‹ Mémoires;Chapitre 141 sur 173 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

yice du roi, grâce à quoi ils s'aventurèrent à compromettre leur santé. Deux heures avant la nuit, ils firent atteler leurs carrosses de campagne ; ils en avaient dix-sept. Mes trois seigneurs les cardinaux montèrent dans un des carrosses du comte ; leurs camériers et moi dans l'autre. Alors, de piquer ferme pour que le soleil ne les incommodât pas. Je me démenai si bien que j'entrai à Rome au lever du jour avec les deux seuls carrosses du comte mon maître ; aucun des dix-sept autres n'avait pu suivre.

Et voilà comme j'amenai les cardinaux au palais de très bonne heure, le jour de Saint Pierre qu'on présente au pape la haquenée. Ils furent hébergés chez le comte mon maître, chacun en son appartement, en tout le faste et délicatesse ^u'on peut imaginer, de même que leurs camériers et autres serviteurs,

Ils restèrent là en attendant d'avoir maison montée, c'est-à-dire un mois environ, y furent visités par tout le Collège des cardinaux et régalés par le comte mon maître. Moi, je regagnai rhôtellerie où je reste présentement et resterai jusqu'à ce que Son Excellence me donne de nouveaux ordres ; car mon seul désir est de le servir.

Mais il est une chose que je tiens pour miracle : c'est que ces seigneurs, étant entrés dans Rome le jour de Saint Pierre, où la canicule est la plus

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meurtrière, pas un des domestiques qu'ils amenaient avec eux — il y en avait plus de trois cents — ne mourut. Quant à Leurs Eminences elles n'ont même pas eu mal a la tête, d'où j'infère que tout ce qu'on dit de la canicule n'est que faribole. Il est vrai qu'à Palo je leur recommandai à tous de se garantir du soleil, et, une fois à Rome, de se bien calfeutrer et de ne pas changer de lieu, moyennant quoi ils n'auraient rien à craindre des changements de temps.

Voilà ce qui m'est advenu jusqu'à ce jour d'huy onze octobre mil-six-cent-trente. Entrer en plus de détails c'eût été lasser le lecteur. Il est certain, d'ailleurs, que j'oublie force choses. Gomment pourrait-on, en onze jours, se remémorer et coucher par écrit les souvenirs, faits et aventures de trente-trois années? Et voilà ma vie, ingénue et nue comme elle est sortie des mains de Dieu, troussée comme j'ai pu, sans rhétorique ni arguties. C'est la vérité telle que, et voilà tout.

Loué soit Christ 1

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