ti'ouve cda fort mauvais qu'il eust demandé cong^ au Boy de chastrer et de casser plusieurs capitaines qui estoient à Thurin ou ailleurs, qui ne tenoient compte de retourner à leurs bandes^ ou qui saos congé s'en retournoiiéht en France, d'autant que l'dolthorité d'un inâreschal de France estoit si grande, qu'il ne devoit demander congé sur les propres choses qui estoient *de son gibbier, comme estoient ccHes-cy, non seulement dans son Jgourememenl, toaishors tficelny aussi. M. de Çrordes manda k Gonnort, frère du mares-
(x) Â. tssHer avec des fiarUsaas ou fiiitnown.-^Q*) Le oonnétable n^avoii pas encore obtenu sa liberté, mais lès Espagnols lui avoient permis d^aller à la Cour sur sa parole.
DE duvillarS. {^1559] ' ^^9
chai) que s'estant le Roy ini$ à luy dem^a^cj^r des affaires de PiedoiOQt^ il estoit iqmhé sur le propos de la demie bataille par luy dopnée h Qerisoles, et quil oe s'estoit lors peu tenir de dire à Sa Majesté' ({ne la gloire e|. l'hopoejur en estoient deuz à luy seul, et non à ceux qui s'en estoient vapté trop avant; dequoy «lie luy avoit respondu qi^'elle n'avoit sceu qa'aucun s'en fust avancé à son préjudice , et que $i aucun Tavoit faict qu'elle mesme luy en eust faict le reproche, sçachaut assez que Dieu et la vertu deGoiHUort euavoient demeslé le conibat.
Qu'ayant sceu que n^onseigneiur le conRes);able s'en revenoit de Dourlans, qu'il çstoit allé au devant de luy^ et que la première dbiose qu'il luy avoit demasdée c avoit esté de luy raconter au yray la rencontre que son gros cousip avoit €uë avec r/eppemy, et de laquelle il estoit sorty avec tant ,d*ho:Qineury eit dont il s'esjouïssoit inCniement.
Le mareschal demeura fort contant de ce r^our et de ceste Visitation, estirat^nt., comme font oixlinairement les malades, .que cbai^ge^nent de Ilot amoj^ndrjm leur ^al. 11 en remerx^ia toutes-fois le oonnestable , et de radn^onition qu'il luy avoit faîcte sur Ta^tborité de sa charge, lesuppliai^t croire que ce qu'il en avoit faict n'estoit point par faute de recogpoi3tre sop authorité, mais pour^autant que depuis sa det^tion il avoit esté par tout tant des-favorisé , qu'il n'estoit pas jusqu^s à des privez capitaines, et jusques aux soldat^, q.ui n'eussent trouyé de l'apuy et de la faveur conU'e luy, et juçques aussi à renverser les mèsme^ choses qu'il avoit faictes, ou par correction ou pour l'advancement des affaires de Sa Majesté ; que pour ne le tra-
!à6o' [1^59] mémoihes
vailler de la longue lecture de ses lettres » il avoit esçj^it au sieur de Gonnort, son frère ^ tout ce qu'il avoil à luy dire et à luy remonstrer, tant sur les affaire» du Roy que pour son particulier^ et qu'en fin si Sa Majesté n'avoit moyen de continuer la guerre, qu au moins pour peu de temps elle (îst un si grand eObrt d'armes y que la paix ou la trefve en fussent plus favorables et plus honnorables qu'autrement elles ne seroient pas.
Du sei^iesme février, le mareschal donna advis au Boy que la garnison des ennemis establie à Frasinet de Pau, qui travailloit Casai, estoit sortye en gros pour tuer hommes et femmes allans au bois; que La Motte Gondrin , qui en avoit eu l'advis, leur avoit dressé une forte embuscade par les mains des sieurs deBellegarde et Scipion de Vimercat,et qu'ils avoient si bien estrillé les ennemis, que seize cavalliers et deux cens hommes de pied y est oient demeurez pour les gages.
Du vingtiesme février, il fit aussi sçavoir au Roy qu'il avoit receu deux lettres de M* de La Motte Gondrin, par lesquelles il luy donnoit advis que le duc de Sesse avoit envoyé à Villeneufve, delà le Pau , deux mil hommes de pied, quatre cens chevaux et mil pionniers ; à Frasinet de P^u une grosse trouppe avec les ponts à basteaux ; qu'il faisoit tirer du chasteau de Milan trente canons, sans les douze qui estoient tous prests à Pon* desture ; qu'il faisoit lever douze nouvelles enseignes dltalieiis et deux regimens d'AUemans, faisant estât d'avoir jnsques à quarante-cinq mil hommes et quatre mil chevaux en campagne , et que auparavant que s'y jetter il leur fera donner à tous une paye, sans les deux
DjB i>iiviLLABs. [iSSq] a6i
^uil portera encor avec luy Bans rarmée; et que resolué'ment ils veulent battre Valence ^ et puis Ca^al .qui est à demy assiégé: il y a tantost cinq mois que le vin commence d'estre si cher dans ledict Casai , que le ittuyd couste vingt-cinq escuz.
Que de contraindre la ville à leur fournir vivres> ce seroit une grande impiété de travailler ceux qui n*avoicDt manqué de secourir les soldats^ et qui a voient prins les armes à la faveur du Boy, dç la Majesté duquel ils craigoient en fin d'estre abandonnez et remis entre les mains de gens qui auroient peu de pitié d*eux ; qu ilfaisoit travailler à la fortification, mais que, n'ayant pionniers ny argent pour en recouvrer, il n'avançoit guieres, ores que les soldats y travaillassent quelque peu* Pendant que le mareschal donna ceste nouvelle au fioy, il fit tant et tant d'efforts, qu'il recouvra vingt mil livres pour les porter au secours de Casai , et dont il donna la charge au capitaine Tibauld Yisconte, et à renseigne du sieur de Bellegarde, ay ans environ ti ente bons chevaux et .ceok harquebuziers à cheval ^ qu'ils dévoient laisser dans la place ppir forme de renfort. .Or, comme un desastre est tonsjours suivy de lautre^ ces deux gentils-Hommes, qui av oient de bonnes guides, se trouvèrent toutes-fois enveloppez dans deux embuscades qui les forcèrent après un long combat; plusieiirs furent prins prisonniers, «t presque tout l'argent aussi, fors environ six mille livres que dix chevaux qui se sauvèrent rendirent dans CasaL Ce desas|^e futgrand,noniant pour sa qualité comme par la considération du temps et des affaires d'alors; dequoy il donna advis à Sa Majesté pour d'autant plus Feschauffer à mieux pourvoir aux affaires qu'elle ne faisoit.
tU'A [4559] MÉMQliMM
Trois sepmaines après. esUnt venu «[uelque pew d'argent dé France^ il en. secourut la garnison de Casai et Valence y mais avec sî bof^ne scorte (0 que tout alla à sauveté.
En ces entrefaictes ceux de Valence ayans nouvelles qu*à une liçuë d'eux il y avoit dèut cens hommes de pied et cinquante chetaux qui se rafraiohissoienl en certains villages, ils les strpHndrent si à propos que tout fut deSaict, et le r^e emmené prisonnier avec force bestail qu'ils trouvèrent pvês de là. hé sieur 8cipion Viniercat, exécuteur de Fentrcprînse avec le sieur de Montforty sceut par la voye du mareschal que son père estoit moit ^ et qu'il avait supplié le Roy de luy donner la compagnie qu'il avoit, avec la charge des fortifications et vivres, ce qu'elle luy avoit accoi'de'.
Du sixiesme mars, le Boy manda au mareschal qu il éstoit sur le poinct dé luy envoy^er un gentiHiommc avec Testât des hotrvelles forces qu'il luy vouloit envoyer^ et à Lyon un autre pour faire des pâi tis au recouvrement de deniers pour Je payeihent dudict renfort et des garnisons atissi.
Du vingt -septiésme, il manda à Sa Majesté qu'il h supplioit que ce renfort fust tel qu/e, Fennemy s'obstinant aux sièges de Valence et de Casai y il peust donner la bataille avec tel advantage qùSl y eust dequoy espérer la victoire, et qu'il failloit eh cest endroit que Sa Majesté considerastque nul péril s'achève jamais sans peine, et que celuy à qui Dieu dônneroit "la victoire disposeroit du tout, où de partie de TEstat de l'autre; que pour jouer au seur il falloit avoir quatre on cinq cens bons hommes d'armes, un corps de six mil Suisses,
(0 Escorte.
DE DUVILLARS. [iSS^)] a6i
de huict iQÎl François, de quatre mil IlàUens et d'au* tant de lansquenets ; que par ce moyen il poûrrojt telléioent fournir les places /que, succédant perte de la bataille, elles pourroient tenu* coup ajjtendantnoaveau renfort de Sa Majesté, laquelle à ceste intentibu devait tenir prests du costé de Lyonnoîs et Bourgongnar une petite Armée de. cinq à six méi hommes, et d^au-> tant de Suisi^s, pour les faire diligemment couler en Piadmont^^a^ja nécessité l'y iavitoit.
Or, pour autant que le mareschal eut nouvelles que les pourparlers de paixestoient ^ avancez, que jotir avoit «sié pritts entre les députez des deux Mejèstez pom s'assembler à Gâteau Camhresis, lieu choisi par commune concodrdaoce , et qu'il estoit tousjours en doute qvr'on y feroit quelque marché pour les ^fiaire^ du Piedmont, il print résolution de ine depescher vers le Boy avec amples mémoires et instrnctioiis sur tout ce qui pouvoit, en gênerai ou en particulier, regarder ces traictez pour le regard de Tltalie.'
Je ne me sœus si fort advancer que je ne trouvasse des-ja M. le connestable party d'auprès du Roy pour aller audîct Cateau Camhresis , et ne trouvay que M. de Guise et M. Bourdin, secrétaire d'Estat, près Sa Majesté ; auparavant de parler à laquelle, ledict sieur de Guise me fît dire en Taureille que le Roy avoit desja couvertemfint arresté la paix avec M. le. connestable, à la*' rétention seulem&nt; de Thurin, Cbivas, Quiers, Pignerol et Savigkn , avec l^ursfinàges; dont je demeuray si estonné, que de là je prins resolution d'en parkr peut>estre plus librement au Roy qu'il n'estoit convenable à personne de si basse estofie que la mienne ; mais le regret et déplaisir que je prevoyois
que W mareschal en recevroit m'y portèrent. La sub- ^nce de ce que je luy dis fut telle :
« Sire , le marescbàl ayant entepdu que Tostre Majesté estoit sur le poinct d'entrer en quelque traicté de paix avec ses ennemis, il a jugé que ç'estoit choseconvenable à son devoir, premièrement de supplier, comme il faicty.19 divine bonté, qui tient le cœur des rois en sa ikiain, de luy en donner toute la glorieuse et advantageuse issue qu il désire, et pour Tadvancement et pour la seurté future de TEstat , lequel du costé de Piedmont, duché de Milan, Moàtferratet Canavois, n'est point si petit qu*il ne puisse aujourd'huy, assemblé en corps , estre parangonné (') à une des plus fortes et plus abondantes provinces de la France, laquelle par ce moyen tient en bridé les forces, les moyebs et les démesurées ambitions de l'Espagnol et de toute l'Italie , jadis la terreur de l'Europe et de l'Asie ; pour preuve dequoy il se fait fort de faire valoir tout ce qu'elle a delà les Monts cinq cens mil escus, dont les deux cens suiSroient pour porter toutes les charges, et le reste reviendroit à Tespargne.
« Que si la pénurie des moyens dont Sa Majesté s'estoit trouvée fort travaillée en ceste dernière gperrc estoit celle qui luy doi^noit occasion d'entrer en ces traictez, c'estoit deffaillir en cest endroict et à soymesme et à la France aussi , qui n'estoit point si apauvrie qu'on n'en peust tirer en un an , à demy par prières et à demy par fo^e , trois millions d'or, et du clergé demy million, comme dés la.routte de Sainct- Quentin il avoit persuadé, afin de si soudainement et si fortement armer qu'elle fist la paix çn armes; que
(0 Comparé.
DE DVTILLAAS. [iSSg] aâS
tous ses'bons^ sèrviteurSy et luy des premiers , vendroit plostost sa terre d*Estelan pour tirer trente cinq mille escus et les prester à Sa Majesté, et que si tous ceux de sa partie vouloient faire de mesme , elle jiui*oit bien tost en main dequoy donner la loy et non pas la recevoir, comme elle voutoit faire , à ce que j*avois entendu depuis mon aiTivtfe, ne retenant que cinq places delà les Monts, et quittant tout le reste, à Teternelle dërepatation des prédécesseurs de Sa Majesté et d'elle mesme aussi, qui avoient puis long temp^ si courageusement combattu eeste province, ne Testimans pas moins que la Bourgongne ou k Champagne. Que c'estoit enterrer la gloire et la valeur de tant de braves princes, seigneurs, gentils*hommes et autres, qui avoient employé leur sang, leur vie, leurs biens et leurs amis à la conquesle'd'icelle, sous les victorieuses enseignes de ses niajeurs (0 et d'elle mesme ; que je Fasseurois que là où Sa Majesté voudroit seulement entretenir le renfort qu'elle avoit promis, durant trois mois entiers, elfe auroit bien-tOst Pavie et Alexandrie , et quelque chose encor par dessus, et par la glorieuse exécution desquelles elle reduiroitses ennemis à tel accord qu'elle voudroit ; que , par le contraire , faisant jotig à la fortune, et demeurant desarmée comme elle estoit, il n'en falloit espérer- que l'entier rabaissement de la France, laquelle, estant de naturel martial et remuant-, ayant perdu ceste belle escoUe martialle ou pépinière de guerre, ne se contiendroit jamais en paix si elle n'avoit quelque visée où abutter sa valeur et sa vertu ; que Sa Majesté sçavoit mieux que antre nul que le François n'avoit point de plus
(') Aïeux.
grand ennemy; que la paix et la fM^g^perité, qoi U rendoient impatient , plein de licence^ bardy à nisil faire, cupide de remuements, et mesprisant son propre bien et repos, pour embrasser choses noiivelles : que là oh Sa Majesté désirerait , comme c'estoit bi^n faict, retirer à elle M. de Savoie par le marii^e de iDS^dame sa sœur y et restitution de $(9s ^stats, qu'à tpulL h vmm elle retint le Siennoisy la (Cprseguey les terres de la ducbé de Milan, du Mo^trFerrat^ et le CanavoiS) qui n'apartenoient à ceu^ .ausquels elle Içs vouloit rendre, et par la rétention de^MjueUes elle tiendroîteo bride le roy d!Ëspagne, le mesme duc de Savoye, et toute l'Italie auési : que le marescba), v.c^y wt ces dangereuses extremitex qu il s estoit imaginée» ajupara* vânt mon partemejfit, m'ayoit coiun^andé , oh je trouverois que Sa Majesté fust l^gée sur ces périlleuses resolutions, de la très-humblement supplier voobiir mettre luy et touteà le$ forces qui estoient de delà au ban de la France comme. rebelles, et qu'il moucroit glorieusement x^ouibattant, Qomme fil M« de Bour* bon (0, ou qu'il conseryeroit et amplifieroit les frontières aux despens des Milaniiois et j&enevois(^), quil rendoit, et d'autiesa.«ssi, ses > contribuables; si tout se perdoit, que Sa Majesté ne perdroit que cela mesme qu'elle vouloit, volontairement perdre; et que s'il se coBservoit et gaignoit> comme il esperoit foiie, qae tout seroit de Sa Majesté , devenant par ce moyen le p]|is puissant et le plus glorieux prince de l'Europe: que là où finalement elle voudrait recevoir la paix, qu'il la supplioit y 'coinprendre' les bannis de Napies, Sioille, Milan,- Mont-Ferrat, et tous ceux qui
(>) Gilbert de Montpensier, pnort à Naples. — C«) Génois.
DIS BUVILI^ARS. [l559Î ^^1
en ceste deraieve guevre aordient porte les armes en spo service, de quelque nation qu'ils fussent , et tiotamment ceux de Milan , Mont-Ferrat, Piedmont et Astizanue. »
LçRoy, lequel durant ceste mienne remonstrance avoit quatre ou cinq fois change de couleur , avec des soupirs qui ne presageoiént rien de bon , me respondit : « Je recognois cfue toutes les relbonstrances que vous faietes de la part de M. le ifnareschal partent de ceste affectionnée fontaine qui ne fut jatoaîs tarie oà il s'est traicté et de ma gloire et de mon service, comme tesmoigneni tant d'honoi^ables faits qu'il a glorieusement mis à fin. Je n'ay point, grâces à Dieu , le cœur ny le courage si ravaliez que je ne reliehne encores en main de qooy me faire craindre à mes ennemis. »
M. de Guise, interrompant Sa Majesté, luy dîct lors : ce Je vous jure. Sire, que c'est mal en prendre le chemin; car, quand vous ne feriez que perdre du> rant trente ans , si ne sçauriez vous perdre ce que voas voulez donner en un seul coup : mettez moy dans la pire ville de celles que vous voulez rendre , je la conserveray plus gtorieusement sur la brfische que je ne ferois jamais pamy une paix si desadvantageuse qu'est celle que vous voulez faire : vous aVez, Sire, assez d autres serviteurs qui en feront autatit que moy, et deçà et delà les Monts. » Geste genei'cuse repaitie de M. de Guise meritç d estre recommandée à glorieuse et éternelle mémoire.
Le Roy, reprenant les propos et de luy et de moy , nous dict : « Afin que vous cognoissiez que je ne suis pas si avant résolu que vous estimez, je veux que
ai68 [iSSq] mémoires
Boy vin aile trouver inon compère » qu'il se, tienne près de luy tant que raboucliement durera, non seulement pour le rendre capaUe de ces remonstraaces , mais pour de)our à autre luy ramentevoir ce qu il advisera pour le bien de mes affaires en jtç^lie. » Et de faict , le inesnie jour je fus- trouver M. le connestable à Guise, où il estoit encôres; je luy fis^la pluspart dé ces remonstrances, qui ne demeurèrent sa39s répliques, tendantes toutes à ce «qui succéda depuis, jusques à me dire que M. le mareschal devoit croire que luy, ny les autres qui estoientprés Sa Majesté^ n'avoient faute de jugement ny d*a0ection pour la servir en ce qu ilsrecognoissoi«nt nécessaire pour le bien de son Estât , ny se laisser epipoii;er à rien^ui liefust convenable au bien de ses affaires; que je le^ suivisse, et qu'à mesure que les affaires se traicteroient qu'il mien cotnmuhiqueroit pour &*aider des partis et des remonstraaces que j'avois faictes et au.lV>y et à luy.
Les députez de la part do Boyestoient messieurs les cardinal de Lonaine (0, connestable, maresefaal de Sainct-A.ndré, de Morvillier, et FAubespine.
De la part dit roy d'Espagne, messieurs les derc d'Âlve, prince d'Orange, Rugomes (^), et l*evesque d'Axras.
Madame la doiiairiere de Lort^ine *estoit médiatrice entre lesxins et les autr^^ et'Sétenoit k conseil, ou soit assembl'éç , en sa maison. '
(•> Le connétable avoit seul le secret de 1a négociation, et tout étoit régie d'avance entre lui et les ministres de Phili|»pe II; maïs oornox: il ne se dissimuloit pas que le Uaité, dont les conditions -étoient désavantageuses à la France, exciteroit beaucoup de murmures, il avoit voulu s'appuyer de la maison de Guise , en faisant mettre le cardinal de XiOrraine à la tête dès plénipotentiaires.
(») Ruj Gomez.
DE DUVILLÀRS.. [iSSq] ^69
Les UDS et les autres estoient suivis de plusieurs grands seigneurs et gentil-hommes. A chaque assemblée qui se tenoit je ne faillois de doiiner à M. le connestable et à chacun des autres seigneurs un brevet contenant tousjours nouveau party, plusto^t pour rompre que pour indignement achever. Et de faict, les choses se réduisirent un jour à tel poinct, que messieurs nos députez me depescherent vers le Roy pour luy dire qu'il falloit retourner à la guerre (0 , et deslors commander ce qui estoit contenu aux mémoires et instructions dont ils m'avoient chargé. Je vous laisse à penser si ce commandement me fut agréable ou non ; mais quand j'arrivay vers le Roy, qui çstoit tout seul, n'ayant que M. Bourdin près de luy, je le trouvay plus estonné que je n'eusse désiré : soudain il envoya quérir M. de Guise, auquel ayant tout compté il'respondit : « Sire, Dieu Fa ainsi voulu: force ny courage ne manqueront à Vostre Majesté pour rudement traicter ses ennemis ; il faut que chacun retranche de ses moyens pour en aider Vostre Majesté durant deux années, que nous mesnagerons si bien avec les armes , qu'elle pourra rembourser et recompenser un chacun, et avoir une paix advantageuse. » Pendant que je partis pour aller dresser Testât de ce qu'il falloit pour le Piedmont, M. le cardinal de Lorraine arriva en poste à Villiers-Costerets , où estoit Sa Majesté, à laquelle il apporta plus gracieuses nouvelles que les miennes:.
(') Il n'est pas fait mention de cette prétendue t'uplure dans les autres Mémoires du temps. Tout porte à croire que du Yillars , qui étoit opposé à la paix, fut la dupe des plénipotentiaires. En effet» à peine étoitril arrivé à la Cour queile cardinal de Lorraine apporta la^ nouvelle de la signature du traité.
270 ['^^91 UÉMOIBES
ce fut la paix, aux conditions pieça coovertement concertées eptre le Roy et M. le connestable , jusqu'à rendre aux Genevois (0 la Corse, qui ne leur appartient qne par droict de bienséance , comme les Siennois au duc de Florence leur ennemy, et les pauvres villes de Mont -Ferrât, qui avoient levé les cornes pour nous , au duc de Mantoue. De là les peuples et les petites républiques doivent apprendre à se tenir dans leurs coquilles, sans se mesler des querelles des glands, qui s'apoinctent toasjovrs à leurs despens.
Le Roy, peu après la venue dndict cardinal, me fit appeller, medonnaconununication de ce quiavoit esté faict, avec commandement de ne partir que ledit sieur connestable ne fust ani ivé, ejt que lors \e serois depescbé pour porter en Piedmont les conditions de la paix.
De là à deux jours , estans de retonr tous les députez, M. le connestable commanda ma dépesdie, allant prendre laquelle M. de Beauregard , secrétaire d'Estat, me la présenta toute fermée et cacbetée en un pacquet, tout ainsi que celles xju'on a accocKtufiié deiiailler à des chevaucheurs d'escuirie; je refosai de la prendre, disant que j'avois tousjours aocoustamé de negotier en créance, et non à buis clos, et qui! la baillait à autre qu'à moy, estant résolu de voir et de sçavoir ce que ^e portois :nl me respondit que M. le connestable le lu y aivoit aitisi commandé, et auquel il avoit respondu qu^à son advis ']e ne la recevrois pas ainsi, /comme à la vérité il n'estoit pas raisonnable ^ et qu'il estoit toutesfois d'advis que je me préparasse sur la bravade que lediot sieur connestable m'en feroit. De bonne fortune flf . de Gonnort estoit lors en Coor,
(0 Génoia,
DE 2nrviLi«AR$. [iSSg] ' '^^i
auquel ayant fâid; «ntendre le feict, il me mena avec luy aa lever du Roy, à qui il en fit la plainte auparavant ^ue M. le connestable y fost amvë : Sa Mafe^të le trouva mauvais, redondant qu'il ne se falloit de^ fier d'un si bon et si fidelle serviteur qu'il m'avôit tousjours recognett , et 'qu'il aimoit. Ainsi tf ne M. le connestable entrait chez le Roy , il dict à M. de Gon- Qort qu'il ne trolivoit pas bon le veffm q«e j'avois faict de prendre ma dépesehe ; l'autre, qui estoit desjà tout picqué de ceste nouvelle iaçon ^ faire , luy respondit : « Vrayement , iKonsieur, il éust esté mal habile bfflme s'il eust autreoient Saiict ; il est raisonnable que by, qui a par tant die fois tsraioté et fidellement negotié de grands affaires, sçache ce qu'il porte à celuy qui l'a «nvoy^. »> Le Roy, les voyant eo paroles, s'approdha, feignant de«ie rien sçavoir^ et lors je me presentay. M. lecDnnestabte, i-eprenatit son propos, dit : .<( Sine, on luy a voulu bailler sa dépesche, il ne l'a pas voulu prendre parce qu'elle e^olt fermée. » Sa.lVfaje^é lors respondijt : « Il a bien faict; sa fidélité m'estant cognuè, )e veux qu'il sçache ce qu'il porte, et <ïu'on luy fece^in pissent fabur tant de .peines qu'il a iprinses en ce voyage. » La dépesdbefut ouverte, et le tt)ut baillé à cachet volant, avec un donide cinq cens escus, et plusieurs grandes promesses de la ^part de Sa Majesté.
La rigu«ui^ que M. le connestàble voulut pi^actiquer 'ontre moy au faict de ma depesçhe, procéda de deux -auses :1a première, de ce qu'en devisant fsynilieretment ivec Derdoy , son secrétaire, sur le faict de la p^ix [u il extolioit jusqu'au ciel, je luy respondis qu'il ne n'appartenoit pas d'entrer sur les fondements qui
avoient meu son maistre h la nous donner tdle, mais qu'en mon particulier je ne la pou vois trouver bonne. Cestuy-cy l'ayant rapportent connestabte toutaoUement que je n avois faict ^ il mef t appeller , et tout en grongnant me demanda avec quelle audace j'entreprenois de fuger d'afiaires qui surpassaient ma portée. Je luy respondis que je n'avois en cela fiancé personne, et luy répétant le»-jnesmes paroles, et la.perte et mine qu'elle apportoit à mes petits service» ei.Iabeurs, il se contente, me disant que le Roy estoil assez puissant pour me recompenser. L'autre fut que le Iend^ main luy parlant de ma depesche, il me dit : « BoyviD) vous sçavez m^ieux que nul autre combien j'ay aimé et favorisé M. le maresclial, mon cousin; je veux qae vous luy fassiez entendre de ma part que je ne suis pas d'advis qu'il s'amuse doresnavant plus en Piedmont, ains qu'il s'en revienne près du S^y^ où je luy feray avoir charge digne de luy, on remettant , comme je désire qu'il face, le gouvernement de ce'péu qui reste à mon fUs Dampville qu'il a nourry. Et. quant à toy, je te feray aussi donner quelque honneste recompense si tu l'y disposes et m'en apportes son consentement.» Ma response fut que j'avois tous^ours desir^, comme je faisois encores, de luy rendre service tres-bumbie en ce fait, pourveu qu'il luy pleust me mettre en noain suject propre pour l'entreprendre; car de le vouloir faire ainsi cruëment , je ne le pourrois jamais faire sans me monstrer perfide envers celuy qui m'avoit nourry ; mais me donnant dés maintenant robbe honorable pour le revestir en quittant la sienne , que je me ferois quasi fort de le réduire à ce qu'il, desiroit. Sa response fut : « Dictes luy qu'il s'en repose et qu'il
DB DUVILLARS. [iBSq] ^7^
s'en 'fie eD moy. » Ma réplique fat que je le supjpliois deleJay e^criré donc luy mesme pour me gai^antir <le Taccosation que j'en pourrois encourir. A ce dernier mot il me tourna la testé, disant tout «en barhotant: « St bien, bien, nous veiTons que cessera. » Voilà, messieurs , d*estranges intentions et pires mutations, de vouloir tout à coup, et sur des fondeibents qurs'ont aucune solidité, xlespoiîillerxe pauvre s^goenr, sans autres gages que de. paroles vaines, et encores, cpxï est le pis, que le servitetir du marescfaal soit celay mesme qui serve d'instrumentà ce faire; commjë fit depuis Montbazin, qui ne s'en trouva guieres bien : et à la vérité il y a ^ ce semble , de la lascbeté: fort grande à quitter Tbonneur du maistre lors qu'il a besoin plus que jamais de nostre fidélité et de nostre secours.
Parlasuitte de ces discours et de ces négociations, à les considérer depuis la rupture de la trefve de 55 jusqu'à ce jour-là que la paix fut conclue, il est aisé à recognoistre que la passion, l'interest et la diver^té des humeurs des serviteurs des. princes, est celle qui jouç tousjours la principale tragédie sur le théâtre de leurs affaires, et que le combat, que la raison, la justice et le jugement deceux qui y voyent plus clair queles autres, n'y servent jamais de rien, non plus que leurs propres vertueuses actions, pour grandes et pour excellentes qu'elles soyent, comme, à la venté, avoient tousjours esté celles du mareschal, lequel en esprit prophétique avoit tousjours estimé que ceste rupture de trefve si advantageuse n'apporteroit que malédiction et rume, et enfin la mesme deshonnorable paix que fut ceste-cy, et ceste paix de main en main la ruine de l'Estat, 3o. 18
3174 [^^^j?] MÉMOIABS
coDlime il advint depiiiss ée la prospérité daqoel Estât 4e seîgneor estoit si gradd selatevr, que qtiaDd f arrivay en Pîedmont (0 et que je comtnençay à loy disdourir cer qui s'estait passé , ce bdn seigneur ne se jpent tenir de dire en excfaanant : « O misérable France! à quelle perte et à quelle ruiné t*es^ta laissé liiosi réduire^ toy qui triùmphou pat sus toutes lès nations de TEurope ! » Et à la vérité ceste paix luy estoit si à contre-cœur/qtie dnrantdeux moiis tous ses fM-opos n'estoient autres que plaintes et regrets , lesquels it porta fusques à désirer de s'aller confiner en quelque maison ridre (^) les teirés des Vénitiens. Je luy duis depuis lissez souvent rq)eter ce huictain :
ki iiOHre vie tsx moiiis (|a'uii€ jouHiée, •t£a l'etenvËi èi l'ail <pii fait le tour Chasse nos jours, sans espoir de retour ^ Si périssable est tonte chose née, Qor songe tu, mon ame emprisonnée?
Pourqnoy te pkist Tobscur de nostre jour, Si pour voler en un plus clair séjour Tti As Ml dos Vmûe bien empeftée ?
Taht y à que la paix fiit publiée le si&iestne avril, àa koiitehtement d'aucdiis et au regret de plusieurs aillée et d'infinis seigneurs, gèntils-^botnmes, officiers et Soldats , le glorieux labeflr et valeur desquels demeurbit inutile et à eux et à Iti patrie âu$si.
Et pour aùtàtit que la ^ite de ces Mémoires requiert ^u'bn rè^bséhté ce qui passa en Piedmoht durant le royajge Ûek trois malheureux mois que j'eniploya y ^u Frahëë, travaillant après cèste hideuse paix , j'en loucherày îcy un mot en passant, et puis je reprénéray Ik àuiltë de ceste paix.
CO Au mois d'avril x ^S^ : les dépêches du connétable dont duTillM» fUt ehétsé étoient^du itg inats -^C«) An-ddà.
DE DUVILLA.&S. [l55g] ^^5
Le premier jour de mars, le Roy, renvoyant Scipion de Vimercat en Piedmont , manda au mareschal quel estoit le renfort qu il luy vouloU envoyer dans peu de jours: luy, estimant que ce n estoieut que paroles dont on le vouloit amuser, manda à Sa Majesté qu'il ne sadvanceroit jamais à dire qu'il iîist ny trop grand Djr trop petit; mais que bien a^eureroit-il Sa Majesté de deux choses: Tune, que selon ce qu'il seroit et le temps auquel il arriverolt , que Ipy et tous ses autres serviteurs travailleroient et de cocps et d'esprit à le mésnager à l'utilité et grandeur de Sa Majesté, laquelle en <:es affaires, qui vouloient une prompte et subite résolution , se laissoit gaignçr^t accabler par le temps qui desroboit l'argent et les occasions; car auparavant les inconveniens de Cental et A^oncalve, preveus et tant de fois remonstre^, elle eust peu aveic trois cens mille Uvres, employées pour un bon coup, non seulement les divertir (0» mais peut estre aussi porter sa frontière à demie journée de Milan et à dense deGennes, qui servoient d'abondante fontaine aux ennemis 'pour faire teste aux fprces de Sa Majesté, ce que lors |ls n'eussent peu fsfire, et , ne le faisant pas^ leurs crieries à f endroit du roy d'Espagne eussent apporté une gloi^ieuse paix.
Que par Testât de ce renfort , Sa Majesté couchbit ce qui est au Piedmont pour cinquante enseignes de François et vingt et une d'Italiens, celles-cy à raison de cent cinquante hommes > et les autres de deux cens, sur l^squ^Ues la longueur de la nécessité et des trat^aux avQÎt appovté tel déchet, qu'il ne pouvoit comp> ter tout cela que potor six mil hommes,, et qui se fai*
(0 £mpéch«r.
2/]6 ; [iSSg] mémoires
soient acheter , recognoissans la difficulté et ia dëspeDce qu'il y a à en faire venir de France ; que la mesme tare estoit parmy la gendarmerie et cayallerie, ausquels il estoit deu de sept à huict mois, et la pluspart sans capitaines; qu'il n'y avoit que les Suisses et lansquenets qui estoient assez complets, mais que ny les uns ny lés autres ne se pouToient remonter ny reprendre courage, si les uns ne touchoient un quartier, et la fanterie un ou deux mois à un seul cdnp;quil y avoit beaucoup plus d'utilité de prendre pour un notable effect^tel qu'estoit celuy qui se preséntoit, trois cens mille escus à interests , que d'en payer peu à peu, .et par morceaux, quatre cent mille qui né profiteroieDt de rien et qui ne contenleroient personne.
Qu'ily avoit quatre ou cinq places dont les gouverneurs estoient absens , comme aussi estoient dix ou douze capitaines de fanterie, tous lesquels né tenoieut compte de s'en revenir si ^a Majesté ne le leur command'pit fort expressément.
Que si Sa Majesté avoit recogiieu que les sei-vices du sieur de La Motte Gondrin eussent mérité là compagnie de; gendarmerie qu'elle luy avoit promise il y avoit plus d'un an, que ce lùy estoit aùjoiirdliuy «ne fort grande defTaveur d'en avoir veu passer cinq ou fiix'deyant luy; l'exemple duquel en descourage beaucoup dWtres^pal* les services que chacun sçait quil a aendus.
Qu'il supplioit Sa Majesté comniaiider au* sieur de Bellegarde de s'en revenir diligemment en Piedmont, d'autant que c'est un gentil-homme de telle prudence ût vïjeur, qu'il est fort bon a jécter dans les places oii les ennemis se pourroient addresser.
DE DUVILLÀRS^ ['^^^9] ^77
Se plaint aussi que quand il faict quelques remonstrance» sur la nécessite des deniers^ qu'on luy mande toasjûurs que c'est tout ce qu*on a peu faire pouf luy , tout ainsi que s'il s'agissoit en cest endroit , non de Finlerest de Sa Majesté , mais du sien en particuliei* , duquel toutesfois il faict si peu d'estat, qu'auparavant que se plaindre de ses nécessitez , quoy qu'extrêmes , il vendroit plustost son bien paternel ; mais que quant a Tafiection envers son prince , elle estoit telle , qu'il voudi'oit que la force de ses bras et de son courage servissent tous seuls d'une puissante armée à Sa Majeste'y car lors il ne lairroit pas Casai ny Valence en ' l'extrémité qu'ils estoient, et dont Sa Majesté mesme ne tenoit compte , puis que depuis trois mois on le va tousjours amusant et apastant de promesses sur le secours et d'hommes et d'argent , sans toutesfois , estant des-jà entré dans le quatrtesme mois , qu'il voye espe* rance ny apparence en l'un ny en l'autre : qu'au bout de la carrière ce ne sera pas luy qui perdra, mais bien Sa Majesté y et avec telle d«reputation qu'un mal sera la suite et la conséquence d^e l'autre; qu'en surçoyant , comme on faisoit, les provisions sur les incertaines espérances de la paix , il falloit considérer avec l'œil de la prévoyance , qu'en ne succédant puis après il faudroit lors se réduire tout à la haste à ces provisions , et avec dodble despence , et par deux ou trois ans entretenir, qui seroii le pis, de grosses et puissantes armées pour recouvrer ce qu'on auroit négligemment perdu, et avec despenée de trois ou quatre millions d'or, au lieu de quatre cent mille livres qui suffiroient mainte^ nant pour to^t sauver et régler.
Que M. le duc de Somme s'est retiré de Piedmorut
eminenant ledit son train, avec.xesolution de tnerle coloniiel Çheramont, qui faict Testât de raai^e de camp de la fanterie italienne , en quelque part qu^il le trouvera; qu'à la veritë c'est un person«age lequel, tout impotent qu ilest,*ne peut compatir avec personne; qu'il est nécessaire d'en pourvoir d'un autre en sa place, et renvoyer ledict sieur duc de Somme si la guerre doit continuer, estant prince de jugement et de service. Voila sommairement tout ce qui se passa durant les trois mois de mon absence.
. Le iringt-quatriesme mars, il nmiida à Sa Majesté avoir receu l'advis q«t'elle luy donnoit de larconelusion de la paix que je luy avois porté y qu'il en avoit loué Dieu de tout son cœur , et d'autant plus volontiers qu'il CQmprenoit qu elle estoit fort au contentement de Sa Majesté^ laquelle il supplioit tres-bumblement Iny renvoy^wle sieur de Gonnort son frère pour luy aidera l'eaEiecution d'iceHe ; maïs que surtout il estoit très nécessaire qu'elle pourveust , non tant au licentiement des gens de. guerre comtfie au payement qu'il estoit nece^atre leur faire auparavant que d'en parler; aatrement ils a'empareroient ou saccageroient 4}oetqii6S idlles , dont elle recevroît infiny desplaisîr, à la consideration de M« de Savoye , que elle devoit recevoir à beaufrere.
Que pour contenter Sa Majesté, et tous les princes et aeîgneors quelle «voit receuz en amitié, il estoit pecessak*e ^'elle luy envoyast par le sieur de Gomiort tous lè& mémoires et instivctions sur tout ce qu'il aurait à execiiter et ordonner dudict traicté de paix, avec les descharges qui estoient nécessaires; et sans lesquelles il ne pourroit rien entreprendre ou ezecater.
DE ooviLUHs. i^xSSg] *79
Rcinônsira {3hareiUeideo>t à Sa M^e$té que !«« sieurs de Saofré, de Mèrettoi d'Orme, CQHte de Pe* zane^ et plusieurs autres gentils-hommes , tant du MoDt-Feriat que du Piedmont, avoÂ^çtt fort fidellement porté les armes au service de Sa Majesté, et que si elle n-en obtenoit la grâce %vec la jouissance de leurs biens , qu*ils demeureroient du tout minez ; qui seroit un exemple de dangereuse conséquence et pour le présent y et pour le futur aussi \ et qu'il n*y avoit meilleur remède que de coucher un article dans le traicté de paix , ^ar lequel tous bannis de Naple^ , de Sicile i de Milan , de Piedmont et du Mont-Ferrat , pour quelque cause que ce soit , seroient retute-^ grez en leurs biens et charges, et tous ceux aussi qui ont de costé ou d'autre porté les armes en ceste dernière guerre.
Que Dieu ayant opportunément concédé à Sa Majesté la paix tant n^essaire à la France, et à toute la cfarestienté, qui devoit estre publiée le sixiesme avril, conforme à ce qu'eMe luy^ mandoit* par Boyvin, il eit avoit fèict rendre grâces et bénédictions publiques à sa divine Mefjesté par cantiques et processions , par feux de joyé de tous costez, et par salves de canon-^* nades*, (Jue luy-mesme en particulier en avoit faîcÉ' encores de mesiete, avec supplications très- dévotes k ce qu'il plaise au Souverain dbnner à Sa Majesté totttle contentement et toute là consolation qu'elle doit attendre des grandes alliances qu'elle a contractées et arec le roy d'Espagne, et avec M. de Savoy e,^ et la grâce aussi à eux tous de porter un jour leurs armes contre les Infidelles , agrandis par la dissentiod des drëstiens, ^army lesquels, adorans un mesirie
28o [.iSSg] KÉMOIRES ^
JesuS-Christ, il ne peut succéder alWation sans que Teglise catholique n en reçoive Quelque ruineux préjudice.
Publication deja paix de l*an i SSy,
. « Oir faict à savoir à tous: que bônpe, ferme, ^stftble et perpétuelle paix, amitié et reconciliation. est faicte et accordée entre, tres-hault, très-excellent et trespuissant prince Henry, par la grâce de Dieu roy de France ^res-chrestien, nostre tres-souverain seigneur, et très-haut , tres-puissaiit et très-excellent prince Phllippes, roy des Espagnes; .aussi très-hauts, trèsexcellents et tres-puissans prince et princesse, François et Mari«, roi et roine d*Escosse, dauphine de France; et tres-baute et ti*es-puissante priticesse.EUzabeth, roine d'Angleterre, leurs vassaux, sujets et serviteurs, en tqus leurs royaumes, païs, terres et seigneurfes de leur obéissance; et est,.ladicte paix, gèneralle et ,cpmm$inicative entr eux et leursdicts sujects, pour aller, venir, séjourner, retourner et converser, marchander, communicquer et;neg9tier les u^s avec les autres es païs des uns et. dés. «autres, librement, franchement et seurement, par. mer ^ par terre, par rivière et eaux douces, tant deçà que delà leé Monts, et tout ainsi qu'il est accoustumé faire* en temps de bonne, sincère et amiable paix, telle qu'il a pieu à Dieu par sa bonté envoyer et donner, aus^its seigneurs princes et à leurs peuples et sujets; deiSendant et prohibant tres-expressement à tous, de,.quelque estât, quâ^lité ou condition qu'ils soyent, qu ik n'ayent à entreprendre, intenter ny innover aucune chose an contraire, sur. peine destre punis comme infracieurs de
DE DUVILLARS. [i559] . ^8 1
paix et perturbateurs du bien et du repos pubUc. Faict àViliers-Çosterets le 7 avril i559. Signé Hbrrt^ et au dçssouSy du Thier. »
Or puis qu'il est ainsi que les amitiez ne peuvent estre conciliées, mesme^ entre les grands princes , que par FassistdBce que Dieu y apporte , il en resuite que cestson oeuvre, et que cest oefUvre rendra de jour à autre de fort ezcellens et savoureux fruicts à Tadvancément et seurté de ceste. pauvre . republiq|ie cbrestienne qui a enduré tant et tant d*adversitez ; que parmy tout cela il est encores nécessaire que le prince, par ceste suprême debonnak*eté qui reluit de toutes parts en luy, ait souvenance que tous les grands ezploictsqu il a heureusement demeslez onteuTassistance de Dieu pour leur guide, mais que la main, raffection, le sang et les biens de ses sujets et serviteurs, ont esté les instruraens de ceste ftlicité, et que partant chacun , selon sa ifHHt^e et condition , doit avoir ,part au banquçt de ceste glorieuse paix, et principalement. les princes elles seigneurs estrangers qui ont embrassé la fortune et le service de Sa Majesté, afin qu'en ce gracieux raictement chacun soil(, par intentions pareilles, mais par proportiobs differenles, invité à aimer, honnorer et servir Sa Majesté à toutes sortes d'evenemens ausquels les grands Estàts sont assujectis par les loix de l'humanité, laquelle ne trouvera jamais rien de ferme ny d*arresté qu'en la vie éternelle ; que , parmy tous ceux qui ont'servy Sa Majesté durant ces guerres, il y a plusieurs seigneurs milannois, genevois (0 , piedmontois, aslizans, môntferrins et autres, qui ont eolployé et les biens et la yjke pour le service de Sa Ma-
(') Génois. - ' *
a82 . ['^«^9] XÉM01EB8
\esiéf et avec tant d'ardeur et dévotion ^ que ce sen»t cbose .de pernicieux et déplorable; exétapte si ^ au par* tir de là ^ la paix survenante , ils deraeuroient sans recoe^pense, et sans Vasseurance qui lenr doit estre coDcçdée sur les choses passées par les princes contre lesqueeis ils ont servy : c'est un devoir lequel oblige et les princes et tous autt^s à rendre à dhaciin ce qui lu j appartient par une franche dispo^tion et volonté , qui ont pour<gttyde^ et pour fin principale ^ ceste diarité que Dieu nods a tantôt ti^nt recomnlandée^ et sans laquelle nos actions demeuretit'Sans mérite. Par tont«s ces considérations, plus ramîliei'es k Sa Majesté qu'à nul autre {M*ince de la terre y le mareschal la supplie tresrbumblement av^ir, eteti gênerai et en particulier, tov» ses bons serviteurs en teUe reconunandation et souvenance ^ que selon leurs mérites ils se puissent ressentir de ses grâces et de ses faveurs après tant de pertes ) de peines et de labeurs^ et ne les baisser envieillir et ruiner p^rmy les espérances ^ qui est la seule diose qui ne peut estre ostée aux misérables; finalement que k mfajesté des rois représentant, co«ftae elle faiict, çà bas célle^de Dieu , il en résulte qu'ils doivent tascher de rendre à leurs amis, serviteurs et «tljectSy cest heur et ceste félicité qui dépend de leurs jugemens, puissance et débonnaireté.
Le vingt-deuxîesme avril i559, le mareschal àepesclia le îgenerail -Coyffier vers^ le Roy, le chargeant deremonstrer à Sa Majesté que le jour de la publication dela[[paix^les peuples s'esloienteslevez en plusieurs endroicts, crians vive Savoy e! Savofe! et entre autres dans Thurin, Montcallîer, Yvrée et Saviglan; qu'au contraire de ceux-cy, Quîers avoit faict t^tes de-
DE âVTILLAAS. [l559] ^83
moDstrations^^aïuour et d'affeolion enrer^ Sa Maj«sitf , oflrans les habitans leurs biens et leurs personnes;
Qae les principaux et des villes et de la nobl^sseï esneuz par des lettres înconsiderëmeot escrites de la Cour, estûient des-ja montée à cheval pour aller saluè'rM. de Savoy e, la plnspart d'aux saas luy en de^ mander congé: par lesquelles démonstrations^ et qui augmenteqi: tous les \oiJtrs^ il est ayse à recognoistre que les demolitipns des places restituables^ ne se pourroient faire sans la ferce et sans argent > et sansayd^ de pionniers venaos de Danphinë et Provence , mesmes daos UD terme si court ^qu^t <:eluy que Sa Mafeslé a prins.
Que pour remédier à Tun et à Tantre inconvénient, il est nécessaire que M. de Sàvoye eflvoye à chacune des villes qui se doivent démolir up geotiUiomoie des siens, avec authorité, tant pour coateiair les peuples comme pour faire venir grande quafitké de pionniers > pourrln plustost dapescher.
Que ^'il est- ainsi qu€ le terme de la démolition ne puisse estr« proloiègé ou exeenté par le moyen que desKis, il seroit plus à propos de grattfier M. et ma*dame de Savoye de Tentiereté des places , que dy mettre la main et ne Je pouvoir toute&4bis achever ^ Iftissans par ce moyen à ces princes une odeur un piea rigoureuse sur ce qu'ils^ doivent espérer de la ge^ne<»reuse main de Sa Majesté, À la volonté de laquelle le tout est remis , outre que cela lear donneroit occasion de se comporter plus gracieusement envers les places qui demeurent à &a Majesté.
Que si la rétention des cinq villes est mesurée à la seule enK:eînte de demie iieuè à Teatour de leurs mo^
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railles y c est;, leur doDuer une fort estroite-grison, et dans laquelle il leur seroit impossible, quoy quils sceussent faire, de recouvrer dequoy nourrir ny eui ny les garnisons-; et aussi que ce ne sera doresnavant qu une pépinière de disputes et de querelles , soit qu on sorte plus outre ou que le manant vueille emporter dans la ville le bien qu'il a en la campagne, qui serarecogneuê d'autres princes «que du Roy. D'alléguer que M. de Savoy e, d'année, en année pourvoira à ceste incommodité et nécessité des vivres , et qu'estant si affectionné qu'il est à Sa Majesté, il aura plus de soing et de respect aux commoditez des places de Sa Majesté qu'aux siennes oropres ;
II est véritablement à croire que ce prince, qui a l'ame geijereuse, fera encores mieux que tout cela; mais toutesfois il est homme, et, comme tel, subjectà mutations et aux vicissitudes . des choses humaines ^ qui ne demeuijent. jamais gueres arrestées à mesme but;quoy succédant, que devieil^roientcesplatA car^ à dire ouvertement ce qui en est, elles ne despendront pas doresnavant, non de leur propre force, mais de la discrétion de M.. de Savoye, qui ne s'est pas toutesfois voulu luy-mesnie sousmettre à cetle du.ÎRoy, l'ayant bouclé de si près qu'il a faict, et,^ar l'accord, retenu à luy l'authorité de cela mesme^qui devoit tout naëment et simplement dépendre de Sa Majesté; chose qui ne fut jamais prattiqtfée où il s'est traicté de VEstat, voire mesme du père au fils.
Que ceste restrinction , laquelle les serviteurs deSa Majesté né peuvent, comment que ce soit, bonnement digérer, leur a donné occasion, non pas de vendre les munitions et vivres qui sont idans les places restitua-
DE DUVILLA.RS. [l559] ^85
bles/ comme Sa Majesté voulbity mais bien de les faire porter dans celles qui luy démeurent/ à leur future seureté, ou' pour en secourir les aUaires selon ce que restroict auquel ils sont reduicts le pourra re'quérir. '
Que s'il ne plaist à Sa Majesté envoyer diligemment de l'argent pour casser et pour licentier les gens de guerre, et pour ceux aussi qui ont à demeurer dans les cinq places, il est à craindre qu'ils ne faqënt q\iel* que grand desordre dans les villes , dont M. et madame de Savoye luy donneroient la coulpe, par une opinion qu ils ont conceue que le mareschal leur est contraire, à ce qui luy en a esté escrit de la Cour, et comme on a assez faict recognoistre au secrétaire Boy vin loris qu'il en est party , n'ayant toutesfois rien faict que ce qui apartenoit à un sage négociateur et fort (idelle serviteur du Roy.
Qu'il plaise à Sa Majesté faire c{uelque honneur et ordonner aussi entretenement aux gouverneurs des places, capitaines et autres personnes notables qui l'ont servy en Piedmont^ selon le rooUe qui en sera envoyé ; la pluspart desquels scroient autrement contraints d'aller mandier leur pain et chercher leur fortune hors du royaume, au grand mespris etdessérvice de Sa Majesté ; mais parmy tous ceuX^là ceux qui sont bannis, et qu*on a indignement négligé de'com*prendre aux traictez de paix , et entre autres les sieurs Ludovic, lerome et Carie de Birague, avec douze enfans, la pluspart desquels portent desja les armes, le président Birague, les comte de Beynè et dé Dèzane, de Saiiffré, de Morette, d'Ormée, La Chiuza, et infinis autres braveis cavaliers.
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Il y a aussi les gens de la cour de parlement et chambre des comptes y et plusieurs autres officiers ^ qui ne sçauront maiotenant que devenir avec leurs pauvres familles ; c^est en cest endroict où la grandeur et la debonnaireté du Roy doit tourner les yeux pour se rendre vray imitatem* de celuy duquel il représente Tiinage enterre.
Et en £n, que s*il ne plaisoit à Sa Majesté desployer ses bénédictions sur eux et sur mes anciens et honorables services, que je ne sçaurois.que devenir^ non plus que les autres , avec ma famille.
Que Tartilleriie et nuinitions de guerre seront toutes nelirées dans les cinq places-; mais que pour ordonner de toutes choses au contentement de Sa Majesté et de M. de Savoye , il là supplie renvoyer M. de Gonnort en Piedmont , atsisté des principaux ministres dudict sieur duc , pour luy aider au règlement de toutes les choses qui sont nécessaires à l'establissemenit de la paix, mais sur toiit avec deniers , sans lesquels rien ne pourra estre acheminé au contentement de Tun ny de Taotre, ny du maraschal mesme y ores qu'il ne désire que de les servir en toute aflfeetion et pureté.
Que pour satisfaire au commandement de Sa Majesté tl luy envoyé present^nent, par lediet Coifiier, Testai ;des forces qui doivent estre retenues en chacune des cinq places, réservait à Sa Majesté la diminution et le dioix des capitaines, k sçavoir : à Tharin six enseignes/de trois cens hommes chacune, et cent chevaot et cimfvan te hommes ait chasteau.
A Quiers autant , et trente hommes dans la Roquette,
 y illeneufve, quatre enseignes et cinquante chevaux
DE DUYILLJLKS. [iSSg] ^ ^87.
AChivaSy quatre enseignes et cinquante chevaux.
k Pignerol y deux enseignes et cent cinquatile homin^ dans le chasteau, avec trente chevaux dans la ville.
A Carmagnoles, quatre enseignes, cent hommes au chasteau et cent chevaux en la ville^
Uoe enseigne de trois cens honunes à despat^tir dans les chasiteaux de Salluces , Revei , Verceil et Drottier.
Somme toute : huict mille ceqt trente hoiome& de pied et quatre cent trente chevaux.
Tout ce qui se passa en Picdmont depuis la publication de la paix, et sur Texecution d*icelle, jusques à la déplorable aiort de ce bonj^oy Henry II, et jusques en Tan i56e', que M. de Bourdillon fust envoyé en Pied*^ mont pour successeur au mareschal dé Brissac, ne contient aucunacte ny exécution militaire digne d'estre recommandée à la postérité ; ains tout le reste de ce temps se passa ^n propositions et répliques sur la finale exécution de la paix , de laquelle la France ne jouist pas long temps 9 comme les hiistoires nous peuvent apprendre. Dieu le permettant ainsi pour Texpia?tion de nos «péchez, et pour nous apprendre que nous ne devons rien attendre de permanent jusques à ce que nous Joiiissions de la félicité à jamais perdur rable. '
Voilà , naessiéurs , voilà les trftgicques fruicts qu^apporta k routture de ceste avantageuse trefve de l'an i555 j à ta soscitation ( mal digérée) du Pape, et en qooy faisant la France irrita Dieu et lafonlune tûuteUfsemble : le :mareschal., .comme amateur de la seureté et de Favancement de TEstat , s'y opposa tou&jours.
comme vous avez veu, avec la mesme dévotion et par lés mesmes veritez qu'il avoittousjours présentées et au Roy et au conseil , prévoyant, par un esprit prophétique, les maux et les inconveniens qui en succédèrent depuis ; mais il fut là Cassandre , et le Roy un autre Priam, t^nt eurent en fin de puissance et d'authôrité ceux qui avoient peut estre envie de mesnager FEstat à leur commodité particulière. La diligence, la fidélité et la valeur que ce seigneur apporta tousjours aux affaires, tant civils que militaires (ores que dignes de r^ compense et d'honneur), ne luy laissèrent finalement que le propre contentement qu'il avoit en lùy mesme d'avoir eu pour compagnes de ses armes la bénédiction de Dieu , les peines, les veilles , les sueurs, les nécessitez, la faim , et la propre sincérité d'une saincte et vei"tueuse conscience. ;
Et neantmoins tout ce que ce bod seigneur regrettoit avec plus de douleur, c'estoit l'ingrat traictémenl qui estoit praticqué, non envers luy , mais contre tant et tant de vaillants seignetirs, capitaines et autres, qui n'avoient non plus que luy espargné leur sang et leurs fortunes au service du prince et de la patrie; à propos de quoy il disoit fort souvent qu'il supportoit fort constamment, quant à luy, la perte et lefruictde ses honorables labeurs, mais non jamais le mespris et lé rabaissement que ceste desavantageuse paix apportoit au prince et à l'Estat : que l'adversité luy ayant tousjours esté comme naturelle et la félicité casuelle, toù t cela loy estoit indiffèrent; mais qu'il regrettoit surtout deux seules choses : l'une d'avoir cru qu'il estoit bon qu'un grand capitaine tint tousjours son maistre en appétit de sa valeur, et qu'il s'escârtast quelque fois au loin delny-
Vautre de n'avoir aussi rêcognu de bonne henre <}u*il y a une certaine prefixion et rçToIution de temps, jus*cjues duquel le grand capitaine deyoît itianièr la gloire des armes outrepassant , lequel la fortune respandoit sur luj tant d'envies et tant dUotortuneS) qu'il demeuroit le plus ftouvent accablé sous le £iiz, comm'il avoit faict^ne luy estant demeuré autre chose pour trophée de sa valeur qu'w^ie ame courageuse et fidelle , et laquelle avoit aujourd'huj tourné toutes ses espérances à Dieu seul.
Las ! s'il fut mal traicté en Piedmont, il le fui en^ core pis à son retour en France ; de manière qu'environ huict jours devant son decés^ et prenant congé de luy, il me dict, parmy plusieurs discoure, que l'envie ne combatroit ny travailleroit jan^ais ses louanges ny ses mérites y puisque la mesme vérité les portoit sur ses espauleSy et en fin que Dieu luy faisoit une grande grâce de le retirer hors de tant et tant de dangereux orages qu'il prevoyoit devoir bien tost advenir sur la France y pour n'avoir voulu , comme elle devoit> que la mesme vertu et valeur , qui Tavoient illustrée de tant et tant de. belles et glorieuses conquestes, fussent celles aussi qui maintinsent et qui augmentassent les conqucsteSy le mespris desquelles inonderoit bien-tost le royaume de misères et de malheurs plus grands que ceux qui commençoient des-jà à paroistre. En fin je couronneray son tombeau de festons y de lar^ , mes, de regrets, et portant ce tiji-e : // fut tousjours vainqueur, et non jamais vaincu par Vespagnolle audace, et que ce fut à la vérité un seigneur qui eut le courage de Cyru&, la tempérance d'Agesilaiis, l'entendement de ThemistocleS; Texperience de Philippe , 3o. 19