LOUIS XVIII — CHARLES X
comme l’appelaient les ultras, les purs, allait bientôt porter ses fruits, l’opposition levait la tête et les jeunes gens ne voyaient rien dans le monde de préférable à la renommée de Benjamin Constant, de Foy, de Laffitte. Aussi lisions-nous avec enthousiasme le journal qui donnait en entier les discours des tribuns ennemis du gouvernement. Louis XVIII fut bientôt enterré, Charles X lui succéda, mais le libéralisme était éternel ; il se recrutait parmi les générations nouvelles, et je me rappelle qu’à l’époque de la conspiration de Berton à Saumur il y eut des ricochets qui vinrent jusqu’à Angers. Ils y vinrent si bien que je fus gravement compromis dans une affaire qui fit beaucoup' de bruit à cette époque. Accusé d’avoir maltraité le gouvernement en la personne d’un bon gendarme qui voulait empêcher d’applaudir un vers patriotique de la tragédie de Tancrede , je fus cité à comparaître devant la justice, et un grand avocat, un des coryphées du parti libéral, vint solliciter l’honneur de me défendre. Je lui accordai cette faveur, il plaida et je fus renvoyé de la plainte. Je n’affirmerais pas que cet acte de violence de la part de M. le procureur du roi n’a pas contribué à me rendre un peu l’ennemi personnel de la maison de Bourbon (branche aînée). J’avais été sur le point de pourrir dans les cachots de la tyrannie; je pouvais me considérer comme une des victimes de l’arbitraire, et j’avais bien le droit de me plaindre et d’appeler un vengeur. Aussi, peu de temps après mon arrivée à Paris, chauffé par le voisinage de quelques amis, je me laissai affilier, non pas aux carbonari, mais à une loge de francs-maçons (la philadelphique), où je rencontrai bon nombre de confrères, de gens de lettres, d’avocats, de journalistes; et tous nous travaillions ardemment à dévorer les restes d’un règne antipathique. Il était dans nos allures d'appeler de tous nos vœux une politique plus libérale; on
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trouvait que ces vieux rois datant de si loin ne pouvaient plus rien comprendre aux temps modernes et qu’il nous fallait des hommes nouveaux. 1830 arriva bien vite; je me déclarai satisfait, et, sérieusement, je ne songeai plus à rien désirer autre chose. Il me semblait que nous avions tout juste ce que nous avions demandé; mais, si content que je fusse, je ne tardai pas à reconnaître que nous ne touchions pas au but. Le roi Louis-Philippe, succédant au roi Charles X, n’était pas assis sur un trône inébranlable; ce qu’il avait fait, on pouvait le lui faire; les exilés d’hier attendaient les exilés du lendemain. Il m’était impossible de voir nulle part un droit incontestable, et dès l’instant que les partis opposés et luttant se tuaient l’un après l’autre, il fallait s’attendre à tout, car il est dit que celui qui tire l’épée périra par l’épée. — Or, en France, depuis le 21 janvier 1793, on n’a pas usé d’autre procédé, et nulle part il n’est possible de découvrir l’admission d’un autre principe; mais les événements de 1833 me mirent directement en rapport avec le gouvernement. Je fus chargé de diverses missions, une entre autres qui me rapprochait beaucoup non seulement des ministres, mais du roi lui-même. On a cru que mon séjour à Blaye et toutes ses conséquences avaient dû me rendre très orléaniste; mais il n’est pas dans mon, caractère de mettre de l’enthousiasme dans mes rapports avec les supérieurs; plus je les vois de près, plus je les juge sévèrement. Et il doit en être ainsi, car, plus on connaît le monde, moins on en a bonne opinion. Et puis, en prenant des années, je me suis mieux rendu compte des affaires ; j’ai vu partout dominer un si parfait égoïsme que j’en ai été dégoûté. Je ne comprenais pas comment un homme de bon sens, placé sur le trône, pouvait être assez aveugle, assez niais, pour laisser attaquer sans cesse sa personne, son titre, son droit; pour permettre qu’on l’insultât, qu’on le tournât enridi-