CHAPITRE X
Où Ton continue à m'accuser d'être roi des
morisques.
Bref, on m'amena le vicaire de l'église de San Ginés, qui était à trois portes de la mienne, et je me retirai dans un coin où il reçut ma confession. Plût à Dieu que je fusse, aujourd'hui où j'écris ceci, le quart aussi bien disposé que je l'étais alors !
Je suppliai mon confesseur et lui demandai en grâce d'aller trouver le lendemain le secrétaire Prada et ma mère, de leur tout conter, et de les supplier de ma part de poursuivre la cause, de telle façon qu'on ne pût jamais dire que j'avais été traître au roi. Sur ce, la confession prit fin et le vicaire s'en fut. Moi, on me mit des fers à un pied, et on m'attacha fort joliment sur une mule de selle, sous le ventre de laquelle on attacha mon autre pied qui n'avait pas de fers.
Nous sortîmes de la maison, qui était à l'encoignure de San Ginés. On me fît monter le chemin par où vont au gibet les condamnés ; nous traversâmes la Plaza Mayor et descendîmes
l/i8 MÉMOIRES DE CONTRERAS
par la rue de Tolède, Puerta Cerrada et la calle de los AJasticiados (rue des Exécutés). Il est vrai que c'était aussi le chemin de la Porte de Ségovie, par où il nous fallait passer pour aller à Hornachos où Talguazil me menait ; mais il aurait bien pu me le dire, et m'épargner l'appréhension que j'eus qu'on ne m'allât donner le garrot. Bref, nous suivîmes notre chemin le peu que dura la nuit : chaque ombre d'arbre, je la prenais pour le bourreau.