SAINT-JACQUES DE GOMPOSTELLE
Par H. Pabbé A. Booillet, associé correspondant national. Lu dans la séance du 31 mai 1893.
Parmi les écoles d'architecture romane, Técole de l'Auvergne, écrit VioUet-le-Duc, c peut passer pour la plus belle ; seule, elle sut, dès le xi^ siècle, élever des églises entièrement voûtées et parfaitement solides; aussi, le type trouvé, elle ne s'en écarta pas^. »
Le plan le plus généralement adopté est en forme de croix latine. La nef, voûtée en berceau continu, est flanquée de deux collatéraux qui se continuent autour de l'abside sous forme de déambulatoire, sur lequel s'ouvrent des chapelles rayonnantes. Ces dernières, ainsi que l'abside, sont voûtées en cul-de-four, tandis que les parties cir^ culaires ont des voûtes d'arête en blocage sans nervures. Dans les collatéraux, d'épais doubleaux séparent les travées, voûtées aussi en voûtes
!• Dictionnaire d^architecture, t. V, p. 165.
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d'arête. Au-dessus de ces derniers court un triforium qui déverse dans la nef, par des ouvertures ordinairement géminées, la lumière qui lui arrive par les fenêtres extérieures. Un demi-berceau continu couvre cette galerie et épaule le mur de la nef haute. C'est la solution première et la plus simple du problème qui se posait par suite de la nécessité de résistera la poussée de la voûte.
Les piliers, monocylindriques ou déjà cruciformes, portent des chapiteaux d'une grande richesse et d'une étonnante variété. Leur ornementation est inspirée ou par l'imitation large des chapiteaux antiques, ou par la reproduction des entrelacs communs dans l'art oriental, ou par la représentation de scènes historiques, allégoriques et même fabuleuses. La base des colonnes est la base attique, plus ou moins modifiée par le plus ou moins d'importance donnée à ses divers éléments. Elle repose sur un socle dont les angles sont souvent amortis par des griffes.
A l'extérieur, des contreforts, ou carrés ou formés par des colonnes engagées, correspondent aux arcs doubleaux ; les corniches et les entablements reposent sur des consoles ou modillons, dans l'ornementation desquels l'imagination des sculpteurs se donnait libre carrière. Néanmoins, on trouve surtout dans la région qui nous occupe, — et c'est là un des traits caractéristiques de l'art roman de l'Auvergne, — des modillons ou cor-, beaux qui rappellent par leur forme les copeaux
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qui tombent sous le rabot du menuisier, ce qui leur a fait donner le nom de modiltons à copeaux.
Enfin, un clocher octogone à deux étages s'élève ordinairement sur un massif barlong à la croisée de la nef et du transept.
Quand nous aurons signalé encore l'apparition des portails à voussures avec tympan et des colonnettes engagées dans les angles rentrants de Fébrasement, Fomementation polychrome obtenue à Taide d'une marqueterie de pierres de diverses couleurs, l'usage de l'arcature qui élégit les murs en les décorant, nous aurons donné une faible idée des éléments qui constituent cette architecture franchement originale. De leur usage judicieux résultent des édifices d'aspect robuste et monumental, dû bien moins à une ornementation à qui la rudesse des matériaux imposait la sobriété qu'à l'harmonie heureuse et bien entendue des proportions.
L'architecte de l'église abbatiale de Conques n'avait garde de dédaigner des moyens aussi simples, alors que l'effet produit par leur emploi était si grand. Plus hardi cependant que ses devanciers, il eut l'idée de faire tourner les collatéraux et le triforium dans les bras du transept, de sorte que ce dernier, avec ses bas-côtés et ses galeries, présentât la même ordonnance que la nef principale. Néanmoins, il n'osa exécuter entièrement sa conception, et ce n'est que peu d'an*
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nées après que le constructeur de la basilique de Saint-Sernin, à Toulouse, fit contourner par les collatéraux et leurs tribunes les extrémités ellesmêmes du transept. Il y a d'ailleurs entre les deux églises des ressemblances si frappantes de plan, d'exécution et de décoration, sans compter les rapprochements de dates, qu'il est bien malaisé à un esprit attentif de n'y pas soupçonner une commune inspiration. Sainte-Foy de Conques, c'est l'architecture auvergnate en voie de perfectionnement; Saint-Sernin de Toulouse, c'est le perfectionnement complet.
Le pape Urbain II, à son retour de Glermont, où il avait prêché la première croisade, consacra, le 24 mai 1096, le choeur de cette dernière église. Le fait est attesté par le pontife lui-même dans une bulle-privilège de cette même année en faveur de l'abbaye de Saint-Sernin^. Toutefois, à cette date, l'église était loin d'être achevée ; l'examen de ses parties supérieures permet de se convaincre que le chœur seul existait jusqu'à la hauteur du triforium, couvert sans doute pour la circonstance d'une charpente provisoire. Aucun document conservé ne parle du moment où l'édifice fut commencé. Mais, comme il ne parait pas qu'il y ait eu interruption sensible dans la construction jusqu'à la hauteur des galeries, où les ouvriers com-
1. Voy. Cartulaire de Saint'Sernin, publié par M. Tabbé Douais, p. 476.
saiuthsbhniii os Toulouse, etc. 121
mencèrent comme une nouvelle campagne , le commencement de la construction ne semble pas pouvoir être avancé plus haut que l'année 1060. D'ailleurs, la légende du chanoine saint Raymond lui attribue d'importants encouragements matériels dans l'œuvre de la basilique, et les années de la pleine activité de ce saint homme vont de 1075 environ à 1110 environ*. Or, c d'après le chronographe de l'abbaye rouergate, l'église de Conques était à peu près terminée au moment où l'on posait la première pierre de Saint-Sernin... Odolric, » abbé de Conques, qui en entreprit la construction, c est cité pour la dernière fois dans une pièce de 1065. » Sainte-Foy de Conques serait donc antérieure à la basilique de Toulouse, au moins dans certaines de ses parties.
Ne savons-nous pas d'ailleurs, par le Cartulaire, que partout où s'établissaient les moines de Conques ils construisaient des couvents et des églises? Falco de la Barde, son épouse Florence et leurs enfants donnent au Saint-Sauveur et à Sainte-Foy de Conques leur manse de Vinairols (aujourd'hui Sainte-Foy-la-Grande, Gironde), avec un port sur la Dordogne et une partie des droits sur les
1* Suum cuique. Nous devons à Tobligeance de M. l'abbé Douais, professeur aux facultés libres de Toulouse, et de notre savant et modeste confrère M. Anthyme Saint-Paul d'utiles renseignements pour cette partie du présent mémoire. C'est un devoir de juste gratitude de leur en laisser l'honneur.
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navires chaînés de sel, à condition que les moines bâtiront une église^.
Dodo de Samathan rappelle que son père Élie a donné son alleu de Peyrolières^, où les moines de Conques ont construit une église^, et y ajoute de nouvelles donations.
Au commencement du xn* siècle, Conques reçoit de Eudes c et consorts > Téglise de Mont- Saint-Jean ^, que les moines viennent de recons^ truire*^.
Un document nous a même conservé les noms de trois de ces moines bâtisseurs, sinon architectes : Âmancius donne à l'abbaye de Conques deux manses dans le Bazadais, à condition que Deusdet, moine, ou Pierre, ou Oldoric y construira une église en l'honneur de sainte Foy^.
Ajoutons que, toujours d'après le Cartulaire, l'abbaye de Conques envoya des constructeurs au delà de Toulouse, jusqu'en Espagne. D'après les
1. « In tali convenientia ut monachi Sanctœ Fidis faciant ibi ecclesiam > (Cartulaire, n» 53).