I. — La Famille Mayenne
— Comment, Monsieur, nous dit une dame mariée et mère de famille en province, vous osez prétendre que les familles parisiennes ne se perpétuent pas au delà de la seconde génération ? Mais, moi qui vous parle, je suis née à Paris et nous étions six enfants !
— Pardon, Madame, vous êtes née à Paris, mais quel est le pays d'origine de vos parents ?
— Mon père était du Havre, ma mère est née à Paris.
— Et savez- vous si les parents de votre mère étaient, eux aussi, natifs de Paris ?
— Mon grand-père maternel était de la Mayenne et ma grand'mère maternelle était originaire de l'Anjou.
— Dans ces conditions, Madame, vous êtes incontestablement parisienne par votre naissance à Paris, mais
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peut-on véritablement dire que vous êtes de sang parisien quand vous êtes d'origine provinciale par votre père d'une part, et, d autre part, par votre aïeul et votre aïeule maternels ? Il n'en reste pas moins acquis, pourtant, ce fait rare que vos parents ont pu élever six enfants à Paris. De ces six enfants, combien en est-il qui soient arrivés à l'âge adulte?
— Cinq.
— C'est .véritablement exceptionnel. Mais, n'alliezvous pas chaque saison d'été refaire votre santé en province ?
— Mon père était professeur à l'École nous allions
chaque année passer les vacances dans nos propriétés d'Anjou.
— Une dernière question, s'il vous plait. Vos grandsparents maternels eurent-ils beaucoup d'enfants ?
— Deux seulement, dont l'un mourut en bas-âge. Ma mère resta seule.
CONCLUSION. — Il est un certain nombre de familles riches qui prétendent se perpétuer à Paris et se disent « vieilles familles parisiennes ». A y regarder de près, ces familles se régénèrent constamment de sang provincial et ne conservent leur santé que par des séjours annuels prolongés à la campagne ou aux bains de mer.