LEVURE DE BIÈRE
PAR
le Docteur Gustave DURIAU,
Directeur de la ir« Circonscription Sanitaire, Médecin du Bastion 25,
ET
M. Em. FEUILLIÉ, .
Interne des Hôpitaux de Paris, Interne du Bastion 25.
Ce travail a été présenté à l'Académie de Médecine à la séance du 16 juin 1908 par M. le Professeur Chantemesse.
Le Bulletin de V Académie de Médecine (N° 24, page 678) en rend compte de la façon suivante-:
« M. Chantemesse présente un "travail de MM. Duriau, Directeur de la Santé à Dunkerque,et Feuillié, Interne des Hôpitaux. Ce travail qui relate la lutte contre une épidémie de variole, est très intéressant. Il montre que dans une ville fortifiée où manque un hôpital d'isolement pour les maladies transmissibles graves, on peut utiliser avec grand profit les casemates des fortifications et les transformer en service momentané d'isolement.
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» Les auteurs signalent aussi, et fournissent des preuves cliniques à l'appui de leurs affirmations, les excellents services que Ton tiré de l'usage de la levure -de bière prise à la dose de trois cuillers par jour chez les varioleux. Sous l'influence de ce traitement, très bien supporté par les, malades, la papule et la vésicule varioleuses ne sont pas supprimées, mais la pustulation et la destruction du derme avec ses marques indélébiles ne se font pas. Ce traitement donne les mêmes résultats que le xylol, mais il est plus simple et mieux supporté par les malades. »
Le retentissement que la Presse Politique a donné à Tépidéraie cependant fort bien délimitée et très restreinte de variole qui a sévi à Dunkerque en février-mars 1907, nous pousse à donner en quelques mots seulement son origine et la façon dont elle a été traitée.
Nous insisterons tout particulièrement dans cette communication sur l'installation rapide d'un hôpital de fortune et sur le procédé thérapeutique que nous avons employé en cette occurence, nous basant sur les ■ excellents résultats que nous avions obtenus, grâce à ce traitement, en 1902, lors d'une épidémie de variole bien plus considérable que celle de 1907, épidémie qui avait été disséminée dans toute la ville de Dunkerque et dont la même Presse Politique n'avait jamais fait mention.
On connaît l'histoire de l'invasion de la variole à Dunkerque en 1907. Un matelot du steamer français Mira, venant d'Oran via Rouen, entre le 6 février 1907 dans le port de Dunkerque à 9 heures du soir, en pleine nuit. Le capitaine de la Santé se fiant au diagnostic de grippe que lui envoie de la rade le capitaine do
steamer Mira, le laisse entrer au port, sans arraisonner lui-même le navire et l'envoyer au quai de quarantaine, et sans prévenir les médecins de la SantéO). Le navire se rend donc directement à sa place à quai, et le lendemain matin, soit le 7 février, le médecin des armateurs est appelé à donner ses soins à un malade du Mira. Ce praticien porte le diagnostic de fièvre éruptive, en omettant d'ajouter : malade à isoler, et envoie le matelot à l'hôpital civil . Son entrée se fait après la visite du matin, et, comme il n'existe à l'hôpital de Dunkerque ni médecin résidant, ni interne, le malade est placé dans la salle commune où il reste jusqu'à la contre-visite du médecin, qui a lieu vers 5 heures du soir. Le médecin constate la variole et isole le malade.
Mais ce défaut d'isolement, quoique de courte durée, avait suffi pour répandre le germe de la maladie dans cet établissement.
Le matelot du Mira meurt le 11 février de variole confluente.
Dès le 7 Février, le service sanitaire, informé qu'un cas de variole avait été constaté à bord du Mira, fait désinfecter le navire au moyen de l'appareil Clayton, fait vacciner tout l'équipage, ainsi que tous les portefaix et toutes les personnes ayant quelque rapport de loin ou de près avec le susdit navire. (Fait à signaler, aucun autre cas de variole ne s'est produit dans la population du navire ou du port, et le navire est parti de Dunkerque sans autre incident).
(1) Le capitaine do steam r Mira était en l'e«puce d'une bonne foi sn.«i>ecte, ne pouvant ignorer la nature de la maladie, puisque ce même mois, en route pour Dunkerque, il arait débarqué à Oran un marin de son équipage atteint de la variole, et l'avait fait admettre à l'hôpital civil d'Oran, sans déclaration préalable au service sanitaire de ce port ; il était donc récidiviste 4 Dunkerque.
Mémoire* de la Société DumkerçvoUe. - 1908
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Le 20 février, Gosset, un veilleur de nuit à l'hôpital civil (non revacciné) ainsi qu'une religieuse sont atteints de variole.
Le 26 suivant, deux autres religieuses sont atteintes.
Le 28, deux nouveaux cas, l'un Harriot, soigné au service de chirurgie de l'hôpital ; l'autre Porteman qui était venu à l'hôpital le 17 voir un de ses camarades soigné dans le service de médecine.
Le 29, Devos, un malade du service de médecine est déclaré atteint.
Le 3 mars, une femme Bretot, cabaretière d'un établissement interlope, où se sont rendus des hospitalisés, est amenée au bastion et meurt le soir même de variole hémorrhagique.
Le 4 mars, Bertho qui était sorti de l'hôpital (service de médecine) le 17 février, est atteint ainsi que sa fille Henriette en traitement dans le service de chirurgie.
Le 7 mars c'est Salengro, commis de l'économat de l'hôpital, qui est atteint.
Le 8 mars, une marinière* la femme Buys, dont le mari a fréquenté l'établissement tenu par la femme Bretot.
Enfin, le 10 mars, Penlan qui avait occupé à l'hôpital un lit voisin de Devos.
Avec ses cinq foyers, situés à cinq endroits différents de la ville (hôpital, logements Porteman et Bertho, cabaret Bretot, péniche) cette épidémie devenait menaçante.
Elle fut énergiquement combattue par les efforts réunis de M. le Professeur Chantemesse, Inspecteur général des Services Sanitaires, du Sous-Préfet de Dunkerque, de la
Municipalité et de M. H. Terquem, administrateur de service des hôpitaux de Dunkerque.
M. Terquem a donné un historique très précis et très documenté sur les mesures prises pour juguler l'épidémie*1).
Quant à nous, notre but est, comme, nous l'avons écrit plus haut :
1° de raconter succinctement l'installation d'un hôpital de fortune ;
2° rappeler brièvement l'histoire de nos malades ;
3° enfin, d'insister plus longuement sur le traitement que nous avons institué et qui, nous le croyons, n'a pas encore été appliqué en France.
Le Bastion 25
Voyons d'abord le local dont nous disposions comme hôpital d'isolement. L'Administration Militaire avait prêté à la Municipalité de Dunkerque une casemate (le bastion 25) située dans une partie des remparts du front ouest de la ville, à proximité de la mer et en dehors de toute circulation.
Très bien éclairée par une grande baie, cette casemate avait été séparée en deux parties par une cloison en planches, ce qui donnait une salle pour les hommes et une autre pour les femmes. Avec sa voûte en plein cintre, elle résumait le type parfait des pavillons modernes d'hôpitaux aux angles arrondis, et était située au premier étage du bastion dont le rez-de-chaussée était réservé aux magasins d'approvisionnements. Dans cha-
(1) Henri Terqaom. La variole à Dunkerque. L'Hygiène Générale et Appliquée. N» Juin 1907.
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cune des salles ainsi délimitées, se trouvait une baignoire. Les autres dépendances du premier étage servaient à la cuisine et au logement du personnel religieux et laïque.
L'eau de source, le gaz et le téléphone reliant le bastion avec l'hôpital civil avaient été installés de suite. Le problème de l'écoulement des eaux résiduaires avait été résolu de la façon suivante : il se faisait par un tuyau descendant du premier étage et se rendant à la partie supérieure d'une ancienne caisse à eau douce pour navire, située à l'extérieur du bastion. Cette caisse, vaste réservoir rectangulaire, était en fer et mesurait les dimensions suivantes : 4 mètres de longueur sur 3 mètres de hauteur et 0,50 de largeur. Cette caisse était remplie aux 2/3 de chlorure de chaux. Les eaux résiduaires entraient donc par la partie supérieure, traversaient la couche désinfectante et sortaient par la partie inférieure par un autre tuyau qui les faisait se perdre dans un trou perdu d'un mètre 50 de profondeur rempli de chlorure de chaux. Ce trou était recouvert d'un couvercle en bois mobile permettant de surveiller son bon fonctionnement.
A côté du bastion, on avait utilisé le pavillon qui sert en temps de mobilisation à la cuisine des troupes cantonnées dans la casemate, comme chambre pour l'interne et comme local pour le médecin chargé de ce service. Là il pouvait changer de vêtements et se désinfecter. Lors de la sortie des varioleux, chaque malade prenait un bain savonneux dans la casemate et un second bain au sublimé dans le pavillon où une baignoire avait été installée. Ce pavillon servait donc en quelque sorte de sas entre les contaminés et les indemnes.
Il est bien entendu que des étuves à vapeur sous pression assuraient la désinfection de tout ce qui sortait du bastion et que des solutions de lysol concouraient à
la désinfection des objets qui ne pouvaient pas passer à l'étuve.
Cet hôpital de fortune, installé en quelques jours, a rendu les plus grands services. Il montre dans sa simplicité, comment on peut, à peu de frais et très rapidement, assurer l'isolement de malades dangereux. Il peut donc être ouvert dans toute ville fortifiée, à condition que l'autorité militaire veuille bien le prêter. Cette dernière condition n'existe plus pour Dunkerque où l'autorité militaire refuse actuellement le prêt de ses locaux. Si cette mesure a été prise par crainte de contagion pour la troupe qui doit venir succéder dans ces locaux aux malades, nous pouvons affirmer qu'il n'y a aucun danger de contamination, si évidemment, après le départ des contagieux, on a opéré la désinfection des locaux avec soin et méthode par les procédés en cours à l'heure actuelle. En effet, cette casemate a été utilisée en 1902 pour le traitement de varioleux, lors d'une épidémie où on s'en servit de mars 1902 à décembre de la même année. On a opéré sa désinfection, elle a été habitée par la troupe depuis, et il ne s'est déclaré aucun cas de variole dans la population militaire. Nous pouvons encore citer à l'appui de notre affirmation l'exemple des steamers Inverik, Mira, Clan Macferlane, Ville de Carthage, ayant eu des varioleux à bord, désinfectés, et ne présentant plus d'autres cas.
Historique des malades et traitement
Avant d'aborder l'historique rapide de nos malades, nous estimons devoir expliquer les raisons qui nous ont poussés à donner à nos varioleux de la levure fraîche de bière.
Remarquant l'excellent effet produit par la levure de
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bière dans un grand nombre de cas de furonculose, et estimant que si nous arrivions, comme dans ces cas, à supprimer la suppuration qui, dans la variole, laisse ces cicatrices indélébiles et horribles, nous aurions fait faire un pas à la thérapeutique de cette maladie, nous avons appliqué ce traitement dès 1902 aux varioleux que nous eûmes à soigner à cette époque*1). Les résultats que nous
(1) Etat sommaire des varioleux soignés au bastion 25 en 1902 :
1° 14 mars, Marie Dobbrecht, 33 ans, variole confluentc, levure de bière, sort sans cicatrices apparentes ;
2* 4 avril, Berthe Pumasy, 17 ans, variole confluente, levure de bière, quelque» légères cicatrices ;
3° 5 avril, Marie-Louise Vankieken, 40 ans, variole confluente, levure de bière, pas de cicatrices ;
4° 8 avril, Marie Lourdel, 34 ans, variole confluente, métrorrhagies très abondantes, levure de bière, pas de cicatrices ;
5* 19 avril, Louis Lemercièr, 17 ans, variole discrète, levure de bière, pas de cicatrices;
6° 2 mai, Hélène Liénard, variole confluente, kératoconjonctivite consécutive, levure de bière, quelques cicatrices ;
7° 16 mai, John Poseet, 57 ans, variole discrète, levure de bière, pas de cicatrices ;
8° 21 mai, Anastasie Oaron, 29 ans, variole discrète, levure de bière, pas de cicatrices;
9° 16 juin, Edouard Chaillot,20 ans, variole discrète, levure de bière, pas de cicatrices ;
10° 20 juin, Julienne Coolen, 21 ans, varioloïde, levure de bière, pas de cicatrices ;
119 21 juin, Marie Hontschoote, 27 ans, varioloïde, levure de bière, pas de cicatrices ;
12° 24 juin, Gabrielle Dunasy, 28 ans, variole hémorrhagique, a fait une fausse ooaohe de 7 mois, enfant vivant, le 21 juin ; elle meurt le 26 juin ;
13° Ernest Oastelyn, 62 ans, variole confluente très grave, acoidents cardiaques, levure de bière, peu marqné ;
14° Ernest Finet, 26 ans, a été soigné avant son entrée pour une scarlatine, variole confluente, abeta consécutif du scrotum, levure de bière, peu marqué ;
15° 1er juillet, Marie Evrard, 32 ans, accouchée depuis 9 jours, variole disorètejevure de bière, peu marquée ;
16° 27 juin, Joséphine Dclaru, 25 ans, variole confluente, grave, suivie d'une très forte poussée d'ectbyma, levure de bière, quelques cicatrices ;
17° 7 novembre, Ernest Ricci, 34 ans, est soigné avant son entrée pour de la gale et on lui fait la frotte, variole confluente, n'est transporté au bastion que pendant ss convalescence, trop tard pour lui donner de la levure, la période de suppuration ayant déjà eu lieu, sort très masqué ;
18° 3 décembre, François Ghelyn, 52 ans. soigné chez lui pour une soi-disant éruption produite par les parasites de l'orge, variole confluente très grave, myocardite infectieuse, meurt le 6 décembre*»
Cette épidémie disséminée dans toute la ville avait été apportée par an marin Tenant de Londres ; en incubation de variole, il fut soigné dans une maison où il y avait beaucoup de locataires, au début de janvier.
La revaccination des locataires de cette maison ne fnt faite que le 18 janvier, Ion d'un
obtînmes alors dépassèrent nos espérances, non seulement au point de vue cicatrices, mais encore au point de vue de la défervescence de la fièvre bien plus rapide que par tous les autres traitements. Aussi nous avons appliqué de nouveau cette thérapeutique aux cas de 1907. Si à cette date nous avons essayé concurremment à la levure le XYLOL,c'est sur les conseils de l'un de nous, M.Feuillié, qui s'était servi avec succès de ce produit à Claude- Bernard ; nous avons pu ainsi nous assurer par comparaison de l'efficacité de notre procédé.
Etudions maintenant rapidement chacun de nos 14 malades :
1° Davranche, matelot du Mira, variole confluente, entré le 8 février à l'hôpital, y meurt le 11 février ;
2° Gosset, veilleur à l'hôpital, 57 ans, entre au bastion le 24 février, variole grave confluente, traitement à la levure de bière, sort guéri le 15 avril. Le malade que nous voyons quotidiennement n'a pas de marques ;
3° Sœur Sle Stéphanie, début de la maladie le 21 lévrier, variole grave confluente, traitement pendant deux jours au Xylol qu'elle ne peut tolérer,puis à la levure de bière
second cas mortel de variole confluente chez un jeune enfant habitant cet immeuble. La m a! a- lie partie de cette demeure se propagea dans toute la ville et on put suivre la contagion presque pas & pas. L'épidémie dura du reste de janvier 1902 à «lécembre 1903 le bastion ne fut ouvett qu'en mars 1902 et la Soua-Fréfecture De reçut que 47 déclaration». Pour ce qui nous occupe, 18 malades furent soignes au bastion, 2 moururent l'un de variole hémorrhagique, l'autre de variole confiueute, les 16 autres guérirent, parmi et nx-ci 9 ont eu des varioles confluente», dont quelques unei très graves et dont la terminaison fut heureuse. Dans tous les cas, chaque fois qu'on a administré la levure on a pu observer une défervescence plus rapide qu'avec les autres traitements, et les malades n'ont présenté que quelques cicatrices très légères. Seul le pieté de la face a persisté environ pendant trois mois, chez la plupart de nos malades que nous avons pu suivre assez longuement, parce qu'habitant la ville, ils se rendaient de temps en temps & notre consultation sur notre demande. Les quelques-uns que nous avons revus en 1907 ne # présentaient plus aucun stigmate de la variole.
Pour compléter cette relation succincte, nous devons signaler quo tous les malades de notre clientèle atteints de variole soignés au moyen de la levure, ont guéri et n'ont plus aujourd'hui aucune cicatrice.
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jusqu'à la fin de son séjour, cette malade très indocile s'est toujours grattée, elle sort guérie le 15 avril, mais a des marques sur les ailes du nez où elle s'est surtout grattée ;
4° Sœur Sle Marie Justine,variole hémorrhagique,entrée au bastion le 26 février meurt le 28 février ;
5° Sœur Ste Marie Eugène, variole hémorrhagique.entrée le 26 février, morte le 28 février. Ces deux religieuses n'avaient pas été envoyées de suite au bastion, elles étaient restées plusieurs jours soignées dans la communauté ; elles ont été envoyées mourantes au bastion ;
6° Harriot, 26 ans, variole discrète, entre le 28 février, levure de bière,sort guéri le 30 mars sans aucune cicatrice ;
7° Porteman, 17 ans, variole conQuente très grave, entre le 28 février, levure de bière, collapsus cardiaque, abcès de fixation, meurt le 5 mars ;
8° Devos, 55 ans, variole cohérente, entre le 1er mars, Xylol, sort guéri le 14 avril, peu ou point de cicatrices ;
9° Bretot, 35 ans, variole hémorrhagique, entre le 3 mars à 11 heures du matin, ecchymoses conjonctivales très accentuées, hémorrhagies antérieures, rate normale se présentant très bien, abcès de fixation, mort le même soir à 11 heures ;
10° Bertho, 56 ans, entre le 4 mars, variole cohérente, Xylol, sort guéri le 12 avril, sans cicatrices ;
11° Bertho, 21 ans, varioloïde suivie de poussée d'eczéma, entre le 4 mars, Xylol, sort guérie même de son eczéma, sans cicatrices, le 14 avril ;
12° Salengro, 30 ans, entre le 7 mars, varioloïde, levure de bière, sort guéri sans cicatrices le 6 avril ;
13° Buy, 27 ans, entre le 8 mars, variole, Xylol, sort guérie le 6 avril sans cicatrices ;
14° Penlan, 37 ans, variole discrète, entre le 10 mars, levure de bière, sort guéri sans cicatrices, le 15 avril.
D'après ce résumé des observations, nous voyons donc que sur les cinq cas de mort, trois sont dus à la forme hémorrhagique, deux à la forme confluente, on essaya en vain chez eux des abcès de fixation.
Deux varioles confluentes furent suivies de guérison, toutes deux ont été soignées au moyen de la levure de bière.
Chez les autres malades moins gravement atteints, quatre ont été soignés au moyen du Xylol et quatre au moyen de la levure de bière(1>.
A l'aide de ces traitements, la maladie se trouve transformée. Les cicatrices si pénibles et si désagréables à la face disparaissent presque complètement. Jamais, en tous cas, un varioleux, quelle qu'ait été la forme de sa maladie, n'a plus ce masque hideux habituel soigné par tous les autres procédés.
(1) Depuis cette petite épidémie il nom a été donné de reconnaître par trois fois encore les bons effets de la levure de bière, la première fois il s'agit de deux lascars atteints de variole et arrivant à Dnnkerqne par le steamer ShadwéU venant de Calcutta, l*nn en pleine croûte de variole, l'antre atteint de variole cohérente. Oes malades sont entrés à la station sanitaire où ils ont été soignés par le D* Deckmyn, Médecin de la Santé, an moyen de la levure de bière, du 18 avril au 18 mai, époque à laquelle ils sont sortis guéris et sans cicatrices, ce qni se voit très facilement sur ces peaux noirâtres et surtout en comparaison de leurs semblables dont la plupart sont troués par des cicatrices de variole.
Le second cas se produisit le 29 avril 1907 chez un Asiatique du bord du steamer Clan Mae Ferlant venant de Wlsagapatam, via Marseille et Londres. Oe malade atteint de variole cohérente fut soigné par le i>r Deckmyn à la station sanitaire et soumis à la levure de bière. Comme les deux précédents, il en sortit guéri le 15 Juin sans cicatrices et le l)r Deckmyn constata non seulement l'absence de cicatrices mais encore la chute très rapide de la fièvre pendant la période de suppuration, chute que jusqu'à oe jour il n'avait jamais vue dans cette fièvre éruptive.
Enfin le troisième cas a été soigné par l'un de nous, le Dv Duriau, il s'agit d'un voyageur de commerce venant de Tunis, via Marseille, par voie de terre, atteint le 10 novembre 1907 de variole discrète. Ce malade soigné dans le nouveau pavillon d'isolement de l'hôpital de Rosendael près Dnnkerqne a été soumis pendant tout son séjour à la levure fraîche de bière. La période fébrile a été de très courte durée et le malade est sorti en décembre de l'hôpital sans aucune cicatrice.
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La suppuration est réduite au minimum ; elle peut même être enrayée, si, dès le début de la maladie, on a administré la levure de bière ou le Xylol. Après les stades .de macules, de papules et de vésicules, on passe presqu'immédiatement à la croûte sèche qui se détache bientôt. Cette croûte brunâtre repose sur une véritable papule qui apparaît nettement à la fin de la dessication.
Peu à peu cette papule s'affaisse, laissant à sa place une petite élevure chéloïdienne, qui diminue dans la suite ; il ne reste plus qu'une pigmentation noirâtre, puis brune, qui disparaît à la longue.
L'effet de ces deux traitements retentit aussi sur la courbe de la température. La fièvre de suppuration se produit bien à sa date ordinaire, mais elle s'élève moins haut et s'abaisse beaucoup plus rapidement que dans les cas non traités par ces procédés ; le plateau classique n'existe plus.
La levure de bière et le Xylol sont tout à fait comparables comme traitement ; la papule de cicatrisation est la même. Le Xylol ne nous a pas semblé agir plus rapidement que la levure de bière.
Le Xylol est donné à la dose de cent gouttes par jour et la levure de bière à la dose de trois cuillers à soupe par jour, soit dans de l'eau, soit dans de la tisane, soit dans de la bière.
Les malades acceptent toutefois très difficilement le Xylol, qui est désagréable à ingérer et fait souvent mal à l'estomac, tandis qu'il ne nous a pas été donné encore jusqu'à ce jour de voir un malade se plaindre du mauvais goût de la levure de bière ou accuser à la suite de son ingestion des troubles stomacaux.
En résumé, nous avons voulu dans cette communication montrer ;
1* Combien il est facile et en somme peu coûteux d'installer un hôpital de fortune pour isoler les maladies contagieuses dans les villes non pourvues de pavillons d'isolement et où existent des fortifications et par suite ne pouvant mettre à exécution le Décret du 5 avril 1907 ;
2° Démontrer d'une façon clinique qu'à côté du Xylol préconisé à Claude Bernard par les Docteurs Belin et Taissier, il existe un produit très facile à se procurer partout, ne coûtant presque rien, la levure de bière, que tous les malades prennent avec plaisir et qui administrée dans deux épidémies de variole a donné des résultats inattendus. La levure de bière a donc conquis à côté du Xylol son droit de cité dans l'arsenal thérapeutique contre la variole et surtout contre ses cicatrices.